TOULOUSE APRÈS LE 9 THERMIDOR
Chute Autorités et Société populaire avaient docilement, sinon
de Robespierre ^^^^ surprise (i), enregistré la chute des Hébertistes et des
Dantonistes (mars-avril 1793), félicitant la Convention d'avoir
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déjoué les complots des factions contre-révolutionnaires. Elles suivent avec la même discipline l'impulsion de Robes-
I. I,a Société populaire n'a voté les félicitations à la Convention pour l'arrestation d'Hébert et consorts, de Chabot, Delaunay et Julien, que sur l'initiative de Descombels. Dartigoeyte, qui sjmipathisait avec les « enragés », paraît avoir été embarrassé. I,a condamnation des Dantonistes fut accueillie froidement (Gros, op. cit, chap. vn).
pierre et de ses amis; le 14 praiiial, le Conseil général vote une adresse à la Convention à l'occasion des tentatives d'assassinat sur Robespierre et Collot-d'Herbois, adresse qui eut la mention honorable et parut au Bulletin. La journée du 9 thermidor est connue officiellement le 17 par une lettre de Mailhe à Descombels. Mais déjà les journaux de Paris, arrivés le 14, avaient répandu la nouvelle qui se propagea rapidement parmi les prisonniers {^). Descombels lut la lettre de Mailhe, aux Jacobins, sans émotion; il pouvait croire que les adversaires de Robespierre, tous terroristes, ne changeraient rien à son système. Mais les thermidoriens, qui avaient renversé le « tyran » pour sauver leurs vies, ne pouvaient faire autrement que de réagir contre ce régime de sang. A Toulouse, Groussac lit voter deux adresses à la Convention et aux Parisiens, que porta un courrier extraordinaire et par lesquelles les pouvoirs publics se ralliaient à la version conventionnelle de la journée; aux Jacobins, on entendit sans stupeur louer «le généreux dévouement de la Convention qui a terrassé la faction de Robespierre, ce scélérat, ce nouveau Cromwell, qui voulait se tracer une route au trône sur les cadavres des membres de la Convention et des meilleurs patriotes » ainsi que la lecture d'une lettre de Lafont où ce député accusait Robespierre de protéger l'enfant du Temple et de vouloir épouser Madame Royale. Une adresse de remerciements et de félicitations fut envoyée à l'Assemblée sur la proposition de Longchamp et de Desbarreaux, la municipalité fut invitée à célébrer l'heureux événement par des salves d'artillerie et des promenades civiques, ainsi qu'à faire enlever des façades les branches desséchées qui y restaient depuis la fête de l'Etre suprême. Dès le 29 thermidor, Chaudron-Roussau et Dartigoeyte, soucieux de faire leur cour aux vainqueurs, faisaient arrêter les quatre terroristes les plus compromis, «meneurs, faux patriotes et intrigants », le chirurgien Tarbès, le pharmacien Delpont, l'avocat Meillon et le greffier du tribunal correctionnel Lapujade. Il est vrai que, le 14 fructidor, le conseil général réclame à la Convention la libération des patriotes et des pauvres emprisonnés, avec des mesures contre les fédéralistes et aristocrates. Groussac et Descombels pré-
I. D'Aldéguier, qui raconte le fait, était incarcéré à ce moment-ià.
IVIission Mallarmé et Bouillerot.
Epuration
de
la municipalité.
voyaient la vague de réaction qui, parmi des retours offensifs de l'esprit terroriste, allait progressivement détruire le régime révolutionnaire. Déjà les reclus affectaient <( de l'audace et des propos menaçants »; quelques-uns étaient sortis de prison et manifestaient ouvertement contre les patriotes.
La Convention envoya à Toulouse, pour remplacer Dartigoeyte rappelé, le député Mallarmé de laMeurthe (25 fructidor); il devait imprimer un élan vigoureux au gouvernement républicain, examiner le cas des détenus, libérer les patriotes; les Comités révolutionnaires étaient tenus de dresser une liste des reclus avec les motifs de leur arrestation. Mais Mallarmé," fort bel homme, soigné dans sa mise » (^), galant et fort sensible aux interventions féminines, entrouvrit les portes des prisons, que son collègue Bouillerot de l'Eure, arrivé en brumaire, « bon homme, facile, humain et compatissant » (2) ouvrit toutes grandes. Par contre, ce dernier sévit contre les terroristes que Mallarmé avait d'abord ménagés; dès le 27 vendémiaire celui-ci avait prescrit une enquête au sujet des actes de l'armée révolutionnaire à Grenade, et destitué Hugueny, Capelle, Blanchard, ainsi que le receveur du district de Beaiimont : le 12 frimaire, tous ces personnages et quelques anciens officiers de la troupe des sans culotte étaient arrêtés; seul, Hugueny put se sauver et demeura introuvable.
1/ orage s'abattit ensuite sur la Municipalité; le 11 brumaire, cinq de ses membres sont emprisonnés, dont un pour fédéralisme; le 26 ce fut le tour de Groussac, qui pourtant avait offert sa démission; le 18 frimaire un arrêté des représentants renouvelait presque entièrement le corps municipal, dont trois membres seulement étaient conservés (^) avec Dupuy, l'agent national et remplaçait Groussac par J. Cames, ancien membre du Directoire du District ; les notables furent également épurés. L'élément girondin et centriste, qui dominait avant juin 1793, y est de nouveau largement représenté. Le nouveau conseil général se hâte d'envoyer une adresse à la Convention (29 frimaire) où il se félicite de voir rétabli à