CHAPITRE IX
exemplaire. Dans la Finlande , qui formait la province la plus importante de la Suède par ses revenus ^ les soldats du roi ne s'étaient pas mieux conduits. Norrby arriva trop tard , car il avait voulu appeler les Russes même à son secours: «Gusta've Ériksson, écrit -il dans rhiverde lô24, arme maintenant pour attaquer Gottland aussitôt que les glaces de la Baltique se rompront-, si Ttle ne peut être défendue efficacement contre les Suédois par des secours venant de Christian, il demande quMl lui soit permis d*entamer de suite des négociations, u afin que le pays ne soit pas enlevé à la couronne de Banemaric*. » L'attaque contre Gottland , dont ces circonstances nous font déjÀ entrevoir Tissue, fut décidée à Fassemblée des seigneurs à Yadstena, au commencement de Tannée. Lubeck, qui avait surtout à souffrir de la piraterie de Norrby, avait poussé à cette expédition par un envoyé qui promit de la part de cette ville des secours en hommes, la remise de rintérêt de la dette et un dédommagement pour les frais de la guerre au cas où la Suéde ne pourrait se maintenir en possession de nie. L'évêque Brask, à Linkôping , au diocèse duquel Gottland appartenait et qui se plaignait déjà que les Allemands qui avaient conseillé l'expédition la feraient manquer, joignit ses prières à celles de l'envoyé, et Gustave se rendit, bien qu'à contre-cœur. Huit mille hommes et la flotte qui devait les transporter à Gottland furent mis sous le commandement de Bernhard de Melen , chevalier allemand qui avait abandonné le service de Christian et avait été nommé sénateur et gouverneur du château de Stegebourg : il avait épousé Marguerite Wasa , cousine du roi^ mais des discussions d'intérêt l'ayant rendue ennemie de ce dernier, elle ne fut pas étrangère à la conduite de son mari. Bernhard de Melen occupa le pays sans difficulté \ mais le siège de la ville et celui du château de Yisby furent conduits par lui avec une telle lenteur que Norrby , avec lequel il entra en conférences secrètes, gagna assez de temps pour livrer la ville au Danemark. Lubeck interposa sa médiation entre Gustave et Frédéric, qui eurent une entrevue personnelle à Malmô. D'après la convention ( recess ) du 1» septembre 1524, Gustave fut obligé de
• LcUres 0% séverin Norrby en date des 7 mars et 14 septembre 1622 et du u mars 1624. ( Voyez Archivée m de Christian n.) [
restituer le Bleking au Danemark et de remettre à une époque postérieure l'affaire du Gottland. Cependant il conserva provisoirement Bohuslân et repoussa les prétentions de suzeraineté du Danemark et le renouvellement de l'Union. La trahison de Bernhard de Melen devint de plus en plus patente : il entraîna ses soldats à lui rendre hommage et à lui prêter serment de fidélité , et il occupa le château de Kalmar pour son propre compte , partit pour l'Allemagne afin de s'y renforcer et d'acquérir les moyens de recouvrer la Suède pour Christian II *. Le château de Kalmar ïut défendu avec une bravoure désespérée contre les attaques de Gustave , qui reprit cette ville non sans de grandes pertes et punit les hommes de la garnison comme traîtres. — Cesëvènemens se lient à la première révolte qui eut lieu contre Gustave , mais cette révolte , de môme que celles qui suivirent, remontait pak* ses -causes à des temps bien antérieurs.
Les principes de la réforme avaient commencé de pénétrer dans le Nord-, il fut bientôt reconnu que le roi en était le chef en Suède, quoiqu'il prit ses mesures avec ce mélange de condescendance, d'adresse et de résolution qui le distinguait dans toutes ses actions *. Ses opinions se fixèrent à mesure qu'elles furent éprouvées par les é?énemens. Deux frères , Olaus et Laurentius Pétri , qui avaient étudié à Wiltenberg, devinrent disciples de Luther, et de retour dans leur patrie, en 1519, ils y prêchèrent pour la première fois la nouvelle doctrine. Us attirèrent sur eux l'attention de Gustave, qui leur accorda sa protection , quoique l'évêque Brask , qui s'était déjà procuré la lettre d'Adrien YI relative à l'extermination de l'hérésie , réclamât l'établissement de commissaires inquisiteurs dans tous les diocèses et la prohibition de tous les écrits de Luther >. Le roi , qui correspondait lui-même
I La lettre, datée de Brandeaboarg, ]« mai 152C, se trouve dans les ArdUvee de Christian IL
* Ce ne fui point par conTictton ni par entraînement que Gustave embrassa les nouvelles erreurs ; ce fut par calcul et par intérêt. l\ Yonlait s'emparer desli* bertés publiques au profit de son pouvoir et des biens de rÉglise pour grossir son trésor : ce fut son unique but. Sa conduite envers le clergé , qui défendait ces deux choses, ne saurait être disculpée d*hypocrisie. Malheureusement pour le peuple de Suède, il réussi! dans son projet. {IVote de V éditeur.)
