CHAPITRE IX
LE XVF SIECLE. - LA HEAAISSAXCE.
L'HlTMAMSiME ET LES ARTS.
Au XVI® siècle, siècle d'essor prodigieux, un des plus riches de faits et d'éclats, Toulouse joue un rôle important dans l'histoire générale; elle s'honore des attentions et des visites royales ou princières; elle devient surtout un foyer d'humanisme et d'art. Epoque brillante, dont subsistent tant de monuments d'un ensemble peut-être unique en France.
Cependant, après de longues années de sécurité, la première Les guerres moitié du xvi® siècle apporte à Toulouse les alarmes et les ^^^^ Aragon. charges de la guerre. Les expéditions d'Italie ont entraîné une rivalité de la France avec le royaume d'Aragon; dès 1502, les hostilités commencent à la frontière du Roussillon, et notre ville doit fournir sa part de soldats, de vivres et de munitions. Après les désastreux traités de Blois, elle députe aux Etats généraux de Tours un capitoul et deux nobles, Jacques Ysalguier, sire de Clermont, et Denys de Beauvoir, seigneur de La Bastide, pour protester contre la cession de la Bourgogne aux Habsbourg et contre le mariage de Claude de France avec le futur Charles-Quint; ces députés s'associèrent au vœu général en faveur de l'union de la princesse avec François d'Angoulêrne.
Dangers I^a rivalité des Maisons de France et d'Autriche accrut le
du côté danger qui menaçait Toulouse, désignée, par son importance
et par sa proximité, aux convoitises des Espagnols. Dès 1513, lyouis XII, qui avait jusque-là laissé vacante la charge de gouverneur de lyanguedoc, la donne à Charles III, duc de Bourbon, le futur connétable, ce que confirme François I^^" (1515-1547). lyC sire de Tournon, lieutenant du duc, fit son entrée en compagnie d'Odet de Foix, vicomte de Lautrec, gouverneur de Guyenne, escorté de plus de cent chevaux; six capitouls le reçurent au couvent de Saint-Roch, avec les présents d'usage. Après la trahison du connétable (1523), Anne de Montmorency, maréchal de France, puis connétable, lui succéda; disgracié en 1541, il recouvre son titre et ses fonctions en 1547. Le gouvernement du Languedoc restera dès lors un apanage de sa famiUe jusqu'à la malheureuse aventure de son petit-fils, décapité, en 1632, dans la cour du Capitole.
Réparations La nécessité de garder la ville et d'en faire une solide base
à l'enceinte d'opérations amena le roi à ordonner la remise en état de ses fortifications. Elle eut lieu à partir de 1525, sous la direction de l'architecte Anchise de Bologne, envoyé par le maréchal de Lautrec ; on abattit les maisons hors les remparts, on répara les murailles; on construisit, du côté de l'est, des demi-lunes et des barbacanes. Après la bataille de Pavie (1526) et la capture du roi, le Parlement ordonna des prières publiques, interdit les fêtes et prescrivit de veiller à la défense du pays. Mais les Espagnols ne vinrent pas. En 1536, ils s'avancèrent jusqu'à Carcassonne et furent repoussés avec pertes. Après l'échec de François I^r sur Perpignan (1541), on craignit une invasion : Toulouse travailla de nouveau à ses murailles, et le capitoul Raimon de Rouer, baron de Fourquevaux, se jeta dans Carcassonne avec mille Toulousains; ils firent même une incursion dans l'Ampurdan (^), d'où ils rapportèrent un butin considérable (1544). La paix de Crespy, cette année même, mit fin aux alarmes. Toulouse vécut désormais sans appréhensions et envoya son contingent à l'armée royale qui s'empara des trois Evêchés (1552). Mais les Etats de Languedoc
I. Région située" sur le versant espagnol des P3Trénées-Orien taies.
avaient eu à fournir des subsides importants et le pays n'avait pas été sans pâtir des passages des gens de guerre.
