‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 79 sur 275 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le siège de la capUale commença ainsi le Jour de Saint-Jean 1521 -, il dura plus de deux ans et présenta des difficultés dont on n*a gardé que des souvenirs vagues. I^ distance qui nous sépare de cette époque et Fadmiration qui s'attache si facilement aux efforts tentés pour la liberté ont enlevé aux événemens leur couleur primitive. En général la carrière de Gustave Wasa n'offre pas un enchaînement suivi d'actions d'éclat, quoique toute sa vie n'ait été pour ainsi dire qu'un long exploit. Ce qu'il entreprit , ce qu'il effectua fut l'œuvre d'une grande patience et d'une grande sagesse -, son audace avait ce caractère qui fait pAlir devant elle la témérité même du guerrier. Tout le reste de la guerre de la délivrance se passa en sièges des principaux châteaux et des places fortes , conduits tant bien que mal avec des paysans levés en masse dont les bandes se relevaient l'une l'autre ; souvent même leurs affaires particulières les empêchaient d'arriver à temps ou même de se présenter. Ainsi on ne pouvait pas agir régulièrement pour couper les vivres aux assiégés : c'est pourquoi l'on vit des châteaux de seigneurs , appartenant au parti danois, comme celui de Wik en Upland, soutenir un siège d'une année. Ces difficultés s'aggravèrent surtout là où, comme à Stockholm, les communications avec la mer se maintinrent libres, avec le concours de la flotte danoise que commandait le fameux Séverin Norrby. On peut juger de la faiblesse des moyens d'attaque par ce fait, qu'on regarda comme un renfort important soixante lansquenets allemands conduits par Clément Rensel , bourgeois de Stockholm (il esquissa lui-même un récit de ces événemens), et venant de Dantzig au mois de Juillet pour servir sous les ordres de Gustave. Celui-ci , disent les chroniques , n'avait pas beaucoup de tranquillité ni de jours heureux lorsque ses bandes étaient disséminées dans tant de camps et de districts, car il les entourait toutes des mêmes soins , il s'exposait à mille dangers pour elles , et dans sa sollicitude , il craignait toujours qu'elles ne fussent attaquées à rimproviste par leur faute ou leur négligence; ce qui augmentait encore ses soucis , c'était l'exiguïté de sa caisse ; aussi répondait-il avec tristesse aux guerriers qui réclamaient leur solde. C'est pourquoi il ne restait pas longtemps dans un même endroit, mais il Toyageait Jour et nuit pour visiter les camps.

Au mois d'août , il arriva à Stegeborg , qu'assiégeait son général Arvid YesgOte, après avoir vigoureusement repoussé Séverin Norrby, qui avait tenté d'introduire des vivres dans le château. Il avait déjà reçu les hommages du peu-* pie des environs, malgré les obstacles qui s'y opposaient. Les Ostrogoths disaient qu'ils avaient été si maltraités dans l'attaque dirigée contre le château épiscopal de LinkOping l'année précédente qu'ils n'osaient provoquer la colère de Christian ni le ressentiment de l'èvêque Hans Brask. Mais la présence de Gustave entraîna les plus timides ; l'évêque lui-même le reçut avec bienveillance, craignant, s'il agissait autrement , d^ètre traité en ennemi. Gustave convoqua une assemblée des seigneurs â Vadstena -, on y vit paraître soixante et dix nobles suédois , qui venaient de quitter le seryice de Christian , et beaucoup d'individus des autres états ou conditions du GOtaland. Ils lui offrirent la couronne, qu'il refusa. Mais le 24 août, ils lui rendirent hommage et lui prêtèrent serment de fidélité comme régent, ce qui avait eu lieu déjà en Upland , disent les chroniques. On peut conclure de là qu'il avait été reconnu comme tel dans la Suède supérieure, qui était souvent alors appelée Upland, comme on le voit dans les chroniques de notre moyen âge. C'était la première manifestation de la noblesse en faveur de Gustave et de son entreprise, quoique les plus grands seigneurs de cette partie du royaume, tels que Nils Boson (Grip), Holger Carlsson ( Gère ) et Ture Jônsson (Roos) en Yestrogothie , tous trois sénateurs du royaume, eussent pris les armes pour Christian. Le premier avait embrassé la cause de Christian avant la fin de l'année, c'est ce qui est attesté par un acte de reconnaissance pour un fief qu'il avait reçu de lui ; les deux autres, en 1523, Airent déclarés ennemis de la patrie, ainsi que l'archevêque Gustave Trolle, qui dès le mois de juillet 1521 s'était rendu en Danemark auprès du roi dans le dessein de réclamer de lui les secours qu'on avait promis à la capitale assiégée. Christian le reçut avec froideur et l'accabla de reproches.

