I. C'est le troubadour Raimon de Costiran
moine de Saint-Michel de Cluses, en Piémont; avec le notaire Pierre Arnaud et deux clercs. Dans la nuit du 28 au 29 mai 1242, le château fut envahi par une troupe formée de la garnison de Montségur, repaire de proscrits et de Cathares, dirigée par Pierre- Roger de Mirepoix et par l'instigateur du complot, Raimon d'Alfaro, fils de Hugues, beau-fils de Raimon VI et sénéchal de Raimon VII (^). Tous les membres de la mission inquisitoriale furent massacrés avec leurs domestiques. Ils se laissèrent égorger en chantant un Te Deum. I^es massacreurs coupèrent la langue de Guillem Arnaud, depuis longtemps exécré à Toulouse. Cette sauvage exécution se produisit en l'absence et à l'insu du comte Raimon; du moins prit-il soin d'en récuser la responsabilité. Elle montre toutefois l'intensité des haines soulevées par le régime religieux auquel le Midi était soumis depuis la Croisade et la paix de Paris. Elle donne à penser que, marchant derrière Raimon VII, le lyanguedoc tout entier dut se soulever dans un suprême effort pour recouvrer son indépendance.
Mais la révolte tourna court. Quand le comte de Toulouse Echec
se mit en campagne, la ligue des seigneurs avait été vaincue *^^. ^^ révolte, à Taillebourg et à Saintes (21-22 juillet 1242). lyC comte de (124^)
lya Marche, après s'être soumis, avait accepté de servir dans l'armée royale. Le comte de Foix avait forfait à ses engagements, traité avec le roi et pris parti contre Raimon VIL Celui-ci perdit le mois d'août en querelles, à Bordeaux, avec le comte de Leicester, Simon de Montfort (^). Entre temps, deux armées royales marchèrent sur ses états. Il se hâta d'obtenir son pardon et demanda, le 20 octobre, la médiation de Blanche de Castille, sa parente, s'en remettant sans réserve à la miséricorde du roi qui le traita avec modération et rendit les quelques villes qu'il avait occupées dans l'Agenais et le Quercy. Il s'engagea à observer les clauses de la paix de 1229, notamment à poursuivre et expulser les hérétiques, et remit en garantie aux royaux les châteaux de
1. Raimon d'Alfaro avait été un des otages du traité de 1229. Son crime lui fut pardonné, puisqu'il est viguier de Toulouse en 1247 et fait sa soumission à Alfonse de Poitiers, le i<^' décembre 1249. (Abbé Contrasty, Les Alfaro. Revue historique de Toulouse, 1914, p. 5.)