I<e Christ et la Vierge sont au musée Bonnat, à Bayonne
Les sibylles
et prophètes
de
Saint-Sernin.
ment simple et gracieux vers l'adorant, au milieu des plis de son manteau traités avec largeur et noblesse.
Dans les statues dites des prophètes et des sibylles de Saint- Sernin, qui sont en terre cuite peinte, le réalisme est poussé à ses extrêmes limites, jusqu'à faire des prophètes, et surtout des sibylles, des types populaires de notre Midi, et de leurs costumes des documents d'une précision et d'un détail singuliers. Quelles que soient l'origine et la signification de ces figures, elles sont puissantes et laissent une impression profonde, comme aussi la tête d'homme d'armes du Musée, tête coiffée d'un bassinet à deux vantaux sur charnières, figure d'une laideur bestiale, peut-être un garde au tombeau du Christ.
La Mise au tombeau de la cathédrale de Saint-Etienne La
montre, en ses visages malheureusement mutilés, les exprès- ^^^^^ ^^ tombeai sions diverses de la douleur figurée sans déclamation, avec Saint-Etienne une force contenue et pénétrante. Enfin, l'Annonciation de L'Annonciation, la chapelle des Fourquevaux, aux Récollets (^), à laquelle P-crres tombales il manque la tête de la Vierge, n'est pas indigne des plus belles représentations de cette scène mystique, par son ange à l'attitude si harmonieuse et à l'expression si recueillie. Ce sont là, à coup sûr, des œuvres de choix, qui suffisent à la gloire de notre école d'imagiers. Les pierres tombales que conservée le Musée, celles des seigneurs Bernard de Comminges (mort en 1312), Roger de Sarrieu et Denys de Belbèze, celles de Jean de la Tissenderie, de l'archevêque Geoffroi de Vayrols et même de Dame Clémence, témoignent d'une technique aussi vigoureuse et de dons d'observation aussi personnels.
De la peinture du xiv® siècle et du xv^ siècle il ne reste La peinture, pas grand'chose. Dans la sacristie de Saint-Sernin se trouve un Crucifiement, aujourd'hui restauré, œuvre du début du xiv^ siècle, où s'affirme déjà un sens de la composition qui ferait songer à Giotto ou à son école. Les fresques de Notre- Dame du Taur (2), en très mauvais état, datent assurément du xv^ siècle; elles représentent des prophètes dans des attitudes contournées, tenant des banderoles avec inscrip-
Musée des Augustins.
Au-dessus du banc d'œuvre.
Le Christ en croix
du
Parlement.
Les miniatures.
tion. lya fresque découverte, en 1891, à la Dalbade, derrière le mur de la chapelle Sainte-Catherine ou du Mont-Carmel, est datée de 1454; on l'a transportée au musée Saint-Raymond ; le centre a disparu; on voit, à gauche, un pape nimbé et, à droite, un personnage nimbé se dirigeant avec des pèlerins vers le couvent de Sainte-Catherine, au mont Sinaï.
Beaucoup plus remarquable est le Crucifiement du musée Saint-Raymond, peint pour la grande salle du Parlement, où il fut placé jusqu'à la Révolution; c'est un document historique par les portraits de Charles VII et du dauphin lyouis, agenouillés au pied de la croix ; les détails des costumes sont faits pour intéresser l'historien; et l'on ne peut rester insensible à l'émotion douloureuse qui se dégage de la scène et que le peintre a su extérioriser.
