II. RAZILLY (Marie Delaunay de), née au château de
Razilly en Touraine en 1624, nièce du précédent. Elle perdit son père à l'âge d'un an, et resta orpheline assez mal partagée des dons de la fortune, étant d'une branche cadette qui comptait beaucoup d'enfans. Son frère aîné, mort lieutenantgénéral desarme'es, lui fit donner une éducation soignée qui développa en elle le talent , ou, si l'on veut, le goût qu'elle avait pour la poésie. Répandue dans les plus brillantes sociétés de la capitale où les agrémens de son esprit et de sa conversation la faisaient rechercher, elle l'était également parmi les gens de lettres. La conformité des goûts l'avait étroitement liée avec mademoiselle de Scudéri. Lorsque celle-ci mourut, mademoiselle Lhéritier de Villandon fit son apothéose qu'elle dédia à mademoiselle de Razilly. Voici le début de cette pièce :
Fille célèbre, fille illustre, En qui mille vertus, mille talens heureux,
D'un beau nom, et d'un sang fameux Tirent encore un nouveau lustre :
Razilly, qui brillez en tout, F.t de lumière et de bon goût ; etc.
On trouve dans diffcrens recueils du temps plusieurs pièces de vers de mademoiselle de Razilly qui lui firent donner le surnom de Calliope , probablement à cause de sa prédilection pour le vers héroïque, qu'elle employait le plus habituellement. On distingue en ce genre un place t d'environ cent vingt vers qu'elle donna au roi en sollicitant une pension. Louis XIV, à qui elle fut présentée par le duc de Nouilles , son parent, lui en accorda une de deux mille livres. Mais cette faveur fut moins due peut-être à son talent poétique qu'au souvenir des services importans rendus à l'état par toms ceux de sa famille.
Elle cultiva long-temps la poésie , si Ton eh juge par ce sonnet qu'elle fit en 1684 sur la prise de Luxembourg. Je le cite non comme un modèle , mais comme un exemple de sa manière d'écrire :
Quel éclatant retour , quelle heureuse journée Ramène trio m plia ut l'invincible Louis! L'Europe retentit de ses faits inouïs , Et craint de succomber dessous sa destinée.
Luxembourg, si long-temps à sa perte obstinée, Vient de subir le joug de l'empire des lis,
Voit contre un tel courroux sa puissance bornée.
Iio in t i 1 1- vit j ci tî 1 tX 1 s un j ^ l us po ni^^oxx x rc t o ti i » Une double victoire embeUit ce grand jour; Mais surtout le vainqueur charme par sa présence.
Il plaît même aux vaincus qu'il a mis sous ses lois, Et ces peuples conquis disent tous d'une voix Que si l'on craint son bras l'on aime sa puissance.
Probablement mademoiselle de Razilly n'attacha pas à ses productions plus d'importance que n'en méritent des poésies de circonstance ou de société ; car on ne voit point qu'elle se soit occupée de les rassembler. Elle est morte à Paris en 1707, âgée de quatre-vingt-trois ans, sans avoir été mariée.
RENAUD (Jacques), né à Tours en 1457. Quoiqu'il eût embrassé l'état ecclésiastique il n'en suivit pas moins la carrière du droit auquel il s'adonna exclusivement II fut lecteur et professeur dans l'université d'Angers où il s'acquit la réputation de l'un des plus savaAis jurisconsultes de son temps , jusque-là que le célèbre Rebuffe lui déféra le titre de trèsdocte. Il n'était pas inoins savant en littérature , si l'on s'en rapporte au témoignage de Jean Brèche son compatriote.
Il avait obtenu un canonicat dans la cathédrale de Lan- . gres; mais la chaire qu'il occupait à Angers avec tant de distinction, le fit dispenser de la résidence. Il professa le droit pendant quarante ans dans cette université avec un talent et un succès qui ne se démentirent point. Le même Jean Brèche parle avec beaucoup d'éloges de son traité de Jure qu'il fit imprimer à Angers en i520, ; mais ce livre a échappé à toutes mes recherches.
Renaud mourut à Angers le 2 octobre i$47 > *g^ °*e quatrevingt-dix ans.
Adelman , évêque de Brescia et élève de Fulbert de Chartres, met an nombre des personnages célèbres de son temps, c'est-à-dire vers l'an io4o, un Renaud chanoine et grandchantre de Saint-Martin de Tours qu'il dit être né en Touraine. Il le peint comme un excellent grammairien, s'énoncant avec une très-grande facilité, fleuri dans son style et profond dans ses compositions, ce qui suppose qu'il avait mis au jour quelques ouvrages. Cependant Adelman n'en cite aucun.
RICHMIR (Saint), abbé, né en Touraine sous le règne de Thierry III, filsdeClovis II, c'est-à-dire vers l'an 670. Dès qu'il lut en âge de disposer de son bien , il se consacra tout entier à Dieu et bâlit un monastère dans son propre ho-
436 HISTOIRE DE TOUR Aï NE.
ritage sur les bords du Loir. Gilbert, évêque du Mans, lui ayant permis de prêcher dans son diocèse, il parvint à ranger sous sa discipline quarante religieux qui vécurent avec lui dans le monastère qu'il avait fondé et doté de son patrimoine. Sa carrière ne fut pas très-longue, car il paraît qu'il mourut le 1 3 janvier de Tan 712, âgé d'environ quarante-deux ans, et fut inhumé dans ce même monastère dont l'histoire ne nous a pas conservé le nom , et qui n'existe plus depuis fort longtemps. L'éclat de ses vertus le fit mettre après sa mort au nombre des saints. Sa vie est iusérée dans le troisième vol. des Siècles bénédictins du P. Mabillou.
ROBIN (Renjé), écuyer, sieur de la Rochefaron, né à Tours au commencement du dix-septième siècle, n'est connu que par son livre intitulé : Quatrains Moraux en vers françois, suivis d'un livre d'oraisons contenant les pieux et utiles moyens de s'entretcuir devant Dieu une heure entière sans ennui et sans distraction; Tours, Jacques Poinsot, i644> in-8. Ce dernier ouvrage est la traduction de celui du P. Cesare Franciotti , qui se trouve dans la collection de ses œuvres; Venise, 1640, 10 vol. in-16. Quant aux quatrains moraux , ils sont au nombre de huit cent cinq.
Robin est mort en 1673.
ROCHECOTTE (Fortuné Guyon de), né en 1769 au château de Rochecotte en Touraine. Après être sorti de l'é- " cole militaire , il entra au régiment du Roi infanterie. Ce fut pendant le semestre de l'année 1 788 qu'il vint passer en Touraine, que quatre ou cinq autres officiers du même corps assassinèrent avec lui, sous l'apparence d'un duel, le jeune Bruley, qui eut l'imprudence d'aller seul au rendez-vous. La révolutiou qui suivit bientôt, et l'émigration de la plupart des auteurs de ce meurtre, éteignirent les poursuites criminelles qui avaient déjà frappé quelques-uns des complices.
Le comte de Rochecotte s'est fait une malheureuse célébrité dans le pays qui l'avait vu naître, à l'époque de la guerre civile qui éclata dans ces contrées. De retour de l'armée de Condé, dont les campagnes infructueuses n'avaient
rien produit en faveur du parti royaliste , il vint servir dans les bondes connues sous le nom de Chouans soit dans le Maine , soit dans la Bretagne , et lorsque le général Hoche, par son esprit conciliateur, non moins que par son courage, fut parvenu à pacifier la Vendée , Rochecotte fut un de ceux qui refusèrent de déposer les armes, parce que les arrestations de diligence et le pillage des propriétés des acquéreurs de domaines nationaux étaient en grande partie le but politique d'une certaine classe de Chouans, bien différens en cela des véritables Vendéens.
Rochecotte avait, dit-on, du courage joint à beaucoup d'audace. Ces qualités étaient en effet indispensables dans un chef de partisans, mais ce n'est pas assez pour figurer honorablement dans l'histoire , quand on n'a point fait preuve d'habileté et de talens militaires. En effet, une pareille guerre fondée sur l'intrigue, la corruption, le pillage, le soulèvement des campagues et l'armement des citoyens les uns contre les autres, ne peut guère procurer une gloire solide, quelle que soit la cause que l'on ait embrassée.
Rochecotte, devenu l'un des principaux agens de toutes les trames qui s'ourdissaient à Paris pour troubler et renverser le gouvernement d'alors , fut reconnu, malgré son faux nom d'Ulric Némeré, et arrêté le 29 juin 1798. Traduit à une commission militaire il fut condamné et fusillé à la plaine
Grenelle le de la même année. Il était âgé seulement de
vingt-neuf ans.
L'auteur de l'Histoire de la guerre de la Vendée, M. Alphonse de Beauchamp, a publié en 1818 les mémoires du comte de Rochecotte, 1 vol. in-8 de 260 pages. Comme ils ne contiennent aucuns faits, aucuns détails utiles à l'histoire, et qu'ils ne dévoilent au contraire que des manœuvres qu'il eût été plus moral d'ensevelir dans l'oubli , il est à croire que c'est un ouvrage au moins inutile pour la mémoire du comte de Rochecotte.
ROSSET DE MATRU VILLE (Jean), docteur en théologie, chanoine et théologal de Saiut-Gatien de Tours, né
en cette ville vers i5ao. Il avait la réputation d'être l'un des meilleurs prédicateurs de son temps ; mais il s'attira quelques désagrémens, et surtout les censures de la Sorbonne , par des propositions qui ne parurent pas très— orthodoxes. Il avança en chaire, par exemple, que Y Ave Maria n'était point une oraison, et que celui qui la disait en cette intention était dans l'erreur ; que jamais l'Église n'entendit en faire uoe oraison ; en un mot, qu'il n'y avait pas un mot de prière dans ces paroles Ave Maria gratia plenay etc, La faculté de théologie de Paris lança contre cette proposition une censure qui la divise en trois parties. La première est qualifiée de fausse, erronée, schismatique , détournant le peuple de sa prière commune et ordinaire ; la deuxième de téméraire et indigne d'un prédicateur chrétien ; enfin la troisième de fausse, injurieuse à la coutume universelle de l'Église, et favorisant les hérétiques du temps. Cette censure est du 25 juin i566, époque trop célèbre par les troubles religieux. Le P. Fabre a fort maltraité à ce sujet la mémoire de Rosset de Matruville. Charles d'Argcntré parle de lui avec plus de ménagement, et fait même entendre que Rosset avait soumis auparavant sa proposition à la faculté de théologie : « Joannes « Rosset, dictus Matruville, ccclesia? S. Gatiani Turonensis « eanonicus theologus, ad sacram facultatem misit exami- « nandara propositionem de bac prece augeiica, Ave Maria. » Collect. judiciorum de novis erroribus, tom. 2, pag. 391.
Rosset de Matruville est mort en 1 5gi .
I. ROUILLÉ (Guillaume), imprimeur, né à Tours vers i5i8. C'est à tort que quelques-uns l'ont nommé Ro ville, car quoique sur ses éditions latines et italiennes on lise Ro— villius et Rovillio, son véritable nom n'en était pas moins Rouillé, ainsi qu'on peut le voir sur quelques-unes de ses éditions françaises ou Yé est accentué.
Après avoir travaillé à Paris il alla s'établir à Lyon où il épousa la fille du célèbre Sébastien Gryphe. Il ne tarda pas à égaler et même à surpasser son beau-père, qui s'était constamment servi du caractère italique, ce qui donne moins de
pris* à ses éditions, d'ailleurs très-correctes. Rouillé joignait à sestalens typographiques des connaissances littéraires sans lesquelles on n'est jamais qu'un imprimeur médiocre . Nous avons de lui un très— grand nombre d'éditions latines , françaises et italiennes, dont on a publié le catalogue en 1604. Il s'est rendu non moins recommandable par l'activité de ses presses que par la correction des livres qui en sont sortis , quoique pourtant il n'ait pas porté les précautions et l'exactitude à cet égard aussi loin que son compatriote Phintin.
Rouillé a varié le signe distinctif de ses frontispices. Sur les uns on voit un aigle tenant une couronne dans son bec et couvrant de ses ailes éployées deux rameaux courbés en ovale au milieu duquel est un serpent perpendiculaire avec ces mots : Rem maximam sibi promittit prudentia» Sur les autres, cet aigle est monté sur un globe que porte un fragment de colonne. Deux serpens s'élèvent perpendiculairement à droite et à gauche de l'aigle , avec cette devise partagée en deux : In virtute et fortuna.
Il mourut au commencement de l'année 1 5g5. On voit à la tète du Praxis Benefieiorura de Rebuffie un extrait du privilège que le roi accorda, le 2 septembre de cette Même année, «à Drivnnne Rouillé, « fille et héritière de Guillaume Rouillé » quand Avivait libraire à Lyon. »»
Noijs avons de lui le Promptuaire des médailles qu'il fit d'abord paraître en latin sous ce titre : Promptuarii iconura insigniorum à sœculo hominum, etc.; Lugd. Guill. Rovillius, i553, in-4. Le privilège lui accorde la faculté de le publier en latin, françois, italien et espagnol. La première partie contient les médailles ou portraits depuis Adam et Eve jusqu'à Quintilîus Varus, et la seconde partie depuis J.-C. jusqu'à Antoine de Bourbon duc de Vendôme. Rouillé en donna lui-même une traduction française qui fut réimprimée chez lui avec des additions qui sont probablement celles de Gab. Chapuis. Elle est intitulée: Promptuaire des médailles des plus renommées personnes qui ont esté depuis le commencement du monde avec briève description de leurs vies
44û HISTOIRE DE TOORAINE.
et faits, etc., deuxième édition; Lyon, G. Rouillé, i58i , in-4» Le texte contient soixante-treize médailles de plus que le latin, non compris un supplément de vingt-sept autres. On conçoit bien que presque toutes ces médailles doivent être de pure invention, et l'on aurait tort de vouloir considérer ce recueil comme un ouvrage numismatique; c'est ce qui fait qu'il n'a aucun mérite, pas même celui de l'exécution.
On dit qu'il employa dix années à la recherche des plantes décrites par Dioscorides et qu'il les fit peindre par les meilleurs maîtres de l'Europe. A coup sûr cet ouvrage kii eût fait plus d'honneur que son Promptuaire. Mais il paraît que ces plantes n'ont jamais été gravées. Il n'a même imprimé sur cet auteur que les remarques latines d'André de Laguna eu i554, in-12.
II. ROUILLÉ (Pierre-Julien), jésuite, né à Tours le il janvier 1681, fit ses humanités et sa philosophie dans la même ville, et de là passa au noviciat de Paris où il fit profession des quatre vœux le 2 février 1715, et consacra ensuite, suivant l'usage de cette compagnie , plusieurs années à professer les belles-lettres , la philosophie et les mathématiques. Le P. Catrou ayant conçu le plan de son Histoire romaine en ai vol. in~4 , Rouillé lui fut associé pour l'aider dans cette grande entreprise. Peut-être eût— il mieux valu qu'il eût été chargé du travail priucipal , car on peut assurer que la partie la mieux exécutée lui appartient , c'est-à-dire les notes et les dissertations qui enrichissent cet ouvrage. Il fut à la vérité chargé de le continuer; mais la longue maladie qui le conduisit au tombeau l'empêcha de se livrer à ce travail. 11 s'était occupé de la révision des Révolutions d'Espagne, que le P. d'Orléans en mouraut avait laissées très-imparfaites. Il en revit avec soin les deux premiers volumes, corrigea les négligences de style, rectifia les erreurs de dates, et ajouta beaucoup de faits important qui avaient élé omis. Sa mauvaise santé ne lui permit pas d'y mettre la dernière main. Ce furent les pères Arthuis et Brumoi qui complétèrent cette histoire. Le P. Rouillé fut aussi , depuis 1733 jusqu'en 1737, l'un
BIOGRAPHIE* 44l
des coopérateurs du journal de Trévoux. Instruit autant que laborieux , mais d'une santé délicate, il s'occupa peu de sa réputation personnelle, et consacra une grande partie de ses travaux à être utile à celle des autres. Indépendamment des ♦deux histoires auxquelles il a contribué , nous avons de lui : I* Discours sur l'excellence et l'utilité des Mathématiques, prononcé dans le collège royal de la compagnie de Jésus de la très-célèbre université Êe Caen ; Caen , 1716, in«4ï 2* seconde Lettre sur l'examen du poème de la Grâce de Louis Racine; Paris, 1723, in-8.
