‹ Histoire de ToulouseChapitre 54 sur 317 · Aude, arrondissement de I<imoux · texte numérisé non relu

Aude, arrondissement de I<imoux

Il entreprit une tournée dans ses Etats, présida, à Agen, au brûlement de quatre-vingts hérétiques, flamme sinistre qui illumine de façon tragique ses derniers moments. Au retour, il tomba malade à Millau, où il expira dévotement, le 27 septembre 1249, à l'âge de cinquante-deux ans. Son corj^s fut inhumé à l'abbaye de Fonte vrault, à côté de celui de sa nièce, Jeanne d'Angleterre, morte en 1200, et parmi les tombeaux des Plantagenets : Henri II, Aliéner d'Aquitaine, Cœur de lyion. Ainsi repose, aux confins de l'Anjou et de la Touraine, près du confluent de la Vienne et de la Loire, le dernier Raimon, qui incarna, en plusieurs circonstances, la protestation du Midi contre la conquête du Nord, la tolérance contre la persécution catholique.

A la mort de Raimon VII, le légat du pape, cardinal d'Albano, essaya de revendiquer les Etats du comte, comme si les droits de l'Eglise n'étaient pas forclos depuis la Croisade, depuis la cession faite par Aniaury de Montfort à lyouis VIII et depuis le traité de 1229. 1/ énergique Blanche de Castille arrêta cette informe tentative. Elle envoya à Toulouse Gaucerand de Ltmel et deux autres commissaires, qui prirent possession de l'héritage au nom de Jeanne, femme d'Alfonse de Poitiers. Le 6 décembre 1249, le sénéchal Sicard Alaman, exécuteur testamentaire de Raimon VII, leur transmit les domaines du comte de Toulouse. Il le fit, selon les instructions de Blanche, avec sagacité et linesse d'esprit, sans désobliger le légat. La cour romaine renonça, du reste, à toute prétention.

Le changement de souverain causa à Toulouse de sérieuses appréhensions. Non seulement on regrettait Raimon VII, mais on ignorait tout d'Alfonse, sinon qu'il était un étranger au Midi et le frère du roi dont la domination pesait si durement sur les sénéchaussées voisines. On craignit pour les libertés si chèrement acquises; les consuls députèrent auprès de Blanche de Castille, régente en l'absence du roi, pour s'entendre avec elle sur la formule du serment d'allégeance et sur la confirmation des privilèges de la cité, point capital qui préoccupait par-dessus tout le chapitre et la population.

Alfonse de Poitiers

les habi'tants de Toulouse.

On convint d'ajouter au texte habituel : « Je dis, proteste et entends que, par ce serment, ni moi ni les autres habitants et bourgeois de Toulouse ne perdrons rien de nos coutumes et de nos libertés. » Alfonse lit son entrée dans sa nouvelle, capitale après son retour d'Egypte, le 23 mai 1251, Sicard

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Caractère d'Alfonse de Poitiers.

Alaman ayant assuré pendant la Croisade le gouvernement des Etats raimondins. Il reçut, de tous les habitants, le serment ainsi complété, et jura à son tour de respecter les coutumes de la ville.

Alfonse, le frère préféré de saint Louis, était, comme lui, doux et simple, à la différence des deux autres frères, Robert et Charles, beaux chevaliers, aventureux et entreprenants. La délicatesse de sa complexion fit de lui un éternel valétudinaire; il rapporta d'Egypte une ophtalmie et une paralysie partielle. Mais son esprit demeurait actif, et, s'il ne se distinguait point par un éclat exceptionnel, il montrait des qualités estimables d'ordre, de conscience, d'application régulière à ses devoirs publics et privés. Il avait une haute idée

de son autorité, dont il était jaloux, et de ses droits qu'il sut défendre même contre son frère. Ainsi que saint Louis, il observait la plus stricte justice, même à l'égard de ses officiers dont il redressa souvent les décisions iniques ou vexatoires. Très entendu à la gestion de son domaine, il était économe et même avide de richesses. Sous un prétexte subtil, il fit casser le testament de son beau-père qui léguait de grosses sommes d'argent aux établissements religieux de Toulouse, et il fit déclarer par des juristes que ces legs étaient facultatifs. L'Eglise eut de la peine à rentrer dans ses biens; elle n'y parvint que partiellement. Alfonse garda pour lui une grande partie des donations. Les qualités et les défauts de ce prince caractérisent un bon administrateur, ce qu'il fut en effet. Mais il ne résida guère à Toulouse. Il habitait les environs de Paris : Longpont, Gournay-sur-]\Iarne, MussA'-l'Evêque, Corbeil, Nogent. De ces pa^^s lointains partaient ses courriers et ses ordres. Là siégeait son conseil ; son trésor se trouvait en dépôt à la maison des Templiers, à Paris. Les Toulousains pouvaient difficilement aimer ce souverain invisible; mais, grâce à lui, ils ont joui de vingt ans de tranquillité, sous une administration honnête, assez stricte mais régulière et, à tout prendre, bienfaisante.

A Toulouse, on ne connaissait que les officiers qui représentaient Alfonse de Poitiers; presque tous étaient gens du Nord. D'abord le sénéchal (^), demeurant au château, investi de pouvoirs militaires, administratifs, financiers et judiciaires; homme de bonne noblesse, mais révocable et appointé {^). Ce haut fonctionnaire avait une suite nombreuse, partiellement payée par le comte, formée de sa famille et des amis qu'il affectait à des emplois divers. Il était aidé par un conseil ou curia, organe administratif et surtout tribunal dont faisaient partie, avec un personnel permanent de maîtres es lois, des nobles de la province, tel Sicard Alaman, seigneur de l'Albigeois, conseiller d' Alfonse comme il l'avait été de Raimon VII.

Au-dessous du sénéchal, le viguier administrait une cir-

Ses officiers Sénéchal et Viguier

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