‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 82 sur 275 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de prospérité depuis le régne désastreux de Christian*. Les yeux de Gustave furent donc frappés à son avènement de ce triste tableau , et jamais on ne put dire avec plus de raison d^un roi : « Qu'il lui était plus difficile de conserver son trône que de le conquérir. »

L'Union était dissoute : elle n'avait eu que des suites funestes \ mais on se tromperait beaucoup si Ton regardait toute cette époque comme celle d'une grande oppression. L'Union, il est vrai , eut quelquefois recours à la violence , mais elle finit avec la tyrannie, et ce qui la caractérise surtout, c'est une licence effrénée. Cette licence se manifesta dans l'indépendance des grands et dans la prérogative du sénat, maintenue par l'Union, de gouverner en l'absence du roi, ce que les sénateurs firent réellement , car ils étaient véritablement rois dans leurs provinces {ldn\ où par leurs grandes possessions ils exerçaient beaucoup d'influence. C'est pourquoi la distribution des fiefs était une source d'autant plus féconde de querelles avec les rois de l'Union que la propriété en était personnelle. Aussi les rivalités qui résultèrent de cet ordre de choses renversèrent deux fois Charles Knutsson dj son trône, et la première question de Gustave au sénat fut celleci : (c Pouvait-il, sans exciter le mécontentement, disposer des provinces et des domaines de la couronne, ainsi que le prescrit la loi' ?» Les possesseurs jouissaient des revenus de la couronne', car, à peu d'exceptions près , les rois n'en reliraient rien, au moins dans les derniers temps de l'Union. Cela fit naître la pensée, quelquefois ouvertement exprimée, de diviser le royaume en plusieurs parties sous des régens difTérens. Ce projet des grands avait été déjà réalisé en grande partie. Sous le règne de Gustave P% on trouve encore ces magnats

' r^eltres aux villes commerçaDtes du 14 juillet 1533 et du 26 septembre 1à3ô. ( Voyez le registre des^rchives du royaume. ) Dans la dernière leUre, le roi dit que la bourgeoisie doit Taire tous ses efforts pour atU rer le commerce de Lubeckà Stockholm, ville ou Ton peut acquérir de la fortune avec deTéconomie et l'esprit du commerce.

* Voyez les articles de Yadslena, octobre 1&24.

* « Nous n'avons Jamais entendu que les sénateurs supportassent aucune charge que celle du service auquels ils étaient astreints, eux et les leurs , envers le royaume. > Ce sont les paroles de l'évêque Brask à ThureJônsson le 22 octobre 1524. Encore cet usage n'eût-il lieu que dans les premiers temps de l'Union ; r. se perdit sur la fin.

provinciaux entretenant des prétentions plus ou moins ostensibles : c^étail ce qu'on appelait les séfuUeurs du royaume, ou, en termes plus clairs, les sénateurs d'Upland, de la f^estro^ gothie^ de VOstrogothie^ de la Finlande , etc. Dans les lettres de Gustave lui-même, les mem-* bres du sénat sont désignés d'après leurs pro' vinces.

D'un autre côté, le peuple, en opposition avec Taristocratie , devint une puissance sous TU^ nion. Engelbrekt Tavail appelé aux armes, et les paysans ne les déposèrent pas durant cent ans, imposant ainsi en quelque sorte aux divers gouvernemens qui se succédèrent pendant cette période. Charles Knutsson semblait offrir en lui la preuve qu'un roi suédois ou étranger ne pouvait se soutenir en Suède. Le pouvoir du régent était trop indéterminé pour inspirer la confiance ou quelque espoir de stabilité : il était démocratique dans les mains de Sture ; mais la nécessité de combattre constamment les en-* nemis de l'extérieur et de l'intérieur le rendit anarchique. Le royaume , menacé de partage par les grands, était aussi menacé par le peuple, mais d'une autre manière. L'influence politique des paysans donnait aux anciennes formes dé*' mocratiques une nouvelle importance, et l'an^ tique constitution fédérative essayait ses der-* nières forces dans la révolte. Combien de foi» dans ces temps orageux ne vit-on pas les populations des différentes provinces agir avec une entière indépendance, prendre les armes, for^ mer des alliances ou renouveler d'anciens traités ? La haute Suède surtout nous offre ce spectacle ; en revanche, la puissance de la noblesse l'emportait dans le sud du royaume, à l'exeep^ tion du Smftland : cette province fut, après la Dalécarlie, le théâtre principal dessoulèvemens populaires sous Gustave. Les paysans , armés pour la défense continuelle de leur vie et de leurs biens, trouvaient à chaque création d'im* pôt, dans leur pauvreté, un motif ou un prétexte de se soulever. Gustave lui-même en fit rexpérience *•

Le clergé pouvait être regardé comme une puissance étrangère qui, en l'absence du souverain, veillait attentivement à ses Intérêts. II formait une partie de l'aristocratie d'autant

* « Les paysans de notre royaume ne sont pas accablés de contributions comme dans d'autres pays. » (Gustave I'' è Erik Fleming, 6 décembre 1525. » Archiv€ê du roycntmê, )

HISTOIRE DE StIËDE.