Le P. Rouillé est mort à Paris le 17 mai 1740. On trouve son éloge dans les Mémoires de Trévoux du mois de février 1741»
ROUSSEAU (Gilbert), né à Tours en 1587, entra dans la compagnie de Jésus, où, après avoir prononcé ses, derniers vœux, il professa les humanités et la rhétorique pendant six ans et l'Écriture sainte pendant cinq autres années. Il suivit ensuite la carrière de la chaire, et prêcha durant quarante ans dans les villes les plus considérables de la France , avec un succès toujours soutenu. Devenu tour à tour recteur des collèges de Saintes, de Poitiers et de Bordeaux, il montra tant de zèle pour soutenir les intérêts de son ordre, qu'il fut nommé provincial de la province d'Aquitaine. Le temps de ces fonctions étant expiré , le roi le nomma pour travailler à la conversion des réligionnaires de la même province. Enfin après une vie constamment utile et laborieuse , il mourut dans ce dernier emploi le 17 janvier 1666. Il ne nous reste de lui qu'un ouvrage qui est autant historique qu'ascétique; il a pour titre : Les Preuves de l'Invocation des saints dans les premiers siècles de l'Église ; Bordeaux, 1624 > in-12.
ROUXELLEY DE SAGHÉ (la Bienheureuse Marguerite de ) , née en 1607 au château de Saché en Touraine , de René de Rouxelley , chevalier de l'ordre du roi , baron de Saché, seigneur du Pont-de-Ruan , la Treille , etc. , et de Marguerite de Montmorenci-Bouteville. La natwe l'avait douée
de tous les agrémens de l'esprit et du corps. A quinze ans elle passait déjà pour une des personnes les plus accomplies de la cour. Ses grâces, sa fortune, sa naissance, semblaient lui promettre une alliance qui répondit à tant d'avantages réunis, et ce fut dans ces vues que ses parens la produisirent de bonne heure dans le monde ; mais elle parut peu seusible à l'éclat q«* l'entourait, et les principes de piété qu'elle avait reçus de sa mère ne firent au contraire que s'affermir davantage en elle.
Elle se trouvait à Sache , en i6a5, lorsque Mondion, curé de cette paroisse , y prêcha le jubilé qui avait été ordonné par le pape Urbain V 1 1 ï . Ce pasteur parlait avec beaucoup de chaleur et d'onction. Son éloquence toucha si vivement mademoiselle de &acHé , déjà préparée par une dévotion trèsfervente , qu'elle forma dès ce moment le projet d'embrasser la vie religieuse. Mais uûe pareille résolution était loin de remplir les vues de ses pareps qui, n'ayant qu'elle de fille, usèrent de leur autorité pour s'y opposer, et même pour l'empêcher de descendre jusqu'aux occupations les plus viles de la maison qu'elle voulait absolument partager avec les domestiques, à l'exemple de sainte Catherine de Sienne qu'elle s'était proposée pour modèle.
Elle réitéra plusieurs fois, mais toujours en vain , la demande de se retirer aux carmélites de Tours dont elle suivait intérieurement la règle, s'assujettissant aux mêmes austérités. Ses parens lui ayanffait quitter le ciliée qu'elle portait sous ses habits et que son volume rendait apparent , elle y substitua une ceinture de fer année de petits clous aigus que l'on trouva snr elle après sa mort. Ils ne purent ou n'osèrent cependant s'opposer aux jeûnes très-austères qu'elle observait régulièrement trois fois la semaine , ni aux prières qu'elle prolongeait fort avant dans la nuit, et qui prenaient une partie de son sommeil. Ces jeûnes, ces mortifications, et plus encore peut-être le chagrin de se voir contrariée dans une vocation aussi fortement prononcée , ne contribuèrent pas peu à abré-
ger ses jours qu!elle termina le 17 janvier 1628, ûgée de vingt-un ans. Elle passa pour être morte en odeur de sainteté.
Le curé Mondion a écrit sa vie, ainsi qu'on l'a vu à son article.
ROZE (Jean), né à Tours ver» 1670, d'un fabricant d'étoffes de soies , étudia sous les jésuites au collège de cette même ville, et entra dans leur compagnie en 1688. Il fut envoyé pour professer les humanités à Saintes, où il séjourna long- temps, et de là à Bordeaux, où il publia son poème latin de la Volière ou de l'éducation des Oiseaux. C'est le seul ouvrage par lequel il nous soit connu; il est intitulé : Avia— rium, seu de educandis avibus, carmen, autore Joanne Roze èsocietate Jcsu; Burdigalae, Simon Boe, 1700, petit in-ja de 32 pages. Ce poëme, qui ne contient que quatre cents vingt-huit vers, a paru digne d'entrer dans le recueil intitulé : Poemata didascalica ,' tom. 2, pag. i3o. La versification en est élégante et facile. On en jugera par quelques passages. Le début est imité de celui des Géorgiques, comme celui de presque tous les autres poèmes didactiques latins :
Alitibus quœ cura magis, qu» tecta, dapesque Conveniant , quœ sit morbis medicina levandis, Qui mores avibus, quo sint aviaria cultu Educenda canam. Vos aspirate canenti Piérides , calamisque novo date ludere vati Ascrœo quibus ante seni , quibus ante dedistis Audino juveni, quibus et sua carmina ludunt, Quique novum riguis cantu decus addidit hortb, Quique colombinos mores et muuera Bacch* Atque olus, agrorum noo ultima dona canebat.
Peut-être l'auteur a-t-il trop resserré sa matière, qu'il eût pu facilement étendre et varier par plus d'épisodes ; mais si c'est un reproche, on conviendra que ce n'est pas celui qu'on est dans l'habitude de faire à beaucoup de poètes.
444 HISTOIRE DE TOUEAINE.
Voici quelques vers qui peuvent donner une idée des goûts - et du caractère de l'auteur, sur lequel nous n'avons presque aucuns détails :
Félix cui licuit dare talibus otia curis , Quem non sacra famés au ri , non vanus honorum Ardor habet ca?ca misère ambitione tumenlem : Non dubiœ terrent incerta pericula litis : Non hos tes illum , non omni crudelior hosle Vexât amor , sed tranquillos sine crimine ducit Rure (lies, patriosque attritos vomere campos Exercens , urbes atque urbis gaudia spernit.
L'auteur finit comme il a commencé, c'est-à-dire, par une imitation de Virgile. Rapin en avait fait de même dans son poème des Jardins. Ces derniers vers du P. Roze nous apprennent qu'il les composa lorsqu'il était à Saintes :
Haec super alituum cantu cultuque canebam Santonicas juxta colles, et amena Carentae Littora , pinguis ubi et superis carissima tellus Mitibus ipsa suis fert onmia sponte colonis.
On ignore en quel lieu et dans quel temps il est mort.
I. RUZÉ (Arnould), né à Tours vers i493, et non à Blois, comme le dit D. Liron dans sa Bibliothèque chartraine. Il fut d'abord conseiller au parlement en i5i8, et ensuite abbé de Notre— Dame de la Victoire en i52o. Il avait fait une étude particulière du droit, qu'il enseigna publiquement à Orléans^. Il était chanoine etécolâtrede la cathédrale de cette ville, efcien cette qualitë chancelier de l'université. Il se rendit célèbre par son esprit et par son savoir, surtout dans le droit canonique. L'ouvrage par lequel il est Je plus connu , est son traité de la régale, fort estimé dans son genre, et qui fut imprimé pour la première fois sons ce titre : A.rnolphi Ruzau tractatus juris Regaliorum ; tractatus de man— datis apostolicis; Parisiis, i534» in-4» C'est donc à tort que
D. Liron avance qu'il ne parut qu'après sa mort en 1542. Ce fut Philippe Prudhomme (en latin Probus), jurisconsulte de Bourges et officiai du chapitre de Paris, qui le publia avec une préface et une épttre dédicatoire à l'auteur, qui y est peint comme un homme exempt d'ambition , doué de toutes les vertus , très-verse dans les belles-lettres , et si savant interprète du droit canon que l'or, l'argent et les pierres précieuses ne pourraient égaler le prix de ses ouvrages; mais on doit observer que ceci se trouve dans une dédicace. Quoi qu'il en soit de ces éloges, il n'en est pas moins vrai que celui auquel ils s'adressent avait et méritait la réputation d'être un des plus profonds canonistes de son temps. Son traité de la Régale a été inséré dans la grande collection de Ziletti, tom. xir, vol. xvii, et réuni ensuite avec ses autres traités des coinmendes , de la dignité et de la juridiction des arche* vêques et de leurs privilèges, sous le titre de : Arnulphi Ruzaei juriscons. aurelianensis opéra juridica , sive de jure Regaliae, de Manda tis apostolicis etSublimi archipraesulum statu et couditiooe, etc.; Parisiis, i5fo, in-4» Phil. Prudhomme donna, en i55i , une nouvelle édition delà Régale, intitulée : Arnolphi Ruzxi tractatus juris Regaliae cum supplemento Philippi Probi ; Parisiis, i55i, in-8.
Ce même Probus , ou Prudhomme , dans sa préface de 1 534 , en parlant de l'antiquité de la famille Ruzé, la fait remonter jusqu'au temps de saint Martin , en lui donnant pour origine un bourgeois de Tours nommé Ruzxus, qui feignit que sa femme était malade pour tirer saint Martin de son monastère de Ligugé, et l'attirer à Tours où tout le monde le désirait pour évêque. Quelque ancienne que fût cette famille , l'une des plus considérables de la ville de Tours, les titres de Prudhomme s'évanouissent devant une observation fort simple , c'est que tous les manuscrits de Sufpice Sévère, d'où ce fait est tiré, portent le nom de Ruricius et non celui de Ruzxus.
Arnould était petit-fils , ou, suivant d'autres , petit-neveu de Jean Ruzé, deuxième maire de Tours, en 1464. H est
446 HISTOIRE DE TOURÀI3S E.
probable, d'après l'édition de ses œuvres qui ne parut qu'après sa mort, qu'il avait cessé de vivre en i54i.
II. RUZÉ (Guillaume), docteur de la faculté de Paris et de la maison de Navarre, évêque d'Angers, né en Touraine vers i52o. A peine eut-il terminé ses études à Paris qu'il embrassa l'état ecclésiastique, et fut depuis successivement aumônier et confesseur des rois Charles IX, Henri II et Henri III. Vers 1Ô69, ^ obtint l'abbaye de l'Esterp an diocèse de Limoges , et fut ensuite nommé par Henri III à l'é— vêché de Saint-Malo. Mais avant que d'avoir été sacré, l'é— vêché d'Angers étant venu à vaquer, le roi l'en pourvut, et il en prit possession par procureur le 29 août 1572. Comme il était d'une piété très-sincère, et que ses fonctions de confesseur du roi l'obligeaient de se trouver fréquemment à la cour, il se détermina, vers l'année i58o, à se démettre de cet emploi pour ne point enfreindre la résidence qu'il estimait e*tre de droit divin. En effet, depuis ce moment il ne quitta plus son diocèse.
En 1576 il avait assisté aux états de Blois, et ce fut lui qui préeba le jour de leur ouverture. Guillaume de Taix nous a même laissé une analyse assez étendue de son discours (Affaires du clergé, pag. 8). Il se trouva aussi, en i583, au concile de la province tenu à Tours , et y prit le second rang après l'archevêque Simon de Maillé. Il fit imprimer peu de temps après la profession de foi qui avait été arrêtée dans ce concile.
Ce prélat étant allé à Paris en 1587, y mourut le 28 septembre, et fut enterré dans l'église de Saint-Paul , vivement regretté de tout son diocèse qui chérissait en lui sa douceur , sa bienfaisance et toutes les verlus épiscopales.
Nous avons de lui : i° De la Vérité et Antiquité de la foy catholique contre les prophan es nouveautés de toutes hérésies; Paris, Martin le jeune, i56i , iii-8; Lyon, 1570, in-8, et Paris, Frédéric Morel , i58o, in-8. C'est une traduction de Vincent de Lérins. 2° Manière de Profession de Foy que doivent tenir au diocèse d'Angers ceux qui se vou-
clront remettre au giron de l'église catholique, apostolique et romaine; Paris, 1 584 ? iu-8.
Il était fils de Guillaume Ruzé, seigneur de Beaulicu, et de Marie Testu. Moreri prétend qu'il était né à Paris; mais il s'est trompé dans cette circonstance comme dans beaucoup dWres. Boulay, dans son Histoire de l'ewiversité de Paria, en rapportant qu'il en fut élu recteur le 6 mai i55i, dit formellement t « Guillclmus Ruté diœcesis Turonensis ; » et plus loin , p. , « Guillel mus Ruz c nobilis Turoneusis . v> p m. RUZÉ (Martiw), frère puîné du précédent, seigneur dfc Beaulieu , de Chilly et de Longj umeau , secrétaire d'état «oui Henri III et Henri IV , né à Tours ver»
II commença par être secrétaire des corn m an démens de Henri de France , due d'Anjou , qu'il suivit en Pologne iors*qu'on lui en eut déféré la couronne» Ce prince étant devenu roi de France sous le nom de Henri III , le fit d'abord secrétaire des finances et secrétaire d'état en i588. Comme il avait servi ce monarque avec autant de tèle que de talent, Henri IV lui accorda la même confiance, et l'employa dans les affaires les plus importantes, qu'il traitait avec beaucoup d'expérience et de sagacité. Ce fut à ce prince qu'il dut h. charge dè trésorier des ordres, ainsi que celle de grand-maître des mines de France.
If' ayant point d'en fans, il se démit en 1606 de sa charge de secrétaire d'état en faveur du seigneur de Loménie, mais à la condition que ce dernier n'en aurait que la survivance. Il continua en effet de l'exercer jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 16 novembre 161 3. De Paris son corps fut transporté dans sa terre de Chilly près Longjumeau où il eut sa sépulture.
Par son testament il laissa tous ses biens à Antoine Coiffier d'Ëffiat, son petit-neveu, à îa condition de prendre le nom et les armes de Ruzé. D'après ces dispositions les terres de Chilly et de Longjumeau furent érigées çn marquisat par lettres patentes du mois de mai 1624 > enregàtfrées au parlement et à la chambre des comptes les i4 et 18 décembre 1626.
448 HISTOIRE DE TOlIRàlKE.
SAIN (Joseph), supérieur et fondateur des filles de l'Union chrétienne à Tours, naquit en cette ville d'une famille noble eh i63o. Élevé au collège de Pont-le-Voy, où il acheva ses études, il fut envoyé de là à Paris pour y étudier le droit, parce que, étant l'aîné de sa famille, son père le destinait à lui succéder dans la place d'avocat au bureau des finances ; mais ayant un penchant très-déterminé pour l'état ecclésiastique , il dirigea ses études en conséquence, et entra bientôt dans les ordres. Il ne fut pas plus tôt revêtu du sacerdoce, q»e l'archevêque de Tours , Victor le Bouthillier , le fit chanoine et théologal de son église. Ayant fait connaissance avec François Pallu, évêque d'Héliopolis, et avec l'abbé de Laval, évêque de Béryte, il travailla à jeter les fondemens de l'Union chrétienne, et se démit de son canonicat pour se livrer plus librement au ministère des missions intérieures. Parti pour Rouen, il se retira chez les Eudistes, et fit quatre missions en Normandie avec le supérieur de ce séminaire. Rappelé par son archevêque pour établir un séminaire à Tours, il s'acquitta de cet emploi jusqu'en 1696 avec un zèle toujours sou~ tenu , et il ne le quitta que pour diriger les filles de l'Union chrétienne qu'il venait d'établir du consentement de l'archevêque Amelot , et pour lesquelles il avait obtenu des lettres patentes. Il soutint et dirigea cet établissement pendant trente-deux ans. A peine eut-il abandonné le grand séminaire aux lazaristes, qu'il en forma un petit à Cinq-Maars dans sa maison de Bois-le-Comte. Il obtint à cet effet, et avec l'agrément de Claude de Saint-George, qui venait d'être nommé archevêque de Tours, des lettres patentes du roi. Enfin après avoir consacré sa longue carrière à fonder et à diriger des établissemens pieux, il mourut à Tours le 1 8 octobre 1708, âgé de#oixante-dix-huit ans. On voit encore son épitaphe gravée en lettres d'or sur un marbre noir placé dans
l'ancienne église de l'Union chrétienne.
