livres, 6 sols, 4 deniers tournois
3. Et il faut ajouter les présents faits aux souverains, orfèvreries d'or ou d'argent; une de ces pièces, offerte à la reine, pesait 24 marcs d'or.
François I*^^ séjourna une semaine à Toulouse, tint, le 4 août, un lit de justice solennel au Parlement. Quatre présidents l'avaient reçu sur les degrés extérieurs du Palais, pendant que l'attendait sur son siège le premier président, drapé dans son manteau écarlate doublé d'hermine mouchetée, coiffé du mortier à trois galons d'or. A cette époque, le Parlement était une autorité respectable et redoutée. François I^'' visita ensuite l'Université et lui accorda le privilège de créer des chevaliers es lois parmi les régents ayant une longue carrière dans l'enseignement. Le premier qui reçut l'épée, les éperons d'or, le collier et l'anneau fut le juriste Biaise d'Auriol. Le roi visita Saint-Sernin, où il admira le fameux camée qu'il devait, quelques jours après son départ, demander aux capitouls et au Chapitre pour l'offrir au pape. Il quitta la ville le 7 août, allant à Castelnaudary. Si nous en croyons Etienne Dolet, à vrai dire peu suspect de tendresse pour Toulouse, il serait parti assez mal satisfait : « Les Français, dit Dolet, sont des humanistes de premier ordre, ils n'ont pu supporter la rusticité, l'ignorance et la sottise des Toulousains. » Le roi devait repasser par notre ville en 1542 (21 ou 22 octobre), venant de Perpignan; il coucha alors à l'archevêché et s'embarqua le lendemain sur la Garonne, pour aller châtier les Rochelois révoltés.
Les i^'" et 2 juillet 1535, des pompes analogues à celles Le roi de Navarre de 1533 accueillirent le roi de Navarre Henri d'Albret et sa Henri d'Albret femme Marguerite, sœur de François I^'" et veuve du duc Reine
d'Alençon mort après Pavie. Reçus dans un portique adossé Marguerite. au couvent des Récollets, les deux époux entrèrent par la porte Narbonnaise, sous un dais tenu par quatre capitouls (^) ; chacun d'eux reçut une médaiUe de la valeur de 400 écus au soleil. Le roi de Navarre assista à une séance du Parlement, mais il inspecta surtout les fortifications et les approvisionnements de Toulouse en canons et en poudre. Le grandmaître de l'artiUerie, Galiot de Genouillac, se rendit sur place pour activer l'extraction du salpêtre qui se trouvait en abon-
I. Arnaud Brucelles fournit le saUn de Florence; les broderies étaient de deux maîtres, Jehan Cussac et Jehan Daucourt. Le carton des armoiries ainsi que le dessin des médailles étaient du peintre Bernard Nalot. I,es légendes de ces médailles avaient été fournies par Guillaume de la Perrière, auteur de la Morosophie (1553) et des A nnales de Foix , et beau-père de l'historiographe de Toulouse Antoine Noguier.
dance dans la région. Henri d'Albret, protecteur du collège de Foix, fut aussi convié par les collégiats à un banquet et à une fête, tandis que la savante et artiste Marguerite allait visiter l'hôtel de Jean de Bernuy, récemment achevé. Mais la suite du roi de Navarre, composée de gens querelleurs et sans scrupules, laissa à Toulouse un assez fâcheux souvenir {^). Henri d'Albret remplaça Montmorency disgracié, à la tête de la province, jusqu'en 1544. Mais il ne résida pas à Toulouse, non plus que ses éphémères successeurs, François de Bourbon, comte d'Enghien, Jacques Galiot de Genouillac et l'aîné des petits- fils du roi, le futur François II, alors âgé de trois ans. La mort de François I®'" (31 mars 1547) rendit le gouvernement du lyanguedoc au connétable de Montmorency. Celui-ci fit son entrée à Toulouse le 3 octobre 1548; il se fit bientôt représenter par son lieutenant le comte de Villars (1552), assisté d'un conseil de gouvernement que composaient d'abord Georges, cardinal d'Armagnac, fils du bâtard Pierre d'Armagnac, comte de l'Isle-Jourdain, ambassadeur à Rome et à Venise, futur archevêque de Toulouse; puis, Paul de Carreto, évêque de Cahors; le premier président Fabri du Faur et son frère Michel du Faur, sieur de Saint-Jory, juge mage de Toulouse. Les deux prélats lieutenants généraux firent, à leur tour, leur entrée le 2 mai 1552 et présidèrent, le lendemain, la fête des Jeux floraux. Les Totdousains, on le voit, ne manquaient pas de spectacles officiels.