plus puissante que les èvèques étaient seigneurs de fiefs temporels. Ils s'étaient toujours montrés pleins de zélé pour TUnion, et par celle raison ils élaient]devenus Tobjct de la haine du parti patriole. 'Engelbrekt avait déjà menacé ouvertement les évèques; ils furent en butte à de vives attaques pendant les régnes de Charles Knulsson et des Slure. Un archevêque vindicalif ouvrit le chemin du irône à Christian-le-Tyran : aussi n'y eut-il jamais en Suéde un homme plus chargé de la haine publique que Gustave Trolle*. Dans la guerre qui suivit , Tanimosité des paysans s'exerça surtout contre les personnes et les biens des évêques -, les moines et les clercs en générai ne furent pas à Tabri de ces sentimens hostiles , qu'ils provoquaient par leurs mœurs licencieuses et leur profonde corruption *. L'Église eut beaucoup à soufTrir de cette guerre et de la part même de Christian, qui n'épargnait pas même ses amis*. Cependant le clergé formait encore l'ordre le plus riche du pays et le plus puissant par l'influence de son bas clergé.

Celait au milieu de ces difticultés que Gustave devait faire revivre un pouvoir qui n'existait plus en Suéde , celui de la couronne : il devait marquer les commencemens de son régne par des demandes multipliées de sacrifices de toute sorte.

Deux sénateurs de Lubeck avaient déjà pré-

* Sur le bruil d'une réconciliation entre Gustave et Tarchevéque, les Dalécarliens écrivirent que si la chose était vraie, ils ne pourraient pas tenir leur serment de fidélité. Leur franchise ne devait pas l'indisposer. — L*arcbeYèque continuant néanmoins de fomenter des troubles, ils menacèrent de s'armer contre lui, de faire une levée depuis quinze ans et au-dessus et de le combattre tant qu'ils ne manqueraient pas de flèches. ( Voyez Bandlingar till Skand. hist,, 4 dcl., pages 352, 356. )

' Gustave avait deux chapelains, dont l'un tue son confrère d'un coup de hache de combat an milieu d*un repas. (Voyez Handlingar till Skand. MtL, t. 17, p. 80. } Le même volume parle des mœurs corrompues de l'ordre des mendia ns.

* Voyez la lettre de l'évoque Brask â la cour de Rome , en date du 5 mars 1533, avant l'avéncment de Gustave : « Ecclesia arosienais in maximd paupertate relicta. — Strengnesensis clerus ter iino anno spoliatuê. — Scarensis ecclesia per hostes incensa. — Vpsaliensis tôt afflictionibus preventa. — f^exionenêis in terminis hostium, — Lincopensis communis prœda, — Et si le clergé se plaint, il devient l'objet des railleries : Sarcasticas consolationes. » Il attribue tontes ces iribulalions à l'hérésie de Luther, qui commence à faire des progrès dans le pays.

sente à la diéle d'élection deStrengnlis, en 1523^ le compte des secours donnés pendant le siège de Stockholm; ils en avaient réclamé le rem-» boursement immédiat, ou bien, en c»s de retard, ils exigeaient comme indemnité la con« firmalion des privilèges commerciaux de Lubeck^ sans restriction, par tout le royaume, et conformément au projet dressé par les négocians de cette ville eux-mêmes. Cette puissante république commerçante, qui se vantail de faire et de défaire les rois dans le Nord * , venait de conclure un traité avec Frédéric, roi de Danemark, et lui avait promis du secours à cer^ laines conditions pour l'aider à s'emparer de la couronne de Suéde. Les légats proférèrent ôva menaces contre Gustave' : la négociation à la reddition de Stockholm dépendait de la volonté de leurs mandataires. On fut obligé de leur accorder toutes leurs demandes*.

Christian , par ses alliances, était encore à craindre * , quoiqu'il ne lui resldit des trois couronnes du nord au commencement de 152^ ^ que rtic de Gottland dans la Ballique: « Les affaires, lui écrit Séverin Norrby, en sont au point qu'il ne reste à votre majesté que celle misérable terre. » Norrby commandait en son nom dans cette île, d'où il exerçait la piraterie contre les vaisseaux de toutes les nations. Gustave et Frédéric , le sénat suédois et le sénat danois avaient en vain tenté d'ébranler sa fidélité : dans ses lettres au roi déchu , Norrby se plaint des trahisons dont il est victime. KaN mar, qui avait été si bien approvisionné par lui pour toute une année, s'était cependant rendu avec une lâcheté qui méritait un châtiment

* « Ce sont les Lubeckois et leur parti qui ont imposé un nouveau roi à la Suède à notre place, » dit ChrisUan II a un chanoine de Cologne dans une lettre datée de Berlin le 26 septembre ]â27. (Voyez Archives de Christian II. )

■« Càloratis verbis obductas minas. » (Lettre de l'évéque de Skara à celui de Linkôping, Brask. ) Celle-ci ne voulut pas se rendre à la diète.

* Lubeck et Dantzig, ainsi que les villes composant la ligne anséalique, eurent le privilège exclusîT du commerce en Suède avec exemption de droits d'entrée par lettres séparées du roi et du s6nal. Un seul sénateur flnnois. Canut Kriksson Kurk, refusa d'apposer sa signature à cet acte.

* La Norvège le destitua le 5 aoAt 1523. I/année suivante, les villes de Malmô et de Copenhague se renilirent au roi Frédéric. Gustave envoya un renfort d'une coniptiguie à Tarmée du roi Frédéric, qui assiégeait la première ville; il aida aussi â la conquête de IMc de Boruholm avec dU vaisseaux. (Voyez Tégcl.)

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