‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 80 sur 275 · CHAPITRE Vllt · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vllt

eul reçu au mois de juin un secours de dix vaisseaux^ dont le nombre fut augmenté plus (ard , il put congédier une grande partie de ses paysans et ne garda auprès de lui que les jeunes gens ou ceux qui n'élaient pas mariés. Le secours des Lubeckois était calculé sur les avantages qui pouvaient leur en revenir : Finlérèl remportait chez eux sur la gloire des armes. Ils achetèrent du fer et du cuir et donnèrent en échange des JUippingar * *, tout ce qu'ils fournissaient , soldais , vaisseaux , munitions, Gustave était obligé de le payer au poids de Tor ^ on dit même que dans un moment décisif, ils lui refusèrent deux canons , quoiqu'il leur offrit en garantie deux châteaux du royaume: ce fut à la seconde mais infruetueuse tentative de Séverin Norrby pour secourir Stockholm , au mois d'octobre 1522 , tentative où pcul-ètre même il aurait péri si Tamiral de l^ubcck n'avait refusé de l'attaquer. Cependant les frois camps de Ouslave , malgré les pertes qu'il avait essuyées, se rapprochèrent de la ville^ Stockholm, qui à celte époque s'étendait à peine au delà de l'île sur laquelle s'élève la cité actuelle, fut enfermée de tous côtés quand Gustave eut réuni par des ponts de bateaux Munkliderne (aujourd'hui Kungs-Holmen ) , Lâng-Holmcn , SOdermalm et l'île de Waldemar ( aujourd'hui le parc Djurgârden ) , et fermé l'entrée du port par des forts de bois et des chaînes de fer. Toutefois cette place se défendit tout l'hiver , jusqu'à ce que la nouvelle du sort qui avait frappé Christian fût venue se joindre au fléau de la famine pour abattre le courage de la garnison.

Christian , après avoir laissé en Suède des traces sanglantes de son séjour, fit u:ie visite pompeuse à son beau-frère l'empereur Charles V pour réclamer de lui ce qui restait dû sur la dot de son épouse et obtenir son assistance dans la lutte qu'il avait engagée avec son oncle Frédéric , duc de Holstein , et avec les villes anséatiques. Il èlait presque toujours occupé de tant de projets différcns, en'amés, abandonnés, repris avec la même ardeur, qu'il ne pouvait manquer de s'attirer beaucoup d'ennemis. Ce fut au célèbre Érasme qu'il dit pendant son voyage : « On ne fait rien de bon avec la douceur ^ les moyens les plus efficaces

' Voyez ci- dessus. Les Lubeckois en apporlaicnt une certaine qnanUté pour acheter les productions du pays.

sont ceux qui ébranlent le corps* . » Il voulait abaisser la puissance de l'Église et celle de la noblesse, et élever sur leurs ruines celle des bourgeois et des paysans, renverser la domi-* nation mercantile des villes anséatiques, acquérir le Holstein , conquérir la Suède et y fonder surtout un pouvoir absolu^ il voulait arri-* ver là à la fois par les lois*, par l'instruction donnée à la jeunesse^, par les meurtres, par la ruse, par les armes, par des moyens enfin dont la violence n'était égalée, si cela se pouvait, que par la légèreté avec laquelle il se jetait d'un excès dans un autre. Tous les procédés lui semblaient bons : une bulle du pape avait servi de prétexte aux cruautés qu'il exerça en Suède ^ en même temps il voulait introduire la réforme en Danemark -, il correspondait avec Luther et appelait Carlstadt à Copenhague; et tandis que la cour de Rome le menaçait d'une enquête sur les sanglantes journées de Stockholm , il demandait au pape la canonisation de deux saints nouveaux. Il éleva son fa^ vori Didrik Slaghôk, homme couvert du mépris général , à l'archevêché de Lund , et hier.-* tôt après, en présence d'un légat du pape, il le fit pendre et jeter dans les flammes comme instigateur des cruautés commises en Suède ^. Une année s'était écoulée depuis que Christian avait employé cette étrange et horrible ma^ nière de se justifier : au moment où il allait établir un nouvel impôt pour le paiement des mercenaires qu'il venait de prendre à sa solde, il reçut une lettre de destitution '^ émanée du sénat danois. Cette lettre renferme des réflexions sur la terreur qu'il a fait régner avec lui et sur le danger qui menace tous les citoyens. D'après ce qui était arrivé à Stockholm , où tant d'év'ques , de chevaliers et de personnes honorables avaient été sacrifiés sans jugement, on avait lieu de craindre que les conseils de Tinfàmc Sigbril» (qui traite de perfides et de Iraîîres

* Erasmi epistolœ, (Bâie, 1538, p. 463. ) ■ Voyez le Geistlige lov, de Christian II, en date du

ac mai 1521, dans la collection des anciennes lois danoises ; Copenhague, 1824, 4« vol.