Toulouse,
ville d'officiers
rovaux.
François I®^, en établissant la vénalité des charges de justice ou de finance (1519), n'avait pas seulement créé un moyen commode de remplir son trésor; il a généralisé et accru l'attrait qu'exerçaient sur la bourgeoisie les fonctions publiques, vraies « savonnettes à vilains », faciles à acquérir avec un peu de savoir et beaucoup d'argent. Il a fait de Toulouse une ville de fonctionnaires dont le nombre ne cessa de se multiplier aux siècles suivants.
I. Une rixe à la cérémonie du Collège de Foix; pillage du couvent des Récollets.
Le i^f février 1520, le roi rétablissait la Monnaie de Toulouse, supprimée depuis 1515; un maître, deux juges-gardes, un contregarde, un essayeur, un tailleur ou graveur, un prévôt royal avec un procureur du roi, un greffier et un huissier, tous ces offices deviennent héréditaires en 15 81. L'édit de Cognac (7 décembre 1548) partage en seize divisions les quatre généralités de France; Toulouse, siège de l'une des seize, reçoit un bureau des Trésoriers de France ayant à sa tête un commis qui, en 1552, prend le titre plus avantageux de trésorier général et devient, en fait, un officier héréditaire.
En 1533, François I^r avait créé six charges de conseillers à la Cour du juge d'appeaux, quatre à celle du juge ordinaire, quatre à celle du viguier.
En 1552, son successeur, Henri II, établit les présidiaux, tribunaux intermédiaires entre les vigueries et les Parlements. lyC présidial de Toulouse, ancienne sénéchaussée revue et augmentée, compta vingt-quatre conseillers et un greffier d'appeaux. En 1557, Henri II ajouta deux conseillers et un avocat.
C'est surtout le Parlement qui vit enfler démesurément ses effectifs. En mai 15 19, François I^^ crée un quatrième président et huit conseillers; en août 1528, un second avocat général. En 1543, nouvelle création de quinze conseillers, avec un nouveau président pour la seconde Chambre des enquêtes. En 1544, établissement de la Chambre des requêtes (un président, cinq conseillers lais, deux huissiers). Devant la protestation des Etats, qui devaient payer les gages des juges, Henri II supprime la dernière Chambre — pour la rétablir en 1558. En 1547, ^^ Parlement comptait quatre présidents, cinquante-six conseillers, un procureur général, deux avocats, trois huissiers. En 1554, Henri II adjoint au Parlement la Table de Marbre ou juridiction des Eaux et Forêts. Le 22 avril 1555, il crée deux présidents de plus; la Chambre des requêtes rétablie compte deux présidents, huit conseillers lais. Les Etats de Languedoc ne cessent de réclamer contre la multiplication des offices, si onéreuse pour la province. Le Parlement lui-même n'enregistrera la création des cinquième et sixième présidents que par ordre exprès et itératif. François II supprima, sans doute, la Chambre des requêtes, mais
Officiers
des monnaies.
Bureau
des
trésoriers.
Présidiaux.
Le Parlement.
Prestige et puissance
du Parlement.
en incorporant ses membres dans les autres Chambres et en promettant la suppression des offices par voie d'extinction, engagement qui ne fut pas tenu. A la fin du xvi^ siècle, le Parlement de Toulouse comptait cent seize officiers et, au xviie siècle, leur nombre s'élevait à cent cinquante. En 1771, à la veille de sa suppression, le Parlement comprenait : la Grand' Chambre, avec un premier président, sept présidents à mortier et dix-sept conseillers ; la Chambre de la Tournelle, avec le même personnel; trois Chambres des enquêtes, avec quatre présidents et quarante-sept conseillers; une Chambre des requêtes, avec un président et neuf conseillers, soit, en totalité, cent dix officiers de justice, sans compter les gens du roi du parquet, le procureur général, les avocats généraux, les substituts.