Les miniatures des Annales, encore très simples et un peu enfantines au xiv® siècle, révèlent, au xv®, un grand progrès (^) ; ici encore les artistes savent voir et noter; l'art de la composition se développe. L'entrée du dauphin (1442) avec sa mère en croupe, l'attaque d'une ville (1445), surtout le roi Louis XII recevant la soumission du duc de Milan, une flotte de guerre sur la mer, sont autant de pages curieuses pour un chercheur et un artiste. Dès le début du xvi*^ siècle, on sent déjà l'influence de la Renaissance italienne; mais rien, il faut bien le dire, ne peut se comparer, même de loin, soit aux « très riches
I. I,es Miniatures avaient débuté, en 1295, par de simples « imaginées ». Elles représentaient les capitouls d'une façon impersonnelle, prêtant serment devant le viguitr royal et tenant dans le cadre restreint d'ime initiale {1295-1347). Cette phase, purement symbolique, s'est continuée pendant le xrv^ siècle. A partir de 1398, les miniatures prennent une importance plus grande, les capitouls sont associés à des scènes empruntées à l'histoire sainte ou profane. Après 1430, a écrit Joseph Maillot, qui vivait à la fin du xviii^ siècle : « I^e style avait bien changé et les têtes étaient bien rendues. « I,es enlumineurs étaient devenus de véritables artistes. I,es scènes historiques étaient remarquables d'exécution. C'est ainsi qu'on peut encore voir : l'Entrée du Dauphin (1438), l'Entrée de Charles VII (1441). I,es miniateurs n'ont pas négligé les scènes religieuses : la Descente de croix (1436) et VAnnonciation (1446) sont remarquables. Enfin, les miniatures tendent de plus en plus à s'agrandir. Ainsi, nous voj'ons pour la première fois celle de 1483-84, représentant la Rupture du Pont-Vieux, tenir toute une page (Baron Desazars de Montgaillard, Bull. Soc. d'Arch., 1903). I,e recensement des miniatures des Annales capitulaircs, publié par Roschach dans son ouvrage les Douze livres de l'histoire de Toulouse, doit être complété par le nouveau feuillet, inconnu jusqu'alors, décrit dans l'intéressante étude de l'érudit M. François Galabert, bibliothécaire-archiviste de la ville et des hospices de Toulouse, publiée dans les Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, 1903, p. 317.
heures du duc de Berry », par Paul de lyimbourg, soit, à plus forte raison, aux admirables miniatures de Jean Fouquet, pour le livre d'heures d'Etienne Chevalier (i).
Des verrières exécutées par nos artistes si réputés du Le vitrail, xv^ siècle, il ne subsiste pas aujourd'hui grand'chose. Disparus les dix-neuf merveilleux vitraux qui garnissaient les fenêtres de l'église des Jacobins, dont une partie a d'ailleurs été murée depuis; ceux de la rose de Saint-Etienne, qui datent du xv^ siècle, ont perdu, par des mutilations et des réparations maladroites, leur belle ordonnance de jadis, et se composent maintenant de pièces et de morceaux rapportés {^). Dans l'église, il ne reste que trois verrières, spécimens et documents d'un grand intérêt : celles des troisième et quatrième chapelles à droite du chœur, avec le portrait des donateurs, Pierre de Saint-Martial et Dominique de Florence, et, surtout, le vitrail du roi de France, offert par Denis du Moulin, en 1438, où figurent, avec l'archevêque, Charles VII et le dauphin Louis, le premier debout, couronné et couvert du manteau fleurdelysé, le second vêtu en chevalier, à genoux sur un coussin.
Il ne nous reste rien du mobilier du moyen âge à Toulouse ; L'orfèvrerie, rien non plus de la tapisserie, qui fut si florissante dans les Flandres et le Nord de la France à la même époque. Mais on peut encore admirer, dans le trésor de vSaint-Sernin, de beaux reliquaires du xii^ siècle et un encensoir du xv^. Des œuvres de nos argentiers-orfèvres, dont les documents notariés ont permis de dresser une liste assez abondante, bien peu subsistent aujourd'hui; pourtant, elles sont les rares témoins d'un art dans lequel Toulouse paraît avoir excellé.
Toulouse, à la fin du moyen âge, est enserrée dans une enceinte nouvelle, dont il reste encore des vestiges. Comme un grand nombre de nos villes, la nôtre s'est entourée de remparts au moment des guerres anglaises; commencées vers 1354, ces murailles étaient assez solides et assez continues pour que le Prince Noir n'ait pas tenté un siège en 1355.
La ville aux
xive et xve siècles.
La nouvelle
enceinte.
1. I,es premières à la Bibliothèque nationale, les deuxièmes au Musée de Chantilly.