CHAPITRE X
le mode d'hërédilé de mâle en mAle ei par ordre de primogéniture. Erik y reçut des hommages solennels comme prince royal. Lie tonnerre qui gronda tout le temps de la cérémonie et un arc-en-ciel magnifique qui parut quelques instans après furent unanimement regardés comme un présage de Tavenir, mais très-diversement interprété : les uns n'y virent qu'un sujet de terreur , les autres y trouvèrent un sujet d'espérance. Dans son discours aux états, le roi exposa encore ses principes relativement à la réforme. Yoici en quoi ils consistaient : « Servir Dieu suivant sa loi et Taimer par-dessus toutes choses; croire en Jésu»-Christ comme en notre seul sauveur; étudier et enseigner avec ardeur la parole de Dieu ; aimer son prochain comme soi-même et observer le Décalogue , tel était le véritable culte à rendre à Dieu; en cela consistaient les bonnes œuvres : Dieu n'en avait pas ordonné d'autres. Mais la sainte Écriture ne parlait ni de cierges , ni de palmes, ni de messes pour le rachat des Ames, ni du culte des saints. Dieu avait au contraire défendu de telles pratiques. Il nous avait donné le saint sacrement comme gage et signe de la rémission de nos péchés , mais ce n'était pas pour l'encadrer d'or et d'argent et le promener autour des cimetières ou d'autres lieux *. » — «Voilà, disait-il, ce que nous voulons vous apprendre et vous enseigner, et nous espérons que Dieu nous aidera à nous conduire selon la justice. Nous sommes étonné que vous soyez si attachés à vos anciens prélats et à vos vieilles coutumes *. » Le pacte de succession de Yesterâs en date du 13 Janvier 1544 fut publié par la noblesse au nom de tous les
' Cette profession de foi montre que Gustave était nn bien pauvre théologien : écho des hérésiarques de son siècle, il reproduit comme étant une œuvre divine les erreurs de Luther et de Calvin. Tout ce qu'il y a de vrai dans ce discours appartient à l'enseignement de l'Église catholique : ce n'était pas une nouveauté ; 11 n'y avait de nouveau que la négation de quelques vérités antiques. {JVote de l'éditeur.)
* Cet attachement si raisonnable du peuple pour ses prélats réfute suffisamment les calomnies répandues par les réformateurs contre le clergé. Cet attachement fut cause que Gustave conserva des évéqueset des curés ; ainsi tout en détruisant le catholicisme , il conserva sa hiérarchie , an moins en apparence. Cette conservation de la forme avec un changement radical n'était qu'an acte d'hypocrisie et qui montrait au grand Jour le peu de conviction religieuse de ce prince. (iVbfa d^ Piditeur,)
états * ; elle se dit l'appui et le bras de la couronne de Suède *. A la diète de Strengnâs, les états se déclarèrent prêts à reconnaître et à faire respecter le testament que sa majesté a fait ou fera en faveur de ses enfans. L'arrêté de cette diète fut pris par le clergé', quoique d'autres actes prouvent que les états y donnèrent leur assentiment. Nous ferons observer que c'est la première fois après l'établissement de la réforme qu'il est fait mention dans les diètes de cet état , représenté aujourd'hui nonseulement par les évèques, mais aussi par les curés des villes et des campagnes, ce qui prouve qu'il était presque en entier composé de protestans. Après l'adoption du pacte de succession, il fut décidé, afin que sa majesté ne fût pas accablée de tant d'affaires et de soins, que deux sénateurs lui seraient adjoints pour le soulager dans ses fonctions, et qu'ils se relèveraient alternativement de mois en mois.
La tranquillité publique ne fut plus troublée pendant les dix ans qui suivirent la dernière révolte; cela nous laisse le temps d'étudier l'administration intérieure de Gustave. L'œuvre qu'il accomplit avait eu trois phases : la délivrance, la réforme et l'acte de succession. De ces trois périodes, la seconde avait dû être la plus difficile, et la troisième avait couronné le tout. Quel homme pendant sa vie eût pu remplir une telle tâche? — On devait voir reparaître encore une fois, mais sous un autre aspect, après la mort de Gustave, les dangers que l'Union avait fait nattre. Encore une fois la papauté devait lutter, non sans quelque chance de succès, pour regagner l'influence qu'elle venait de perdre. L'expérience d'une génération ne suffisait pas à la noblesse pour lui faire oublier que le pacte de succession lui avait enlevé une partie de ses privilèges. Pouvait-on espérer que de si grands travaux porteraient leurs fruits et que leurs résultats seraient sanctionnés par la durée d^un seul règne ? — Le fondateur du nouvel ordre de choses vit bien que cela n'était pas possible ,
* Parmi les nobles, on volt figurer aussi un prêtre . P&fvel de Floda ( diocèse de Strengnas ) et George Norman, qui assistait aui délibérations du sénat en qualité de surintendant.
' Voyez Stjemraan, Tïiibtcf. oeh mlftens beêlutt I. 1, p. 200.
