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LE DIRECTOIRE

Avec le Directoire (1795-1799) recommence, du moins en apparence, le fonctionnement régulier de toutes les institutions établies par la loi constitutionnelle. En réalité, ces quatre ans, pour Toulouse comme pour Paris, ne furent qu'un prolongement de la période thermidorienne, avec ses luttes de partis, ses violences et ses coups d'Etat municipaux en miniature.

La députation de la Haute-Garonne aux Conseils des Anciens et des Cinq-Cents comprit les anciens conventionnels Delmas, de Mazade-Percin, Estadens, aux Anciens (4 brumaire an IV) ; Pérès de la Gesse, Drulhe, Rouzet, Cales, aux Cinq-Cents (23 vendémiaire). vSauf Delmas et Calés, montagnards thermidoriens, tous les autres étaient des girondins ou des centristes. Mailhe, élu par neuf départements, opta pour l'Yonne. I^s nouveaux élus furent Jean- Joseph-Louis de Lespinasse, capitaine du génie, ex- député suppléant à la Convention; Roger Martin, d'Estadens, ancien prêtre et ancien municipal de Toulouse (^) ; Pierre Gerla, de Villebrumier, ci-devant procureur syndic du district et maire de Castelsarrasin, et Germain-Théodore Abolin, de Montesquieu-Volvestre, commissaire national près le Tribunal civil de Rieux. Sauf Roger Martin, tous les autres sont des modérés. Ainsi, dans sa grande majorité, la députation de la Haute-Garonne traduit le sentiment général des électeurs

Députés

de la

H aute-Garoune .

1. I^'ordre des temps ne ramènera pas une seconde fois le concours des causes qui produisirent, presque en un jour, plusieurs siècles de crimes et de vertus, d'héroïsme et de fureur, de gloire et d'injustice, de destruction et de création. « I^'histoire de la Révolution française appartient à tous les peuples, à tous les âges; c'est un fanal élevé au centre de l'immensité des siècles et des générations » (Dervaut).

2. J. Gros. Roger Martin, Mém. dj l'Acad. des Sciences, 1919, PP- 107-135.

attachés à la République et aux conquêtes de la Révolution, mais lassés et dégoûtés de tout terrorisme.

Nouvelle La Constitution de l'an III supprima les districts, établit

orgamsation ^gg tribunaux correctionnels, qui se fixèrent, en général, au chef -lieu des anciens districts (pour la Haute-Garonne, à Toulouse, Muret, Villefranche-de-Iyauraguais, Saint-Gaudens et Castelsarrasin). L'organisation municipale est profondément modifiée. Plus de Conseil général de la commune, mais une municipalité composée de cinq à neuf officiers municipaux pour les villes d'au moins cinq mille âmes; pour les aiitres communes, un agent municipal et un adjoint dont la réunion avec leurs collègues des communes voisines formait la municipalité de canton. Il n'y a point de mairie. Auprès de chaque administration départementale ou municipale, le gouvernement nomme an commissaire du Directoire qui remplace l'ancien agent national. Ces commissaires sont subordonnés aux administrations du département, investies du droit de les suspendre, mais sous la sanction du Directoire. Celui-ci garde le droit d'annuler tous leurs actes. Ainsi, la commune se trouvera à peu près aussi étroitement tenue en lisière que sous la Terreur ou sous l'ancien régime.

Le Les officiers municipaux sont nommés pour deux ans,

droit électoral, renouvelables par moitié tous les ans, rééligibles seulement une fois sans intervalle, une seconde fois avec un intervalle de deux ans. Ils étaient élus par les assemblées primaires, réunies le i^'" germinal de chaque année et composées de tout citoyen âgé de vingt et un ans accomplis, domicilié depuis un an et inscrit sur les registres des contributions, abstraction faite des domestiques. Les citoyens ayant fait « une ou plusieurs campagnes pour l'établissement de la République » étaient dispensés des conditions fiscales. Les assemblées primaires devaient conserver le caractère démocratique qu'elles avaient eu jusque-là; elles gardaient le droit de s'assembler plusieurs jours, d'avoir un bureau, de délibérer. Mais ce suffrage direct ne s'appliquait qu'aux juges de paix et aux administrations de commune ou de canton. Pour nommer celles du département, les juges des tribunaux divers et les députés aux Conseils (Anciens et Cinq-Cents), les assemblées primaires désignaient un élec-