« Ut aliqul depulentur in certis dioectibus-lnqul-
ttlSTOmS DE SUEDE.
avee ce réformateur * , nomma prédicateur de Stockholm et lecrétaire de la ville Olaut Pétri, dont les sermons trés-bardis avaient déjà fixé ratleniion générale sous la diète d'élection à Strengnàs ; son frère putné Laurent fut nommé professeur à Upsala. Là le roi fil ouvrir des conférences sur les nouvelles doctrines et rédiger douze questions ' qui devaient être examinées plus tard dans un synode suédois'. Il nomma son chancelier Laurent Andreœ doyen du chapitre^ de Strengnàs, puis d'Upsala. Ce seigneur avait passé à Rome le temps de sa jeunesse, et maintenant, dans un âge avancé, il devenait le disciple des deux jeunes luthériens. On peut juger au surplus des principes du gouvernement relativement à la propriété des biens de TÊglise par celte réponse du chancelier aux moines d^ Yadstena , qui se plaignaient de la demande de secours adressée au couvent pour Texpédiiion destinée contre Gottland : « Le trésor de rEgliseapportientau peuple*, n
Trois mois après Tavénementdu roi au trône, lorsqu'il exposa Tétai des finances aux paysans
■itorts bereliea prsTiUUB. » Lettre de Bratk à Johannes Magnus, qui était arrivé eomnie légat du pape en 1523. (L. c, t. 17, p. 146.) Il engagea Gustave à faire écrire une lettre contre la propagation du nouveau culte (Voyez lAUerm d&mitU régi» contra opinionem luUerianamf ibid., p. 159.); mais une autre lettre du môme prinee à Tévêque Gustave Brask prouve qu'elle n'a Jamais été publiée. (Brasli, Skand. handl.t t. 13 , p. 58. ) — D^ox ans après . Gustave défendit A Brask de traduire et de publier la lettre du pape ni celle de l'empereur, non plus que celle du duc George de Saie contre Luther, sous prétexte qu'elles excitaient à la révolte. 11 supprinu l'imprimerie que révoque avait établie à S0derk6ping. {Skand, handL,
I Voyez une lettre du roi é Luther imprimée dans la Chronique des évéqueSf par Spégel.
^ Elles s'élevaient contre le pouvoir temporel de l'Église : « Periculosi puUulare incipit bereresis illa Lu- Iherena, per quemdam magislmm Olavum, in ecciesia •trengnesensi, prssertim directa contrasancts romanas Ecclcsic ac eecleslastieam libertalem ad eflfectum. ut status modem» Ecclesfc redueatar ad mendicitatem et Btatum Eeclesice primitive » ;( Brask à l'évcque de Skara, 12iuUlet ik2i.^Skaf^. kandl., t. t7, p. 143.)
* La discussion eut lieu les jours de Moél 1&24 entre Olaus Pétri et le docteur PederGalICr doyen du chapitre des eaiboliques. Les deui champions écrivirent leurs réponses aux questions que le roi avait posées; eUes furent imprimées.
* « Quando dicimof Ecdesi» peeuaian , quid aliud, quam pecunlan: popuH dicimosP • [Skand, kandl.t t. 17, p. 206.)
réunis à la foire de Vestcrls, le 8 septembre 1523 f il étalua à 960,000 marcs la dépense de la guerre % ce qui rayait entraîné à contracter de grandes dettes. Celle de Lubeck , telle qu'elle fui reconnue par la diète de StrengnAs . DMinlaità la somme de 68^681 marcs lubeckois, pour les munitions de guerre , et 8,609 marcs en ayances d'argent * non compris 200,000 florins pour la solde des mercenaires * -, ceux-ci furent cependant payés du produit de la yente de Targenterie des églises, el il ne fut plus question de cette dette. A ces sommes , il faut igouter celles dont on avait besoin pour la conquête de la Finlande et Texpédition contre Gottland, la répression des révoltes el rétablissement el Tentretien d'un nouveau gouvernement. Aussi les premières années du règne de Gustave furenUelles marquées parla création d'impôts nouveaux et extraordinaires qui (Vappèrent surtout l'Église, ce dont le roi s'excusa sur les besoins de l'État ^ Dès 1522, on avait commencé de taxer le clergé et les biens de l'Église ; en 1523 on mit sur les églises et les couvens du royaume un impôt en argent sous le nom d'em • prtmt; en 1524 on demanda de nouveaux secours pour l'expédition de Gottland : dans celte circonstance, le roi fit monnayer sa propre argenterie. En 1525 on logea des cavaliers dans les couvens \ on envoya des soldats aux chapitres avec ordre & ceux-ci de les entretenir. En 1Ô26 le roi s'empara des deux tiers des dtmes du clergé , et il se plaignit de ce que ce moyen ne lui avait pas procuré les ressources qu'il en
* Voyez Faut, Dissert, de cauêêiM, ob quas Gustavo J^*, contra Christiemum II, opitulati fuerint Lubecenses, Upsala, 1783. — Celte somme montait à 400/)00 thalers en argent de nos Jours.
> Tégel » Sartorius, Geseh. des Bans. Bfmdes,i, Z, p. 1Ô9. — Les Lubeckois demandaient deux marcs suédois pour un marc de Lul^eck. Le roi ne voulut pas accéder h celle demande.
* Voyez M lettre h révoque Brask dans Linkôpings BibL kandl., t. 2, p. 302.
* « Loquutus sum majeatati su» de granamine ecclesiarum ; respondit» profusis laerymis, quod nulli mortalium plus dIspUcere possii eadem eiacUu quam sibi, et quod eam nécessitas et nuila voluntas majestatls sus imperaret. » Jobannes Magnus, lettre de l'évéqae Brask du l"" août 1^23. [Skand, handt,y L 17, p. 1&7.) 11 est probable que les larmes du roi sont un ornement oratoire de Jobannes Magnus*; car, dans i>a« lettre de Gustave i l'évéque Brask sur le mêm» sujet ^ le prince parait bien loin de s'attendrir. (ViPiei Skand, kandl,^ i, 14, p. &0. )
* Qu'en §aU-il ? (Ffote de V^Miewr.)