Malgré les récriminations des Etats et du Parlement luimême, il est certain que ces accroissements d'offices favorisaient le crédit et l'influence de la haute bourgeoisie, en passe de devenir, grâce aux charges vénales et héréditaires, une nouvelle noblesse, la noblesse de robe. Quel prestige, d'ailleurs, possédait une Cour composée de membres de familles riches, bien apparentées, une Cour investie de prérogatives qui dépassaient de beaucoup la simple administration de la justice ! Le Parlement était, à Toulouse, le corps le plus considéré, ayant le pas sur le gouverneur. Il a souvent exercé, de par la délégation royale, la fonction d'un vrai conseil de gouvernement dans le ]\Iidi de la France. Louis XII, au temps des guerres espagnoles, le charge de pourvoir aux fortifications des villes et d'en nommer les gouverneurs (1512). Après Pavie (24 février 1525), le Parlement enjoint aux divers officiers de veiller à la défense du pa5^s. Il prend des mesures en temps de disette et d'épidémie, taxe d'office de gros bénéficiaires, s'impose parfois lui-même (1515). Il use de son droit de remontrance contre le roi. Il soutient malgré lui une politique d'action énergique contre les Réformés. Il gouverne Toulouse, se superposant aux capitouls, qu'il casse ou nomme à diverses reprises. En 15 15, il établit un règlement nouveau pour l'Université et fonde six écoles de droit. L'enregistrement des ordonnances royales relatives à la Province lui donnait comme un droit de regard sur toute la mécanique
administrative. C'était vraiment, au xvi® siècle, l'âge d'or du Parlement toulousain. Quand le roi a besoin, pour une importante mission, d'un personnage à la fois capable et représentatif, c'est presque toujours le premier Président ou quelque parlementaire de marque qu'il choisit. A la lin des guerres de religion spécialement, et de même que le Parlement de Paris, le Parlement de Toulouse jouera un rôle politique de premier plan.
Beaucoup de ses membres, au xvi^ siècle, furent des magistrats de haute valeur; une tradition s'était formée parmi eux, de science, de probité et d'intégrité, qui valut au Parlement toulousain sa réputation singulière d'intègre sévérité, bien établie par les procès du maréchal de Gié (1505), coupable de lése-majesté, et de Jean de Lomagne. Louis XII lui avait confié le jugement du premier de ces procès, préférablement au Parlement de Paris (^). Après l'affaire du Faur (1508), l'affaire Ulmo (1536) montre avec quelle rigueur notre Parlement traitait les exemples funestes. Jean de Ulmo, issu d'une vieille famille capitulaire, avocat général en 1526, puis président à mortier (19 juillet 1529), fut convaincu de vendre la justice, sur la dénonciation d'un riche marchand de Montauban, Jean Martel. iVprès une longue procédure, il fut condamné, par arrêt du Conseil, « à être dégradé de sa charge de président dans la grande Chambre de l'audience du Parlement de Toulouse, les plaids tenants; après quoy, monté sur un tombereau, il sera conduit à la place Saint-Georges pour y être pilorié et flétri au front d'un fer rouge et, après, mené au château de Saint-Malo de Bretagne pour y tenir prison le reste de ses jours; tous ses biens acquis et confisqués au roy ». Iv'arrêt reçut son exécution le 7 octobre 1537 (^). Un peu plus tard, le président Antoine de Malras fut condamné pour faux (26 août 1555), mais rétabli dans sa charge en 1563, après réhabilitation.
A ces rares forfaitures, l'histoire du Parlement oppose les beaux exemples d'existences vouées au service du roi et de la justice, ennoblies par la pratique des vertus et fécondées par les lumières de l'intelligence et du savoir. Les premiers
1. Incorrupti, dit Scaliger [Scaligeriana, éd. de Cologne, 1695, p. 390).
2. Ulmo fut pendu, en 1549, pour avoir, à Saint-Malo, falsifié les livres du gouverneur.
Réputation
du
Parlement.
1/ affaire Ulmo.
Les grands premiers
présidents, Jean Bertrandi,
Jean de Mansencal.
