‹ Histoire de ToulouseChapitre 71 sur 317 · I. V. Jeanroy. Edition des Joies du Gay Savoir, p · texte numérisé non relu

I. V. Jeanroy. Edition des Joies du Gay Savoir, p

26 mai. Les capitouls, avec l'étendard de la ville porté par Etienne de Roaix, seigneur de Beauptiy, la foule et les enfants étaient venus l'attendre à Braqueville. A la porte de Muret, avait été dressé un autel avec une croix et un missel. Là, le roi jura de respecter les privilèges de Toulouse. Les capitouls lui offrirent alors les clefs de la ville, qu'il leur rendit en leur disant : « Nous vous les commandons à garder. » Puis il pénétra dans le faubourg et la cité avec le cérémonial ordinaire, sous un dais magnifique porté par les capitouls. Le procès- verbal de cette entrée nous a été conservé ; il fut signé en présence de Charles, duc de Berrj^ frère du roi; de Jean, comte du Perche, fils du duc d'Anjou; de Jean de Foix, fils puîné du comte; de Jean d'Armagnac, comte de Comminges, maréchal de France; d'Antoine de Laur, sénéchal des Landes et de Gascogne. Louis XI logea à la Trésorerie, place du Salin, et y demeura pendant le mois de juin et une partie du mois de juillet. Après avoir constaté l'immensité du désastre, le 28 mai, il accorda à la ville l'exemption du droit d'aubaine, pour favoriser le repeuplement et une exonération des tailles pendant cent ans. Lorsque le roi partit, la peste commençait à sévir; elle reparut, redoutable, en 1465, ajoutant ses ravages à ceux du feu. Au reste, Louis XI se montra toujours favorable à la ville et à ses magistrats; il les surveille, mais leur prodigue des faveurs, exemptions d'impôts, droit de lever des taxes pour « l'entretènement de la ville » (^).

Les exemptions fiscales que son malheur valut à Toulouse Diverses villes

lui suscitèrent des jaloux. En 1467, les Etats de Languedoc, ^" Languedoc

1 P 1 ^ 1 . prennent ombrage

reunis au Puy, protestèrent contre le refus des Toulousains ,^g Toulouse

de pa^^er les gages du Parlement (6.000 livres environ) et les à propos

accusèrent de se soustraire aux tailles. Les villes du Lan- "^ Parlement.

guedoc enviaient à notre ville sa haute cour de justice qu'elle

avait obtenue, disait-on, « par importunité ou autrement ».

Elles réclamaient des sessions alternatives dans les trois

sénéchaussées; parmi les plus ardentes à réclamer, figurait

Montpellier. Louis XI se laissa convaincre, obligea Toulouse

à payer les gages des parlementaires; et, à l'occasion d'un

conflit entre le Parlement et le sénéchal de Carcassonne,

Chabannes, décrété par la cour de Toulouse pour arrestation

I. V. M. Bonnafous. Toulouse et Louis XI (Annales du Midi, 1927, pp. i et 113).

arbitraire, le roi dessaisit les magistrats et, sur leur refus de s'incliner, transféra la cour à Montpellier (12 novembre 1467) ; la juridiction des Aides suivit le Parlement. Mais, l'année suivante, sur l'intervention du médecin Guillaume Brun, Toulousain, conseiller du roi, Louis XI rétablissait le Parlement à Toulouse (23 mars 1469) et l'y fixait à jamais (20 septembre 1471)- Toutefois, la cour des Aides fut maintenue à Montpellier (2 mars 1478) et y resta jusqu'à la fin de l'ancien régime.

