‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 90 sur 275 · CHAPITRE rx · texte numérisé non relu

CHAPITRE rx

la trokiëme et dernière insurrection des Dalécarliens contre Gustave I".

Dans le même temps, Lubeck faisait ses derniers efforts pour conserver ses privilèges en Suède , (( car les Lubeckois , qui voulaient régner sur la Baltique et Jouir d'avantages exclusifs*, » ne voyaient pas sans Jalousie les Hollandais partager avec eux le commerce du Nord. Ils n'avaient rien épargné pour écraser le pouvoir de Christian II , parce qu'il favorisait leurs rivaux*, et plus tard ils voulurent le délivrer et le replacer surlelrône. En 1526, Gustave avait déjà signé un traité avec Marguerite , régente des Pays-Bas , ce qui n'empêcha pas celle-ci de prêter son appui à Christian dans sa dernière tentative -, mais le refroidissement qui avait eu lieu dans leurs relations ne fut pas de longue durée. Lubeck demandait que la Suède et le Danemark déclarassent la guerre aux Hollandais^ elle suspendit sa querelle avec ceux-ci pour allumer la guerre dans le Nord. Marcus Meyer et Goerge Wollenwe^er , deux tribuns hardis , après avoir renversé l'ancien sénat de Lubeck , s'emparèrent, au nom du peuple, du gouvernement de la ville et anéantirent les forces de leur pairie dans l'espoir chimérique de créer ou de renverser à leur gré les rois du Nord. La mort du roi Frédéric ( 3 avril 1533) et les discordes civiles qui éclatèrent en Danemark au sujet de la succession favorisèrent leurs plans. Ils se servirent du Jeune Svante Sture (fils du dernier régent qui était tombé entre leurs .mains) pour troubler la tranquillité de la Suède. Le Jeune homme au cœur généreux et aux senlimens patriotiques refusa d'attacher son nom à la révolte. Ils trouvèrent un instrument plus docile dans le comte Jean de Hoya , que Christian II compte parmi ceux que u les villes anséatiques avaient choisis pour gouverner en Suède'. » Gustave, comme nous l'avons déjà dit , l'avait marié à sa sœur, l'avait admis dans son conseil et l'avait doté de grands fiefs en Finlande. Il paraît que la froideur s'était glissée entre les deux beaux-frères à l'occasion du règlement de la dette de Lubeck fait par le

* Voyez le décret de la diète de Stockholm, 1526.

*Le traité avec le Danemark, en 1522, qui interdisait aux Hollandais le commerce de la Baltique, ne fut pas ratiflé, parce que l'empereur et la régente des Pays- Bas avaient déclaré que Christian avait entrepris son eipèdition contre leurs conseils.

» Voyez les Arekiv€$ de Christian II.

comte en 1529 et dont le montant s'élevait à 10,000 marcs au-dessus de la somme que Gustave reconnaissait*. Cette dette fut acquittée aux termes convenus, mais les Lubeckois dirent qu'il leur manquait 8 à 10,000 marcs. Gustave prétendit que le plénipotentiaire de cette ville avait détourné celte somme à son profit'. Il résulta de ces querelles que Lubeck mit l'embargo sur un navire du roi , et que le roi, de son côté, le mit sur tous les vaisseaux lubeckois qui mouillaient dans les ports de la Suède. La haine de Lubeck contre le roi se manifesta par des pamphlets, par des hostilités ouvertes et enfin par des tentatives secrètes contre sa personne. Le comte de Hoya s'enfuit de Suède avec sa femme et ses enfans ; on fêta son arrivée h Lubeck par des réjouissances publiques. Il se mit en rapport avec les exilés qui avaient quitté la Suède avant lui , et conjointement avec Bernhard de Melen et Gustave TroUe , il prépara la guerre qui éclata en 1534 et qui fut appelée la guerre du comte (grefvefejden)^ parce que ceux qui avaient le pouvoir à Lubeck mirent en avant le comte Christophe d'Oldenbourg dans leur attaque contre le Danemark. Ce furent les derniers efforts tentés pour la cause de Christian , en faveur de qui Lubeck s'était déclaré. Dans le Danemark, on voyait encore quelques restes de la lutte engagée entre la réforme et le catholicisme. Là lesbourgeois et les paysans s'étaient unis contre la noblesse, et ils agissaient avec autant de vigueur que de succès, car MaImO , Copenhague , les îles danoises , la Scanie , le Halland et le Bieking reconnurent en peu de temps le captif Christian pour leur roi. Lorsque tout espoir de le délivrer fut éteint , Lubeck soutint les prétenlions du duc Albreklde Mecklenbourg sur la couronne de Danemark ' et donna à son neveu Philippe l'espérance d'obtenir celle de Suède, bien que le comte Christophe d'Oldenbourg eût pour son propre compte des desseins opposés et que le comte palatin Frédéric, plus tard électeur et beau-Ois de Christian, fit aussi valoir ses droits du fond de l'Allemagne et qu'avec le secours de l'empereur il eût trouvé des partisans dans le nord delà Norvège^.

. «Voyez Tégel, p. 22i.

