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Emplacement de la place des Cannes actuelle

restèrent souvent impayés et le pape s'en plaignait au comte. C'est que Raimon VII était soutenu par le sentiment général des consuls et de la population; les ordres nouveaux, surtout les Dominicains, étaient accueillis froidement. Jean de Garlande raconte même que la vie des professeurs de l'Université n'était pas en sûreté. Il quitta Toulouse en 1232, pour ce motif et parce qu'on ne payait passes gages. I^e fanatisme des théologiens ne devait pas plaire à la population. Iv'on voit Roland de Crémone prendre la tête d'une foule qui va brûler la maison d'un hérétique, Galvanus, et traîner son cadavre par les rues. L'Inquisition, en particulier, sus-

Foric Jlonloulicu, D'apred Jtfazzoli

cita la réprobation et la haine d'un peuple tolérant et encore pénétré d'influences albigeoises. D'ailleurs, les confiscations que prononçait ce tribunal constituaient, par leur ampleur, un vaste déplacement de propriété qui ne se faisait qu'après une opiniâtre résistance. Sans doute, dans les domaines de Raimon VII, les exactions et les spoliations furent-elles réduites au minimum, mais le spectacle de ce qui se passait dans le Biterrois et le Carcasses, la brutale tyrannie des agents du roi renchérissant sur les rigueurs inquisitoriales devaient alarmer les Toulousains qui redoutaient l'avenir.

Résistances

à l'Inquisition.

Une réaction était inévitable (^). Dès 1231, maître Roland, professeur de théologie à l'Université, ayant accusé la ville d'être un nid d'hérétiques, les consuls le réprimandèrent; il n'en persista pas moins dans ses diatribes. Plusieurs hérétiques morts furent déterrés et traînés dans les rues sur une claie; ces spectacles répugnaient à la population. Un peu plus tard, un catholique insulta un Toulousain en l'appelant hérétique : les consuls le citèrent, le condamnèrent à des excuses, à une amende et à l'exil. Il en appelle à l'évêque, appuyé par les Dominicains. Triomphant devant la cour de l'ofîicial, il oblige l'insulté à s'enfuir. En 1235, ^^it plus grave, le viguier Durand de Saint-Bars fait brûler un hérétique qui n'avait cessé de proclamer son orthodoxie. I^e peuple s'émeut. Les autodafés, rares à Toulouse, faisaient d'autant plus d'impression. Bourgeois et gens de métiers se solidarisent avec les persécutés. Exaspérés jusqu'à ne i)as

I. Inquisition. — Ce ne sont que citations, emprisonnements, exhumations, condamnations au bûcher, cxcommimications de contumaces, expéditions nocturnes organisées pour se saisir d'hérétiques qui ne répondent pas à l'appel des inquisiteurs, représailles sanglantes de part et d'autre, combats contre le pouvoir civil, qui répond fort mal encore aux sommations impérieuses de la justice inquisitoriale, soulèvements enfin des habitants exaspérés, qui chassent hors des villes les juges dominicains.

I,a liste des juges d'inquisition ou des divers personnages qui, pendant cent ans, ont lutté impitoyablement contre l'hérésie serait démesurément longue et ne trouverait pas sa place ici. Voici quelques-uns d'entre eux : Raimon de Fauga, évêque de Toulouse, de 1246 à 1248; il avait d'abord appartenu à l'ordre des Doniinicauis et fut un protecteur ardent de l'Inquisition à Toulouse, dans la première moitié du xin<= siècle; il figure comme acteur principal dans l'exécution sommaire d'une femme hérétique, en 1234, le jour même de la canonisation de samt Dominique. — Frère Ferrier et Arnaud Catala, deux des plus rudes persécuteurs de l'hérésie au xiii'= siècle. — Bernard Gui, né vers 1261, à Royère, près La Roche- AbeUle, en L,imousm, prieur de divers couvents de Dominicains, évêque de l,odève, nommé, le 16 janvier 1307, inquisiteur à Toulouse, où il exerça ces fonctions pendant seize années avec un zèle infatigable; environ six cent trente personnes ont été brûlées par lui; ses ouvrages, au nombre de douze, composent mi des ensembles les plus considérables qu'ait laissés aucrm écrivain du moyen âge ; parmi les plus importants figure l'Histoire des Frères Prêcheurs et le Traité de V Inquisition. Il est mort en 1331. — Bernard de Caux, prieur du couvent des Dominicains; né à Béziers; il apportait, dans l'exercice de ses fonctions d'mquisiteur, l'emportement et la fougue qui distmguaient ses compatriotes; par buile pontificale, il avait été chargé de dUigenter une enquête sur la vie et les mœurs de Raimon *\'I, comte de Toulouse. Combien d'autres encore de la même race que ceux qui pendant cent ans ont poursuivi mie lutte implacable contre l'hérésie! Citons presque au hasard : P. Durand, Jean de Saint-Pierre, Nicolas d'Abbeville, Jean de Beaume, Bernard de Castanet, Etienne de Saint-Tibéri, successeur des martj'rs assassinés à Avignonet, le bras toujours levé, frappant sans trêve ni merci, et qui a été comme eux un marteau des hérétiques (Ch. Molinicr-Percin, op. cit.). En France, le nombre des hérétiques est très élevé, mais en Espagne il est incalculable.

