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Cité dans Duboul, L'armée révolutionnaire

2. Arthaud, Gelas, Desbarreaux, Jarville, Barousse. Un peu plus tarc^ vingt et un autre membres furent également incarcérés; ce sont les plus notoires : I,acan, Barateau, I^ongchamp, Romrae, Trébos, Darmagnac, Hubert.

guerre à mort aux intrigants qui ont fait servir à leur ambition et à leur rapacité une institution destinée à consolider de jour en jour la République ». En conséquence, les séances du club sont reprises le i*^ nivôse, mais la Société est recrutée sur de nouvelles bases; les représentants choisirent six citoyens (^) qui en désignèrent six autres, lesquels en nommèrent encore six, ainsi jusqu'à quarante-huit membres ; ceux-ci prêtèrent serment; Mallarmé fit appel à leur patriotisme et à leur moralité, les exhortant à éviter les discussions étrangères ne tendant qu'à la délation et aux dénonciations calomnieuses : « Nous voulons la liberté, nous abhorrons la licence ; l'égalité des droits et non la chimérique égalité de fait ». Mais il n'est pas absolument certain que la Société ainsi reconstituée ait réellement fonctionné; elle n'aurait été en tout cas qu'un pâle reflet de l'ancienne. Les « intrigants », « les hommes féroces », dominateurs, audacieux et êtres sans pudeur que stigmatisait Mallarmé, avaient cédé la place à des républicains sans doute sincères, mais timorés, qui se sont faits les fourriers du royalisme et en ont été les premières victimes {^).

Retour Une des premières mesures de la nouvelle commune fut de

restituer leurs anciens noms aux rues, portes, barrières, faubourgs, places, sauf pour ceux qui rappelaient l'ancien régime. I^a place Ro^'ale continue à s'appeler Place de la Liberté, la place Saint-Sernin place de Tell, le Jardin Royal le Jardin Public, le canal du Midi canal National, la rue des Nobles (Fermât) rue de l'Egalité, la rue de l'Inquisition rue de la Tolérance, la rue Vidale rue du Jeu de Paume, la place Saint- Georges place Calas. Les Saint disparurent aussi de la terminologie, et l'on eut les faubourgs Michel, Cyprien, Etienne. Ces noms devaient subsister pour la plupart jusqu'à l'Empire.

1. Saint-Clair, négociant; Murel, arboriste; Ricard, apothicaire; Seignan aîné, marchand; Vié, cordonnier; Delga, dentiste. Nous n'avons pas de renseignements sur les autres membres.

2. I,es Jacobins sont frappés à mort après la chute de Robespierre (9 thennidor an II). I,a salle des Jacobins de Paris est fermée le 11 novembre 1794. « Ainsi finit cette Société dont le nom est resté si célèbre et si odieux, et qui, semblable à toutes les assemblées, à tous les hommes qui figurèrent successivement sur la scène, semblable à la Révolution même, eut le mérite et les torts de l'extrême énergie. » Placée au-dessus de la Convention, ouverte à tous les nouveaux venus, elle était la licé où les jeunes révolutionnaires qui n'avaient pas figuré encore, et qui étaient impatients de se montrer, venaient essayer leurs forces et presser la marche ordinairement plus lente des révolutionnaires déjà assis au pouvoir. Mais elle devint importune par ses inquiétudes, dangereuse même par ses terreurs.

aux anciens noms des rues.

Le piocès des teiroristes.