Dans le volume 204 des manuscrits de M armoutier , se trouve un éloge de Joseph Sain, en forme de lettre circulaire. ,
SAINT-MARTIN (Loui$-Cliu»e de), né à Amboisele 18 janvier 1743. Lorsqu'il eut terminé ses études au collège de Pont-le-Voy, son père, qui le destinait à la magistrature, le fit recevoir avocat du roi au présidial de Tours. Mais né avec une répugnance invincible pour la robe , quoiqu'il eût peu d'inclination pour l'état militaire, il aima mieux encore suivre le métier des armes que la carrière du barreau. A l'âge de vingt-deux ans il entra au régiment de Forêt en qualité d'officier. La protection du duc de Cboiseul , jointe à son mérite personnel , pouvait lui promettre un avancement assez rapide ; mais sa passion pour l'étude ne tarda pas à lui faire sentir qu'il n'était pas plus fait pour l'épée que pour la robe. Après environ cinq ans de service, il demanda et obtint sa retraite. Quelques amis l'engagèrent à solliciter une pension et la croix de Saint-Louis, s'offrant même de le seconder dans ses démarches; mais il eut la délicatesse de se refuser à leurs instances. « Quand j'ai été raisonnable, disait-il de- « puis , je n'y ai pas même pensé ; quand j'ai été juste , je me « serais blâmé d'avoir accepté ces faveurs, »
N'étant plus retenu par aucuns liens , il se livra avec ardeur à ses penchans favoris et chercha à agrandir ses connaissances en voyageant dans les principales parties de l'Europe dont il avait étudié les langues. Il parcourut l'Angleterre , l'Italie , l'Allemagne et la Suisse , et partout fut accueilli avec distinction. Il avait déjà publié son premier et son meilleur ouvrage , celui qui a pour titre : des Erreurs et de la Vérité, et quoique la métaphysique n'en paraisse pas très-simple cl très-claire, ce livre, par cela même peut-être, lui fit un grand nombre de partisans. Mais on s'est trompé en croyant qu'il avait donné sou nom à la secte des martinistes. Ceux-ci n'avaient rien de commun avec sa doctrine, et prenaient leur dénomination de celle du fameux Martinès Pascali qui était véritablement le chef de ces illuminés. Per-
sonne en effet n'était moins propre que Saint-Martin à devenir uu chef <lc »ccte. Plein Je tolérance et d'aménité, de candeur et. de modestie, il ne pensa jamais à faire des prosélytes. Il s'abstenait même avec soin de traiter des matières métaphysiques devant ceux dont il aurait cru n'être pas en* tendu ; el ceux qui i sans le connaître, l'auraient rencontré dans le monde, ne l'auraient pris que pour un homme aimable. Une conversation solide, mais sans recherche, une manière de s'exprimer simple, claire et naturelle, offraient un contraste assez frappant avec sa manière d'écrire, et auraient plutôt fait soupçonner l'homme sensible et bienfaisant que l'écrivain accoutumé à des méditations profondes.
Les crises de la révolution ne l'atteignirent point, quoique de la caste noble, et quoiqu'eu 1791 l'assemblée dite constituante l'eut placé sur la liste de ceux parmi lesquels on devait choisir un gouverneur au prince royal. Il disait à cê sujet, avec 6a bonhomie accoutumée, que l'idée d'un pareil çboix n'avait pu venir que de quelqu'un qui ignorait combien il était peu propre à cet emploi. Il est certain du moins qu'il eût été difficile de choisir un plus parfaitement honnête homme.
Ayant clé obligé , comme noble, de s'éloigner de la capitale dont le séjour avait toujours eu des attraits pour lui , il se retira dans sa patrie, Ou il ne cessa de jom'rjde l'estime et de la considération que commandaient son mérite et ses vertus sociales. Mais en l'an m, il ne dédaigna point, et peut-être même ambitionna sa nomination en qualité d'élève aux écoles normales. Il put alors reveuir à Paris en vertu d'un arrêté spécial du comité de salut public.
lorsque le calme eut enfin succédé aux orages révolutionnaires, Saint-Martin revint habiter la capitale, toujours dominé par le désir de s'instruire. Il y suivait assiduement différons cours publies, vivant, ainsi qu'il l'avait toujours lait, dans un très-petit cercle d'amis. Son aversion pour tout ce qui tenait de l'éclat et dit bruit lui avait fait prendre dès le principe la qualification de philosophe inconnu» C'est sous
ce déguisement qu'il a publié tous ses ouvrages, encore n'en portaient-ils que les initiales Pli... Inc..
Quoiqu'il ne fût pas précisément malade, ou du moins alité , on assure qu'il avait pressenti les approches de sa fin , et qu'il en avait même entretenu ses amis avec tout le calme du vrai sage et d'une ame pure. Le 22 vendémiaire an xni ( i .f octobre , il était parti de Paris pour aller dîner à
Aunay chez son ami le sénateur Lenoi r-La roche ; mais un accès de toux avec resserrement de poitrine le saisit quelque temps après qu'il fut arrivé, et l'emporta vers les onze heures du soir.
Uniquement occup$*d*la métaphysique, presque tous les écrits de Saint-Martin n'ont eu qu'elle pour objet. Il a cultivé quelquefois la poésie^ n*»is toujours en rapport avec son goût favori. Nous avons de lui en ce genre : Phanor , poème sur la poésie ; le Cimetière d'Amboise ; Stances sur l'Origine et la Destination de l'Homme ; Stances sur la Sagesse. Ces diflerens morceaux se trouvent dans ses œuvres posthumes dont 011 verra l'indication au nombre de ses ouvrages qui sont | i° des Erreurs et de la Vérité , ou les Hommes rappelés au principe universel de la science, par un ph... inc...., Édimboùrg , 1 775 , iu-8, 3 vol. ; 20 Tableau naturel , ou des Rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers; Édimbourg, 1782, 2 vol. in-8; 3° Ecce Homo; Paris, de l'imprimerie du cercle social, 1792, in-8; 4* Lettre à un » ami, ou Considérations politiques, philosophiques et religieuses sur la révolution française; Paris, an m (1 794)? in-8; 5° le Nouvel Homme; Paris, an iv (i795), in-8; 6" Éclair sur l'association humaine; Paris, 1797, in-8; 7° le Crocodile , nu la Guerre du bien et du mal arrivée sous le règne de Louis XV, poème épico-magique en cent deux chants, dans lequel il y a de longs voyages sans accidens qui soient mortels , un peu d'amour sans aucune de ses fureurs, de grandes batailles sans une goutte de sang répandu, quelques instructions sur le bonnet de docteur, par un amateur dé choses cachées; Paris, imprimerie du cercle social, an vil
45a HISTOIRE DE T0UKA1NT.
(1798), in-8. Le titre semblerait promettre de la gaieté , mais ce n'est rie» moins que cela; l'auteur a voulu allier la plaisanterie à la mysticité : mais le résultat n'en est pas henreux, parce qu'il est difficile d'être plaisant ou amusant quand on ne se fait pas comprendre. Ce poème en prose est mêlé de quelques vers. Voici son début :
Je chante
La peur, la faim , la soif, et la joie éclatante
Qu'éprouva notre antique et célèbre cité,
Lorsqu'un reptile impur, par l'Égypte enfanté, ,
Vint, sans quitter Memphis, jusqu'aux bords de la Seine,
Muse, dis-moi comment tant de faits merveilleux , A si peti de mortels ont des||)lêjes yeux ; Dis-moi ce qu'en pensa le corps académique ; Dis-moi par quel moyen le légat de l'Afrique Reçut enfin le prix de tous ses attentats ; Dis-moi , dis, ou plutôt , Muse, ne me dis pas; Car ces faits sont écrits au temple de Mémoire, , El je puis bien , sans toi , m'en rappeler l'histoire.
Au surplus ce ne sont pas les cent deux chants qu^doivent effaroucher , car le plus grand nombre n'a pas plus dé deux pages. 8° L'Aurore Naissante, traduite de l'allemand de Jacob Boehm; Paris, 1800, in-8; 9* l'Homme de Désir, * nouvelle édition corrigée par l'auteur ; Metz, an x ( 1801 ) ,
in-i 2 , 2 vol. ; io* le Ministère de l'Homme Esprit; Paris , Migneret, an xi (1802), in-8; 1 Ie Quarante Questions sur l'origine , l'essence, l'être, la nature et la propriété de l'ame, et sur ce qu'elle est d'éternité en éternité, suivies de la base profonde et sublime dessix points, par Jacob Boehm, traduit de l'allemand sur l'édition d'Amsterdam de 1682, par un pb... inc.; Paris, Migneret, 1807, in-8. Il y a à la fin une planche ayant pour titre : Globe Philosophique, ou l'Œil de l'Éternité, espèce d'énigme mystique qui n'explique pas plus l'ouvrage que l'ouvrage ne l'explique. 1 2° Les trois Principes, traduits de l'allemand de Jacob Boehm, in-8; i3« la Triple
Vie; 4* le Livre Rouge; i5- Essai sur les Signes et les Idées, relativement à la question proposée par l'Institut; i6* OEuvres posthumes; Tours, Létourmy, 1807, in-8, a vol. Outre les poésies dont il a déjà été fait mention , ces deux volumes renferment entre autres choses une série de pensées ou de maximes , intitulées Portrait historique et philosophique de Saint-Martin, fait par lui-même; le Discours sur la question proposée par l'académie de Berlin : « Quelle «< est la meilleure manière de rappeler à la raison les nations « tant sauvages que policées qui sont livrées à l'erreur et aux « superstitions de tout genre ; » le Traité des Bénédictions ; Rapports spirituels et temporels de l'arc-en-ciel , et enfin quelques morceaux de littérature.
Le caractère dominant de tous ces ouvrages , ainsi qu'il est aisé de l'apercevoir par la seule indication des titres, est une métaphysique mystique. Cependant plus les matières traitées par l'auteur étaient abstraites et enveloppées de nuages, plus il devait s'efforcer d'être clair et intelligible; mais il semble qu'il ait pris à tâche d'être tout le contraire , et qu'il ait craint de se mettre à la portée de tout le monde , c'est-à-dire, du moins, de ceux qui ne sont pas tout-à-fait étrangers à ces sortes de matières. Comme il fatigue souventl'attention, il ne peut long-temps la captiver, et ses principes la plupart du temps sont si obscurs qu'on ne peut apprécier jusqu'à quel point ses conséquences peuvent être justes. Enfin, et l'on est obligé d'en convenir, ce qui forme un préjugé assez fort contre la netteté des idées systématiques du philosophe inconnu , c'est sa prédilection pour un auteur aussi exalté, aussi obscur, aussi inintelligible que ce Jacob Boehm • qui ne fut qu'un enthousiaste à qui l'on pouvait avec raison appliquer cet adage : ne sutor ultra crepidam , en dépit de la réputation de sublimité que voulut lui faire de son temps le petit nombre de ses partisans. Quoi que l'on en dise, Saint- Martin était beaucoup meilleur à connaître qu'à lire, et l'on pouvait plus profiter dans sa société que dans ses nombreux ouvrages.
SAINTE-MAURE (Guillaume de), chancelier de France, né au château de Mongoger en Touraine, vers l'an i?.66;. Quelques historiens ont prétendu qu'il avait été marié, qu*il avait même une fille, et qu'il n'avait embrassé l'état ecclé-* siastique que depuis son veuvage; mais il paraît démontré au contraire qu'il s'y consacra dès son jeune âge et qu'il fut élevé dans les écoles de l'église de Tours, ainsi qu'il le déclare lui-même dans son testament.
Il fut pourvu de plusieurs bénéfice? qu'il posséda cumulativement, et fut prévôt de C an des , trésorier de la cathédrale de Laon , doyen de l'église de Tours et ensuite de celle de Saint-Martin en i33f. Guillaume de Nangis rapporte que lie pape Jean XXTI lui envoya en i33o des bulles pour l'évêché de Noyon, mais que par humilité il refusa d'accepté? la dignité épiscopaie.
Philippe de Valois le revêtit en i33o, de celle de chancelier de Fronce. Il reçut les sceaux, le samedi i*r juillet, des mains de l'évêque de Beauvais, qui les avait eus momentanément pendant la disgrâce de Mathieu Ferrand. Philippe en oiitro le nomma plénipotentiaire en i33i pour traiter de la paix avec le roi d'Angleterre , et il est dénommé au traité qui fut conclu le 2 mars.
Il mourut au prieuré de la Charité-sur-Loire le 24 janvier 1 3 3 | , âgé d'environ soixante-huit ans. Par son testament il avait demandé à être enterré dans la cathédrale de Tours ; mais il ne paraît pas que se* dernières volontés à cet égard aient été exécutées. On y voit qu'il avait fondé des chapelles dans toutes les principales églises de la Touroinc , et même dans plusieurs autres lieux du royaume, tels que les cathédrales de Paris, d'Amiens, de Laon, de Saint-Qnentin , de Verniandois, etc. Il légua à Pierre, son frère aîné, quatre mille livres et cent livres de rente pour célébrer tous les ans dans l'église de Saint— Épain , voisine de Sainte— Maure , la fête de l'Assomption de la Vierge, avec la condition de nourrir ce jour- là tous les pauvres qui se trouveraient à cette solennité, suivant la coutume que son père avait instituée et
religieusement observée pendant sa vie. 11 donna PhÔtel qu'il avait à Paris et qu'il avait acheté de l'évdque de Lizicux, pour y établir un collège où l'on devait entretenir vingt boursiers. Il cousacra à cet acte de bienfaisance la maison nommée k Saussiel , située auprès de Longjumeau , ainsi que tous les domaines qui en dépendaient. Telle pouvait être l'origine de la dénomination dn collège de Lizicux, quoique pourtant il ne restât plus de traces de cette fondation.
Il Jaissa encore à son frère une somme de quatre mille livres qu'il le chargea de porter à la Terre Sainte , lui , ou quelqu'un de ses autres frères, et en cas de refus de leur part la somme devait être remise nu roi , avec prière de lui donner la même destination. Enfin il voulut que tous ses chevaux fussent partagés entre les pauvres gentilshommes de sa province qui iraient combattre les infidèles. Ses exécuteurs testamentaires furent Émcry , évéque d'Auxerre, l'abbé de Marmoutrer, Pierre et Guy de Sainte-Maure ses frères, Olivier de Clisson, Guy Turpin, Pierre de Palluau son neveu, Hugues de Pommiers, chanoine de Paris, Martin Desessarts, Pierre Belagent, prévôt de Paris, Philippe Nicolaï et Philippe do Bcausse , chanoine de Tours.
Toutes ces dispositions annoncent la bienfaisance et la piété du testateur, de même que les emplois dont il fut revêtu supposent son habileté dans le maniement des affaires de Tétat.
Il était de la branche de Mongoger qui avait pris son nom de cette baron nie tombée aux puînés de la maison de Sainte— Mau/e par le mariage de Hugues avec la fille de Philippe de Mongoger.