teur par deux ou trois cents citoyens ayant vingt-cinq ans accomplis et im revenu ou loyer égal à cent ou deux cents journées de travail. Tel est le régime qui a fonctionné quatre ans et dont certaines dispositions se sont maintenues après le i8 brumaire.

Ives élections municipales furent signalées par des agita- La nouvelle tions dans les assemblées primaires; on en exclut les parents municipalité j,, . , , 1- .. i. 1 1^- j. j. (brumaire an IV).

d émigrés ou des royalistes et des « anarchistes » ou terroristes, lycs révolutionnaires de Toulouse étaient décidés à ne pas céder le pouvoir aux partisans de l'ancien état de choses. D'un autre côté, durant la période de 93, Ferrand avait été destitué de ses fonctions de maire et arrêté prisonnier (i) le 18 octobre, jusqu'après justification des reproches portés contre lui, et c'est le jacobin Groussac, un des plus influents de la Société populaire, qui fut appelé, le 14 octobre, à lui succéder. I^a municipalité, alors remaniée, épurée des membres jugés indignes, Dartigoeyte désigna seize membres {^). Le 16 brumaire (10 novembre 1795), lanouvelle municipalité fut installée; elle était composée d'anciens officiers municipaux, notables ou administrateurs de districts, qui avaient l'expérience des affaires, tous montagnards et anciens jacobins, ayant exercé leur mandat en 1793 et 1794. Le 18, était nommé président Souchon, ancien administrateur du district (septembre 1792décembre 1793) ; le 23, le Directoire désignait comme commissaire exécutif Hugues Destrem, de l'Aude, maire de Fanjeaux en 1789, député de son département à la Législative, fixé à Toulouse vers la fin de 1792, négociant qui rendit de grands services au bureau des subsistances en l'an II (^), nommé, en pluviôse an III, président du Conseil de district, patriote très sûr, ami intime de Veyrieu, procureur général syndic du département, hostile à la noblesse,

1. I,a Itvée en niasse avait encouru la réprobation de la municipalité Ferrand dont, au surplus, le manque de zélé avait motivé les fréquentes dénonciations de la Société populaire. Ces accusations contribuèrent à la destitution de Ferrand, ainsi qu'il a été déjà dit.

2. Ces officiers municipaux sont les suivants : Benêt, Bezonibes, Blanc, Berge, Clauzolks, Caumont, . Couderc, Cordeau, Jourda, Lacroix, Mandement, Murel, Roqu-.-s, Saint-Silvy, Zimmermami.

3. I,es magasins se trouvaient sur les bords du canal du Midi. V. Adher, Hugues Destrem, un négociant patriote (Révol. française, 14 janv. igog, pp. 46-49.)

et qu'on appelait à Toulouse « Maximum », « homme vain, dit d'Aldéguier, et entêté dans ses opinions ».