Les autorités n'allèrent pas plus avant : les Jacobins arrêtés furent pour la plupart élargis. Le procès des terroristes de l'armée révolutionnaire (Hugueny, Blanchard, Gelas, Delport, Monestier, les frères Roujean, etc..) préparé par l'enquête du juge de paix Magi, traîna en longueur; le 5 brumaire an III l'enquête commençait, le 16 ventôse les accusés étaient renvoyés devant le tribunal criminel. Germinal et Floréal se passèrent en artifices de procédure; le procès n'eut lieu que le 18 messidor; encore l'affaire fut-elle renvoyée à la session suivante. Le 18 vendémiaire an IV, seulement, le jugement fut rendu, acquittant huit des onze accusés, sauf Dirat, Monestier et Delport, le capitaine Sans-Quartier, condamnés à six ans de fer et six heures d'exposition à Toulouse; mais quelques jours après, la séparation de la Convention permettait d'amnistier ces derniers. De même, les propriétés des terroristes ne furent pas saisies. Au fond, personne ne se souciait de sévir contre des gens coupables de n'avoir usé de moyens violents que pour défendre la Révolution.

Mais la Convention, où étaient rentrés tous les proscrits. Réaction royaliste. Girondins en grande majorité, et les autorités locales subissaient la pression des royalistes restés très nombreux et qui, terrés pendant la période précédente, s'enhardissaient et exploitaient les rancunes et les haines soulevées par les « buveurs de sang ». C'étaient les « muscadins », ainsi nommés en 1793 par le contraste de leur mise avec la tenue volontairement débraillée des patriotes en sabots; ils portaient les souliers pointus, les cheveux retroussés, l'habit à longues basques et à collet noir, la cravache ou le gourdin qu'ils appelaient leur « pouvoir exécutif »; ils abattaient les arbres de la liberté, molestaient les « bonnets rouges » ; ils se réunissaient au café Rouaix et à celui du ci-devant Jardin Royal, où ils avaient formé une « Société des chouans ». Des compagnies de gardes nationaux se recrutaient parmi les jeunes gens de bonne famille, les anciens domestiques, les ex-fournisseurs de la noblesse, les pa3^sans excédés par les réquisitions; ces compagnies prenaient le nom de Jésus comme enseigne, à l'exemple de la région lyonnaise. Beaucoup de royalistes auraient voulu des représailles contre les terroristes incarcérés; heureusement, ils ne purent ou n'osèrent renouveler les sep-

Muscadins.

Germinal,

Prairial.

Missions

de Colombe 1

et de Laurence.

tembrisades. Les Jacobins ou « patriotes de 89 » ou « exclusifs » comme ils s'intitulaient, les frères Jonquille ainsi dénommés par les muscadins à cause de leur chapeau à ganse jaune, se réunissaient dans un café de la rue de la Pomme, puis aux Petits Augustins, place Saint-Georges; ils étaient soutenus par les militaires, surtout par les canonniers, restés d'ardents révolutionnaires. Des rixes éclataient fréquemment, tellement qu'en floréal an III, la Commune défendit le port d'armes aux soldats, et aux civils le port des triques, cannes ferrées ou cannes-épées. Les protagonistes de la Terreur toulousaine, constamment menacés, craignaient pour leur vie. « L'infâme » Groussac, libéré, vécut ainsi sous la menace de représailles; il ne put jamais relever son commerce de grains et dut quitter Toulouse; il devait périr à Bordeaux assassiné par une quinzaine d'hommes, le 4 thermidor an V, Les royalistes ou les modérés qui suivaient avaient leur hymne : le Réveil du Peuple, de Souriguères, auquel les patriotes répondaient par la Marseillaise (^) et leur journal V Antiterroriste qui attaquait violemment les Jacobins et les Patriotes i^).

La question des subsistances resta très grave pendant l'hiver 1794-1795. En fructidor (le 4), il n'y avait de grains à Toulouse que pour une semaine. On fabrique du pain où la farine de blé est mélangée avec de la fécule de pommes de terre, du millet, des fèves, de l'orge, des vesces. La commune aux abois se voit refuser une avance d'un million pour acheter du blé à Gênes. L'abolition du Maximum (24 décembre 1794-2 janvier 1795) apporta un grand trouble dans le ravitaillement, par la brusque augmentation de tous les prix. Le 18 janvier, on rédait la ration de pain à une demi-livre. La commune perdait 30.000 livres par jour à