' Voyez le Geistlige lov de ChrisUan II, c. 5.

* On lui fit monter quelques degrés de IVchelle qui conduisait A la potence, puis on le Jeta vivant dans le feu. Ce fut le 24 Janvier 1522.

^ La première lettre de deslituUon est datée de W'-iborg, 20 janvier 1523, *Dans une leUre du 5 février 1523, Christian fait i part A son épouse de sa dcsUUiUon ; cette leUre ren-

HISTOIRE HE SUÉDE.

les nobles du royaume) n'atUrasseni ud pareil traitement sur le BanemarlL, surtout depuis que des troupes étrangères avaient été appelées dans le pays. B'après ces motifs, le sénat déclarait rompre le pacte qui Tunissait à lui et absoudre ses sujets de leur serment de fidélité ^ il finissait par offrir la couronne au duc Frédéric de Holslein, quiTaccepta et forma de suite un traité d'alliance avec les filles anséaUques. Ce fut en vain' que les paysans de Seland , où Christian avait adouci la condition des serfs ■ , et la noblesse de Scanie déposèrent aux pieds du trône de nouvelles assurances de fidélité : le tyran n'osait pas plus se fier à ses sigets qu'A ses soldats ; il réunit vingt vaisseaux , y fit placer les archives du royaume, les comptes de Tadministralion financière, ses bijoux, son épouse, ses enfans, son conseiller Sîgbrit*, et mit à la voile, en vue de toute la population de la capitale , le 20 avril 1523.

Ainsi finit le règne de Christian IL On ne saurait dire ce qui frappe le plus dans ce roi , ou de la multiplicité de ses entreprises ou de sa facilité à les abandonner ; de sa cruauté et de sa témérité , ou de sa faiblesse et de la longue misère et de la dure servitude qui signalèrent le temps, heureusement court, pendant lequel il exerça le pouvoir. De même qu'on voit quelquefois des signes précurseurs des tempêtes, de même l'existence de certains hommes qui apparaissent de loin en loin semble annoncer de grandes catastrophes. Christian fut un de ces hommes \ jelé au milieu des passions opposées de son temps, objet d'abord

fermait un petit billet où le roi parle du mécontentement dont Sigbrit est Tobjct, et prie la reine de la prendre auprès d'elle dans son château et de l'obliger à garder le silence. La preuve de rinfluence que cette femme exerçait ne résulte pas moins de celte lettre que d'une autre écrite de Copenhague en date du 29 décembre 1622 et dans laquelle le roi déclare que Sigbrit Willems lui a rendu un compte exact de l'état des finances du royaume et des revenus de la douane, et qu'il la décharge par conséquent de toute responsabilité à ce sujet.

*Le chapitre de la loi de ChrisUan II porte défense de vendre les paysans comme des bestiaux dans les Iles danoises de Seland , de Falster, de Lolland et de Môen. Quand leurs maîtres leur font soufll^ir des Iraitemens injustes , ils ont le même droit dont jouissent les paysans de la Scanie , du Jutland et de la Fionie, celui de s'en aller. Après la destitution de Christian, aa loi sur l'ordre du sénat fut publiquement brûlée comme pernicieuse au ting de Wiborg. (Hvitfeld.)

* Elle était cachée dans un grand cofflre.

de terreur, deTenu plus tard objet de pitié. Frédéric I** , élu è sa place en Danemark , écrivit aux états de Suède , demandant, aux termes du traité de l'Union , à y être également reconnu roi. Les Suédois répondirent qu'ils avaient choisi potu* leur roi Gustave Ëriksson. Cette élection avait eu lieu à ladiètedeStrengnfts le 7 juin 1523*: l'Union fut ainsi dissoute après cent vingt-six ans d'existence. La Norvège hésita dans ce moment décisif. Lorsque les Suédois, commandés par Thure Jônsson Roos et Lars Siggcsson Sparre , s'avancèrent jusqu'à Opsio*, au mois d'avril , les habitans de la Norvège méridionale déclarèrent qu'ils se réuniraient à la Suéde s'ils étaient soutenus par elle *. Le Bohuslfln fut conquis, le Blekingue se soumit \ Gustave cherchait en même temps par des négociations et par les armes à Ddro valoir les prétentions de la Suéde sur la Scanie et sur le Halland. La ville de Kalmar capitula le 27 mai et le château le 7 juillet. Le soir du jour de Saint-Jean (20 juin), Gustave fit son entrée solennelle à Stockholm, d'où la garnison sortit avec armes et bagages , ainsi que tous ceux qui voulaient rester fidèles à Christian^. Iji Finlande fut soumise avant la fin de Tannée. Le royaume n'avait plus d'ennemis extérieurs, mais il lui restait encore ceux de l'intérieur et la ville de Lubeck, alliée que ses prétentions rendaient plus inquiétante qu'un ennemi déclaré;

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