SAINTRÉ (Jean de), sénéchal d'Anjou sous les rois Jean et Charles V, naquit en Touraine vers l'an i320. Ayant perdu ses parens de bonne heure , il fut élevé par le seigneur de Pouillé son oncle. Lorsqu'il eut atteint l'âge de treize à quatorze ans, celui-ci le mena à la cour de Phili^e de Valois, qui le donna pour page à Jean, son fils aîné, duc de Normandie, depuis roi de France. Comme Saintré avait na-
456 HISTOIRE DE TOURAIXE.
turellemcnt beaucoup d'esprit et d'adresse , il se montra avec tant de supériorité dans tous les exercices , qu'il fut bientôt eompté parmi les cavaliers les plus accomplis de la cour. II eut occasion d'y connaître Boucicaut I", avec lequel il se lia d'une amitié qui ne s'éteignit qu'avec eux, quoiqu'ils fussent émules de talens et de gloire. Ils avaient l'un et l'autre la réputation d'être les plus braves cbevaliers de leur temps ; mais Boucicaut joignait à ce mérite celui d'une grande habileté dans les négociations, c'est pourquoi les hérauts d'armes, en les comparant tous les deux, avaient coutume de dire :
Quand ce vient à un assault Mieux vaut Saintré que Boucicaut , Et quand ce vient à un traité Mieux vaut Boucicaut que Saintré.
L'auteur de la Chronique du petit Jehan de Saintré, Antoine de La Salle, a tellement défiguré ce qui le concerne, qu'il est difficile d'y reconnaître, à travers tous les faits romanesques, ce qui appartient véritablement à l'histoire. Tel est l'inconvénient de ces romans historiques, ouvrages mixtes qui, s'ils survivent à l'oubli auquel ils devraient être condamnés, offrent le danger ou de faire adopter des récits fabuleux, ou de faire rejeter indistinctement tout ce qu'ils racontent; mais Froissard plus exact nous représente Saintré sous ses traits véritables, c'csi-à-dire comme l'un des plus hardis et des plus vaillans chevaliers de son temps.
Il se trouva, en i356, à la fameuse bataille de Poitiers', où il accompagnait Louis de France , depuis comte d'Anjou , et Jean son frère qui fut comte de Poitou. On fit retirer ces jeunes princes dès le commencement du combat; mais Saintré ne voulut point les suivre, et voyant que la victoire devenait plus qu'incertaine, il se jeta ad fort de la mêlée où il fit des prodiges de valeur. Froissard nous apprend qu'il y fut fait prisonnier après avoir reçu plusieurs blessures graves
BIOGRAPHIE. 4^7 dont il demeura incommodé tout le reste de sa vie. Il n'en continua pas moins pour cela de rendre des services au roi, qui le nomma lieutenant-général au gouvernement deTouraine et d'Anjou en i35i . On voit dans l'histoire de Bertrand Duguesclin , qui n'était pas encore connétable , que Saintré ayant eu ordre de chasser les Anglais du Poitou , pria ce grand capitaine de venir le joindre avec ses troupes. Ils assiégèrent ensemble le château de Dissay en Poitou. Saintré, pour farre les honneurs de son gouvernement, voulut déférer le commandement général de l'armée à Duguesclin , qui s'y refusa. Il s'établit ainsi entre ces deux vaillans chevaliers un combat d'égards et d'estime réciproque que leurs capitaines terminèrent en déclarant que chacun commanderait ses propres troupes. Ils cédèrent donc à l'avis de leurs compagnons d'armes, et, agissant de concert, ils ne tardèrent pas à emporter la place.
Nous ne parlerons point de ses entreprises, de ses pas d'armes, ni des autres exploits de cette nature, parce que, quelque probables qu'ils soient , on ne les trouve que dans l'auteur de sa Chronique , qui ne peut pas faire autorité.
Saintré ne conserva la lieutenance générale de Touraine que jusqu'en i354» H paraît qu'il porta les armes dans d'autres provinces, puisqu'il mourut au Pont-Saint-Esprit, sur le Rhône, le 25 octobre i368 , âgé d'environ cinquante-huit ans. On y lisait autrefois cette épitaphe : «Hic jacet Dom- Joannes de Saintré, miles, senescallus audegavensis et cenomanensis, camerariusque Dom. Ducis Andegav. qui obiit anno Dm millésime CCCLXVIII. »
Autoine de La Salle dit que Saintré avait une sœur nommée Jacqueline, et qu'il était cousin de la dame de Sainte-Maure ; mais il a commis un anachronisme à cet égard , car Isabeau , la seule qui ait été connue sous le nom de dame de Sainte- Maure, était morte en i3io, c'est-à-dire dix ans avant la * naissance de Saintre.
A l'article de ce même La Salle , j'ai parlé des différentes éditions de la Chronique du petit Jehan de Saintré.
4do histoire de tour m ne.
SAINXON ou SÀèMvSON (Jean), sieur de Grandfont, né à ChJullon-sur-Indrc , détienne Saimson , lieutenant du bailli de Touraine, fut d'abord avocat au présidial de Tours, et ensuite lieutenantrgénéral dans le lieu de sa naissance en i5a3. Il exerça cette charge avec 1 estime générale de ses concitoyens, et avec toute l'intégrité désirable dans un magistrat. Le roi François 1er, instruit de son mérite, le relira de Chûhllon pour le faire conseiller au parlement de Paris, où il fut reçu le 8 janvier i53î. Après avoir exercé quelque temps dans cette cour, il fut pourvu, en i536, de la charge de premier président au parlement de Grenoble, qu'il conserva jusqu'en i54i» Pyrrhus, auteur d'un commentaire sur la coutume d'Orléans, dit de Sainxon que c'était un personnage très-docte et d'une grande littérature , et le célèbre jurisconsulte llebufte en faisait tant de cas qu'il le nommait le flambeau des baillis. Jean Brèche cependant en parle avec une sorte de mépris dans ses notes sur la coutume de Tours : « Fatutim sane, dit-il, et delirum somnium hoc loco profert bonus iUe vit, Joannes Sainson. »> •
Il est le premier qui ait entrepris de commenter la coutume de Touraine ; son ouvrage a été imprimé sous ce titre : Consuetudiues totius pracsidiatus seu Turonensis ba il 1 i varia», cuni eomnjcntario Joannis Sainxon baillivi Turoncnsis: Parisiis, Joan.Poussy, i5i(>, în-8. Ibid.y Pierre Vidouc , ir>?r), ûv4* ïbid. -, Jean Boiny et Galtiot Du pré , 1 5 \ 3 , in-/;. Ibid,, Jacq. Kerver ou Nicolas Bouchet, l&{7, in-4> et Francfort, Nie. Bassée, i575 et 1698, in-fol. Jacques Dufrcmentel, le dernier des commentateurs de ces coutumes, dit qu'il s'est plus livré à l'érudition et au droit romain , qu'à la précision et au droit coutumier qu'il examinait. 2# Il a donné aussi une traduction en prose des vingt-quatre livres de l'Iliade d'Homère, Paris, if> }5 , in- \ ; mais faite sur le latin de Laurent Valle, Saimson ne sachant pas le grec. 3° Enfin une traduction du commencement de l'histoire du Siège de Troie, écrite en latin par Guy Columna de Messine, Paris, Jehan Petit, i5i5, iiw}. H cile encore dans son ou-
vrage sur la coutume de Tours plusieurs traités de droit en latin qui- ne sont pas venus jusqu'à nous, quoique la manière dont il y renvoie semble prouver qu'ils étaient imprimés.
On ignore en quel temps il est mort. Le temfK cfe sa nais*sance doit dater de la fin du quinzième siècle.
SANTERRE (Pierhe), prêtre, chanoine et chantre de l'église deChinon, sa patrie, né vers 161 o. Les églises paroissiales de Saint-Martin , de Saint-Étienne, de Saint- Maurice et de Saint-Jacques de Chinon étant unies à l'église collégiale de Saint-Même , un ecclésiastique du diocèse de Tours publia un livre pour prouver que cette union était contraire à l'autorité des conciles , ainsi qu'à la raison naturelle et à l'ordre civil. Santerrc fut chargé par le chapitre de Saint-Même d'entreprendre sa défense ainsi que celle des églises qui lui étaient unies, et de réfuter l'ouvrage de l'ano^ i) v me C'est ce qu'il fit dans celui qu'il fit paraître sous ce Vitre : Apologia ecclcsiœ Chinonensis ad supremam aposto— licom et romanara ecclesiam , in anonyim cujusdam opusculum quo jura istius ecclesia? contendit subvertere ; Ghinopii , d'Ayreni, 1664, in-16. C'est tout ce qu'on connaît de lui.
On ne doit pas le confondre avec un autre Pierre Santerre Poitevin , qui a mis en musique et fait imprimer les Cent cinquante psalmcsde David, Poitiers, Nicolas Logerois, 1567.
SAPIN (Jean-Baptiste), conseiller clerc au parlement de Paris, né à Tours, en i6i5, de Jean Sapin, sieur de La Bretèche et de Rosiers, et receveur-général du Languedoc.
Il fut d'abord chanoine et sénéchal dans l'église de Saint- Martin de Tours, et ensuite chanoine de Saint-Aignan d'Orléans. Son érudition l'avait lié d'une étroite amitié avec le savant Victor Brodeau , dont il était d'ailleurs assez proche parent. C'est à lui que nous sommes redevables des notes de cet excellent critique sur Euripide. Brodeau ne se déterminant point à les publier, Sapin les prit dans son cabinet, et comme il était lui-même très-bon helléniste, il en dirigea
46o HISTOIRE DE TOUR AINE.
l'impression, qui parut sous ce titre en 1661 : Baptiste Sa— pini consiliarii regii epistola prsefatoria ad D. F. Mauuium Burdigal^sem archiep. in Brodaei notas ad Euripidem ; Parisiis, i$6i^ in-foL
Dans les premiers jours de novembre i56a, il se rendait à Tours, par ordre de Charles IX, ainsi que Jean de Troyes, abbé de Gatines. Ils accompagnaient Odel de Selves, qui allait en Espagne en qualité d'ambassadeur, voyageant sous la protection de son titre et de son escorte ; mais en passant .par Vendôme, ils furent pris tous les trois avec leur escorte par un parti de la garnison prolestante de cette ville, et envoyés à Orléans où on les reçut d'abord honorablement ; mais dans ces entrefaites les protestans ayant appris la nouvelle
qui avaient été exécutés à Rouen , le 3o octobre précédent , les chefs , voulant venger ces deux victimes de leur parti , firent condamner au même supplice Sapin et l'abbé de Gatines, pour avoir, dit la sentence, persécuté ceux qui font profession de la religion évangéljque. Tous les deux furent pendus sur la place de l'Étape, malgré la qualité d'envoyés du roi dont ils étaient revêtus : mais on sait que dans les guerres de parti, et surtout d'opinions religieuses, les droits les plus sacrés ne sont pas respectés. L'ambassadeur ne fut relâché qu'à la sollicitation de Claude de Selves son frère qui était protestant , et peut-être bien parce qu'il n'était pas ecclésiastique. Le corps de l'abbé fut envoyé à son abbaye, et celui de Sapin fut transféré à Paris, où le parlement en corps lui fit faire de magnifiques funérailles dans l'église des Augustins, déclarant qu'il regardait comme lui étant personnel l'outrage fait à l'un de ses membres. La cause et le genre de la mort de Sapin étaient indiqués dans son épitaphe par ces mots : « Quodjantiquae et catholica? religionis adsertor fuisset, turpissima? morti addictus, honestam et gloriosam pro Christi nomine et chrisliana republica mortem perpesso , etc. >»
BIOGRAPHIE. 46l
Sapin avait en portefeuille plusieurs ouvrages qui ont été perdus par la négligence de ses héritiers, plus jaloux de sa fortune que de sa gloire littéraire.
SARRASIN (N.), célèbre peintre sur verre, né en Touraine, était contemporain de Robert Pinaigrier, et vécut comme lui sous les règnes de François Ier et de Henri II. Il a travaillé à Paris et à Tours; mais parmi ses ouvrages on distinguait ses vitraux de la chapelle qui est à l'entrée de la cathédrale de Tours, du côté des galeries ou Jésus-Christ était représenté portant la croix. Ce morceau était singulièrement estimé des connaisseurs, tant pour la pureté du dessin que pour le coloris; mais la grêle extraordinaire qui tomba en 1664 frappa ces vitres avec une telle violence qu'elle les brisa entièrement, et qu'il n'y resta plus que la figure d'nn chanoine revêtu de sa robe violette avec son surplis. On voit au-dessous son nom, J. Le Cerf, avec la date de i563, époque où probablement ces vitres avaient été peintes, et qui témoigne que Sarrasin vivait et travaillait encore.
SAVARY-LANCOSME (Jacques de), né vers i5a8, de l'ancienne maison de Savary en Touraine, commença par porter les armes , et fut colonel d'infanterie ; mais ayant eu occasion de montrer son aptitude pour les affaires de cabinet, Henri III le nomma, en i585 , ambassadeur à la Porte, où il mourut en i5gi. Les détails relatifs à cette ambassade se trouvent dans le recueil in«4 publié en i63^ par le libraire Jean Camusat, sous ce titre : Ambassade pour le roi Henri III, en Turquie , l'an 1 585 , par Jacques Savary de Lancosme.
François Savary de Brèves, son parent, qui l'avait accompagné à Constantinople, lui succéda dans cette ambassade, où il resta jusqu'en 1606, après avoir conclu , le 20 mai 1604, avec le sultan Achmet , un traité très-avantageux à la France. Il fut ensuite ambassadeur à Rome , auprès du pape Paul V. Ce fut là qu'il fît imprimer r avec des caractères qu'il avait fait fondre exprès, le psautier arabe sur le frontispice duquel on lit : Ex typographia Savariana. Ces caractères qui, en 1627, après sa mort, furent acquis par le roi, sont encore
46a HISTOIRE DE TOUR AINE.
aujourd'hui à l'imprimerie royale. Il a en outre publié l'ouvrage suivant : Kclation des voyages de François Savary, seigneur de Brèves, tant en Grèce, Terre-Sainte et Égypte, qu'à Tunis et à Alger, en i6o5et 1G0G. Ensemble un Traité fait en 160/1, entre Henri IV, roi de France, et l'empereur des Turcs, avec trois discours dudit seigneur de Brèves, le tout recueilli par J. D. C. (Jacquesdu Castel); Paris, i63o, jn-4- Les trois discours ou mémoires sont: i° sur l'alliance qu'a le roi avec le Grand-Seigneur, et de l'utilité qu'elle apperte à la chrétienté ; 2° sur les moyens de ruiner la monarchie ottomane ; 3" du procédé que le sieur de Brèves a tenu lorsqu'il a remis entre les mains du roi , en 1G18, la personne de M. le duc d'Anjou, son frère , dont il était gouverneur.
On conserve encore à la Bibliothèque du Roi : i" Lettres de M. de Brèves, ambassadeur à Rome en 1606, 4 vol. in-fol. manuscrits; 2° Négociations de Fr. Savary de Brèves à Rome, depuis l'an 1G08 jusqu'en iGi5, i3 vol. in-fol. manuscrits.
SCHOTTER (Jacques), né en Touraine, d'une famille originaire d'Allemagne. Il était recteur ou principal du collège d'Amboise vers les commencemens du dix-septième siècle. Ou lui doit un ouvrage en vers latins dans lequel il célèbre les beautés et les agrémens de la Touraine, et surtout des environs d'Amboise où l'on croit qu'il était né. Cet ouvrage est intitulé : Agri Turonensis et Ambasianœ arcis araocnitales , autore Jacobo Schottero collegii Ambasiensis gymnasiarcha ; Parisiis, Buray, i6r5, in-4«
SOREAU ( Jean-Baptiste-Ètienne-Benoît), né à Tours le 21 mars 1738. Après avoir fait ses études au collège des jésuites de cette ville, il alla étudier le droit à Paris, où, après son stage, il fut reçu avocat au parlement; mais il se livra peu à la plaidoirie , et se consacra plus particulièrement à la consultation et aux travaux du cabinet. L'étude de la jurisprudence ne l'absorba pourtant pas exclusivement, et les loisirs ^qu'elle lui laissait se partagèrent entre la littérature et la politique. A la vérité il ne s'occupa Je cette der-
nière qu'à -l'époque de la révolution , et par ce qu'il fut oU nombre des électeurs de 1789. • •» •
Il fut, avec Camus et Bavard, l'un des principaux eoopé-# râleurs du Nouveau Dictionnaire de jurisprudence en 9 vol. in-4, qui était connu précédemment sous le titre de Collection de Déuisart, 4 vol. seulement. Les article* dont la rédactiou est due à Sorcau, sont indiqués en téte de chacun des sept derniers volumes, les seuls auxquels il ait participé. Si l'on eu excepte ce travail , dont le mérite est généralement reconnu, il ue nous reste de lui que quelques opuscules dans lesquels on remarque cependant la solidité de son goût et la variété de ses connaissances. Il a publié : i° Notice sur un incendie à Esmaiis, près Montereau-Faut-Yonue, Paris , 1777, in-8; Discours à Louis XVI et à la reine, prononcé aux Tuileries le 3i octobre 1789; 3° Rapport fait le 29 janvier 1790 sur l'exécution du canal de M. Brullée; Paris, 1790, i n-4 ; 4° Hortus Caroli Magni, tiré du capituloire de J^iUis; Paris, 1800, in-8; 5° Notice historique sur* Jeau-Baptiste-François Bavard , jurisconsulte; Paris, 1800, in-£; 6° Notice sur Guillaume-Martin Couture, architecte; Paris, 1800, in-8; 7° Notice historique sur Ferdinand Do Lannoy (maréchal de camp), Paris, 1801, in-8; 8'del'Ad-
tans de l'Europe; Paris, 1790, in-8; 90 un Voyage à Ermenonville, qui se trouve dans le troisième volume du Recueil des Voyages en France ; io* enfin différons morceaux de littérature qui se trouvent disséminés dans le Magasin Encyclopédique.