Après l'assemblée des seigneurs à Vadstena, l'autorité du régent fut reconnue aussi en Gothie. Les Danois furent chassés de la Yestrogothie et du Smftland ; la guerre fut transportée en Finlande. Au commencement de l'année suivante , les principaux châteaux de rintérieur

de la Suède étaient au pouvoir de Gustave et furent détruits en partie, comme il arriva à Ûrebro et à Yester&s , par les paysans irrités. Stockholm, Kalmar et Àbo en Finlande tenaient encore, et les secours que ces places reçurent au commencement de Tannée 1522, par Tamiral danois Séverin Norrby, mirent Tennemi en étal de prendre Toffensive. Le 7 , le 8 et le 13 avril , la garnison fit des sorties , incendia ou détruisit les camps de Gustave qui entouraient la ville. Pendant un mois entier on ne vit paraître aucun corps suédois aux portes de Stockholm^ les principaux partisans de Gustave furent obligés de s'enfuir de la Finlande, d'où les troupes qui assiégeaient Âbo furent aussi chassées. L'évêque de cette ville , Arwid , trouva la mort au milieu de la mer , ainsi qu'un grand nombre de personnes des deux sexes appartenant aux premières familles.

Christian ne se rappelait au souvenir des Suédois que par de nouveaux actes de cruauté. I^s femmes et les enfans des premiers seigneurs décapités à Stockholm avaient été transportés en Danemark. Au nombre do ces femmes étaient la mère et les deux sœurs de Gustave, que le roi, malgré les instances de la reine, fit jeter dans des cachots hideux où elles périrent de mort violente suivant les uns , de la peste suivant les autres. Gustave adopta la première version ; il s'en plaignit, dans des lettres écrites en 1522 *, au pape, à l'empereur et à plusieurs princes chrétiens, en leur dépeignant la barbarie du roi Christian. Ce tyran expédia à tous les commandans l'ordre de tuer les notables suédois qui se trouvaient entre leurs mains. Les chroniques rapportent que Séverin Norrby avait déjà reçu un ordre semblable dans Télé de 1521 \ mais il ne s'était pas senti le cœur assez dur pour obéir: il ût sauver beaucoup de nobles qui avaient déjà prêté serment à Gustave , (( afin qu'ils pussent défendre leur vie ( garder leur cou ) , plutôt que de se laisser immoler sans résistance (comme des poulets). » Mais au commencement de 1522, un seigneur appelé Thomas , qui commandait dans Abo au nom du roi, fit couler le sang à grands flots. Plus tard , comme il essayait de faire passer

• Voyez les Chroniques riméet, — La IcUre dans laquelle Gustaye se donne le titre de gubemator de Suède a été à tort datée du 29 décembre 1623.

des secours à Stockholm , il tomba avec ses vaisseaux aux mains de Gustave, qui le fk pendre à un cbêne à Tynnelsô *.

Après que Séverin Norrby eut fait passer des vivres et des troupes aux assiégés de la capitale, le secrétaire Gotskalk Eriksson écrivit à Christian ' que parmi les bourgeois on n'en pouvait guère compter que quatre-vingts, la plupart Allemands^ qui fussent dévoués à ses intérêts; mais qu'au surplus la garnison du château, composée de huit cent cinquante hommes , chasseurs et fantassins, était bien approvisionnée; que les paysans, fatigués de la guerre, redoutaient la vengeance royale et ne s'en rapportaient plus aux assurances que leur donnait Gustave ; que le pays ne pouvait être maintenu dans robéissance que par la force des armes ; que si Ton envoyait des forces suffisantes, TOstrogotbie , la Sudermanie et TUpland seraient bientôt soumis, et que le roi pourrait ^lors se venger des Dalécarliens, des mineurs et des Helsingiens, qui avaient déployé les premiers Tétendard de la révolte. Le commandant du cbftteau de Stockholm , dans un rapport au roi sur lesévônemens de la guerre pendant Thiver , annonce que ses soldats Font obligé à leur payer une solde plus élevée à cause des avantages qu'ils ont remportés sur l'ennemi ; qu'il a fait chasser de la ville ou jeter en prison les bourgeois dont la fidélité lui avait paru douteuse; que les paysans étaient résolus à se laisser pendre dans leurs maisons plutôt que de souffrir les fatigues de celte guerre -, que Gustave, qui avait cherché vainement à ébranler sa fidélité, avait déjà mis en sûreté son argenterie et ses meubles les plus précieux chez un prêtre de la Helsingie. Il joignait à ce rapport un registre des biens des seigneurs qui avaient subi la peine de mort *.

Mais un mois après , Gustave, qui dans ces lettres était qualifié de traître et de voleur de grand chemin, Gustave avait déjà autour de Stockholm trois camps remplis de Dalécarliens et de Nordlandais ; et lorsque, par suite d'une convention qu'il avait conclue avec Lubeck, il

* On employa pour cela une corde de cancpler ; c*(S tait un signe , une marque de mépris, qui le chagrina plus que la mort elle-même.

* Voyez la lettre en date du 22 février 1522. (Hvitfeld ).

* Lettre de Henri Slagheck, frère de Didrick, en dat% du 29 avril. {Àlrehif>0t du roi Christian II.)

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