I. V. chapitre précéd'tit
son bureau des dénonces, véritable ébauche des comités de surveillance; il s'arrogeait le droit de délivrer des certificats de civisme de deux degrés, pour ceux qui n'avaient mérité aucun blâme et pour ceux qui avaient donné des preuves tangibles d'attachement à la Révolution. Il intervient auprès de la municipalité pour réclamer la mise en vente de l'archevêché (i6 septembre), la laïcisation de l'hôpital et l'expulsion des sœurs grises {20 novembre). Mais les sections n'étaient pas unanimes : le 18 novembre, un membre de la quatrième demande, au nom des citoyens de sa section, qu'on dissolve le Comité central qui n'avait plus de raison d'être après l'installation de la nouvelle municipalité. Cette désunion encouragea les pouvoirs publics et le Club à réagir. Le 5 décembre, la municipalité déclara qu'elle ne pouvait reconnaître le principe de la permanence des sections; le 13, les trois corps constitués invitent le Comité central à se dissoudre, déclarant qu'ils ne le reconnaîtront plus, avertissant que, son action et son existence étant illégales, les agitateurs s'exposeraient, en persistant, aux rigueurs de la loi. Le Comité songea à résister et en appela à la Convention; les sections rédigèrent une adresse aux autorités, qui répondirent par une fin de non-recevoir (10 janvier 1793). Au reste, les administrateurs s'étaient plaints eux-mêmes à l'Assemblée de l'existence de ce pouvoir nouveau. « Il n'est presque aucun point de l'administration, écrivait Malpel, sur lequel nous ayons pu délibérer librement. » La Convention lui donna raison; elle aussi avait à se défendre contre la pression aiitrement redoutable exercée par la commune de Paris. A Toulouse, le Comité disparaît, et les sections n'auront plus jamais l'influence qu'elles ambitionnaient. Au surplus, la démocratisation des Jacobins devenus bientôt une vraie Société populaire, rendra leur intervention superflue.
La garde Jusqu'en mars 1793, les autorités, appuyées sur le Club,
départementale, mais surveillées et aiguillonnées par lui, conservent la direction de l'esprit public; elles soutiennent la Convention, qui se trouve sous l'influence des Girondins appu3'és par le centre. Lorsque les premiers demandèrent la formation d'une garde départementale destinée à assurer la sécurité de l'Assemblée, le département attendit prudemment le vote de
cette mesure qui suscitait des alarmes et des récriminations chez les Parisiens, à l'égard desquels elle semblait être un témoignage de défiance; le 7 janvier 1793, il se refusa à envoyer un contingent pour u entourer » la Convention, mais il consent à la « protéger > ; un mois après, le 9 février, il vote une adresse pleine d'éloges pour l'Assemblée et lui oiïre trois compagnies qui furent effectivement envoyées à Paris. A cette date, depuis longtemps et sans aucun vote de la Convention, les fédérés départementaux étaient venus offrir leurs services; dès le 21 octobre 1792, les Marseillais et, le 18 janvier suivant, Parisiens et provinciaux avaient pris en comnuin ]eur tour de garde. Ainsi Toulouse, révolutionnaire, mais de tendance modérée, avait évité cependant de se mettre en opposition avec Paris sur ce point délicat.
Elle garda cette même attitude prudente à propos de la i,e procès grande affaire du procès du roi. Les Jacobins suivaient avec et la mort du roi. attention les débats de la Convention sur ce point capital; après la découverte de l'armoire de fer et des documents prouvant la vénalité de Mirabeau, ils voilent le buste du « plus indigne des scélérats qu'aura portés la terre » (12 décembre 1792) ; dans la séance du 25 décembre 1792, ils déclarent lyouis XVI coupable et « digne de la peine de mort ■, et, dans une adresse à l'Assemblée, ils l'invitent à le juger, sans appel au peuple, ainsi que tous les membres de sa famille (3 janvier 1793). C'est Mailhe qui fut chargé du rapport devant servir de base au jugement de lyouis XVI. Ce rapport, qui concluait à la mise en jugement par la Convention, est d'un légiste partisan de la raison d'Etat, mais avec des nuances qui s'opposent à la froide et implacable logique révolutionnaire d'un Robespierre et d'un Saint-Just. Dans les séances célèbres du 16-17 janvier, le hasard des appels nominaux, par roulement, invita la députation de la Haute- Garonne à se prononcer la première sur la peine, et ce fut Mailhe qui prit d'abord la parole; il vota la mort en précisant : « Si la mort a la majorité, je crois qu'il serait digne de la Convention nationale d'examiner s'il ne serait pas utile de retarder le moment de l'exécution. » C'était proposer le sursis; Mailhe fut suivi par vingt-six députés. Lorsqu'on l'interrogea sur le point de savoir si, dans son esprit, le sursis
était inséparable de la condamnation à mort, il se déclara malade et se déroba. Le i8 janvier, on fut dans l'obligation de faire un contre-appel sur le sursis, qui fut rejeté par trente-quatre voix de majorité. Votèrent pour la réclusion et l'expulsion après la paix, Rouzet, Estadens, Pérès, Drulhe et Mazade; pour la mort, contre le sursis, mais pour l'appel au peuple, Ayral ; pour la mort avec sursis, Mailhe et Desacy, Tous les autres votèrent l'exécution immédiate, Delmas soulignant ainsi son vote : « Je ne connais qu'une peine contre les conspirateurs; je vote la mort. » Calés, médecin, s'exprima avec passion : u Je vote la mort et tout mon regret est de n'avoir pas à prononcer sur tous les tyrans. » Dans cette séance mémorable, le tiers seulement des députés de la Haute-Garonne, dont deux Toulousains, Julien et Delmas, Calés et Projean, s'étaient ainsi solidarisés entièrement avec le parti de la Montagne.