reculer devant le meurtre des juges du tribunal, toutes les classes, tous les ordres se coalisent. On fait évader les prisonniers; on refuse de comparaître comme témoin dans les procès d'hérésie, et les consuls soutiennent les récalcitrants. Finalement, on mit les Dominicains en quarantaine; leur couvent resta quasi bloqué par la foule pendant trois semaines.

Alors les consuls et le viguier, « au nom du comte Raimon », rendirent une ordonnance prononçant l'expulsion des Frères Prêcheurs et de l'évêque Raimon de Falga, leur provincial. Ceux-ci quittèrent Toulouse, le 5 novembre 1235, par vSaint- Cyprien, et se retirèrent d'abord à Braqueville, dans la maison

Expulsion

des

Dominicains

Porte Jlonloulicu

des champs appartenant aux chanoines de Saint-Etienne, puis à Carcassonne et à Rome. A la suite de cet acte audacieux, l'évêque excommunia Raimon VU. Le 28 avril 1236, Grégoire IX lui adressa une lettre fort dure, contenant, entre autres reproches, ceux d'entraver l'œuvre de l'Inquisition, d'user de violences à l'égard des prêtres et des églises, de publier des statuts contre la foi, d'employer des hérétiques comme fonctionnaires, de favoriser l'hérésie. Les consuls eurent aussi leur part dans les anathèmes : onze d'entre eux furent excommuniés par l'inquisiteur comme fauteurs d'hé-

La révolte 1240-42.

Massacre

des inquisiteurs

à Avignonet.

résie. Le comte s'incline devant la semonce. Le 28 août 1236, les Dominicains rentraient à Toulouse. I^e pape, fréquemment plus humain que ses mandataires, consentit à suspendre la procédure d'inquisition jusqu'en 1241 et même à la rendre moins barbare. Mais ces conflits indiquaient la sourde résistance du sentiment national et annonçaient une réaction politique.

Cette réaction se produisit en 1240-1242. Mais, de même qu'au temps de la Croisade, les révoltés du Midi ne surent pas conjuguer leurs efforts. Ce fut un soubresaut rapide, vite dompté par une royauté déjà forte, représentée par un homme de la valeur de saint Louis. En 1240, Raimon Trencavel, fils du dernier vicomte de Béziers et de Carcassonne, avec une troupe de faidits, petits seigneurs spoliés par la Croisade ou par l'Inquisition, tenta de reconquérir le patrimoine de sa famille et occupa Carcassonne. Mais Raimon VII ne put ou n'osa le soutenir; il était en guerre en Provence et négociait, sans aboutir encore, une entente avec le roi d'Angleterre, Henri III. Il se borna à accueillir à Toulouse et Trencavel vaincu et ses chevaliers fugitifs. Il avait, au reste, refusé d'aider le sénéchal de Carcassonne, Guillaume des Ormes, qui l'avait sommé de remplir son devoir de vassal.

Deux ans après, Raimon levait le masque et adhérait à la ligue féodale formée contre Louis IX par le comte de la Marche et le duc de Guyenne, roi d'Angleterre, Henri III. Il n'avait, dans le Midi, d'autre allié sérieux que le comte de Foix, qui l'avait poussé à la révolte. Qtiant au roi d'Aragon, on ne pouvait compter que sur son appui moral. La rébellion commença par un sanglant attentat qui fait pendant au massacre des clercs, à Carcassonne, par les hommes de Trencavel et qtii rappelle le meurtre de Castelnau. Les inquisiteurs Guillem Arnatid, des Dominicains, et Etienne, Franciscain, se trouvaient au château comtal d' Avignonet, dans le Lauraguais, avec trois frères de leurs ordres ; avec Raimon L'Ecrivain, l'archidiacre de Lézat et de Yillelongue, chanoine de Saint-Etienne (1) ; avec le prieur d'Avignonet,

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