Jean-Baptiste Soreau a terminé sa carrière à Paris, eu aoât 1808 , âgé de soixante-dix ans. » • i
Il avait un frère avocat à Tours, également fort bon jurisconsulte, mais qui n'a point écrit.
SOREL (Agnès) ou plutôt SEURELLE, comme le portent toutes les inscriptions du temps, née en i4°9 dans le village de Fromenteau , province de Tourarne , diocèse de Bourges. Elle était le cinquième enfant et la seule fille de
Jean , seigneur de Cou du n , conseiller et serviteur, en \f\io7 du comte de Clermont. Sa mère était Catherine de Maignelais, Ida me et châtelaine de Verneuil, fille de Raoul, deuxième du nom, dit Tristan, seigneur de Maignelais, de Montigny et deCoivrel. *
Vers 1 4a i ou 1422, Agnès se trouvant orpheline , se retira auprès de madame de Maignelais sa tante , qui avait une fille du même âge. Leur éducation devint commune, et lorsqu'elles eurent atteint leur seizième année, madame de Maignelais les présenta à la cour, qui se tenait alors à China n , et qui , malgré» la'triste position dans laquelle se trouvait Charles VII , était encore la plus brillante, et surtout la plus galante de l'Europe. Mademoiselle de Fromenteau y parut dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté, et eut bientôt effacé ce que la cour offrait de plus parfait Le roi la ht mettre , ainsi que sa cousine , au nombre des filles d'honneur de la reine , avec un appartement dans le château de Chinon ; mais il ne tarda pas à éprouver auprès d'Agnès des senti mens que la reine ne lui avait jamais inspirés. Elle résista quelque temps, et d'assez bonne foi, se vantant même que la conquête du roi ne serait pas aussi facile qu'il avait pu l'espérer. Mais quand l'amour ou la vanité lui eurent fait pressentir sa défaite, elle eut du moins assez d'élévation dans l'amc pour la faire tourner à la gloire du monarque et au salut du royaume , pillé et morcelé par les Anglais. Un jour qu'il la pressait de se rendre , elle l'assura qu'un astrologue lui avait prédit qu'elle serait la maîtresse d'un grand roi. «Mais, ajouta-t-elle , cela ne peut regarder Votre Majesté. Le roi d'Angleterre est assurément plus grand que vous, puisqu'il possède ses terres et les vôtres , et l'on croira de même qu'il l'est en valeur et en mérite si vous l'en laissez paisible possesseur : je prie donc Votre Majesté de me permettre de passer en Angleterre. » Cette plaisanterie plut à Charles , mais le toucha bien plus vivement encore, et sembla lui dessiller les yeux. Le désir de se rendre digne des affections d'une jeune beauté qui montrait tant de patriotisme et
de grandeur, lui fit entreprendre toutes ces actions mémorables qui ont rendu son règne si illustre, et qui lui ont mérité le surnom de Victorieux. Il avait à la vérité de grands capitaines; mais il les avait auparavant, et n'avait rien entrepris. La France n'a peut-être jamais assez senti l'étendue des obligations qu'elle avait à Agnès , et que François I" a exprimées dans ce joli quatraiu qu'il fit pour son portrait :
Gentille Agnès , plus de loz tu mérite, La cause étant de France recouvrer , Que n'en pourroit dedans un cloistre ouvrer Close nonain , ou bien dévot henni te.
Lorsque Charles VII eut pris les armes et se fut mis en devoir de ebasser les Anglais, la belle Agnès, s'applaudissant de son ouvrage, ne résista plus aux désirs du monarque, et devint l'objet de toutes ses affections. Il lui donna d'abord le comté de Pentbièvre, en Bretagne, qui jusque-là avait été un apanage des cadets de la maison royale , et dont elle prit le nom. Il y joignit bientôt le cbâteau de Beauté-sur-Marne , qui la fit nommer mademoiselle de Beauté. Enfin il lui fit don des seigneuries de Roqueserien , de Vernon-sur-Seine , d'Issoudun et du cbâteau de Bois-Trousseau , distant de trois à quatre lieues de Bourges , qui depuis avait pris le nom de Bois-sire-Amé.
En considération d'Agnès, le roi maria sa cousine, mademoiselle de Maignelais, avec André, baron de Villequier, auquel il donna les îles d'Oléron , de Marans et d'Arvert; mais la jalousie l'emporta sur la reconnaissance dans l'ame de la baronne de Villequier, qui s'unit au daupbin, depuis roi sous le nom de Louis XI, pour persécuter Agnès. On assure même que ce prince alla un jour jusqu'à lui donner un soufflet dans le cbâteau de Cbinon, ce qui le fit exiler en Daupbiné; mais Agnès, affligée vivement detant de tracasseries , se retira à Loches ou plutôt à Beaulieu où l'on voit encore quelques traces de la maison qu'elle occupait. Ce fut
pendant ce séjour qu'elle fit plusieurs dons à l'église collégiale de Loches , entre autres une statue d'argent de la Madelaine, sûr laquelle on lisait : « En l'honneur et révérence de » sainte Marie Madelaine, noble demoiselle , mademoiselle de « Beauté a donné cest image en ccste église dû chasteau de ii Loches , auquel image est enfermé une cdste et des cheveux « de la dicte saincte. L'an 1 444 - "
Quoique le roi fît de très-fréquens voyages à Loches, il ne put s'accoutumer à ^absence absolue de la belle Agnès , qui revint à Chinon où se tenait la cour. Il lui fit bâtir derrière le château la maison connue sous le nom de Rabardeau, à laquelle il communiquait par une voûte qu'il fit pratiquer sous la terrasse.
Cependant les intrigues et les persécutions secrètes ne tardèrent pas a se renouveler. Madame de Villequier avait toujours eu l'ambition de supplanter sa cousine , et elle ne négligea rien pour la perdre dans l'esprit du roi , sans jamais pouvoir y réussir, tant le monarque était captivé par l'esprit, la douceur et les grâces d'Agnès. Elle prit pourtant une seconde fois la résolution de s'éloigner de la cour , et se retira en 1 1 /jS dans son château de Ménil , à un quart de lieue de Pâbbâye de Jumièges, en Normandie. Le roi, à l'insu duquel elle était partie, tenta de la rappeler; mais elle eut le courage de résister, et l'on ne manqua pas de lui insinuer que cette retraite cachait et favorisait quelque intrigue amoureuse. Charles , qui ne pouvait pas vivre sans elle, en tomba malade de chagrin.
Il était alors occupé de la conquête de plusieurs placés 'de Normandie. Il se rendit dans cette province vers la fin de i-h9> et au mois de janvier suivant, après le siège d*rlarfleur, il Vint s'établir dans l'abbaye de Jumièges, dont le voisinage du château de Ménil lui permettait de voir librement Agnès ; mais une mort presque subite la lui enleva le lundi 9 février i45o, nouveau style, après quelques jours d'une maladie dont la cause fut, sans beaucoup de fondement, attribuée au poison. Elle vit approcher sa fin avec
BIOGRAPHIE, ^gy fermeté et résignation, disant à cenx qui l'entouraient « que c'était peu de chose et orde et vile de notre fragilité.» Son cœur et ses entrailles furent inhumés dans l'église de Saint-Pierre de Jumièges, et, conformément à son testament , son corps fut transporté dans la collégiale de Loches, à laquelle elle avait légué deux mille écus d'or. Les chanoines lui firent élever dans le chœur un tombeau en marbre noir décoré de plusieurs inscriptions et épitaphes au nombre desquelles se trouve celle-ci, la seule qui soit en français: «Cy gist noble demoiselle Agnès Seurelle, en son vivant « dame de Beauté , de Roquesérien , d'Issoudun et de Vernon- « sur-Seine, pileuse envers toutes gens, et qui largement «donnoit de ses biens aux églises et aux pauvres; laquelle « trespassa le neufvième jour de février, l'an de grâce mil « quatre cent quarante neuf. Priez Dieu pour l'aroe d'elle. »
Au nombre des inscriptions en vers latins, on peut remarquer celle-ci, dont non-seulement tous les vers sont rimés au milieu et à la fin , mais dont les treize premiers présentent l'acrostiche d'Agnès Seurelle. Tel était le goût bizarre de ce temps que la difficulté vaincue tenait lieu de nombre et d'harmonie, et constituait tout le mérite du versificateur.
A stra petit mollis Agnes, redimitaque flore G rato cœlicolis, hanc credo vigere décore. N ulla sub anhereo thalamo permansit imago , E jus namque deo placuit sublimis origo. S implcx alloquiis, et libéra munera dando S acris ecclesiis, et egenis subveniendo. E ripuit pariter animant mors atque cruorem , V enarum per iter solitum prasstare decorem. R exit Vernonis, Issolduui quoque gentem. E ffleat hinc omnis ipsam populus morientem. L imina Belaltam Vincennarum comitantem L œta per hanc vitam tenuit turrim resonantem, E t Roquasereria fuit illi subdita jure. Illi propitia sit virginis optio purae, Quam pingi voluit, ratio de jure Ducissam :
468 HISTOIRE DE TOUKAINE.
Nam tituïis decuit ornari talibtis ipsara. Anno roilleno nono , simul et gradrageno Cum quadracenteno deccssit ab orbe sereno; Nona dies februi vitam cum sanguine raovit : Prosint spiritui quae sœpe pnecamina vovit : Et si defunctx nomen cognoscere curas, Metrorum primas tredecim conjunge figuras.
On y voit une autre inscription dans le même genre : Hac jacet in tumba snitis simple* que columba, etc.
On sait que Louis XI étant monté sur le trône, les chanoines de Loches, connaissant l'aversion qu'il avait eue pour Agnès , crurent lui faire la cour en lui demandant la permission de faire enlever de leur chœur cet objet de scandale; mais le monarque , plus superstitieux peut-être que pénétré des devoirs de la reconnaissance, n'en rappela pas moins cette vertu aux chanoines en leur prescrivant de respecter la cendre de la belle des belles, si mieux n'aimaient rendre les dons et dotations, et pour persuader plus facilement ces consciences timorées , il ajouta une somme de 6,000 liv. à celle qu'ils avaient déjà reçue.
Agnès avait nommé Jacques Cœur son exécuteur testamentaire ; cependant il fut accusé de l'avoir fait mourir par le poison. Ce fut la dame deMortaing qui porta cette accusation contre lui, ainsi que contre Jacques de Cologne et Martin Prandoux ; mais l'arrêt môme qui condamna Jacques Cœur, le 19 mai i453, pour un crime aussi imaginaire, le déchargea du soupçon de celui-ci, et condamna la dame de Mortaing, comme calomniatrice, à faire amende honorable, à la confiscation de tous ses biens et au bannissement.
Agnès eut de Charles VII trois filles, dont une seule fut mariée sous son règne : i° Marie dite de Valois; 2° Jeanne ; 3° Charlotte. Ce fut Marie qui épousa, le 18 décembre i458, Olivier de Coè'tivy, sénéchal de Guienne. Charlotte fut mariée, en 1462, à Jacques de Brézé, comte de Maulévrier,
sénéchal de Normandie, qui, l'ayant surprise en adultère avec Jean Delavergne, son écuyer, les tua l'un et l'autre, le i4 juin 1476. Enfin Jeanne épousa, par contrat passé à Tours le 23 décembre ifôi , Antoing, sire de Bueil, comte de Sancerre. On a prétendu que celle-ci était fille de Louis XI , et qu'il l'avait eue de la fille d'un joaillier de Paris nommé Passe Filon ; mais c'est une erreur démontrée par ce mêfoe contrat de mariage dans lequel le roi traite Jeanne de sa sœur naturelle.
Quoique Agnès ait toujours conservé le plus grand empire sur l'esprit et sur le cœur de Charles VII , les historiens les plus véridiques ne peuvent s'empêcher de convenir qu'elle n'en abusa jamais; que si elle fut l'objet et peut-être la victime dfs intrigues de la cour, elle aima mieux s'en éloigner que de recourir aux mêmes moyens; enfin , que l'amour qu'elle inspira à un monarque indolent fut le premier germe de l'énergie et de la valeur qui lui étaient naturelles , mais qu'on n'avait pas encore eu le secret de développer en lui. Ainsi deux femmes, malgré le contraste qu'elles ont offert, ont eu une très-grande influence sur ce règne brillant. Une jeune maîtresse , par un reproche adroit et fait à propos ; et une jeune pucelle, par le prestige de l'inspiration.
Une chose assez digne de remarque , c'est que les trois favorites que l'histoire nous présente sous les couleurs les plus favorables, ont toutes les trois pris naissance en Touraine, et ont associé leurs noms à ceux de trois monarques également célèbres. Agnès, douce, aimable, sans ambition , captivant jusqu'à sa mort le prince dont elle avait enflammé le cœur et le courage ; Gabrielte , dont l'amour , peut-être plus intéressé, cherche à se frayer le chemin du trône; mais dont le souvenir est en quelque façon inséparable de celui
« Du seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire; -
enfin La Vallière, si sensible et si bonne, n'aimant Louis que pour lui-même, dévorant son chagrin et son amour, et
expiant par une longue et austère pénitence l'erreur d'avoir cru trouver un cœur fidèle.
SOUCHU DE RENNEFORT ( Urbain) , né à Tours vers IÔ25. Ayant été choisi pour êt|£ secrétaire de la compagnie française des Indes orientales , il s'embarqua en cette qualité vers 1662, et résida dans l'Inde pendant plus de vingt années, no§ pas cependant sans faire dans cet intervalle plusieurs voyages soit en France , soit dans les différentes îles où cette compagnie avait des comptoirs. Il a consigné dans deux ouvrages les observations qu'il avait été à même de faire pendant ce long séjour. Le premier est intitulé : Relation du premier Voyage de la compagnie des Indes orientales en l'île Madagascar ou Dauphine en i665 ; Paris, Clousier, 1668, in-12. Le seconda pour titre : Histoire des Indes trientales contenant l'établissement d'une compagnie française des Indes orientales, ses diflerens voyages, et tout ce qui s'est passé aux Indes à ce sujet depuis 1664 jusqu'en 1671 ; Paris, Seneuce, 1688, in-4. Ces deux Voyages sont curieux sous ce rapport , qu'on y trouve tous les détails relatifs à l'origine et aux progrès de la première compagnie des Indes qui ait été établie en France.
Nous avons encore de Souchu de Rennefort un ouvrage d'un autre genre , intitulé : l'Ayman mystique ; Paris , 1689 , in-8, dans lequel l'auteur compare les deux attributs de J.-C. à la vertu de l'aimant.
On ignore où et dans quel temps il est mort.