Impression Iv' infortuné Louis XVI venait de recevoir le coup fatal
à Toulouse. ^21 janvier 1793) et cet événement avait produit en France une terreur profonde et en Europe un mélange d'étonnement et d'indignation. Une foule immense encombrait, à Paris, la place de la Révolution; des furieux font éclater une allégresse extraordinaire, trempent leurs piques et leurs mouchoirs dans le sang encore fumant et se répandent dans ■ la capitale, montrant leur brutale et fausse joie. A Toulouse, la mort du « tyran » iut accueillie avec enthousiasme par les révolutionnaires. Même chez les modérés existait le sentiment général d'un événement inévitable. L'adresse départementale du 9 février, d'un style étudié en son panégyrique de l'œuvre de la Convention, reflète cet état d'esprit. Le 12 février, l'adresse du Conseil général de la commune applaudit au verdict de la Convention : « Les crimes du tyran ont justifié l'effusion de son sang et l'échafaud d'un roi parjure servira de bose au trône de la liberté universelle. » Mais elle réclamait aussi mie constitution, car « les lois, filles de la Vérité, survivent à tous les âges » (^). Aux Jacobins, profondément divisés depuis la fin de l'année 1792, une adresse (6 février) à la Convention approuve « le jugement du dernier de nos
I. Arch. munie, pièces politiques, n" 35, p. 155. 1, 'adresse du département est aux Archives départementales, série I, 2044, f° 140.
tyrans «; on décide (22 janvier) de brûler les portraits et les discours des députés qui ont voté contre la mort. Cependant, deux jours après, sur une lettre de Rouzet, la Société revient sur sa décision. I^e Jacobins hésitent encore sur la voie à suivre; Girondins et Montagnards s'y disputent toujours l'influence. Si, en novembre 1792, le Club est présidé par Descombels, le futur terroriste, Arbanère, Janole, modérés, y conservent encore, jusqu'en avril 1793, une grande autorité. Pourtant, l'assassinat de IvCpeletier de Saint-Fargeau provoque une émotion générale. Son buste, avec celui de Brutus, remplace celui de Mirabeau, dans la salle des séances, et c'est un Girondin, Janole, qui prononcera son éloge à la fête funèbre instituée en son honneur (14 avril 1793) (^).
Cependant, les pouvoirs publics avaient à faire face Suppression des aux nécessités de la guerre étrangère et à la pénurie du dernières maisons Trésor. Un des derniers actes de l'Assemblée législative avait réquisition été la suppression de toutes les maisons religieuses de femmes de leurs richesses. (4 août 1792) et de tous les ordres hospitaliers ou d'enseignement (18 août). Kn octobre, on enleva de ces maisons, pour les envoyer à la Monnaie, toute l'argenterie et les métaux précieux, reliquaires, calices, soleils d'ostensoirs, custodes, chandeliers, encensoirs, croix processionnelles, bourdons, bénitiers. I^e plus riche butin provint des Jacobins, des Cordeliers, des Chartreux et des Petits-Augustins ; on enleva aussi les trésors des confréries de Pénitents; les autorités municipales procédèrent à l'inventaire le 6 octobre. Les objets du culte furent répartis entre les paroisses; ce qui restait, et qui était considérable, chasubles, linge, etc., fut déposé aux Augustins, puis à l'archevêché. On laissa à la paroisse Saint- Sernin ses reliquaires et ses bustes de saints comme monuments précieux d'art et d'antiquités p).
1. Voir description de cette fête et l'éloge de I^epeletier, dans Jern- Joseph Janole, par D, Garrigues, pp. 14-25.
2. Salvan, Histoire générale de l'Eglise de Toulouse, t. IV, p. 533, donne le texte de la réponse aux éclaircissements demandés par Camot au cours de sa mission à Toulouse; mais il ne dit pas d'où cette pièce est tirée. Il en ressortirait qu'au début de 1703 aucun compte n'avait été rendu par les pouvoirs publics des reventes de biens nationaux, que les monuments pu'olics n'étaient pas entretenus, que le département avait entamé les sous additiomiels de 1793 et même de 1794, que les trésors des églises (pierres précieuses, lingeries, livres) n'ont pas été sérieusement inventoriés et que beaucoup de ces richesses (joyaux, lingerie) ont disparu, vraisemblablement volées.