‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 91 sur 275 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

les provinces , des eonservateurs et conseillers de religion (religions ràd) avec des assesseurs nommés seniores. Ils devaient avoir pour fonction de régler les aiïaires de TÉglise. Il paraît cependant que ^cctle institution n^exista jamais qu'en projet. Ce qui est certain , c'est que Nornian fit des visites dans les diocèses , que le roi s'appropria le reste de l'argenterie des Eglises et qu'il donna en échange, en 1541 , un exemplaire de la traduction de la Bible, qu'enfin les titres et l'autorité des évêques furent changés. Après 1544, le roi ne donna le titre d'évôquc qu'à l'archevêque d'Upsala ^ les autres furent appelés ordinarii. Le roi leur partageait les diocèses selon son bon plaisir, (( i>arce que les évêques avaient de trop grands évèchés et commandemens '. )> Les diocèses d'Upsala et de LinkOping se trouvaient divisés chacun en trois parties & la fin du gouvernement du roi ] ceux de Testeras et de Slrengnâs l'avaient été chacun en deux *. Dans tous les pays où la réforme s'est établie, on remarque d'abord une grande incertitude dans la question de savoir à qui appartient l'autorité suprême dans les afTaires de l'Église. Gustave se l'attribua : ((Vous voulez en savoir plus que nous et que beaucoup d'hommes instruits, écrivait-il aux paysans de l'Upland, et vous tenez plus aux abus et aux trahisons des anciens évêques et des papistes qu'à la parole vivante de Dieu et de l'Évangile. Vous avez tort : gardez vos maisons, vos champs et vos prairies, vos femmes, vos enfans et votre bétail ; mais ne vous mêlez pas de décider dans les questions de religion et de gouvernement ^ car c'est à nous, en qualité de roi chrétien et avec l'aide de Dieu, à vous dicter des ordres et à vous tracer des règles ^ ainsi , à moins (jue vous ne veuillez attirer sur vous les effets de notre colère , vous nous obéirez, soit dans les affaires de l'Etat, soit dans celles de la religion '. )> Le roi s'allia avec la noblesse contre l'Église -, il confirma ses i^riviléges en 1526. A la diète de Vcslerâs, il avait formellement invité les nol>Ies à prendre part aux biens 8é(|ucstrés do l'Église; mais

* G:ipsholm, 5 mars 1538.

«Spégel, p. 114.

> Quel c onvertissear ! Et l'on ne veut pas qu'à la vue d*une Uberté si étrange, les paysans préférassent la vraie religion aux opinions nouvelles, bonnes seulement à enrichir le roi et à favoriser son despotisme. {IVote de Véditeur.)

cette alliance lui étant devenue bientôt onéreuse, il défendit en 1538 à tout individu de toucher aux propriétés du clergé avant d'avoir établi ses droits devant lui. Mais la noblesse avait déjà usé de la permission qu'elle avait reçue, et le peuple murmurait hautement : « Vous et vos pareils , écrivait le roi à George Gyllenstjerna*, vous vivez comme si le pays était sans loi ni roi. » Il disait à la noblesse : «Vous avez la main prompte à saisir des champs et d'autres propriétés du clergé : à cet égard , vous êtes tous chrétiens, et disciples de l'Évangile. » La sédition qui avait éclaté pendant la guerre avecLubeck était surtout dirigée contre la noblesse. Cet esprit de révolte se communiqua à toutes les provinces voisines de Suède. Dès 1537, des troubles agitèrent le Smâland ; les paysans annoncèrent qu'ils voulaient « détruire la noblesse jusqu'à la racine *. » Ils lié* chirent pour un moment sous la rigueur; mais le mécontentement était plus profond que jamais, et en 1542 le soulèvement fui général dans celte province. L'insurrectioo avait à sa tête Nils Dacke, paysan qui, pour échapper à la punition d'un meurtre qu'il avail commis, avait cherché un asile dans la forêts Souvent son armée montait jusqu'à dix mille hommes. Il tint tête à toutes les forces réunies de Gustave: «Car (c'est ce dont on se plaignait) les paysans évitaient de se montrer en rase campagne ; et quand ils étaient attaqués par les gens de guerre, ils faisaient c^mme les loups, et se retiraient dans les bois. » Cette ré*volte s'étendit de diocèse en diocèse, ou plutôt de forêt en forêt, par la Vestrogothie et l'Ostrogothie jusqu'à la Sudermanie. louaient d'abord à la faveur de la nuit des émissaires secrets qui enrôlaient â^s partisans pour le bien des paysans et le salut de la religion '• La prêtre de la paroisse était-il marié, sa maison était aussitôt livrée au pillage. Le même sori frappait les riches paysans et les sergens de province (lànsman) on les appelait les flatteurs des seigneurs (herrehycklare) : do cotte manière, ils rendaient la majorité complice de leurs crimes, et ils avançaient toujours. Ils se glissaient dans les chemins détournés, dans les sentiers, sur la lisière des bois , n'osant pas se montrer

