‹ Histoire de ToulouseChapitre 70 sur 317 · I. A Toulouse, eu · texte numérisé non relu

I. A Toulouse, eu

de pestes presque endémiques (1451-1459), de stérilités à peu près continuelles, qui subit enfin des fléaux si funestes qu'en dix ans le tiers de la population périt. Aussi, ce sont toujours les mêmes prières : Qu'on allège les charges, qu'on libère le commerce de taxes trop lourdes, qu'on confie la levée des impôts aux gens du pa^^s! Cependant, après la lugubre période de misères que Toulouse a traversée pendant cent ans, ces plaintes semblent moins émouvantes, parce que déjà s'annoncent tous les signes d'une renaissance matérielle et même d'un renouveau moral.

A dater de Louis XI, notre ville et sa région ont tout au Toulouse

moins connu la tranquillité; la guerre, de longtemps, ne ^^

viendra plus battre ses murs. Le nouveau roi était bien connu des Toulousains qui l'avaient acciieilli plusieurs fois chez eux quand il portait encore le titre de dauphin. Dès octobre 1461, il confirma leurs franchises. Il maintint à la tête du Languedoc Charles d'Anjou, comte du Maine, mais il prononça de nombreuses révocations par rancune envers ceux qui avaient pris le parti de son père contre lui au cours des longs dissentiments entre le feu roi et le dauphin. C'est ainsi qu'il enleva leurs postes au premier président du Parlement de Toulouse, Pierre Varinier, au procureur général Pierre de Ligonne, au sénéchal Galaubias de Panassac, au viguier, au trésorier; il nomma de nouveaux titrdaires parmi ses anciens fidèles, particulièrement Hugues de Bournazel, qu'il fit sénéchal de Toulouse. Il supprima les juges mages du ressort, les juges d'appeaux de la sénéchaussée et créa le Parlement de Bordeaux avec une partie du ressort de celui de Toulouse. Son activité brouillonne, qui lui fit tant d'ennemis, détermina la formation d'une ligue féodale. Mais Toulouse se garda de toute complicité; ces jeux de nobles lui importaient peu, non plus que les protestations intéressées des victimes, officiers ou parlementaires. Et, sans doute, était-elle reconnaissante au roi d'avoir aboli tous les impôts, qu'il avait remplacés par des abonnements.

L'incendie Au reste, à ce moment, une terrible catastrophe détournait

de T463. l'attention des Toulousains. Le 7 mai 1463, à 10 heures du soir, un incendie se déclarait chez un boulanger, à l'angle de la rue de l'Arc-des-Carmes et de la rue Maletache, et, poussé par un violent vent d'autan, s'étendait à la plus grande partie de la ville sans qu'il fût possible de l'arrêter. Il dura une douzaine de jours. « Vous pouvez penser, dit Hélias de Solies en son Sirventes sur la catastrophe (^), le très grand vacarme qui était alors dans tous les coins de la ville — de plaintes et de cris, de tocsins, de cloches — de femmes, d'enfants, chacun d'angoisse plein... » Les trois quarts de Toulouse furent consumés jusqu'au Taur, aux Cordeliers et au Bazacle : sept mille soixante-quatre maisons détruites, de nombreuses églises, des collèges brûlés, la flèche des Augustins abattue, les cloches fondues par le brasier, l'hôtel de ville ruiné, beaucoup de titres réduits en cendres, quantité de morts, tel est le funèbre bilan de cette catastrophe. A la vérité, les incendies étaient fréquents dans les villes du moyen âge où les maisons consistaient en charpentes de bois et torchis et se pressaient le long de rues étroites. Mais celui de 1463 dépassait singulièrement en étendue les incendies antérieurs, notamment celui de février 1443. La colère populaire s'en prit aux Catalans qui habitaient les faubourgs et qu'on accusait d'avoir mis le feu à la ville parce que le roi s'était ligué avec le comte de Foix contre le roi d'Aragon. Le juge d'appeaux les fit arrêter sous prétexte de les juger, les soustrayant ainsi à une mort certaine, et il les élargit peu après. Le boulanger auteur involontaire du désastre fut mis en prison ainsi que sa femme; tous deux allaient être pendus place du Salin lorsque le roi, ému de leur sort, fit grâce.

Louis XI Louis XI, en effet, arrivait quelques jours plus tard dans

la ville dévastée; venu de Muret, il faisait son entrée le

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