* Le décret de la diète fut promulgué par le clergé des diocèses d'Upsala , de Testeras et de Strengnas.
et le pressentiment de tempêtes nouvelles pour l'avenir Je^ fil travailler jusqu'à son dernier soupir à raiïermissement de sa race , et cela avec une ardeur qui plus d'une fois lui fit fermer les yeux sur la nature des moyens qu'il mettait en usage.
Tout n'était qu'ébauché : rien de fixe dans la délimitation des frontières , rien de déterminé dans les rapports qui devaient exister entre l'Église et l'État ; le décret de la dicte de Vesterâs (1527), qui les avait établis, était soumis à de continuelles modifications. Les revenus des évêques, des chanoines, des cathédrales et des couvens avaient été laissés par ce décret à la disposition du roi, de sorte qu'il était chargé de fixer ce qu'il croyait nécessaire à leur entretien et d'appliquer le reste aux besoins de rÉtat. Le retour immédiat de tous ces biens à la couronne ne fut pas une suite de cette mesure : le roi se contenta de s'approprier le numéraire et les rentes constituées par des contrats signés des évêques, des chapitres, des préposés des églises , des clercs et des laïques. Tout cela changea peu à peu et cessa tout à fait après le pacte de succession. Le roi enleva leurs biens aux évoques, et ceux-ci n'eurent pour revenus que les deux tiers des dîmes qui, par la décision de Testeras, avaient été abandonnées à la couronne. Les terres 'des chanoines^ ainsi que leurs maisons et leurs logemens des villes, eurent le môme sort : le gouvernement s'en emparait aussitôt que leurs possesseurs venaient à mourir ou qu'ils étaient nommés à des cures de campagne. Le reste des biens des couvens fut aussi séquestré par le roi è mesure que la vie claustrale s'éloignait des mœurs publiques, de sorte qu'à la fin il ne resta dans les couvens de Yadstena , de Skenninge, de Nâdendal et de Skog que de vieilles religieuses entretenues par le roi. Des ordonnances spéciales, rendues en 1545 et dans les deux années suivantes, firent tomber dans le domaine royal les autres biens de l'Église qui n'étaient pas com[)ris dans les catégories susmentionnées ' ^ en retour le clergé toucha la dîme de la couronne. Le roi jugea nécessaire de prévenir les interprétations malveillantes en expliquant les motifs de cette mesure dans une lettre du 9 juillet 1647. C'est par ces moyens que Gustave s'est maintenu dans la possession
« Voyez Archives du royautM.
des biens de l'Eglise. Quant aux revenus, TÉglise protestante de Suède fut mieux traitée que beaucoup de ses sieurs des autres pays. Le premier archevêque luthérien entretenait à ses frais cinquante éludians à I-psala^ et son contemporain Martin Skyltc , évêque d'Àbo, en défrayait huit aux universités étrangères *. Le bas clergé conserva le tiers de la dtme qu'il avait toujours levée et continua d'être l'objel de la bienveillance du roi, quoiqu'il lui fût hostile. Il serait difiicile de citer une réforme religieuse opérée ainsi sans persécutions. Assez de victimes ont été sacrifiées à la politique pendant le règne de Gustave : la religion n'a pas fait couler une goutte de sang. Des prêtres, il est vrai, ont été destitués en assez grand nombre *; mais en général le roi se contenta de donner aux vieillards de jeunes ficaires. On le voit souvent régler lui-même entre eux les conditions de leur association et veiller à ce que les paroisses vacantes soient données aux prédicateurs évangéliqucs.
On ne peut guère reprocher au roi les abus qui se glissèrent dans l'exécution des décrets de Vesterâs : ils étaient dans la nature des choses. Combien les décisions écrites n'étaientelles pas laconiques et défectueuses à celte époque ! La tolérance de l'usage où était la noblesse de prendre sa part dans les pillages {skô/lingar) (c'était l'expression dont on se servait en parlant de la confiscation des biens de l'Église') poussait le roi à continuer ses confiscations pour sauver tout ce qui était possible. Comme nous l'avons déjà remarqué, la noblesse fut autorisée, à Vesterâs, à se faire restituer tout ce qui était échu aux convens et aux égliscM) depuis la réforme {r&fsl) de Charles Knutsson. 11 est vrai que la loi défendait à f]ui que ce fût de s'emparer de ce qui lui appartenait avant d'avoir prouvé son droit devant le ting par le témoignage de douze hommes. Aîais
' Voyez Bhyzelins , Chronique dês évêques , p. 344. — On peut regarder les cinquante éludians qu'entretenait Laurenlius Pelri, sur les ordres du roi, conimc autant de champions à opposer aux iittaques des chanoines catholiques d'Upsala. (Messénius, Scondia, \\ p. 55.)
* \ oyez les Archives du royaume, Hallenberg , De la valeur des monnaies et des marchandises pendant le règne de Gustave I", p. 232.
* Le roi se plaint de ce que son employé Nils Westgôte ne lui rend pas compte des pUlages qui ont eu lieu dans sa préfecture (1544).