I. Archives nationales
de la vis d'escalier et la salle du rez-de-chaussée couverte d'une voûte gothique portant le blason des Vinhas.
A cette même époque remontent aussi la tour Mauran, décapitée sous la Révolution, située à l'angle des ruesPérigord et du Taur, qui laisse voir à l'intérieur une salle voûtée avec des traces d'arceau roman primitif, et les remparts avec
uflatjon Roiuanû-ij'iUùii/uej rue L lûix-Bara^non
tours (1345) encore visibles au boulevard Armand-Duportal, le long des murs de l'Arsenal et à l'ancienne prison militaire des Hauts Murats.
Parmi les constructions remontant à l'époque comprise entre la croisade et la guerre de Cent ans, beaucoup ont disparu. Démolis, le château Narbonnais avec la salle Neuve, la Sénéchaussée, la Viguerie, la Monnaie, toutes proches (^). Pour la maison commune, rien ne subsiste actuellement des bâtiments primitifs. I,es prisons, qui en constituaient une
Monuments disparus.
I. Place du Salin, entre cette place et la rue des Fleurs, dans un îlot disparu.
Couvent des Carmes.
Couvent des Augustjns.
Saint -Sernin.
La cathédrale.
des parties les plus anciennes, n'ont été abattues qu'à la fin du XIX ^ siècle, lors de la construction de la façade nord et de l'aménagement du square.
Des établissements religieux d'alors, un des plus vastes et des plus populaires à Toulouse, le couvent des Carmes, n'est plus qu'un souvenir attaché à la place actuelle. Il n'en subsiste que quelques colonnettes de marbre avec chapiteaux, provenant dti cloître, qui fut assurément un des plus beaux de Toulouse, si nous en jugeons par ces rares vestiges (^). Il formait un vaste quadrilatère, encadré par de sveltes colonnes géminées réunissant des arcades gothiques d'un beau style. Il comportait une galerie supérieure à fenêtres ogivales ornées de colonnettes. Toulouse possède un chapiteau portant le blason de deux grandes familles toulousaines, les Prohenques et les Roaix, qui durent contribuer, par leurs dons, à l'édification du cloître. Enfin, deux pierres tombales du xiv'^ siècle, celles du notaire Pierre Cuguron, de Guillaume- Jean de Montastruc, proviennent du couvent des Carmes.
Quant au couvent des Augustins, après son anéantissement par le terrible incendie du 7 mai 1463, l'admirable ensemble que nous avons sous les 3'eux n'est que la reconstitution des bâtiments édifiés entre 1310 et 1341 et dont nous ignorons à peu près tout. Les ermites de vSaint-Augustin, ou religieux Augustins, qu'on appellera au xvii^ siècle Grands Augustins (^), s'étaient établis, en 1268, hors la ville, près de la porte Matabiau. En 1310, l'évêque de Toulouse, Gaillard de Preyssac, par permission de Clément V, les installa dans la maison de Bernard Faure, à l'angle de la rue du Musée et de la rue des Arts. C'est là que, non sans difficultés avec le chapitre de vSaint-Etienne qui jalousait cet établissement voisin, ils élevèrent leur premier couvent, reconstruit plus tard, au xvi^ siècle.
Tous ces monuments appartenaient au style du Nord ou français, improprement appelé gotliique. La prédominance du nouveau style fut un des effets de la conquête royale.
1. D^tix colonnes géminées sont à l'Institut catholique; quelques chapiteaux de la galerie supérieure sont au Musée.
2. Par opposition aux Petits Augustins ou AuRUStins Déchaussés.
Tandis que Saint-Sernin achevée (^) conservait, avec le souvenir qui s'attache à l'époque de l'indépendance, la noblesse harmonieuse du roman toulousain, les évêques de Toulouse, désireux de rivaliser avec ceux du Nord, entreprenaient d'imiter les Notre-Dame qui, dès la fin du xii® siècle, s'élèvent partout autour de Paris. Bertrand de l'Isle-Jourdain, de la famille des seigneurs de ce nom, et
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Basilique Sainl-Sernin
descendant par sa mère de Raimon IV, prélat fastueux et magnifique, ayant visité le Nord en 1259, Paris, Amiens et Reims, voulut doter son siège épiscopal d'une cathédrale semblable. L,a nef gothique.de Raimon VI était devenue trop petite pour la masse des fi.dèles; sa façade de briques et sa haute tour forteresse, malgré la rose de Raimon VII, devait paraître bien pauvre à qui avait admiré les dentelles de
I. Il n'a été apporté à Saint-Semin, au xni" siècle et au xiV siècle, que des aménagements de détail : édicule ogival (1258) au chevet de l'abside pour le corps de saint Semin, chapelle des sept dormants sous la tour nord (sacristie) avec des peintures.