Par malheur, la guerre s'est toujours accompagnée des plus désastreuses épidémies. La peste ravage Toulouse presque continuellement pendant ce demi-siècle; on la signale en 1502, 1503, 1506, année où elle enlève trois mille personnes, lye Parlement s'enfuit à Montauban, où il demeure jusqu'au 8 février 1507; mais les capitouls restèrent à leur poste. Le fléau reparaît en 1515, 1521, 1522, obligeant le Parlement à se sauver à Lavaur; puis, en 1527, le Parlement se transporte, pour la même raison, à Grenade. Un peu plus tard, la contagion recommence, plus violente que jamais; elle sévit en 1549-1550, surtout en 1557, infectant plus de quatre cent cinquante maisons de la ville. La famine précède ou accompagne la peste. Dans ce siècle de lumières, on était désarmé contre ces maux presque endémiques, qu'on finissait par subir avec une sorte de fatalisme. Ils forment l'envers d'un beau décor.
On oubliait ces calamités au spectacle des réceptions royales ou princières, qui ne furent, en aucun temps, plus magnifiques. Déjà, en 1526, le roi François I^^ avait manifesté son intention de passer par Toulouse, au retour de sa captivité de Madrid, pour remplir un vœu fait à des saints dont les reliques se trouvaient à Saint-Sernin. On avait tout préparé pour l'accueillir dignement, lorsqu'il changea de projet et confia au premier président, Jacques Minut, le soin de porter ses dévotions, en son nom, à l'église abbatiale. Mais, en 1533, se rendant à Marseille, où il devait rencontrer le pape Clément VII (^), le roi de France put satisfaire la curiosité des Toulousains et leur goût des beaux cortèges et des fêtes brillantes. Cinq entrées se succédèrent du 27 juillet au 2 août. Le 27, ce fut celle du duc de Montmorency, grand-maître et maréchal de France, accompagné de Pierre de Clermont- Lodève, son lieutenant. Le 30, ce fut celle de François, dauphin, et de ses frères les ducs d'Orléans et de Touraine; le 30, ce fut celle du cardinal Duprat, archevêque de Sens, légat du Saint-Siège et chancelier. Enfin, le i®^ août, le roi fit son
Pestes et famines.
François I^r
Toulouse (1533)
I. C'est là que fut célébré le mariage du prince Henri (le futur Henri II) avec Catherine de Médicis, nièce du pape.
entrée à cheval, en habit d'écarlate à broderies d'or, avec le collier de l'ordre de Saint-Michel, précédé du grand-maître, portant son attribut, le bâton fleurdelysé, et du grand écuyer, portant l'épée royale. Le 2 août, le reine Eléonore rejoignit son royal époux dans une litière couverte de drap d'or, attelée de deux chevaux caparaçonnés d'or, portant sur sa tête un bonnet de velours noir à plumes blanches et escortée de cent dames et damoiselles.
lyCS capitouls n'avaient rien négligé pour plaire à un monarque ami du faste et connaisseur en esprit et en beauté. Le Conseil général, convoqué, avait décidé de réaliser le « plus grand triomphe que faire se pourra «, par la collaboration de tous les artistes. Il fallut cependant tout improviser, car un incendie détruisit, huit jours avant l'entrée, les ateliers du réfectoire du collège Saint-Bernard, où travaillaient peintres et décorateurs. Une galerie s'éleva devant le couvent de Saint-Roch (^), soutenue par des colonnes ioniques, avec son plafond « étoffé d'or, d'azur et aultres fines couleurs », ses entrecolonnements garnis de drap vert et ses piédestaux portant des emblèmes. C'est là que fut reçu François I®^, venu du château de Balma, où il avait passé la nuit. A la porte Arnaud-Bernard, des n^anphes offrirent au roi les clefs de la ville et le peintre Bernard Nalot descendit, à cet effet, « d'une nuée d'encens ». Partout, sur le parcours, s'offraient des arcs de triomphe, des théâtres, des « chariots triomphaux » sur lesquels s'inscrivaient des devises latines fournies par nos humanistes, où étaient représentées des « histoires, moralités et fictions poétiques ». Des cavaliers tenant des branches de laurier, plus de deux mille hommes des métiers, « avec enseignes, fifres et tambourins de Suysse», encadraient, précédaient ou suivaient le dais ro^^al porté par huit capitouls, tête nue. Le même cérémonial accueillit, le lendemain, à la porte Narbonnaise, la reine Eléonore. Tout cela coûta fort cher(^); les plus riches Toulousains avaient avancé une bonne partie des frais : Jehan de Bernuy, i.ooo livres; Jehan NoUet, 675; Jehan de Pins, évêque de Rieux, 200 livres; Anthoine Ganellon, 450; Jacques Assézat, 25 seulement (^).