‹ Histoire de TouraineChapitre 13 sur 16 · II. PÉRION (Antoine), écuyer, sieur de la Grange · texte numérisé non relu

II. PÉRION (Antoine), écuyer, sieur de la Grange

avocat en parlement, ensuite bailli de Preuilli où il naquit en i523. Jean Imbert, savant jurisconsulte, avait publié en •i54i ses Institut iones Forenses, ou pratique du barreau, ouvrage qui eut alors et qui conserva long-temps une trèsgrande réputation. Périon débuta dans la carrière par en faire une critique qui lui attira beaucoup d'ennemis parmi les gens de palais, qui l'appelaient ordinairement la Guêpe de Preuilty. Jean Brèche , l'un des oracles du barreau de son temps, entreprit la défense d'Imbert et fit imprimer une apologie de son ouvrage , avec quelques vers latins en son honneur. Périon y répondit par une contre-apologie qui ne parut pas sous son nom, mais sous celui de son domestique; enfin il attaqua Jean Brèche lui-même en faisant des remarques critiques sur son Abrégé des coutumes. Ces différens écrits polémiques, aujourd'hui sans aucun intérêt, furent imprimés à Tours en i554 et i555 chez Jean Rousselel. Antoine Périon y fait mention d'un ouvrage plus important et plus étendu qu'il avait composé sous le tilre de : Règles du droit français ; mais rien ne démontre jusqu'ici qu'il ait été livré à l'impression.

Il était neveu de Joachim Périon et fils de Jean Périon bailli de Prcuillv. Il avait épousé Marie de la Roque, dame de Launay-sur-Sourche près Preuilly , dont il eut Philippe Périon comte du Roger.

Il mourut vers la fin du seizième siècle.

PERRIN ou PERRET N ( Louis) , carme , docteur de la faculté de Paris et théologal de Poitiers, né au faubourg de Saint-Symphorien de Tours en i5^6. Il a fait un livre de la communion sous les deux espèces et une apologie pour l'habit noir des carmes. Il avait aussi composé un traité alphabétique des sciences sur toutes sortes de^ matières ecclésiastiques; une Somme théologique; *lcs sermons sur l'avent,le carême, et sur les dimanches et fêtes de l'année. Trincant, procureur du roi de Loudun, assure dans ses Mémoires qu'il était grand philosophe x bon théologien, et qu'il s'exprimait avec facilité. Il ajoute que malgré sa réputation comme prédicateur, il

était encore plus renommé par l'éloquence et la force de logique qu'il montrait dans les Conférences et les disputes de controverse, beaucoup trop fréquentes dans ces temps dé que* elles religieuses. Les catholiques de Loudun , qui le considéraient comme leur prfneipal appui* , avaient coutume de dire s « Bien et M. Perrein nous gardent des huguenots. » L'évéque de Poitiers, peur récompenser son ïèle, le nomma théologal «le son église , et il accepta cette dignité par ordre exprès de ses supérieurs , d'après une dispense du pape.

Il mourut le 1 1 septembre 1628 , dans l'abbaye de Fontevrault où il s'était rendu pour prêcher à l'occasion du jnbilé universel, et fut enterré sous la chaire du prédicateur.

PICAULT DE LIGRÉ (Jean), religieux de la Trappe, nommé en religion frère Moyse , né à Chinon en i663. Quoiqu'il ne soit connu que par les désordres de sa jeunesse et le repentir éclatant qui en fut la suite, on a cru que les détails qui le concernent ne seraient point ici déplacés.