I. TAIX (Jean de), grand-maître de l'artillerie de France sous les rois François I" et Henri II, né au château de Taix, commune de Sorigny, dans les dernières années du quinzième siècle. Il était fils d'Aimery de Taix, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , et de Françoise de La Fcrté. On le nommait ordinairement le Grand Jean parce qu'il était d'une taille très-haute, et ce nom même était resté au censif
qu'il avait fait faire de la seigneurie de Taix. Renommé par son adresse et par sa bravoure, il fut l'un des six dont François I" fit choix en i53o pour défendre un pas d'armes et combattre contre tous venans lors de l'entrée de la reine Éléonore d'Autriche ;*mais il se distingua dans des occasions plus importantes et plus utiles. Il contribua au ravitaillement de Thérouane, en i537, et a^a Par or«"*e du roi au-devant du duc de La Mirande , lorsqu'il vint au secours de la France contre Charles-Quint qui ravageait la Provence. Jean de Taix leva dans cette occasion , à ses dépens, une compagnie de chcvau-légers italiens, et donna tant de preuves de valeur que le roi le nomma colonel des vieilles bandes.
Il ne montra pas moins de talent dans les négociations que dans les armes. En i538 le roi l'envoya ambassadeur extraordinaire à Rome auprès du pape Paul Y. Ce fut à cette occasion que le cardinal Ghinuccio écrivit au roi que le seigneur de Taix était un des plus accomplis chevaliers de l'Europe , et qu'il n'y avait personne dans le sacré collège qui ne désirât vivement qu'il demeurât toute sa vie à Rome pour le service de Sa Majesté.
Il assista, en 1 544» à la bataille de Cérisoles, où il commanda l'infanterie. La part qu'il eut à la victoire lui mérita d'être fait colonel général de l'infanterie française, charge nouvelle et dont le premier il fut revêtu. Le commandement de l'armée lui ayant été déféré en cette qualité , il prit successive— ment toutes les villes du Montserrat , à l'exception de Casai et d'Albe qu'il eût également emportées si le roi ne l'eût rappelé pour l'opposer à l'empereur et au roi d'Angleterre, dont les armées étaient sur le point d'entrer en France. Il se jeta dans Boulogne que l'Anglais assiégeait déjà, et servit ensuite avec tant de succès en Picardie, que François I" l'en récompensa par la charge de grand-maître de l'artillerie de France le 21 janvier i546 (i547 nouveau style), après la mort de Jacques de Genouillac. *
Les historiens contemporains conviennent tous qu'il était fait, par son rare mérite, pour arriver au plus haut degré des
honneurs et des dignités militaires , si la jalousie et les intrigues des courtisans n'eussent cherché , suivant leur coutume, U lui faire expier le crime de sa supériorité. L'amourpropre blessé d'une femme galante et surannée fut le grave motif de sa disgrâce. On persuada à la duchesse de Valentinois que de Taix avait fait quelques plaisanteries sur son âge. Soit qu'en effet il se les fût permises, soit que ce ne fût qu'une noirceur de cour , Diane de Poitiers en fut tellement piquée, qu'elle obtint facilement du faible Henri II, sur l'esprit duquel elle avait un empire absolu , la disgrâce entière de Jean de Taix , en i5^. Non-seulement il fut éloigné de la cour, mais encore on le dépouilla de toutes ses charges. C'est ainsi qu'une vieille courtisane fit perdre en un instant à l'un des plus fermes soutiens de l'État le fruit si bien mérité de trente ans de services et de victoires, « On peut sans « conséquence, dit Diderot dans la vie de Sénèque, déshoûo- « rer une nation parla perte d'une bataille, mais non ha- « sarder un mot ou un geste de mépris à une favorite. >»
Jean se retira dans sa terre de Taix où il vécut en homme simple et privé jusqu'en i552, qu'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, depuis roi de Navarre et père de Henri IV , qui connaissait parfaitement son courage et son expérience dans l'art militaire , le demanda au roi, et l'appela auprès de sa personne. L'ayant emmené au siège d'Hcsdin , en i553, de Taix fut tué dans la tranchée, et mourut, comme il avait vécu, les armes à la main pour la défense de l'État, et comme un simple officier, après avoir commandé en chef les armées; honorable exemple de dévouement à son pays et de l'ingratitude des cours.
La famille de Taix était une des plus anciennes de la Touraine. On trouve un Pierre, seigneur de Taix, qui fit avec saint Louis le voyage de la Terre-Sainte , et qui vendit, en 1267, au chapitre de l'église de Tours, une rente de trois muids de bled pour fournir aux frais de ce voyage.
II. TAIX (Guillaume de), de la même famille que le précédent, né en i532. Dès son bas âge, on l'envoya à
Troyes, sous la conduite de son parent Jacques Delaunay , docteur en médecine et grand littérateur pour son temps. Cê fut lui qui se# chargea de diriger son éducation. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, Guillaume Caraccioli , évêque de Troyes, l'appela auprès de lui et voulut même qu'il logeât dans son palais. De Taix fut d'abord chanoine et ensuite doyen de la cathédrale de Troyes en ^5, et enfin abbé de Bassefontaine. Il nous a laissé : i* une relation intéressante de ce qui s'est passé aux états de Blois de 1576, où il fut député par son chapitre. Elle est intitulée : Mémoires des affaires du Clergé de France délibérées ès premières assemblées de Blois et depuis ès assemblées générales tenues en i585 et i586, le tout dressé par forme de journal ; Paris, Bouillerot, 1625, in-4 ; 2° Recueil sommaire des propositions et conclusions faites en la chambre ecclésiastique des états tenus à Blois en 1576; 3° Relation des députés des états de Blois écrite au prince de Condé ; 4° Mémoire sur le lieu d'où sont sortis les de Taix. Ces trois derniers ouvrages* font partie des Mélanges Historiques de Nicolas Camusat; Troyes, 1619011
i644 » in-8.
Sa modestie et son amour de l'étude lui firent négliger les moyens que sa naissance et son mérite pouvaient lui donner de parvenir à la dignité épiscopale. Il mourut le 1 5 septembre i5qg, et fut inhumé dans l'église cathédrale de Troyes. On trouve des détails sur sa vie dans les Singularités Historiques de D. Liron , tom. Ier, pag. 32i.
TARDIF (Guillaume). La Croix du Maine , et quelques autres d'après lui , l'ont fait naître au Puy en Velay ; mais il est certain qu'il était né à Tours en 1428. Il fut professeur d'éloquence au collège de Navarre et ensuite lecteur de Charles VIII en 1484. H était encore à Tours en 1 467 , car ce fut à cette époque que le Florentin Francesco Florio lui dédia son historiette latine des amours de Camille et d'Émilic qu'il avait composée dans la maisou de Guillaume Larchevèche, gentilhomme Tourangeau, et non pas dans le palais archiépiscopal de Gérard de Crussol, comme quelques»
uns l'ont hasardé , par une mauvaise interprétation de ces roots : m Editus in domo Dom. Guillermi archiepiscopi Tu- « ronensis. h On connaît les débats qu'a fait naître cette prétendue édition imprimée à Tours en 1 467 , époque où l' i m— priinerie n'était pas encore introduite en France, et dont Maittaire a voulu faire honneur à notre ville. J'en ai déjà parlé à l'article Lateroq.
Il nous reste de Guillaume Tardif plusieurs ouvrages- 1° Le plus curieux est son livre : De l'Art de Faulconnerie et de» Chiens de Chasse ; Paris, Antoine Verard, 1492, in--iol. ; ibid., Jean Trepperel, i5p6, in*4, gotb. ; 20 Eloquent! benedicepdique «cientiae compendium, in -4 , sans date, mais selon toute apparence de 1480; 3° les Apologues et fables de Laurent Valle , translatées de latin en François par Guillaume Tardif , liseur du rov Charles VIII , in-fol. , fig., sans date. C'est une traduction française de trente-trois fables d'Esope faite sur la version latine de Laurent Valle. Il y en a un exemplaire à la Bibliothèque du Roi orné de miniatures dont la première représente Tardif offrant son ouvrage au roi et à la reine. 4° Caii Julii Solini ad adventum polyhistor, sive de situ orbis ac mundi mirabilibus liber, ex recensione Guillermi Tardivi , i n-4 , sans date , sans nom de ville et d'imprimeur, mais très-certainement de Paris chez Pierre de Césaris vers 1472- Toutes ces éditions sonfr rares, particulièrement cette dernière dont le texte est revu et corrigé avec soin.
On présume que Tardif est mort dans les dernières années du quinzième siècle.
THIBAUT, abbé de Cormeri, né en Touraine vers l'an 1070. Il était £1$ de Hugues qui occupait un emploi important dans la ville de Tours, et ueveu de Mainard, père d'un religieux de la même abbaye nommé Léothéric qui vécut en grande réputation de sainteté. C'est ce qui inspira à Thibaut le désir d'embrasser la vie monastique. Mainard, père de Léothéric, étant devenu veuf, se voua à la même profession, et se retira également dans le monastère de Cormeri, dont
il ne tarda pas à être élu abbé. Après sa mort, Thibaut, son neveu, lui fut donné pour successeur; mais il serait difficile d'en déterminer précisément l'époque. Un titre de 11 33 prouve qu'il existait encore en cette année , de même qu'on est certain qu'il avait cessé de vivre en 1 13g.
La bibliothèque de Gormeri conservait encore de Thibaut dans le seizième siècle la vie manuscrite du bienheureux Léothéric, son cousin. Joachim Pcrion en publia un abrégé, et depuis ce moment on n'a pas su ce qu'était devenu l'original. D. Mabillon dit qu'il avait composé en l'honneur de saint Pierre et saint Paul , patrons de l'église de Cormeri , une hymne commençant par ces mots : Laus beatorum , mais s'il a eu connaissance de cette pièce, il ne nous l'a pas transmise.
THIONNEAU (René), docteur en médecine et premier médecin ordinaire de la suite de l'artillerie du roi , né à Tours où il exerçait sa profession en i58o. Il est connu par un ouvrage qui prouve jusqu'à quel point la crédulité peut être portée, et l'absurdité soutenue avec le vain étalage de l'érudition. Il a pour titre : Histoire émerveillable d'une femme qui a porté un enfant en son ventre l'espace de vingt et trois mois; Tours, i58o, in-8. Ce livre assez singulier peut être placé à côté de celui de Jacques Horst sur la dent d'or de l'enfant de Silésie.
TILLIER (François), né à Tours vers i525. II y exerça toute sa vie la profession d'avocat; mais il paraît que la littérature l'occupa pour le moins autant que la jurisprudence, car nous ne connaissons rien de lui dans ce dernier genre. Dans le premier il nous a laissé un ouvrage en vers latins et l'autre en prose française. i°Omropolia, sivedialogus Errici G a 11 i 3e et Po Ionise régis christianissimi , ad Franciscum Borboniuin principem Delphinum : — Echus, poema autore Francisco Tillerio Turonensi ; Parisiis, i575, in-4; 2° le Philogame ou ami des Nopcesj Paris, Poupy , 1578, in- 16.
Tillier mourut en i58g.
TISSARD (François), né à Amboise vers l'an 1460, fut
l'un des plus savans hellénistes de son siècle. C'est à son zèle et à ses talens que l'on est redevable des premières impressions grecques qui furent faites à Paris, c'est-à-dire en France. La gloire qu'il s'est acquise dans les lettres à cet égard est consacrée dans ce quatrain de Charles Rousseau 2
Primus Parrhisia graiae nova gloria lioguœ
Ambacus Argivum conduit urbe melos ; Quo duce morales sophiae amplexabere leges.
Hoc igitur stabili pectore 6ge memor.
Tissard fut envoyé à Paris pour y faire ses humanités et sa philosophie. Lorsqu'elles furent terminées il vint à Orléans pour y étudier le droit ; mais l'extrême débauche qui régnait alors parmi les élèves de cette école alarma ses parens, et les détermina à l'envoyer en Italie où , pendant trois ans, il étudia le grec et l'hébreu, ainsi que le droit civil canonique sous les maîtres les plus célèbres , tels que Guarini de Vérone, Philippe Béroalde et Calphurnius. Il apprit le grec de Démétrius de Sparte, l'hébreu d'un rabbin de la synagogue de Ferrare , le droit civil sous Jean Campeius , et le droit canon sous Antoine de Burgos. Avec cette riche moisson de connaissances, Tissard revint à Paris où il fut admis au nombre des professeurs de l'université. Dès ce moment tous ses soins se dirigèrent vers la propagation de la langue grecque ; mais cette entreprise n'était pas sans difficulté, car les livres manquaient, et il fallait les faire venir à grands frais de Venise. Tissard, s'associant au célèbre Jérôme Aléandre, conçut alors le projet non-seulement de faire imprimer à Paris ces livres élémentaires , mais encore d'y ajouter des éditions de quelques bons auteurs grecs. Il lui fallut encore surmonter tous les obstacles que les imprimeurs faisaient naître. Les uns objectaient qu'il n'y avait pas assez de matrices et qu'on ne pouvait par conséquent multiplier les caractères; d'autres qu'ils ne savaient pas même lire le grec , et presque tous qu'ijs couraient les risques de ne pas
se couvrir de leur dépense. Enfin Gilles Gourmont ne fut point arrêté par ces prétendus obstacles, et ce fut lui qui, en établissant le premier des presses grecques à Paris, partagea avec Tissard l'honneur d'avoir facilité l'étude de cette langue et effacé le reproche que l'Italie faisait avec raison à l'université de Paris de n'avoir pas même une école où l'on prît les premiers élémens du grec. Tissard publia à ce sujet un discours intitulé Paraclesis , qui est une exhortation aux élèves de l'université de se livrer à l'étude du grec.
Se voyant parvenu au but qu'il voulut atteindre, il s'occupa de publier quelques ouvrages entièrement grecs. On lui doit en ce genre : i° Gnoraologia in hoc volumine contenta. Àlphabetum graecum : regulae pronuntiandi graerum : Sententiœ septem Sapientium : Opusculum de Invidia : Aurea carinina Pythagorœ : Phocylidis poema Admonitorium : Carmina Sibyllœ Erithreœ de judicio Christi venturo : Différentiel? vocum succincta Traditio; Parisiis, Jlgidus Gourmont, 1507, in-4 ; 2° Pugna R an arum et Murium , grœce ; Parisiis, Mg. Gourmont, i5o7, in-4; 3° Hesiodi opéra et Dies, grœce ; Parisiis, M$. Gourmont, i5o7, in-4; 4° Grammatica Chrysolorœ, grœce; Parisiis, Mg. Gourmont, iôo^, in-4» Ces différens auteurs grecs sont les premiers qui aient été imprimés en France, et il est assez étonnant que, sous ce rapport et sous celui d'éditions i dites princeps , les bibliographes ne les aient pas mis au nombre des livres que les curieux devraient rechercher avec soin, comme on recherche ceux de Gering et de Césaris.
Ce fut également à Tissard et à Gourmont que la capitale fut redevable des premiers essais d'impression hébraïque qui y furent tentés. Il est vrai qu'ils furent secondés dans leurs efforts par François de Valois, depuis roi de France, qui, déjà protecteur des lettres , «'était déclaré le Mécène de Tissard, et même l'avait admis au nombre des hommes de lettres de sa maison. Il publia donc une grammaire hébraïque que l'on peut considérer comme son seul ouvrage, puisque les autres ne sont que des éditions dues à ses soins. En voici le
titre: Grammatica Hebraïca; Parisiis, in-4, avec cette souscription î « Operoso huic opusctilo extremam imposuit ma- » nom jfëgidius Gourmontius , integerrimus oc fidélisai mus » primus, duce Francisco Tissardo ambacnco , graecarum et » hebraïcarum litterarum Parisiis impressor, an. i5o8, » quarto calend. februar. » On y trouve l'alphabet , l'oraiton dominicale, le trisagion et la généalogie de J.-C. en caractères hébreux; et, après l'épUre dédicatoire, un traité des rits et des cérémonies des Juifs, adressé à Henri de Valois , ^crit en latin. Les caractères qui ont servi à cette impression sont à la vérité très-imparfaits , mais on ne doit pas oublier que c'était la première tentative en ce genre.