pierre et le monde des statues de Notre-Dame de Paris Evêque de 1270 à 1286, Bertrand fit commencer, probablement par l'architecte de la cathédrale de Narbonne, Jean Deschamps, la construction d'un nouveau chœur (le
Cbapitcaux de l'EijltM Sainl-Sernui
chœur actuel) qu'il éleva, avec ses quinze chapelles, jusqu'au triforium ('). vSa mort interrompit l'ouvrage construit en pierre calcaire de Roquefort, qui coûtait un prix élevé. Le chapitre
I. lya cathédrale de Saint-Etienne et celle de Narbonne s'élevèrent en même temps, durant l'année 1272. Dans ces deux cathédrales, les voûtes du chapitre montent à la hauteur de 20 mètres pour Saint- Just et de 17 mètres pour Saint- Etienne.
n'avait pas les moyens de continuer l'œuvre; le chœur fut couvert avec une toiture en charpente. I^e démembrement du diocèse diminuant ses ressources, on ne songea pas à reprendre les travaux : ils ne seront continués qu'à la fin du xv^ et au xvi^ siècles, et jamais la nef qui devait remplacer celle de Raimon VI ne sortira du sol.
Ce que Bertrand de l'Isle n'avait pu réaliser, une cathédrale de style gothique, les Dominicains y sont parvenus en élevant le plus admirable ensemble de cette époque et de ce st3de qui soit dans le Midi, avec Sainte-Cécile d'Albi, œuvre du dominicain Bernard de Castanet, évêque de cette ville. Le plan du nouveau couvent toulousain date de 1245 et doit, sans doute, beaucoup aux initiatives du fougueux Arnaud de Falga.
Cette année même. Innocent IV accordait cent jours d'mdulgences à qui contribuerait par ses aumônes à la construction du monastère. L'église s'éleva de 1299 à 1304. Les prodigieuses voûtes de l'abside furent posées en 1285, sous le prieur Raimon Hunaud; en T299.
se dressait le clocher octogonal avec sa flèche. Le cloître s'achève en 1310; la salle capitulaire était élevée dès 1301, le réfectoire en 1303, la sacristie en 1315. Les armes du provincial Pierre de Godieu, sous les roses de la façade, celles du prieur Arnaud de Vilar, aux clefs de voûte de la salle capitulaire, disent la part prise par ces dignitaires à la
construction des diverses parties du monastère. Si le cloître mutilé ne peut soutenir la comparaison avec celui du mont Saint-Michel, la salle capitulaire, avec ses colonnettes d'une si élégante gracilité et ses faisceaux divergents d'arcs doubleaux, demeure un des plus parfaits modèles de style. Quant à l'église, cette masse puissante de
Clocber dej Jacobuiô
Les Jacobins.
brique, dominant les toits des plus hautes maisons avec ses contreforts robustes sans arcs-boutants, cette sorte de forteresse sombre, surmontée d'un clocher ajouré en ogives mitrées, fait sur les sens et l'esprit une impression prof onde. Et, à l'intérieur, l'on s'étonne devant la hauteur de la double nef (^), de la hardiesse des sept colonnes s' épanouissant en nervures comparables aux feuilles d'un palmier. Rien de semblable aux Notre-Dame de l'Ile de France; c'est un gothique original c[ui appartient bien au Midi, comme celui de la cathédrale d'Albi. Cette église immense, volontairement austère, énorme et menaçante, une des féeries de pierre de Toulouse, a la valeur d'un symbole. Elle proclame le triomphe de l'orthodoxie sur l'hérésie, la toute- puissance de l'Inquisition dominicaine, la domination de l'Eglise sur la vie sociale, morale, intellectuelle, et aussi la victoire du roi dont les fleurs de lys se mêlent sur la pierre aux blasons prioraux ou épiscopaux.