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FABRICATION

Historique et prix de revient. — Procédés de fabrication. — Garanties pour lÉtat.

Lorsque, en 1848, l'usage du timbre-poste fut adopté en France, l'Administration, à court de temps pour la fabrication, s'adressa d'abord à l'ingénieur anglais Perkins, qui demanda un délai de six mois pour livrer, à raison d'un franc la feuille de 240 exemplaires, la quantité nécessaire pour la mise en œuvre du nouveau système : c'était trop de temps et trop d'argent!

Deux compositions furent alors proposées, et une commission spéciale, à la tète de laquelle était M. Pelouze, président de la Commission des Monnaies, adopta notre premier type Tête de la Liberté. La gravure du coin-type fut exécutée en cinq semaines.

'](i HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

Au début, et jusqu'en 185 1, les timbres-poste sont fiibriqués à la Monnaie, en régie; puis M. Hulot entreprend, sous la direction, la surveillance et le contrôle de la Commission des Monnaies, la fabrication pour son compte personnel, à raison de I fr. 50 centimes le mille. Un arrêté du 2 avril 185 1 nomme ensuite M. Hulot directeur de la fabrication et fixe ainsi les prix de rétribution : I franc par mille pour les 200 premiers millions; 90 centimes pour les 200 millions suivants, et 80 centimes pour les quantités excédantes.

A la suite d'offres de concurrence, les bases de la rétribution de M. Hulot sont abaissées, au mois de janvier 1869, à éo centimes par mille pour les 500 premiers millions, et à 50 centimes par mille pour le surplus; le nouveau traité spécifie, en outre, l'abandon à l'État de la propriété des planches.

En 1875, à l'occasion de l'adoption du type allégorique actuel h Commerce et la Paix s'unissant pour régner sur le Monde, la fabrication est retirée à l'industrie privée et transportée de la Monnaie à la Banque de France, pour être exécutée d'après un traité basé sur le système de la régie;

on obtient ainsi la diminution progressive du prix de revient, à 58 centimes en 1876 ; à 39 centimes en 1877 ; à 34 centimes en 1878 ainsi qu'en 1879.

Le traité passé avec la Banque de France expire le i^"" juillet 1880. L'Administration rachète alors l'outillage et s'assure la prolongation du bail du vaste local de la rue d'Hauteville, n° 36, où déjà étaient installés les ateliers. Depuis, elle pourvoit elle-même à la fabrication des valeurs fiduciaires relatives au service. Sous la direction de l'un de nos jjklus savants ingénieurs et habiles chimistes, secondé par un chef d'atelier capable et très expérimenté, le prix de revient baisse encore : il est de 32 centimes par mille en 1880; reste à peu près stationnaire à 27 centimes pendant plusieurs années, diminuant toutefois de nouveau pour arriver en 1888 à o fr. 2435, c'est-à-dire à moins de un sixième du prix du début.

Le service de la fabrication et de l'agence comptable occupe environ 250 personnes : graveurs, compositeurs, mécaniciens, chauffeurs, galvanoplastes, fondeurs, broyeurs, gommeurs,... etc. Limité d'abord aux timbres-poste, il s'est étendu successivement aux chiffres-taxes, aux cartes pos-

taies, aux bandes et enveloppes timbrées, aux cartes-lettres, aux cartes-télégrammes, ouvertes et fermées, aux enveloppes du service pneumatique, aux tickets téléphoniques, aux mandats et aux bons de poste ; il comprend encore les timbresépargne, établis d'abord sous forme de timbres mobiles et, depuis le i'^" juillet 1889, dans le corps même des souches d'inscription des dépôts de fonds à la Caisse nationale d'épargne.

Il est procédé de la manière suivante à la fabrication des timbres-poste :

Le graveur étabUt le prototype en reproduisant en relief sur acier le dessin de la figurine; c'est la partie essentiellement artistique du travail.

Avec ce prototype, on frappe, à l'aide d'un balancier, des blocs de plomb rendant en creux les reUefs du type gravé original; puis, au moyen de ces plombs, on obtient, par la galvanoplastie, des chchés reproduisant fidèlement en cuivre le prototype. A leur tour, ces clichés servent à frapper de nouveaux blocs qui, réunis, forment des planches de chchés de 50 types. L'assemblage de six de ces chchés produit la planche de 300 figurines servant à l'impression d'une feuille, et les

planches reconnues irréprochables sont livrées à l'imprimeur.

L'encrage s'opère d'après les procédés ordinaires, et l'impression se fait, au moyen de la presse, sur des feuilles de papier préalablement recouvertes d'une teinte de fond qui rend impossible le report sur pierre.