1. V. Gros, L'fsprit public après la Terreur (Mém. de l'Acad. des Sciences, 1920).

2. Il' Antiterroriste (décembre i795), constate l'immoralité qui accompagne le luxe et le désarroi des consciences. Il s'indigne aussi de l'abus des divorces « On change de mari ou de femme comme de chemises », constate-t-il. I,a démoralisation s'étend à toutes les classes de la société. On cherche des ressources dans le jeu et la loterie. On met, en loterie, des pendules, des réveils, des bouteilles de Champagne, et même une propriété à I<ape3Touse-Fossat, « pour 6 livres le billet à gagner par le sort de la roue de fortune ». Les maisons de jeux pullulent à Toulouse. « Qui le croirait ? Dans un temps où la misère jugule les familles, où l'on se plaint de la disparition totale du numéraire, le seul lieu où l'or paraisse avec profusion est une maison de jeu ! »

vouloir maintenir le prix à 5 sous; elle l'éleva à 20 sous, puis à 4 francs en assignats. On se plaignait de la qualité du pain, fait presque sans levure; on se plaignait surtout de l'insuffisance des salaires, qui ne montaient pas avec le prix des denrées. La municipalité avait été obligée de ren- \'03'er des employés de ses bureaux, de fermer à 3 heures pour économiser la chandelle. Toulouse a connu la gêne et même la misère économique qui furent la cause, à Paris, des journées révolutionnaires du 12 germinal et du i*^ prairial (i®'" avril et 20 mai 1795); elles eurent pour conséquence l'élimination, à la Convention, des derniers Montagnards. La loi du 21 germinal ordonna le désarmement des anciens membres des sociétés populaires et des armées de sansculottes. Pour en assurer l'exécution et aussi pour réorganiser les autorités du département et du district (loi du 28 germinal), le représentant Colombel fut envo3'é à Toulouse, où il arrive le 5 floréal. Après la sanglante émeute de prairial, Colombel fut remplacé par Laurence de Saint-Lô, un des soixante-treize Girondins rentrés à la Convention après Thermidor. Il venait, dit -il dans sa proclamation aux autorités (24 floréal — 13 mai 1795), « pour faire exécuter les lois, compléter les administrations, surveiller et épurer, s'il en était besoin, les autorités et les sociétés populaires, maintenir la tranquillité publique et verser sur les plaies que le régime de la Terreur a faites à la Patrie le baume de la justice et de l'humanité ». Ce représentant fut « l'ange tutélaire » de Toulouse, tellement aimé de ses habitants pour sa tolérance qu'une des plus nobles et des plus aimables demoiselles de la ville, Laure de Grammont, lui offrit sa main et l'épousa. Le 29 prairial, il épura la municipalité, en maintenant le maire, en changeant l'agent national (Carrière- Claret en place de Dupuy). Le personnel du début de la Révolution fait sa rentrée dans les fonctions administratives le 29 messidor an III; le Comité de législation, investi du pouvoir de nommer « aux places municipales, administratives et judiciaires » (décrets du 14 ventôse et du 21 prairial an III), nomma maire le négociant Roussilhou, ex-député à la Constituante, avec un corps municipal assez éclectique, où dominaient cependant les éléments modérés de la bonne bourgeoisie.

Troubles La présence de Laurence, si populaire, encouragea les royalis-

royalistes. ^gg j^çg poursuites contre les terroristes ne recommençaientelles pas? Groussac n'avait-il pas été arrêté à Orthez, ainsi que trois des plus enragés séides d'Hugueny et de Descombels, notamment le concierge de la Visitation?