Toulouse Dans la longue lutte que soutint Louis XI contre Charles

psndant le conflit ^g Téméraire et les seigneurs ses alliés, Toulouse a joué un bourguignor ^^^^ effacé. Jean d'Armagnac, qui fut un des pires ennemis du roi, avait projeté, en 1469, d'appeler le roi d'Angleterre, beau-frère du duc de Bourgogne, et de lui livrer Toulouse. Le duc de Navarre, son cousin, et son frère l'évêque de Castres avaient des partisans dans la ville et cabalèrent pour s'en rendre maîtres. Le roi déjoua rapidement ces intrigues. Le sénéchal Gaston de L3"on prit part à la saisie des domaines du comte d'Armagnac en 1469. En 1472, l'armée de Pierre de Beaujeu et du cardinal d'Arras, qui emporta Lectoure, était en majorité composée de milices toulousaines. En 1470 (13-15 novembre), on publia à Toulouse l'alliance entre Louis XI et le roi d'Angleterre Henri VI, unis contre Charles le Téméraire et son beau-père Edouard d'York (Edouard IV). Mais, l'année suivante, Henri VI fut vaincu par son rival, et le roi d'Aragon s'unit contre le roi de France avec Edouard IV et le Bourguignon. L'armée royale envahit à deux reprises le RoussiUon et, en 1475, la Gm'enne ayant failli être envahie par les Anglais, Toulouse fournit du blé aux troupes du roi (1). Plus tard, après la mort du Téméraire devant Nancy, Louis XI repeupla Arras avec des Français pour remplacer les émigrants. Toulouse eut à fournir son contingent dans les vingt gros marchands et les deux cents artisans imposés au Languedoc. En 1480, restaient à partir deux gros marchands et six ménages des corps de métier; seuls, les artisans

I. Calmette. Toulouse et les relations franco anglaises sous Louis XI (Annales du IVIidi, 1921-22, p. 292). On sait que l'invasion d'Edouard IV se fit dans le Nord, en Picardie, et fut arrêtée par le traité de Picquigny. Une peinture des Annales, qui a péri en 1793, représentait l'entrevue de I,ouis XI et d'Edouard IV; il en reste une mention dans un manuscrit de la Bibliothèque municipale.

s'en allèrent. Sans doute, ces colons involontaires ont-ils quitté sans trop de regrets un pays où la peste sévissait cruellement et continûment depuis 1473. En 1480 et 1481, elle était à son parox>'Sme. Dans nos pa3^s, tout n'était que « pauvreté et misère », comme on disait aux Etats de Montpellier. La déploration de cette misère, qu'aggravaient des charges écrasantes, valut, en 1474, un emprisonnement assez long au marchand Jean Catel et au greffier Raimon Valade, couronnés aux Jeux Floraux pour des sirventes qualifiés de pamphlets contre le roi et ses officiers (^).

A la mort de Louis XI (30 août 1483), son fils Charles VIII, ., Charles VIII.

âgé de quatorze ans, régna d'abord sous la tutelle de sa sœur Confirmation

des pi ivilèges aînée. Aime de Beau] eu. Il confirma dans leurs charges les ^^ j^ ^^^

membres du Parlement de Toulouse, qui comptait alors quatre présidents, quatorze conseillers et deux gens du roi. En décembre 1491, il devait augmenter leur nombre en créant huit nouveaux conseillers à la chambre criminelle ou Tournelle. Dès son avènement, il confirma également les privilèges de Toulouse. Aux Etats généraux de Tours (1484), notre région fut représentée, pour le clergé, par l'évêque de Lavaur; pour la noblesse, par Odet Ysalguier (^), chevalier, probablement fils d'un Yves Ysalguier, chambellan de Charles VII; pour le tiers état, par Oudinet Lemercier. La nation de Languedoc, une des six sections de cette assemblée, se plaignit que Toulouse, exemptée de taille par Louis XI, fût redevenue opulente, tandis que le reste de la province était pauvre; mais les capitouls, ayant député à la cour, obtinrent confirmation de l'exemption moyennant un abonnement annuel de 2.500 livres. Les nouveUes protestations du Languedoc obligèrent le roi à imposer les Toulousains (lettres d'Orléans, 15 septembre 1485). Cependant, les capitouls, s' étant pourv^us contre la décision roj-ale, finirent par emporter la victoire aux conditions qui viennent d'être mentionnées (1487). En 1495, Charles VIII confirma de même le droit de franc-fief, qui tenait tant à cœur à la haute bourgeoisie toulousaine.

1. Martin Chabot. Echo judiciaire des Jeux Floraux en 1474 (Annales du Midi, 1921-22, p. 137).

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