Après séchage, les feuilles passent à l'atelier du gommage^ opération qui nécessite annuellement la quantité énorme de 40 000 kilogrammes de gomme du Sénégal. Il y est procédé au moyen de machines sur chacune desquelles passent environ 700 feuilles à l'heure. Les feuilles sont ensuite séchées de nouveau et redressées sous la presse. Finalement, placées dans des châssis, avec les minutieuses précautions nécessaires pour que les rangées d'aiguilles emporte-pièces portent exactement dans l'étroit intervalle séparant les figurines imprimées, elles sont pointillées par des machines perforeuses qui traitent près de 300 feuilles chacune à l'heure.

La fabrication des cartes postales ne comportant ni teinte de fond, ni gommage, par conséquent pas de séchages répétés, est beaucoup plus simple

que celle des timbres-poste. Le prix de revient des cartes postales, qui était encore de 5 fr. 90 centimes le mille en 1879, de 5 fr. 74 centimes en 1880 et de 4 fr. 96 en 1883, ^ baissé, comme celui des timbres-poste; il a été de 3 fr. 98 centimes en 1888. La principale dépense consiste ici dans la matière première, le papier-carte.

Pour les cartes-lettres, le travail est fort long, le pliage, le gommage et le perforage devant être faits pour chaque objet, un à un; aussi reviennentelles à environ 7 francs le mille.

Quant aux enveloppes timbrées, après Timpression par feuilles, elles sont découpées à l'aide d'un gabarit, gommées une à une, puis achevées par la plieuse-colleuse.

La fabrication achevée, les valeurs fiduciaires sont prises en charge par l'agent comptable, dont la responsabiUté est garantie par un cautionnement de 20 000 francs.

Les dispositions les plus minutieuses prémunissent l'Administration contre toute tentative d'abus : l'agent comptable se charge d'abord en compte des feuilles de papier blanc; ces feuilles qui, au cours des travaux, passeront dans de nombreuses

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mains, sont, avant toute opération, frappées d'un poinçon de contrôle qui garantit contre la possibilité d'une falsification clandestine au moyen de l'introduction subreptice de feuilles semblables.

Le chef d'atelier prend livraison, sur reçu, des feuilles en blanc destinées à l'impression ; il devra ultérieurement les remettre à l'agent comptable, réussies ou manquées; trimestriellement, les feuilles mal venues ou mises au rebut pour une cause quelconque sont contrôlées par une commission de surveillance qui en décharge l'agent comptable ; elles sont ensuite lacérées et mises au pilon.

Les timbres-poste fabriqués constituant des valeurs en caisse, sont envoyés aux receveurs des Postes par l'intermédiaire des receveurs principaux placés au chef-lieu de chaque département. Les récépissés de ces receveurs constituent la décharge de Tagent comptable.

En dehors de la comptabilité matière des valeurs fiduciaires, l'agent comptable en tient une seconde, celle des clichés, qui sont renfermés dans un coffre-fort à deux clés dont l'une est gardée par ce fonctionnaire, et l'autre par le chef d'ateUer.

Les clichés ne sont remis, pour les besoins du service, à ce dernier agent que sur son reçu. S'agit-il d'un poinçon devant servir à la frappe de nouveaux clichés, la surveillance de l'agent comptable n'est pas un seul instant interrompue : c'est sous ses yeux que s'opère la frappe et le poinçon est, séance tenante, réintégré dans le coffre-fort par les deux responsables.

Les clichés hors d'usage sont brisés en présence de la commission de surveillance.

Pour clore ce chapitre, quelques chiffres marquant l'importance progresssive de la fabrication, partant de l'emploi du timbre-poste, ne seront pas sans intérêt :

La première année (1849) la fabrication est de 21 millions de figurines et ne s'accroît que de 10 millions en cinq ans. La prime à Taffranchissement la porte tout d'un coup à 31 milUons en 1853, à 83 millions en 1854. Le chiffre du début est décuplé en 1858 (200 millions) et, onze années plus tard, l'année précédant la guerre, nous sommes à 550 millions. On retombe au-dessous de 500 millions en 1870 et 1871, à la suite de nos épreuves, en raison des augmentations de tarif qui en sont la

conséquence, notamment pour les imprimés, dont le nombre diminue à cause de l'élévation d'un à deux centimes du minimum d'affranchissement. Mais la reprise des affaires et le retour à un tarif libéral entraînent rapidement de nouvelles augmentations. La consommation actuelle excède le double de celle de 1869 ; elle est 60 fois plus importante que celle de la première année. L'agent comptable a livré au service en 1889 :

I 255 000 000 de timbres-poste, 42 000 000 de cartes postales, i5 000 000 d'enveloppes timbrées, 20 000 000 de bandes timbrées,

non compris la fabrication de la Tunisie et de la principauté de Monaco, exécutée également aux ateliers de la rue d'Hauteville.

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