Tissard s'était proposé de faire imprimer une espèce de polyglotte ou Bible en hébreu , à laquelle il aurait joint le grec des Septante et le latin ; mais une mort trop prompte l'empêcha sans doute d'exécuter ce dessein.
«On voit à la fin de la Batrachomyomachie, dédiée à Jean d'Orléans, archevêque de Toulouse, quatre vers d'un frère de Tissard , nommé Pierre, dans lesquels il le félicite d'avoir mis la France en état de lire les ouvrages de la Grèce.
En tibi summus honos, sublimis gloria, laudes Immeusae, et patriuça te petit omne decus,
Te duce, si Gallis palam opuscula grœca legantur, Perdita ne patriae littera sit Dana*.
Tissard y répond par ceux-ci , qui indiquent qu'il comptait l'archevêque de Toulouse au nombre de ceux qui l'avaient encouragé dans son entreprise :
Frater es , et fr a tris non par va est suasio : sed quid ? Meque Tolosanus suscitât et patria.
Cet auteur laborieux , qui avait mis tant de zèle et d'activité pour la publication de ses premières éditions, dont
BIOGRAPHIE. 479 quatre avaient paru dans le cour* d'une année , n'ayant rien publié postérieurement à sa grammaire hébraïque, on en a conjecturé, avec quelque fondement, qu'il avait cessé de vivre vers la fin de i5o8 ou en i5og.
VER VILLE ( François Bérdalde de ). Son véritable nom était Béraud, que son pére Mathieu Béraud, professeur de langue hébraïque à Orléans, latinisa d'abord en celui de Beroaldus, et changea ensuite en celui Béroaldc, déjà illustré par les deux Philippe Béroalde de Bologne. La Croix du Maine dit qu'il était de Paris, et Moreri assure qu'il f naquit le 28 avril i558; mais il est bien plus probable qu'il était né à Tours , et lui-même , en plusieurs endroits de ses ouvrages, prend la qualité de gentilhomme tourangeau. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il fit toutes ses études à Tours, sous Louis Chesneau, principal du collège, en l'honneur duquel il composa des vers grecs que Paul Colomiés a publiés dans sa Gaîlia orientalis. L'abbé de Marolles, qui a vécu de son temps, le place aussi dans ses mémoires au nombre des écrivains de sa province.
Né dans la religion prétendue réformée, il la quitta de bonne heure, et, ayant embrassé lkétat ecclésiastique s il fat pourvu, en t5c)3, d'utt canonicat dans la cathédrale de Tours ; mais il a fait voir par ses écrits quê , maigre son étât, il n'était guère plus catholique que protestant. Son érudition était variée, mais peu solide, il était poète, chimiste ou plutôt alchimiste , médecin , grammairien , mathématicien , et très-médiocre dans tous ces genrëâ. Il n'est plus connu aujourd'hui que par son livre intitulé te Moyen de parvenir , ouvrage sans plan , sans suite , et qui n'a été pour l'auteur qu'un cadre propre à insérer des facéties, des rébus, des contes dont quelques-uns sont plaisans , d'autres fort insipides et presque tous très-graveleux. Au surplus, ç'a été une source féconde où ont puisé tes conteurs <jut sont venus après
48o HISTOIRE DE TOURAIITE.
lui. L'auteur le composa, dit-on, pour dédommager le libraire Chevalier de la perte que lui avait fait éprouver rimpression du livre intitulé le Voyage des princes fortunés. Si cela est, le dédommagement aura bien compensé la perte ; car ce livre, dès qu'il parut, eut un débit prodigieux. Quoique les premières éditions ne portent point de date, il est à présumer qu'elles ne sont pas de beaucoup postérieures à celle de ce Voyage qui parut en 1610.
Verville fut entiché quelque temps des rêveries» de la pierre philosophale sur laquelle il a écrit en vers et en prose ; mais on voit dans son Moyen de Parvenir plusieurs passages qui prouvent qu'il était déjà désabusé de cette folie. 11 eut aussi celle de vouloir résoudre les problèmes insolubles de la géométrie. Malgré tant de travaux, il n'a rien laissé qui puisse faire honneur à sa mémoire. Nous avons de lui cependant un assez grand nombre d'ouvrages : i° Figures du Théâtre de Jacques Bessons, docteur mathématicien; Lyon, Barth. Vincent, ^78, in-fol. C'est une traduction du Theatrum machinarum de Bessons. Verville n'avait que vingt ans lorsqu'il la publia la même année que l'original fut imprimé. 2° Les Appréhensions spirituelles, poèmes et autres œuvres philosophiques avec les Recherches de la pierre philosophait' ; plus les Soupirs amoureux. Paris, Thimothée Jouan , i583, in-8. Ces poèmes traitent, l'un du système du monde, et l'autre de l'arae , matières bien au-dessus des forces poétiques de Verville. Ce dernier poème commence ainsi :
Après avoir tenté la matière du monde, Son état éternel et sa forme féconde , Assemblé maints sujets en un chaos divers, Des couleurs de nature ayant vestu mes vers, Démeslant le plotton des formes que j'amasse Afin qu'en sa beauté sa beauté ne s'efface; Mon discours me contraint de prendre séparés Les traits que j'ai déjà diversement tirés, Et, choisissant de tout la plus belle parue, Chanter le doux cf fait qui nous donne la vie.
BIOGRAPHIE. 48l
3° Idée Je la République de François Bcroalde deVervillc; Paris, Timothée Jouau, i584, in-12. A la suite est le Dialogue de la Vertu. Ce poème est une imitation de l'Utopie de Thomas Morus. 4° Les Aventures de Floride, où Ton voit les différens événemens d'amour, de fortune et d'honneur; Tours, i5g4, in-12, 3 vol. Ce roman est encore assez recherché par les curieux. Il faut y joindre les deux suites. 5° L'Infante déterminée, qui est le quatrième livre des aventures de Floride; Lyon, i5g6, in-12; 6° le Cabinet de Minerve , auquel sont plusieurs singularités , figures , tableaux, antiquités, recherches saintes, remarques sérieuses , observations amoureuses , subtilités agréables , rencontres joyeuses , et quelques histoires meslées ès avantures de la sageFénisse, patrone du devoir; Tours, Molin, 1596, in-12; Rouen, 1598 ou 1601, in-12. C'est la cinquième partie des Aventures de Floride. 70 Le Palais des curieux , auquel sont assemblées plusieurs diversités pour le plaisir des doctes et le bien de ceux qui désirent savoir; Paris, Guillemot et Thiboust, 1602, in-12; 8° les Amours d'Esione, où se voyent les hasards des armes, les jalousies , désespoirs, espérances, changemens et passions que les succès balancent par la vertu ; Paris , 1597 , iu-i 2 ; 90 Tableau des riches Inventions couvertes du voile des feintes amoureuses qui sont représentées dans le Songe de Poliphile; Paris, 1600, in-4. C'est une traduction de l'ouvrage de François Colomne, intitulé Poliphili hipnerotoraachia. io° La Stéganographie ou Voyage des princes fortunés; Paris, chevalier, 1610, in-8 ; 1 1° le Moyen de Parvenir contenant la raison de tout ce qui a été, est, ou sera ; in-16, sans date. L'édition la plus recherchée est celle d'Elzevier, de 348 pages, in-16, sans date, mais portant cette indication : Chinon , de l'imprimerie de François Rabelais, l'année Pantagruéline, 2 tomes, 1 vol. in-16. Vendu jusqu^ 60 liv. en papier de Hollande. Il y en a une contrefaction ; mais on ne peut s'y méprendre, parcequ'elle est de format in-i 2. La plus commode est celle doanée par Lamonnoye : nulle part 100070038, 2 vol. in-i6, à la
48a HISTOIRE 0K TOlïAAJNE.
tin de laquelle cm trouve une table des matières; mais à laquelle il aurait dû ajouter une table des chapitres. Cet ouvrage a été réimprimé sous deux autres titres différens : i° le Coupe-cul de la Mélancolie ou Vénus en belle humeur ; Parme (Hollande), 1698, in-ia; 2° le Salmigondis cm le Mélange du genre humain ; Liège, 1698, in-12. Il en existe beaucoup d'autres éditions , mais dont on ne fart pareillement aucun cas, à l'exception de celle d'Elzevier , in-3a, sans date, et dë celle de 617 pag. , sans date également. 12* Le second livre de la Recherche de la pierre Philosophale ; 1 3" Abrégé des œuvres de Jérôme Cardan; i4° Élémens de méchanique et la Duplication du cube; i5# Dialogues pre^ mier de la Vertu , second de la Vérité ; 16* Dialogue de la Mort; Vf la Pucelle d'Orléans; 1 8* Histoire tfHéfodias ; 190 Conseil utile contre la famine , avec ùn Remède de santé pour les pauvres.
On ne sait pas précisément en quelle année est mort Béroalde de Vervillc; mais il paraît qu'il ne vivait phis en 1622. Il était né en 1 558.
VIGNON (Claude) , peintre du roi, né à Tours, sur la paroisse de Saint-Saturnin, le 24 juin i£>73, de Glande Vignon, marchand fournissant l'argenterie du roi. Il apprit les premiers élémens de la peinture sous son compatriote Jacob Btmel , et voyn^esi ensuite en Italie et en Espagne, où il laissa plusieurs de ses ouvrages , entre antres , à Burgos , un très-grand tableaa représentant l'entrée du roi Alphonse. Peit de peintres ont travaillé avec une plus grande facilité. Il avait fait à Paris seulement plus de deux cents tableaux , et l'abbé de Marolles rapporte qu'il avait rassemblé deux cent trente-sept estampes d'après Vignon , au nombre desquelles il y en avait plusieurs que lui-même avait gravées à l'eau-forte. Quant aux autres elles l'avaient été par les plus habiles artistes du temps.
Vignon, dans le principe, avait beaucoup de la manière grande , forte et dure du Carravage. Cependant ses teintes, quoique grossières, ne laissaient pas de produire un grand
BIOGRAPHIE. 483 effet lorsque ses tableaux étaient vus à la distance qui leur convenait. Mais il est à présumer que la précipitation nuisit à la perfection de son talènt. Aussi le besoin de satisfaire aux nombreuses demandes qui lui étaient faites le mit-il dans la nécessité de rendre sa manière encore plus expéditive ; mais ce ftit aux dépens de la force qui caractérisait ses ouvrages. « Sa façon d'employer les teintes, était de les mettre en place « sans les lier , et de peindre en ajoutant toujours des cou- « leurs , non pas en les mêlant par le mouvement du pinceau , « en sorte que la superficie dè sès tableaux est très-rabo- « teuse. » Cette méthode, qui lui est propre, fait qu'il n'est pas possible de ne pas reconnaître ses tableaux au premier coup d'œil. Il était d'ailleurs un très-4iahile appréciateur nonseulement du mérite, mais encore de la valeur des tableaux des différentes écoles.
On cite comme un exemple de sa prodigieuse facilité son grand tableau du Martyre de sainte Catherine, composé de vingt figures, qu'il peignit en vingt-quatre heures l'année i6?8 ou 1629, par suite d'un gageure avec une personne qui deux mois auparavant lui avait demandé un tableau pour être placé dans un reposoir le jour de la Fête-Dieu. Ce tableau , malgré la précipitation avec laquelle il fut exécuté, fut admiré à Paris de tous les connaisseurs, tant pour l'invention que pour le coloris et la correction du dessin. Simon François, peintre du roi , dit l'avoir vu chez M. Perruchon , beau-père de Vignon, qui l'avait racheté et le conservait comme un monument de la facilité de son gendre.
On citait encore de Claude Vignon l'Histoire de Pâris et d'Hélène qui ornait la maison de campagne de M. Feydeau de Brou.
Il mourut à Saint-Denis près Paris au mois de mai 1670, âgé de quatre-vingt-dix-sept ans.
VILLETTE (Jean de), né à Tours vers le milieu du onzième siècle , si pourtant ôn doit ajouter foi à une anecdote insérée dans la description historique de la ville (1) et des
( t) The improved Bath guide , etc. , pag. 8. Bath , 1828 , in-ia.
eaux de Bath. D'après l'auteur anglais, qui le nomme John de Villula , ce particulier aurait, en 1090 , acheté la ville de Bath totalement ruinée , et l'aurait fait rebâtir à ses frais. Voici la traduction du passage où ce fait est rapporté :
« Du temps de Bu/us (Guillaume Le Roux), un evéne— « ment funeste désola cette ville. Pendant le règne de ce rao- « narque , Odon , évèque de Bayeux , Geoffroy , évêque de « Constance (il faut lire Goutance qui se dit en latin Cous— « tantia ) , et Robert de Mawbray , excitèrent une rébellion h dont les résultats furent que la ville fut prise d'assaut « et, selon les moeurs du temps, livrée au pillage et aux a flammes. Bath fut redevable de sa reconstruction à la mu— « nificence d'un étranger , Jean de Villula, natif de Tours, u qui Tacheta de Ru/us pour cinq cents marcs, et obtint la « permission d'y transférer le siège de l'évêché de Wells. Il u rebâtit la ville , éleva un nouveau monastère sur les ruines h du premier, et réunit l'évéché à cette fondation. »
Il est bien vrai qu'en 1088, Odon , oncle de Guillaume II, dit le Roux , forma le projet de détrôner ce prince pour mettre la couronne sur la tête de Robert son frère , duc de Normandie. Il est encore vrai qu'il s'empara des villes de Bristol, de Bath et de quelques autres forteresses; mais il n'est parlé ni de l'achat , ni de la reconstruction de Bath par notre Tourangeau. Quoi qu'il en soit , comme nous ne trou* vons rien qui y soit contraire , nous avons cru devoir consigner ici un fait houorable pour la mémoire d'un de nos compatriotes dont la fortune devait être immense.
Nous ajouterons seulement que cette anecdote aura été puisée daus quelque chronique latine où on lisait Johannes de Villula , ce que l'auteur anglais n'aura pas osé traduire dans sa langue par John of Small-Town, mais que nous n'avons pas craint de rendre par Jean de Fillette, d'autant plus qu'au milieu du douzième siècle il y avait à Tours une famille de ce nom, dont sortirent Geoffroy de Villette, bailli de Touraine en 1261 , maître des requêtes du roi saint Louis et son ambassadeur à Venise, et Gaultier de \illette, son
frère, également bailli de Touraine après lui, en 1266 —
Niceron, dans ses mémoires, tom. 8, pag. 298, parle aussi d'un bourgeois de Tours, nommé Grusillon , mort aux Indes au commencement du seizième siècle, laissant en espèces une succession de trois cent mille ducats ( plus de trois millions) qui furent mis en dépôt à Gonstantinople chez Ibrahim Bassa. Celui-ci se refusant à les rendre , François V* y envoya le célèbre Guillaume Postel avec un sieur de La Forest dont le voyage fut infructueux. Le Grand-Seigneur fit bien étrangler Ibrahim pour le punir de son infidélité, et surtout pour s'emparer de la somme , mais il garda les 3oo,ooo ducats, et après dix-huit mois de démarches inutiles, les deux députés revinrent sans avoir rien obtenu. Il est assez probable qu'avec les héritiers Crusillon , François Ier eût fait comme Soliman II.
VOLANT (Paul de), né à Tours en i533 , alla étudier le droit à Rennes où il fut reçu avocat au parlement de Bretagne. Il s'établit dans cette ville et y exerça sa profession jusqu'à sa mort qui eut lieu dans les premières années du dixseptième siècle. Il allia à l'étude de la jurisprudence celle des belles-lettres et particulièrement de la poésie. Nous avons de lui en ce genre : i° L'Élection du sérénissime duc d'Anjou , roy de Pologne ; Paris, Gilles Biaise, 1573, in-8. Ce
poème commence ainsi :
•î'. j Vi' ; •» 4 M M ■:. • • ». ♦ •! li . )• >h on h mi ioiiQ.i8«v)ftiV'
' Quand le bruit babillard , messager des fureurs , Braosle sou aileron bigarré de terreurs,
Que le guerrier airain trompette des allâmes , èfei P {
a# Le Prosphonématiquc au roi Henri III ; Paris, 1697 , in-8; 3* Pyrrhus, tragédie en 5 actes et en vers; 1598, in-8.