' Gripsholm, 5 mars 1538.

■ Tégel, t. 2, p. 92.

* archives du royaume.

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dans les plaines. Tout ce qui appartenait à la noblesse était saisi de suite sans que personne osât réclamer. Tous ceux qui servaient à ,1a cour étaient comptés parmi les esclaves des grands. Ces émissaires s'annonçaient comme soutiens du commerce et ennemis des nobles et des courtisans ; ils ne voulaient que ramener le christianisme à sa pureté primitive, abolir la messe en suédois et tout rétablir sur l'ancien pied. Les employés du roi (/bgfdar ) furent tués et les châteaux de la noblesse dévastés. Ils voulurent doilner la couronne à Svante Sture, qui demeura fidèle h Gustave. En vain le'roi oITrit-il leur pardon aux séditieux s'ils voulaient rentrer sous^robéissance -, il parait, par les plaintes portées pendant le cours de ces négociations, que les employés du roi et les 'nobles s'étaient livrés A des actes d'injustice dont le roi cherchait à s'excuser en disant qu'ils avaient été commis à son insu : <( Vous arrachez, écrivait le roi à ses employés , à de pauvres paysans tout ce qu'ils possèdent, peutêtre souvent sans raison. Il en résulte que, quand ils sont réduits à la misère , il ne leur reste d'autre ressource que d'abandonner femmes et enfans, maisons et terres, et d'aller se Joindre aux brigands dans les bois. » Mais plusieurs ordonnances royales avaient pour ainsi dire autorisé ces exactions. De vieux prêtres poussaient à la révolte, élevant les mains au ciel et maudissant le roi dans les églises '. Un ^mistice fut convenu avec le roi : il fut bientôt rompu. Dacke gouverna suivant son bon plaisir en Smftland et en Oland. Les réfugiés suédois, le duc Albrekl de Mecklenbourg , le comte palatin Frédéric , qui anoblit Dacke , et l'empereur Charles V, par son chancelier Granvilla, entrèrent en négociations avec les paysans*. Pendant cette révolte, il y eut des momens où Gustave désespérait de sa couronne et de sa vie. Enfin il triompha dans l'été de 1543. Abandonné par tous,[Dacke erra dans les forêts du Bleking , et enfin , suivant l'opinion généralement admise ( car quelquesuns prétendent qu'il s'enfuit en Allemagne ), il fut atteint par ses persécuteurs ; un coup de

' La plainte . si natarelle dans la bouehe de la vic- •Ume, a toi^ours passé aux yeux de l'oppresseur pour une malédiction. {Note de Véditeur,)

' Le plein pouvoir donné A Granvilla par l'empereur est daté de Barcelonne » 23 octobre 1542. ( Voyez | mitfeld.)

flèche termina sa vie*. Telle fut l'issue de la révolte la plus redoutable que Gustave ait eu à réprimer ; ce fut aussi la dernière. La haute Suède lui était resté fidèle, et le^ Dalécarliens marchèrent volontairement à son secours.

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