Politique La nouvelle municipalité suivit une ligne de conduite

montagnarde. conforme aux indications du Directoire, composé, on le sait, en majorité de montagnards. Au contraire, le département, composé de modérés, prétendait suivre la politique d'équilibre entre les factions. Le 21 novembre 1795, la municipalité procédait à des arrestations de prêtres (en vertu de la loi du 3 brumaire), dont les uns, impotents ou infirmes, furent internés au couvent Sainte-Catherine et les autres déportés. Elle défendit de chanter Le Réveil du peuple et de montrer au théâtre aucun costume rappelant l'ancien régime. Le 21 janvier 1796, elle fêtait l'anniversaire delà mort dutyran; Veyrieu, renouvelait, à cette occasion, le serment de haine à la royauté, et Destrem chantait une chanson composée par lui sur la Liberté, dont les couplets devinrent populaires dans les tavernes (^). Le 4 germinal an IV (24 mars 1796), un nouvel arrêté, répondant aux troubles contre-révolutionnaires, ordonne l'incarcération des prêtres insoumis et réfractaires. Le zèle montagnard de la municipalité appela sur Toulouse l'attention de Gracchus Babeuf {^), qui la compromit dans la fameuse conspiration des Egaux; le tribun devait, disait-on, y expédier des hommes à lui pour renverser les autorités, rétablir la Terreur et le Maximum avec la loi agraire. L'Administration municipale fut obligée de se justifier par un mémoire au ministre de la Police (26 messidor). En fait, il restait certainement à Toulouse de zélés partisans des principes de la Terreur qui étaient alarmés du progrès grandissant de l'esprit de réaction. C'étaient les débris de l'ancienne Société populaire, les Jacobins ou exclusifs, qui se réunissaient sans doute, puisque la Constitution leur en laissait le droit, mais ne tenaient plus de séance publique et ne formaient pas de sociétés affiliées. Ils n'en gardaient pas moins de l'influence dans la ville; ils pouvaient compter sur l'appui des anciennes compagnies

T. D'Aldéguier, la cite tout entière, t. IV, p. 54 des notes.

2. Un des complices de Babœiif, l'ancien conventionnel Vadier, fut arrêté, à Toulouse, par les soins de l'accusateur public Janole (15 prairial [3 juin 1798])- (Cf. Janole, pp. 87-109.)

Marat, de l'armée révolutionnaire qu'on appelait la « colonne mobile », patriotes décidés à ne pas tolérer le retour offensif de l'aristocratie.

Depuis 1795, le trouble restait profond dans le départe- L'opposition, ment (^) et à Toulouse. Dans les campagnes, les réfractaires ^^ royalisme, disaient la messe publiquement ; on sonnait les cloches malgré la loi. A Aussonne, l'ancien supérieur du Séminaire Saint- Charles, l'abbé La Terrasse, exigeait de ses paroissiens amende honorable pour avoir toléré avant lui le curé constitutionnel, lycs agents municipaux fermaient les yeux sur ces agissements. A Toulouse, c'est pis : les ro^^alistes, frustrés dans leur espoir de conquérir les mandats législatifs et municipaux, agissent ouvertement. Une pétition des citoyens de Toulouse au Corps législatif (4 ventôse an V) (2), signée de quatre mille quatre cent soixante et un noms, nous renseigne sur le trouble profond des factions. lyCS contre-révolutionnaires, dirigés par Janole et Causse, ont adressé aux Conseils deux pétitions « liberticides », énumérant les « crimes horribles » des patriotes, accusant Toulouse d'abriter des sectateurs de « l'infâme Babeuf ». Ils réclament la révocation de la municipalité, l'annulation des élections ; les Cinq-Cents refusent, le 28 brumaire. En nivôse, la foule « des béats des deux sexes » se partage comme reliques les vêtements d'un prêtre insermenté dont le corps était exposé aux Cordeliers; l'agitation fut telle qu'on cria : <( Vive la Vendée ! », que les juges de paix ne purent calmer le peuple et qu'il fallut appeler la force publique. Au théâtre, le bruit est systématique. Au répertoire de la Terreur, guindé en son héroïsme républicain, succèdent des spectacles plus libres. On reprend les vieilles pièces qui plaisent toujours au public : Zaïre, Fénelon,àe Chènier; Le Glorieux, de Destouches; Le Droit du seigneur, de Monsigm-. Mais on y joint des pièces de circonstance qui suscitent des manifestations politiques : Les Jacobins, de Goa; L'Intérieur des Comités révolutionnaires, Cange ou les Détenus, Le Triomphe de l'humanité ou la Traite des nègres. Les Brigands, Les Suspects,

1. V. Adher. L,a couspiration royaliste de l'an IV et V. Révolution française (14 sept. 1901, p. 216-232).

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