I. D'Aldéguier
a. Mandoul, 34.
La
liberté des cultes.
Le culte
décadaire.
et place vSaint-Etienne, la proclamation de la Constitution de l'an III, ainsi que du décret des deux tiers (^), qui anéantissait les espérances des contre-révolutionnaires. Conformément aux directives de la Convention, le Conseil général ordonna de jouer, dans les spectacles publics, les airs <( républicains )i : Marseillaise, Chant du départ. Ça ira! Veillons au salut de l'Empire, la Liberté soumise aux lois et enfin le populaire chœur de Grétrv', Oit peut-on être mieux qu'au sein de sa famille? Avant de se séparer (4 brumaire), la Convention avait ordonné des poursuites contre les associations royalistes (Compagnies de Jésus et du Soleil) et les prêtres insermentés (29 vendémiaire-3 brumaire an IV). Les autorités enregistrèrent et exécutèrent docilement ces décrets. Depuis la chute de la royauté, Toulouse avait pris l'habitude d'obéir aux ordres du pouvoir comme aux temps de la ro3^auté.
Un des faits les plus considérables de la période thermidorienne fut la séparation de l'Etat et de l'Eglise, réalisée par décret du 3 ventôse an III (21 février 1795). Après Thermidor, ]\Iallarmé avait continué à appliquer les principes de la politique religieuse de 93, ordonnant la destruction des croix, des clochers, des images de saints, l'expulsion des anciens ministres du culte, la location des presbA'tères, renouvelant l'obligation de porter la cocarde tricolore, d'observer le décadi et la défense de chômer le dimanche sous peine de prison (14 vendémiaire). {^) En fait, le culte décadaire était
1. 5 et 13 fructidor, décidant que les deux tiers des nouveaux conseils seraient choisis parmi les Conventionnels.
2. Principaux articles de l'arrêté pris à Toulouse par Mallarmé, le 14. vendémiaire an III :
« Art. I. — Dans les vingt-quatre heures qui suivront la publication du présent arrêté, tout ce qui était autrefois chapelles et qui se trouve isolé dans les campagnes ou à l'entrée des communes, et n'était pas ce que l'on appelait la principale église, sera renversé, démoli de fond en comble, de sorte qu'il ne reste plus le moindre vestige... »
« Art. III. — • Les images, figures en bois, pierre ou autres, désignées sous le nom de saints et de saintes, et qu'on a conservées sans aucun prétexte dans les commîmes que celui de perpétuer l'idolâtrie, seront toutes réunies dans un lieu commun, brisées ou brûlées en présence de la mimicipalité... »
« Art. VII. — Tous les ci-devant ministres du catholicisme se rendront dans trois jours au chef-lieu du district, sous peine d'être regardés comme suspects et d'être incarcérés. »
(A. Kucsienski, Dictionnaire des Conventionnels, 1919, p. 426.)
Ce document est l'im des plus caractéristiques, en France, de ceux qui — tendant à la déchristianisation — ont vu le jour après le 9 thermidor.
fort négligé. Deux artistes, Gleizcs et Cammas, furent chargés de dresser le programme des cérémonies : lecture des pièces officielles par des acteurs, arrivée à grand orchestre des corps constitués, proclamation des lois, arrêtés, communiqués des armées, actes héroïques, couplets, discours par un orateur désigné, clôture par des chœurs et de la musique. En thermidor an III, le culte décadaire se célébra à l'église des ci-devant Pénitents bleus. I^e 2 pluviôse an III (21 janvier 1795), on célébra la « fête anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français )>. Il semblait que, dans les manifestations extérieures, tout se passât comme au temps de la Terreur. Mais on n'arriva pas à populariser ces fêtes froides et insipides. lyC Directoire n'y réussira pas mieux.
Le culte catholique, en 1794, avait été presque partout Le culte
abandonné; toutes les églises de Toulouse étaient feimées, catholique, sauf les sanctuaires affectés aux cérémonies républicaines. Sermet et les prêtres assermentés sortirent de prison après le 9 thermidor; mais ils furent poursuivis par les insultes des royalistes et ne furent pas protégés par les représentants, surtout lyaurence. L'évêque vSermet, malade, finit par quitter Toulouse pour Cazères, où il transporta son siège épiscopal {^). Beaiicoup de réfractaires étaient restés dans la ville, exerçant divers métiers et, secrètement, leur ministère. Un abbé Barquisot chantait dans les rues des airs patriotiques; un abbé Ostric vendait de la poudre odontalgique ; un abbé de Chièze, ex-vicaire général de l'évêque de Carcassonne, servait dans la garde nationale. Cet apostolat avait ses dangers, mais il conférait aux prêtres « romains » un singulier prestige; de toutes parts, on revenait à eux, dans la sécurité retrouvée. Avant même le décret, ils se montraient au grand jour : le vicaire général de Monseigneur de Fontanges (réfugié à Palma-de-Maj orque), du Bourg, sortait de sa retraite et procédait au « lavage », comme on disait alors, des constitutionnels.
Dès que parut le décret du 3 ventôse, complété par la La réouverture loi du II prairial (30 mai), un arrêté du représentant désigna ^^^ ésrlises. les édifices religieux, biens nationaux non aliénés, que l'on