CHAPITRE VII
DE LA GUERRE DE CE\T AiVS (1328-1461) A LA FIX DU XY^ SIÈCLE (l/i61-1498)
lyC siècle qui s'écoule de ravènement des Valois à la mort Caractère général
de Charles VII est, pour Toulouse aussi bien que pour le ^^^ ^^^^
et XV® siècles lyanguedoc, une époque d'épreuves et de misères. Si la ville
n'a jamais été occupée par les ennemis, elle souffrit des contre-coups de la guerre anglaise, des épidémies, des famines, de la faiblesse du pouvoir royal, comme d'ailleurs des exactions dont l'accablaient les gouverneurs de la province et des levées d'impôts écrasantes et continuelles.
Le règne de Philippe de Valois (1328-1350) s'ouvrit sur un incident fâcheux. Le jour de Pâques 1332, des étudiants de l'Université ayant occasionné du scandale, le capitoul François de Gaure arrêta l'un des plus turbulents. Mais il fut frappé au visage et cruellement défiguré à coups de poignard, ainsi qu'un garde de nuit, par un jeune homme de condition, Aymeri Béranger, attaché aux frères de Penne, qui suivait les cours de la Faculté de droit. Le lendemain soir, les capitouls cernèrent la maison de Penne, se saisirent des frères, de Béranger, d'un certain nombre d'ecclésiastiques, en tout de trente personnes, témoins et complices de l'attentat. Résolus à un exemple redoutable pour mettre un terme aux désordres extrêmes des étudiants, dont la population entière
L'incident d'Aymeri Béranger.
Le châtiment.
Perte des libertés municipales.
se plaignait, les capitoiils passèrent outre aux protestations de l'Université qui réclamait les coupables comme justiciables des tribunaux ecclésiastiques; ils refusèrent de tenir compte de l'appel au sénéchal et au Parlement, méprisant ainsi non seulement les privilèges universitaires, mais aussi l'autorité royale. La cour capitulaire condanma Aymeri Béranger à être traîné par la ville à la queue d'un cheval, à avoir le poing coupé devant la maison de François de Gaure, à être suspendu aux fourches patibulaires du Château (^) pour y pourrir à la merci des vers. Ce châtiment, dont Toulouse frémit, reçut son exécution le mercredi après Pâques; les biens de Béranger furent confisqués, son corps demeura exposé à l'endroit du supplice.
La riposte à ce cruel exemple ne tarda guère. L'Université, alors toute-puissante, protesta auprès du pape Jean XXII qui, par un bref du 19 juillet, avant d'user de son autorité, exhorta les capitouls à réparer leur faute. En outre, cette grave affaire fut portée, par les parents et amis de Béranger, devant le Parlement de Paris qui ordonna, dès 1334, l'arrestation et l'emprisonnement de douze capitouls ou notables et la confiscation avec la saisie de leurs biens meubles et immeubles, pour répondre des frais du procès. L'arrêt du 18 juillet 1335 déclara que les capitouls avaient, en l'espèce, excédé leur compétence et violé, par leur jugement, les règles de la justice; il cassa et mit à néant l'impitoyable condamnation, prescrivit que les dépouilles du supplicié seraient rendues à sa famille; que la ville paierait une indemnité de 4.000 livres tournois et fonderait une chapelle pour le repos de l'âme du condamné. Enfin, les biens patrimoniaux de la ville demeuraient confisqués et le consulat était supprimé. Toulouse payait son attentat contre l'Université et le roi de la perte de ses libertés municipales. L'exécution de l'arrêt du Parlement de Paris eut lieu avec solennité. Les capitouls
I. C'est-à-dire place du Salin. Ces appareils d'exécution paraissent remonter au xn« siècle. Ils étaient une marque de haute justice. On ks dressait habituellement près des villes. Ces gibets avaient plusieurs piliers : le roi avait le droit, pour sa justice, d'en fixer le nombre à son gré; ils étaient limités à huit pour le duc, à six pour les comtes, à quatre pour les barons, à trois pour les châtelains. Le plus ancien, le plus superbe, le plus fameux du royaume était élevé aux portes de Paris. Soixante criminels pouvaient y être suspendus. Enguerrand de Marigny et bien d'autres hommes illustres y furent pendus.
furent destitués (27 octobre 1336) devant les commissaires du Parlement et du roi : Hugues d'Arcliiac, Guillaume Flotes, seigneur de Revel, chancelier; le sénéchal de Toulouse et Etienne d'Albert, docteur es lois, le futur pape Innocent VI. L'administration et la justice passèrent aux mains du viguier.
Mais, sous l'ancienne monarchie, tout s'arrangeait. Plusieurs Transaction.
habitants de Toulouse s'entremirent à Paris. Moyennant une Toulouse recouvre