> Voyez les archives du royaume, ' n était marié avec la fille de Christian II. * Pour punir la Norvège d'avoir embrassé la caufc de

Le danger commun resserra les liens qui finissaient la Suède el le Danemark', liens formés par le sénat danois en 1534 et maintenus plus lard par Christian , fils aîné de Frédéric , qui monta sur le trône après une lutte de dixhuit mois • . Les Lubeckois furent chassés de la Scanie, du Ilalland et du BIcking par l'armée de Gustave 5 leur flotte fut battue par les flottes combinées des deux royaumes. Leurs affaires déclinèrent aussi en Danemark après le désastre qu'ils avaient éprouvé en Fionie , où Gustave TroUe fut mortellement blessé. Copenhague, Adèle à ses intérêts commerciaux , se défendit plus d'une année -, il y eut sur la fln une disette si affreuse que des hommes tombaient morts d'inanition au milieu des rues et qu'on vil des enfans sucer Jusqu'au sang la mamelle de leurs mères expirantes*. Lubeck se vit obligée de conclure la paix avec le Danemark en 1636 5 la guerre de Suède s'éteignit égstement. Mais le mécontentement de Gustave de ce que le Danemark avait fait une paix particulière à des condilions par lesquelles il se croyait lésé . les discussions qui s'élevèrent au «ujet du remboursement des fonds donnés à Christian III et quelques autres difficultés étaient sur le point de rallumer la guerre entre les deux souverains ; mais une entrevue qu'ils eurent à BrOmsebro rétablit entre eux la bonne intelligence -, ils signèrent pour leur royaume une alliance de cinquante ans. Les villes anséatiques, après leur dernière tentative, ne purent Jamais regagner leurs privilèges. La faction qui avait jeté dans Lubeck les brandons de la guerre fût complètement renversée. Elle avait encore dans ses projets le plan d'une conjuration contre Gustave : il devait être assassiné et Stockholm remis aux mains des Lubeckois. Leurs machinations furent découvertes, elceux ! qui les avaient ourdies (c'étaient en partie des | bourgeois allemands ) reçurent leur châtiment en 1536. Quatre ans après, Olaus Pctrî et Laurentius Andreœ furent accusés de non révélation -, ils furent orrôlés et condamnés à mort. Laurentius Pétri , qui en 1631 avait été nommé

Christian 11 , Il fui arrêté à l'assemblée des seigneurs de Copenhague qu'elle n'aurait plus de sénat particulier et qu'elleserait considérée désormais comme province.

* Il visita Gustave à Stockholm en 153Ô.

• Quand les plus alTamés demandèrent à capituler, on leur repondit que les mères n'avaient pas encore dévoré leurs enfans, comme à Jérusalem. (Voyez HivitfeIdO

le premier archevêque réformé, fut obligé d'assister au jugement de son frère*. Le roi leur fit grûce de la vie , non toutefois sans en tirer de fortes amendes ; il consentit à la réintégration d'Olaus Pelri comme curé de la capitale. Les deux frères avaient été chanceliers du roi : ce sont les derniers clercs (|ui en Suède aient été chargés de semblables fonctions.

L'œuvre de la réforme se propageait dans les royaumes du Nord. On dit que Gustave donna à Christian III le conseil d'abaisser le pouvoir des évèques et de comprimer leur influence. Les sénateurs laïcs s'engagèrent avec le roi à ne jamais permettre qu'aucun évèque s'emparât d'un pouvoir temporel ou spirituel * dans le royaume. En 1536, le même jour, tous les évèques de Danemark furent emprisonnés , et l'on séquestra les biens de l'Église au proût de la couronne. Gustave était alors indisposé contre son clergé protestant. Il reprocha aux docteurs de la nouvelle doctrine d'exaspérer le peuple par des changcmcns irréfléchis dans les anciens rites de l'Église et en même temps de montrer trop de penchant à censurer sa personne ou son gouvernement. Olaus Pétri, courageux et véhément , s'était attiré sa disgrâce : « La cause des troubles et de la révolte, écrivait le roi au premier archevêque protestant ^y est dans l'ignorance du peuple avant sa conversion ; il fallait enseigner d'abord et réformer ensuite. Vous êtes des prédicateurs et non des seigneurs. Ne croyez pas que nous soyons assez faibles pour remettre l'épée aux mains des évèques. » Gustave était tenté de supprimer la dignité épiscopale et de donner à l'Eglise suédoise des institutions presbytériennes. George Norman, recommandé au roi par Mélanchton ^, fut nommé surintendant de tout le clergé du royaume ". D'après une instruction répandue en 1540 », il avait sous ses ordres, dans toutes

"Voyez Mcssénius, Scondia, V, pages 71, 8G.

' La conccntraUon de ces deux pouvoirs dans Je cher du gouvernemenl est une des plus grandes monstruosités d'une rérorme préchée au nom de la liberté de conscience. On voit de nos jours ce qu'elle produit dans les royaumes qui en ont été dotés. (iVbte de l'édit,)

3 ijn 24 avril 1539.

* Lettre de Mélanchton au roi, datée de Wittenberg, le 12 mai lô39. ( Voyez les collections de Palroskôld dans la BibliotMque d'Upêala,)

<*Spégel, p. 114.

• Voyez les Archives du royaume.

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