‹ Histoire de ToulouseChapitre 279 sur 317 · Imprimée à Toulouse · texte numérisé non relu

Imprimée à Toulouse

La Pauvre Femme. Les acteurs ou actrices prennent parti pour les factions. La plus aimée du public toulousain, Mlle Cressent, est ouvertement royaliste; M^e Lavergne est républicaine. Les galeries, peuplées de muscadins et d'incroyables, applaudissent les allusions au régime aboli; le parterre siffle les comédiens aristocrates. Des désordres éclatent constamment et la municipalité est obligée d'interdire Les Brigands, Les Suspects et La Pauvre Femme. Le 30 nivôse an V, une représentation d'adieu de la Cressent, Paul et Virginie, est accompagnée et suivie d'ime véritable émeute, où la poudre parle ('), et qui fournit à la municipalité l'occasion de son arrêté sur le port des armes et des triques. L'exécution des hymnes révolutionnaires provoque aussi des tumultes. Lors de la célébration du 21 janvier, on insulte les patriotes, on leur jette des pierres. Le citoyen Fraissines, ancien parlementaire, les traite de brigands et de scélérats; on le poursuit, on l'assiège dans sa maison, où se trouvaient les représentants Mazade et Blaviel (du Lot); il tire un coup de pistolet sur les manifestants. I^es soirées du 30 nivôse et du 2 pluviôse sont aussi agitées. Les royalistes se plaignent qu'on a tué quelques-uns des leurs, jetés à la rivière; les patriotes les accusent de mensonge et désignent Causse, l'ancien fédéraliste, comme le « missionnaire « des royalistes. Autour de Toulouse, la situation n'est guère meilleure. Des déserteurs et insoumis parcourent les régions d'Aurignac, de Cazères et de L'Isle-en-Dodon. On doit dépêcher une colonne mobile sous le général Desaix pour les rassembler. Partout on signale des forêts incendiées, des arbres de la Liberté coupés, des attroupements séditieux (Saint-Nicolas-de-la-Grave, 2 ventôse), des tentatives même de soulèvement (Cintegabelle, Gaillac-Toulza).

La Presse La presse reflète et attise la véhémence des passions poli-

sous le Directoire, tiques. Modérés et royalistes ont leur organe officiel, L'Antiterroriste, rédigé par Brouilhet, puis par Bernard Larue (nivôse an V), imprimé chez Meilbac, rue de la Liberté

I. Gaston Martin, Le théâtre et Iz politique en l'an V; l'aventure de M"* Cressent (Révol. française, t. lyXXX, p. 193). Ces événements firent l'objet d'un rapport au Directoire (ventôse an V) très défavorable au parti Jacobin (on est en pleine période babouviste).

(Saint- Rome). Il paraissait tous les trois jours. Ses violences ne sont pas dépourvues de verve et même parfois d'esprit. Il attaque avec véhémence la municipalité, les Jacobins, et poursuit d'une haine tenace les anciens dictateurs de la Terreur. Il donne aussi au public toulousain de laiges extraits de la presse thermidorienne de Paris, Le Courrier français, Le Courrier républicain, Le Véridique, Le Journal des lois, La Feuille jacobine. Le Journal révolutionnaire ou le Surveillant du Midi disparaît au début de 1797. Pour combattre efficacement les diatribes passionnées et incisives de Romiguières, de Causse, de Janole et de I^arue, les montagnards lui donnèrent un successeur dans L' Observateur ou V Antiroyaliste ou le Journal de Toulouse, rédigé par l'ancien curé constitutionnel d'Auriac, Dardenne, puis par Dufey, imprimé chez Robert, rue Sainte-Ursule, paraissant tous les deux jours. On y trouve moins d'intérêt et de talent que - dans L' Antiterroriste. Les catholiques et royalistes étendent dans les campagnes la propagande par la presse; ils y répandent, à dater de 1796, une feuille mensuelle, La Feuille villageoise, « à la plus grande gloire du Sacré-Cœur de Jésus », et une brochure hebdomadaire de seize à vingt pages, intitulée Le Philosophe catholique, publiée par le citoyen Bellegarrigues, rue Nazareth. Le 18 fructidor mettra fin aux exploits de U Antiterroriste et ne laissera subsister à Toulouse que L'Observateur ou l Antiroyaliste, dont l'esprit, dit un rapport au ministre de la Police (3 pluviôse an VIII), est « très propre à combattre et détruire le fanatisme et la superstition et à rallier tous les citoyens au gouvernement républicain » (^).

La misère économique aggrave les troubles auxquels elle sert souvent de prétexte. Les royalistes trouvent des appuis auprès des députés et profitent des rancunes des fédéralistes épargnés par la guillotine. Lors de l'offensive de grand style mentionnée par la pétition citée plus haut (brumaire an V),

Connivence

des autorités

et des

rovalistes.