Ayant perdu son père dès sa plus tendre* jeunesse , il resta , sous la conduite de sa mère, dont la douceur et la piété ne purent parvenir à tempérer un caractère fougueux et violent jusqu'à la brutalité. Sorti du collège pour aller à Orléans achever ses études, il se battit dans la salle d'armes, rua son adversaire et fut décrété de prise de corps. Au bout de quelque temps son décret ayant été purgé, il fut pourvu de la charge de receveur des tailles à Tours, charge dont ses excès en tout genre le forcèrent bientôt à se démettre. Il eut querelle avec des comédiens qu'il fréquentait habituellement ; il en blessa plusieurs, et fut encore obligé de prendre la fuite. Cependant le crédit de sa famille parvint à lui faire obtenir la charge de prévôt— provincial de la maréchaussée de Ton— raine , celle de toutes à laquelle il était le moins propre. Au lieu de mettre un terme à ses désordres, cet emploi ne fut pour lui qu'une occasion de les multiplier avec une sorte d'impunité. Ils furent portés à un tel point que sa mère ellemémo, par le crédit dto maréchal d'Estrées auquel elle était alliée , obtint nn ordre pour le faire servir sur mer. Mais ce

nouveau métier ne pouvant convenir à ses habitudes , il y renonça bientôt, et revint avec le projet de rentrer dans sa piace de grand-prévôt. L'intendant de Tours , Thomas Hue de Miroménil , s'y étant constamment opposé , il alla à Paris où, malgré la vie débauchée qu'il y menait, il parvint à se faire réintégrer. Il ne fut pas plus tôt rendu à Tours, que ses violences, ses vexations le firent mander par le tribunal des maréchaux de France pour rendre compte de sa conduite. Après avoir été entendu, il fut envoyé au Fort l'Évêque où il resta détenu pendant l'espace de trois ans , et il n'en sortit que par un arrêt qui le condamna à se démettre de sa charge. Il était alors âgé de quarante ans.

Pendant le temps de sa détention , livré à lui-même il eut enfin honte des déréglem'ens de sa vie passée, et comme il était d'un caractère à donner dans tous les extrêmes , il forma # la résolution de se retirera la Trappe. Il vint à Tours vendre sa charge. Ses parens , ses amis ayant applaudi à son projet, il partit, prit l'habit le 4 mai 1704 , et fit profession le 28 août 1705. Dans cette maison déjà si austère, il se fit remarquer par une austérité plus grande encore que celle que la règle prescrit. Il effaça par une longue pénitence les égaremens d'une jeunesse bouillante, et mourut, dit-on , en odeur de sainteté vers l'an i^35.

PICOU (Robert), peintre du roi , né à Tours vers le commencement du dix-septième siècle, était neVeu de Jacob Bunel à cause de sa femme. Claude Vignon en faisait beaucoup de cas, surtout par rapport à la pureté du trait. L'abbé de Marolles, qui jugeait assez bien en peinture, dit que parmi ses tableaux on distinguait celui du miracle de saint François- de- Paule traversant la mer de Sicile sur son manteau. Ce tableau a été gravé par Jérôme David. Picou lui-même était graveur et s'était acquis quelque réputation dans cet art. Il a gravé plusieurs tableaux du Bassan (Jacques) et beaucoup de morceaux d'après lui-môme , au nombre desquels on peut compter les portraits des person-

38a HISTOIRE 1>E TOUR AINE.

nages les plus célèbres de Tordre des minimes. L'époque de sa mort n'est indiquée nulle part.

PIDOU (François), chevalier, seigneur de Saint-Olon, né en Touraine en 1640. Nommé en 1672 gentilhomme ordinaire du roi , cet emploi le mita même de se faire connaître de Louis XIV, et comme il avait de Finstruction , qu'il s'exprimait avec grâce et facilité, le roi jugea qu'il pourrait em- 0 ployer plus utilement ses talens dans les négociations. Il fut d'abord nommé envoyé extraordinaire à Gènes et ensuite à Madrid. La manière dont il remplit ces différentes missions le fit choisir pour ambassadeur auprès de l'empereur de Maroc . Dans to utes ses ambassades il se fit surtout remarquer par son ton de dignité et par sa fermeté dans tout ce qui intéressait l'honneur et les intérêts de son pays, et c'était là principalement ce qui lui conciliait la bienveillance du roi qui , lorsqu'il fut de retour en France , récompensa ses services en le nommant commandeur de l'ordre de Saint-Lazarre. Il mourut à Paris le 27 septembre 1720, après avoir publié : i° les Événemens les plus considérables du règne de Louisle-Grand, écrits en italien par Jean Paul Marana, dédiés à M. le cardinal d'Estrées ; Paris, Jouvenel, 1688, in-12. Il y a une autre édition de Paris, sans date, mais qui est de 1690. 20 État présent de l'empire de Maroc; Paris, Brunet, 1694, et Amsterdam, i6o,5, in-12. Cette relation est estimée, et se fait remarquer par sa précision et par une trèsgrande exactitude, ce qui n'est pas toujours le plus beau côté de ces sortes de relations. 3° Négociations et relations de Gènes, 1684, in-fol. Cet ouvrage, qui n'a point été imprimé, est conservé en manuscrit dans la bibliothèque de la ville de Paris. On trouve dans le Journal de Verdun , décembre 1754, un Mémoire pour la vie de François Pidou de Saint-Olon , envoyé extraordinaire du roi à Gènes et auprès de la reine douairière d'Espagne, et ambassadeur à Maroc auprès de Moulla Ismaël , par Dreux du Radier. PIERRES DE FONTEN AILLES (Joseph-Pascal de),