La mort du Dauphin, l'enfant du Temple (8 juin 1795), venait de transférer le titre honoraire de roi au comte de Provence, proclamé à l'armée de Condé, sous le nom de Louis XVIII (24 juin 1795). Avec le nouveau souverain, entouré d'un conseil dont le membre le plus entreprenant était le comte d'Entraigues, l'action royaliste entre dans une phase nouvelle, où l'on distingue des plans successifs et une certaine unité d'organisation. A Toulouse, les premiers efforts de coordination furent tentés par un ancien ofïïcier de cavalerie, Antoine de Pourquery du Bourg, déjà mêlé à l'affaire du camp de Jalès et à la conspiration de Saillans (1790-92), arrêté, évadé, réfugié à Toulouse, en mars 1795, chez sa cousine, M^^^ de Sambucy-Miers, apparentée à nombre de parlementaires et dont le mari, Alexandre, mêlé aux mouvements royalistes, avait été emprisonné en avril 1793 aux Carmélites et élargi en novembre 1794. Pourquery forma un Comité secret dans le monde de la noblesse parlementaire; ainsi s'établit le premier lien officiel entre le nouveau roi et les aristocrates toulousains, dont il avait intérêt à entretenir le zèle (^). L'existence de ce pouvoir occulte coïncide avec des troubles qui paraissent n'être pas spontanés.

A l'occasion du désarmement des patriotes (arrêté du 23 floréal), cinq ou six cents royalistes s'assemblent dans l'église Saint-Etienne; l'un d'eux propose d'aller fermer la « Jacobinière » (9 prairial). On chassa les Jacobins du vSénéchal; les clubistes se réimirent désormais aux Puits-Clos, chez Clausolles, sous la présidence de Groussac, libéré après sa seconde arrestation; ils en sont réduits à s'assembler dans un café de la rue de la Pomme, sous le nom de « Patriotes de 89 ». Mais V Antiterroriste ne cesse de les pourchasser. En messidor, les mêmes agitateurs délivrent des prêtres dé-

I. On croyait couramment que si le Nord était républicain, le Midi était royaliste.

tenus à Sainte-Catherine ; devant le Collège, près de la porte vSaint-Michel, devant la maison de Groussac, en deux endroits encore, on abat des arbres de la I^iberté. En fructidor (23 août 1795), la Convention, sur le rapport de Mailhe, décrète la dissolution de tous les clubs et sociétés populaires. C'est le moment où les conflits s'aggravent à Toulouse; patriotes, surtout militaires, réagissent notamment contre l'insolence des royalistes. Le 17 fructidor, la garde nationale est épurée et réorganisée; elle redevient bourgeoise. Alors ce sont des rixes entre soldats et gardes, civils et militaires,

; ces derniers travaillés par la propagande terroriste. Au reste,

! Laurence avait été rappelé. Il eut pour successeur Clauzel, de l'Ariège, « petit homme rond, vain, orgueilleux, entier

' dans ses opinions, jouant le républicain sévère et vertueux » (^). Il réagit contre le modérantisme de son prédécesseur et appliqua à la lettre la loi du 5® jour complémentaire de l'an III, interdisant les fonctions publiques aux

1 parents d'émigrés; tout en maintenant Roussilhou à la mairie, il remplaça par des républicains bon teint un certain nombre de membres de l'Administration.

La Convention et ses envoyés prenaient conscience du 13 vendémiaire, péril royaliste qui devait se manifester à Paris par la tentative du 13 vendémiaire. Les entreprises des contre-révolu- ^ tionnaires eurent leur écho à Toulouse, en vertu d'un plan concerté qui s'étendait à la France entière et qui visait à conquérir la majorité des nouveaux Conseils. Dès la fin de fructidor, il se produit des rassemblements et des désordres séditieux dans la ville, dans les spectacles, aux environs des prisons. Le i^^ vendémiaire, l'agent national exprime des appréhensions d' « entreprises plus grosses encore » {^). Un peu plus tard, la municipalité est obligée de protéger la liberté des élections, dans les assemblées primaires, en envoyant un commissaire municipal dans chaque section et une force armée p3ur l'aider à l'occasion. Aussi, l'échec des ro^^alistes à Paris fut-il salué par une adresse de félicitations de la municipalité et du département. Le 20, les ofiîciers municipaux, les autorités, les troupes firent, au Boulingrin

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