I. L,a collection de V Antiterroriste existe à la bibliothèque de Toiilouse, du 7 février 1795 au 8 septembre 1797. Celle de l'Observateur, du 21 thermidor an VI au 23 thermidor an VIII. Ces collections sont incomplètes. Il existe aux Archives départementales (série 1,, i anc. 2563) une déclaration du nom et domicile du rédacteur et de l'imprimeur de l'Observateur à la date du i«' brumaire an VI. Mais ce journal paraissait certainement avant cette date.

La manœuvre

royaliste

de 1797,

le 18 fructidor.

l'accusateur public Janok, un proscrit de juin 1793, représente les officiers municipaux comme des « gens gorgés de sang et de rapines «. Le 27 brumaire, Maillie, qui évoluait vers le royalisme, aux Cinq-Cents, accuse, la ville d'être le « point de réunion des assassins «; il accuse la force armée, restée très républicaine, « d'être une troupe de brigands exclusivement choisis par Toulouse >'. Pérès défendit les municipaux, que Destrem et Desbarreaux, accourus, sauvèrent d'une suspension, les Cinq-Cents ayant passé à l'ordre du jour.

C'est que les royalistes croient être près de réaliser leur rêve contre-révolutionnaire; ils se sont alliés aux modérés ou clichyens, aux partisans de l'apaisement; ils ont obtenu aux Conseils le vote de lois favorables aux prêtres déportés (31 mai et 14 septembre 1796), la révision des décrets conventionnels des 3 et 4 brumaire an IV exceptant de l'amnistie les émigrés, déportés et vendémiairistes (14 frimaire an V-4 décembre 1796) surtout l'annulation de la loi excluant les émigrés et parents d'émigrés des fonctions publiques (27 juin 1797) et l'abrogation de la déportation pour les prêtres insermentés, avec maintien, il est vrai, de la déclaration d'insoumission. Organisés sous la direction du « conseil royal » de Paris dans les cadres de r« Institut philanthropique ou des Amis de l'ordre », subventionnés par l'Angleterre, sûrs de l'appui éventuel de quelques chefs militaires (Pichegru, Willot, Kellermann), disposant de l'appoint des émigrés qui rentrent légalement ou clandestinement, surtout des prêtres réfractaires déportés, bientôt revenus en masse, les royalistes ont adopté la tactique constitutionnelle : se saisir de la majorité aux Conseils, dans les ministères, au Directoire lui-même. Les élections de l'an V leur assurent la victoire aux Cinq Cents et aux Anciens; ils font entrer un des leurs, Barthélémy, au Directoire; ils exigent un remaniement ministériel. Mais la manoeuvre royaliste est déjouée par l'armée, restée ardemment républicaine; c'est avec l'armée que Barras exécute le coup d'Etat du 18 fructidor (14 septembre 1797); il fait arrêter et déporter, avec Barthélémy, les députés clichyens ou royalistes, casser les élections, placer partout de bons révolutionnaires. Les lois de « réparation » sont rapportées, les décrets antérieurs contre

émigrés ou prêtres insermentés remis en vigueur; l'on exige de tous les citoyens et des ecclésiastiques le serment de « haine à la royauté et à l'anarchie, d'attachement et de fidélité à la République et à la Constitution de l'an III ».

A Toulouse, le Comité ro3^aliste, formé dès 1795 par Pourquery du Bourg, s'était mis en rapport avec Dupont-Constant, de Bordeaux, organisateur dans cette ville de l'Institut philanthropique. Une section de cet Institut fut fondée à Toulouse qui devint une des « provinces » royalistes, comprenant neuf et même treize départements. Pourquery prenait le titre de commissaire du roi à Toulouse, signait au nom de Louis XVIII des brevets pour ses collaborateurs, correspondait avec l'agence de Suisse (la future agence de Souabe) qui était l'organe central de toute la conspiration monarchiste. Il avait son état-major, son chef éventuel des troupes, le ci-devant maréchal de camp, de Rougé, ancien soldat d'Amérique. On organisait clandestinement des compagnies, avec des officiers, dizeniers et centeniers, des armes, des points de réunion. On comptait sur les campagnes où rentrent émigrés et prêtres romains. « Le plan actuel de contre-révolution, beaucoup mieux combiné que tous les précédents, écrit le président de la municipalité de Cadours, Portes (^), étend ses ramifications sur tout le territoire de la République, a des apôtres dans toutes les communes et plusieurs chefs de bataillon dans chaque canton ».

Mais les élections de Germinal en Haute-Garonne montrèrent aux royalistes la difficulté de se saisir légalement du pouvoir. Tandis que dans le reste de la France, le tiers renouvelable du Conseil se composa surtout de clichyens ou de monarchistes avérés, dans le département les cinq élus s'avérèrent des républicains solides (25-26 germinal an V). C'étaient Cazeaux-la-Sola, de Pointis-Inard, membre et président de l'Administration du district de Saint-Gaudens, le plus modéré; Joseph Martin de Saint-Béat, ancien négociant à Toulouse, capitaine au 3^ bataillon de la Haute-Garonne, qui avait conquis son grade de chef de brigade à l'armée des P^^rénées- Orientales; surtout Gilles Denis Porte de Pelleport, qui avait

I^'organisation

ro3^aliste

à Toulouse.

Déceptions électorales.

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