présidents Jacques de Saint-André (1506-1524) et Jacques de Minut (1524-1536) furent honorés de missions diplomatiques par Louis XII et François I^^". Jean Bertrandi eut une destinée encore plus brillante. Capitoul en 1519, très protégé par Montmorency, conseiller au grand Conseil, il passa deux ans à la tête du Parlement (1536-1538), fut nommé à Paris troisième président (1538), puis premier (1550). Il eut les sceaux après le chancelier Olivier (1551) et les garda jusqu'à la fin du règne d'Henri II. Entré dans la prêtrise après la mort de sa femme, Jeanne de Barras, il devint évêque de Comminges, archevêc|ue de Sens et cardinal (1557). Il mourut à Venise, en 1560, âgé de quatre-vingt-dix ans. Son frère Nicolas fut président de Chambre à Toulouse (1548) ; son fils Guillaume, conseiller au grand Conseil et maître des requêtes, périt à la Saint-Barthélémy. Presque en même temps que ce grand Toulousain, mourait (1562) Jean de Mansencal, premier président de 1538 à 1561, l'un des plus remarquables qui aient honoré ces fonctions. Il mérita de recevoir les mêmes gages que le premier président (^) de Paris et une pension du roi François I^'", qui l'avait en haute estime. Il appartient à la génération des lettrés et des savants qui fit du Parlement de Toulouse, comme on le verra plus loin, un des foyers de l'humanisme.
La Autant que par le personnel parlementaire, Toulouse est
riche bourgeoisie, caractérisée, au xvi^ siècle, par une bourgeoisie riche, dont les fortunes sont issues d'un trafic accru et très prospère, et qui consolide sa position sociale par l'exercice des fonctions municipales et parlementaires. Le mouvement commencé au XV® siècle s'achève au xvi®. Grâce à la découverte de mondes nouveaux, à l' afflux vers l'Europe des métaux précieux, le commerce devient plus actif et les bourgeois, qui en monopolisent les bénéfices, deviennent les « maîtres de l'argent ». Malgré les guerres, les relations avec l'Espagne et l'Italie s'intensifient. Le nombre même des étrangers domiciliés ou
I. 4 livres 4 sols parisis par jour; 10 livres par an pour sts manteaux; 53 sols par jour pendant les vacances du Parlement; 500 livres de pension annuelle.
naturalisés à Toulouse en fournit une preuve. François 1^^ délivre trois lettres de naturalisation à trois Espagnols de Saragosse, de Pampelune, d'Osco en Aragon. Les marchands Bernuy, Jean de Loupes (Lopez), Sanxuis (Sanche) sont venus d'Espagne. D'Italie viennent le banquier Friscobaldi ; Hieronisme Bandinelli, de Sienne, seigneur de Paulet, capitoul en 1540; Jean d'Andresi, de Sienne; le capitoul Mandinelli, un des héros de la tragédie de 1562; un médecin de Novare, un Lucquois, deux Florentins. Par Toulouse s'exportent le blé vers Bordeaux, l'huile venue à dos de mulet du Bas-Languedoc, les draps du Carcasses (un des plus gros trafics de la ville, selon Catel), que l'on vend en Espagne, le safran de l'Albigeois, le fer de l'Ariège ou des Corbières. Un des commerces les plus importants est celui de la guesde ou pastel, qui colore les étoffes en bleu; le meilleur est celui du Lauraguais ; on le broyait dans des moulins qui le réduisaient en pâte ou coques, emballées à Toulouse pour l'Espagne et l'Angleterre. Le pastel a fait la fortune des Bernuy, des Assézat, des Rabaudy, des Nolet, des Delpech, des Cheverr^^ Pour activer tout ce trafic, dès 1539, on songe à unir par un canal la Garonne à la Méditerranée (^). Les Etats de Languedoc, réunis à Béziers, donnent commission à Antoine de Narbonne, abbé d'Aniane, évêque de Sisteron, et au sieur de Franc-Conseil, sire de Saint- Romain, pour établir un projet qu'ils prièrent Montmorency d'appm-er. Mais la disgrâce du connétable fit avorter cette intéressante initiative..
En 1553, Henri II créa le bureau de la Foraine, où l'on percevait les droits forains, avec ses locaux où l'on entreposait les marchandises confisquées et où l'on gardait les prisonniers. Pour installer cette bureaucratie, issue de la charge du grand-maître des ports et passages du Toulousain et du Rouergue {^), les capitouls achetèrent une maison rue de Viviers, près de la tour de Cabriolz.
L'activité des affaires développe la richesse et attire les gens entreprenants. Toulouse est toujours un grand centre régional. Si Bernuy est espagnol, Cheverry est Béarnais; Delpech est de Villefranche-de-Rouergue, comme Pierre Ba-
La Foraine.
Activité des échanges.
La Bourse des marchands
1. I,e devis fut établi par Nicolas Bachelier et Arnaud de Casanove, maîtres maçons, et Jean Bordet, maître terrassier. Le projet prévoyait un barrage en amont de Braqueville et le passage du canal au pied des coteaux de Pech-David.