I. VOYER (Jean de), troisième du nom, vicomte de Paulmy , d'Argenson , de la Roche de Gennes , chevalier de l'ordre du roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre , né au château de Paulmy en i5oo, porta les armés avec distinc-
lion , se trouva à la balaille de Pavic, et depuis à toutes les affaires importantes qui eurent lieu en Italie, et surtout à la célèbre bataille de Cérisolles, en i5fâ. Charles IX l'ayant nommé chevalier de son ordre le 16 septembre i568, ce fut le comte du Bouchage qui fut chargé de recevoir son serment et de lui donner le collier. L'argent manquant pour la solde des troupes, le vicomte de Paulmy s'obligea personnellement pour un emprunt de cinquante mille livres ( i5o,ooo d'aujourd'hui ), qui fut fait sur la .ville de Tours , ce qui lui valut de la part du roi une lettre de félicitation en date du 25 février 1569 ou 1570, nouv. style. Charles IX voulant reconnaître ses services unit à la même époque les fiefs de la Roche de Gennes et du Plessis-Ciran qu'il érigea en vicomté sous l'appellation 4e vicomté de la floche de Gennes, relevant du château de Loches. Enfin , en vertu des pouvoirs qu'il avai t reçus du roi , il revêtit lui-même du collier de l'ordre de Saint-Michel le seigneur de la Messelière son gendre. Il mourut à Pauîmy le 10 février ify 1 , âgé de soixante-dix ans et quelques mois. On a dit de lui :
Diix , legattw , eques , fudit , sociavit , adauxit ,
On lui attribue communément la traduction du roman espagnol de Palmérin d'Olive que d'autres donnent à Jacques Vincent. Quoi qu'il en soit, il avait la réputation d'être trèsversé dans les belles-lettres. Il nous en reste un témoignage dans le recueil qu'a publié Antoine Valet des pièces et épi— taphes qui furent faites sur sa mort, et qui est intitulé : le Tombeau de messire Jean de Voyer, chevalier de l'ordre du roi, vicomte de ?aujmy , seigneur o"Argenspn, en plusieurs langues; Paris , Jean Bienné, 1671, m- \.
Il avait épousé, le g octobre 1 538 , Jeanne de Gueffault , dame d'Argenson en Touraine. C'est par elle que cette terre est entrée dans l'ancienne famille de Voyer, dont la tige est un Bazile de Voyer , sous le règne de Charles-le-Chauve ; ce
fut lui qui fit bâtir le château de Paulmy. Jean eut de sa femme trois filles et deux garçons. René qui suit , et Pierre qui forma la tige des seigneurs d'Argenson.
H. VOYER (Ren* de), unique du nom dans cette branche, fils aîné du précédent, vicomte de Paulmy, chevalier de Tordre du rot et du Saint-Sépulchre, conseiller du conseil privé de sa majesté, grand bailli de Touraine, né au château de Paulmy en 1539. On peut voir ce qui en a été dit à l'article des grands baillis. Comme son père, il aimait et cultivait les lettres et protégeait les savans. Il s'occupa des antiquités de la Touraine , et envoya ce qu'il en avait recueilli à Belleforêt, qui en fit usage en les insérant dans le deuxième volume de sa Cosmographie , fol. 3o. Ce qu'il y a de plus exact dans ces détails est relatif aux seigneurs et au château de Paulmy que Ton tient avoir été reconstruit en 1 441 Par Pierre de Voyer. On voit par les vers d'Étienne Jodelle que la maison de Paulmy était déjà renommée par son amour pour les lettres, autant que par ses services militaires, et c'est
en cela que le poète trouve l'étyroologie du mot Paulmy.
Ex titulis tibi jure tuis facit înclyta nomen Palma : diu palmas Musis ac Marte tulisii, etc.
Suivant le témoignage de La Croix du Maine , « plus de « vingt ou trente des plus doctes hommes de France avaient a dédié leurs œuvres à René, qui lui-même avoit composé « plusieurs poésies latines et françaises qui ont été imprimées « avec l'Encyclie de Guy Lefèvre de LaBorderie, fol. 157. » Il a traduit en français les questions d'Ariel Bicard sur le livre de la sphère de Sacrobosco; mais il est incertain si elles 00 été imprimées, ainsi que les observations qu'il avait faites dans ses voyages en Grèce et autres lieux de l'Asie, de l'A» frique et de l'Europe.
Ce fut lui qui fonda h Paulmy, le 1" avril i586, un collège qu'il dota du revenu nécessaire pour entretenir un pria-
488 HISTOTRE DE TOURAINE.
cipal , deux regens et douze écoliers dont il se réserva les nominations pour lui et pour les seigneurs de Paulmy ses
successeurs.
. Il mourut au mois d'avril i586, âgé seulement de quarante-sept ans. 11 avait épousé, le 19 mars i58o, Claude ou Claudine de Turpin-Crissé qui écrivait très-bien en prose et en vers. Mais l'amour des belles-lettres ne s'allia pas en elle avec le soin des affaires domestiques qu'elle dérangea, dit-on, pendant son veuvage, assez pour que son fils, parvenu en âge, eût beaucoup de peine à les rétablir.
Louis, ce fils unique, vicomte de Paulmy et chevalier de l'ordre du roi , devenu veuf en i64o de Françoise de Larçay , embrassa l'état ecclésiastique. Il fonda un couvent d'Augustins dans le parc de Paulmy , au moyen de quoi il fit démolir la chapelle du château et transférer dans l'église de ce couvent les cendres de quelques-uns de ses ancêtres.
Il mourut en i65i , laissant cinq garçons, Jacques, François, Gabriel, René et Hardouin.
III. VOYER (René de), premier du nom de la branche d'Argeuson , fils aîné de Pierre et d'Élisabeth Hurault de Chiverni, chevalier, seigneur d'Argenson, conseiller d'état, né en i5g6. C'est le premier de sa famille qui ait quitté l'épéc pour la robe. Il commença par être conseiller au parlement en 1620, conseiller d'état en 1 625 et maître des requêtes en 1628. Il reçut du roi , en 1629, la commission défaire démolir la citadelle et les fortifications de Bergerac , obtint l'intendance du Dauphiné en i63o, et, en i633 , celle des provinces réunies de Touraine , Berri, Angoumois, Limousin, haute et basse Marche, haute et basse Auvergne. Il fut pareillement chargé de faire démolir plusieurs châteaux et forteresses en Bourbonnois et dans l'Auvergne dont il obtint l'intendance en 1 (53:| . L'année suivante le roi lui confia l'intendance de l'une des armées qu'il devait commander en personne. En i636, il eut celle de l'armée commandée par le maréchal de La Force , et enfin , en 1637 , celle de l'armée d'Italie. En i638 il fut fait conseiller d'état-semestre, et se
démit alors de sa charge de maître des requêtes dont il obtint des lettres d'honoraire eu 1639.
Pendant la guerre de 1640 en Italie, il fut fait prisonnier à Milan, et resta six mois détenu. Il obtint sa liberté moyennant une somme de dix mille écus que la cour de France se chargea de payer. Ce fut pendant sa prison qu'il traduisit en français l'Imitation de J.-C. , et qu'il composa sou traité de la Sagesse chrétienne, ou de la Science de l'Uniformité aux volontés de Dieu ; Paris, 1641 , in-8. Son fils René le traduisit depuis en italien et le fit imprimer à Venise en i665, in— 8.
De retour en France, le roi le chargea d'aller en Catalogne pour y traiter avec les députés du prihcipat de la cession de ce pays en faveur de la France , et le même jour il lui donna l'intendance générale de ses armées de terre et de mer et du pays de Catalogne; l'intendance des provinces de Poitou, Saintonge, Angoumois, pays d'Àunis et îles adjacentes lui fut donnée par lettres du l** avril i644- H reçut en 1646 les pouvoirs nécessaires pour traiter au nom du roi avec le pape, le grand duc de Toscane et autres princes d'Italie, conjointement avec le prince Thomas de Savoie, sur les négociations, traités d'alliance, confédération, ligue offensive et défensive entre la France et ces souverains.
Comme il n'est pas une seule occasiou importante où le roi ne se montrât jaloux d'employer ses talens, il le créa surintendant de justice, police et finances de l'armée de terre qui se rassemblait en Provence. Enfin, après avoir administré les différentes armées et la plus grande partie des provinces de France , il fut récompensé de tant de services par l'ambassade de Venise, le 24 juin i65o. Une vie long-temps active et laborieuse lui fit sentir le besoin du repos. Son nouvel emploi semblait le lui promettre. Pour y parvenir plus sûrement il embrassa l'état ecclésiastique, étant veuf depuis i638. Il reçut la prêtrise en février i65î, et partit pour Venise où il mourut le i4 juillet de la même année, arrêté ainsi au commencement d'une carrière nouvelle où les digni-
4gO HISTOI1E DE TOURÀWE.
tés de l'église ne pouvaient pas manquer de devenir la dernière récompense de ses talens et de ses vertus. Ses funérailles furent faites aux dépens de la république , et il eut sa sépulture dans l'église du grand couvent des R. P. Dominicains, où Reno II , son fils aîné , qui lui succéda dans cette ambassade, lui fit .ériger .un fort beau mausolée.
Outre le* deux ouvrages (dont il a été fait mention , on conserve de lui en manuscrit un recueil des lettres qu'il écrivit depuis le i# septembre i635 jusqu'au 17 mars 1646, 1 vol.
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Il avait épousé, en 1622, Hélène Delà (on dont il eut René H, né a tBloisi Louis» abbé .ejoujmenda taire de Beaulîeu, près Loches; Pierre , appelé le yieoiute d'Argeoson ; Claude, mort enfant , et Jacques, /çuréd'Àrgensou.
IV. VOYER (-Clau&e »e), nommé communément l'abbé d'Argenson , second fils de Pierre , tige de U branche de ce nom, naquit en 1597 auebâteau d'Argejnson. S'étapt consacré de bonne beure à l^ta* ecclésiastique, il fut conseiller et aumônier du coi en 1626; prévôt de Saipt,Laurent de Pariheuay dans la cathédrale de Luron en 1629 , trésorier de la collégiale de Mézière en Rrenne , diocèse de Bourges , prieur de Saint-Antoine de Nau-l'Abbé en i63q, de Saint-Nicolas de Poitiers en 1648,. et en 167.7 aDD^ Chartres-lès-Cognac , ordre de Saint-Benoît, diocèse de Saintes.
Il nous reste d« lui plusieurs ouvrages qui, à l'exception d'un seul , roulent sur des matières de dévotion : i* un recueil de sermons dont le titre suffit pour donner une idée du goût qui a présidé à leur composition. A la vérité l'on ne se doutait pas alors de la véritable éloquence de la chaire. Il est intitulé FEnnéade sacrée, ou les neuf Muscs de l'église, en neuf discours, contenant les principales matières prédicables de l'église , avec un avant-propos qui comprend tout ce qui concerne tant l'origine et les parties de la prédication que l'office du prédicateur; Paris, Boulanger 1628 , in-fol.;
les Voies du Salut à la suite de Jésus-Christ ; 3° le Triomphe de saint François; if Elogia illustrium virorum hujus sae-
ruli; Augustoriti Pictonuna, i65i, in-8. Ces éloges sont ceux .de Henri-Louis Chasteignier de la Roche-Posny, évéque de Poitiers; de Louis de Crevant, vicomte de Brigueil, baron de Preuijly; de Louis de Voyer, vicomte de Paulmy; de Pierre de Voyer , seigneur d' Argeuson ; de Claude de La Haye, docteur en théologie, et de René de Voyer , ambassadeur à Venise, tous nés en Touraine, avec la pompe funèbre de ce dernier. 5° Oraison Funèbre de la reine Anne d'Autriche; Paris, 1666, ip-8.
Claude de Voyer mourut vers l'an 1672.
V. VOYER (Gabriel de), de Paulmy, seigneur de Ciran, bachelier en théologie de la faculté de Paris , né à Paulmy en 1609, ae J^0»*3 de Voyer et de Françoise de Larçay. H choisit par goût l'état ecclésiastique, et quoiqu'il eût beaucoup de piété il resta fort long-temps sans vouloir s'engager dans les ordres sacrés, se contentant pour tous bénéfices de quelques simples prieurés, tels que ceux de Vou, de Saint- Jacques de Lalande et de Saint-Martin de Juilles; mais rnfin à la sollicitation de sa famille qui savait que, par son nom et son mérite , il pouvait aspirer aux premières dignités ecclésiastiques, il se décida en 1664 à recevoir l'ordre de prêtrise, et le 7 février i66<S il fut uommé évêque comte de j&hodès. Il prit possession de sou siège par procureur, le 18 avril 1667, et fut sacré le 8 mai suivant à Paris, dans l'église des Jésuites, par l'archevêque de Paris assisté des évêques d'Acqs et d'Angoulème.
Il mourut dans son palais cpiscopal le 1 1 octobre 1683» âgé de soixante-treize ans. Ce prélat s'était rendu recommandable par une vie exemplaire et par l'extrême prudence qu'il avait toujours montrée dans les affaires les plus délicates , ne connaissant en général d'autres armes pour combattre les opinions que la persuasion et la douceur. Il publia des ordonnances synodales qui sont estimées dans leur genre. Elles ont été imprimées sous ce titre : Ordonnances synodales du diocèse de Rhodes,' publiées par Gabriel Voyer de Paulmy; Rhodès, Le Roux, 1674 > in-12.
VI. VOYER (Pierre de) , chevalier, seigneur de Chartres , vicomte de Mouzé , appelé le vicomte d'Argenson , troisième fils de René I**, naquit à Argenson en 1626. Ayant été destine à l'état ecclésiastique on lui fit recevoir la tonsure à l'âge de dix ans; mais né avec des inclinations plus propres au métier des armes, lorsqu'il se vit en état de les porter il ne balança pas à suivre celte carrière. Nommé d'abord gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , après le supplice du jeune de Cinq-Mars, en 1642, il fut pourvu de la charge de grand bailli de Touraine, qui avait déjà été trois fois dans sa famille. En 1657, il fut nommé gouverneur lieutenantgénéral de la Nouvelle-France ou Canada.
Il avait servi avec distinction aux sièges de Portolongone, de la Bassée et d'Ypres, à la bataille de Lens et au siège de Bordeaux où il reçut plusieurs blessures. En 1709 il fit son testament par lequel il demanda à avoir sa sépulture dans sa terre de Mouzé. Il mourut dans le cours de la même année, âgé de quatre-vingt-trois ans.
Ayant été chargé de présider les états de Languedoc en 1647? ^v prononça, les 4 et 10 mai, deux discours qui ont été imprimés à Paris , 1647 , in-4-
Il est plusieurs autres membres de cette famille qui ont joué un rôle important dans l'état ; mais quoiqu'à la rigueur ils pourraient être considérés comme appartenant à la Touraine, je n'ai pas cru devoir en faire ici mention, parce qu'ils n'ont pas pris naissance dans son sein. J'en ai parlé d'ailleurs à l'article des seigneurs de Paulmy.
YSORÉ (René), troisième du nom, chevalier, marquis d'Hervault, né en Touraine vers 1640. Son père étant lieutenant-général pour le roi au gouvernement de Touraine, il en obtint la survivance en 1661 , avec pouvoir d'en remplir les fonctions pendant son absence.
BIOGRAPHIE. 4<)3 Le P. Jacob, dans son Traité des bibliothèques, parle de celle que le marquis dUervault avait formée dans son château de Pleumartin. Il ajoute qu'il avait beaucoup d'érudition, dont il avait donné des témoignages dans un livre qu'il écrivit contre La Pilleterie , ministre protestant de Châtellerault. Cet ouvrage de controverse , le seul que l'on connaisse de lui, fut imprimé à Poitiers.
Ce fut pour lui que cette terre de Pleumartin fut érigée eu marquisat par lettres patentes du mois de janvier >652. Il avait épousé Gabrielle de Cbasteignier de la Roche-Posay, fille de Roch , comte de Chinssé.
Son frère, Mathieu Ysoré d'Hervault, fut archevêque de Tours en 1694»