né au cbâteau d'Epigny dans la commune /le Ligueil ,1e u août 17 17, de René Pierre, troisième du nom, chevalier, seigneur d'Épigny et de Fontenailles , et de Antoinette Marguerite de Grand-Champ. Entré jeune au régiment de Poitou infanterie, il y servit avec distinction dans les guerres d'Italie et d'Allemagne , et fut même quelque temps prisonnier de guerre en Hongrie. Devenu capitaine et chevalier de Saint-Louis à Fâge de trente-deux ans, il obtint ensuite sa retraite dont il vint goûter les douceurs au sein de sa patrie. Il mourut à Loches le 4 octobre 1772, âgé de cînquante-ciuq srriV.

On voit par son Ode sur la paix de 1736, qu'il cultiva de bonne heure la poésie. Les vers manuscrits qui échappent & la plume d'un militaire peuvent avoir quelques, succès dans le monde; mais il n'en est pas toujours de même lorsqu'il s'expose à les recueillir et à les livrer à l'impression, surtout lorsqu'ils se composent en grande partie de ce qu'on est convenu d'appeler vers de société. Le chevalier de Fontenailles avait trente-quatre ans lorsqu'il publia les siens. Dans un âge plus mûr il eût sans doute été beaucoup plus sévère. Son recueil a paru sous ce titré : Poésies du chevalier de Pierres de Fontenailles, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, capitaine dans le régiment de Poitou; Poitiers, J. Félix Faulcon , 1751 , in-8. C'est un volume de 202 pag. qui commence par une épître dédicatoire au régiment de Poitou. On y trouve deux odes, quelques contes, plusieurs traductions et des épîtres. Dans la pièce intitulée l'Éloge de la Guerre, on peut distinguer ces vers que l'auteur met dans la bouche de Bellone , et que je vais citer comme les moins médiocres de ce recueil :

Dans les Gaules c'est moi qui fondai cet empire Que cent peuples ligués n'ont jamais pu détruire; Sous moi , sous Pharaon leur premier souverain Ils franchirent jadis les rivages du Rhin ; Clodiou après lui , malgré l'aigle romaine, • Jusqu'aux bords de la Somme étendit leur domaine.

Mérotée à son tour , respecté des Gaulois,

Fit couler le premier la Seine sous ses lois.

Il terrassa les Huns : deux sanglantes batailles

De ce peuple odieux virent les funérailles.

Je soutenais le bras du fils de Çbilpéric

Quand il trancha les jours du superbe Alaric.

Au milieu des dangers je guidais Charlemagne

Quand du sang des Saxons il teignit l'Allemagne ,

Quand , le cid approuvant ses glorieux desseins,

U dompta les Lombards et les fiers Sarrazini»

C'est moi qui suscitai l'amazone fameuse

Qui , bornant des Anglais la course impétueuse ,

Leur arracha des mains les funestes lauriers

Que leur virent cueillir Azincourt et Poitiers.

Combattant sous Henri, je sus rendre frivole

Un parti fomenté par la haine espagnole.

Père de ses sujets , ce prince généreux ,

N'en voulut triompher que pour les rendre heureux, etc.

La pièce de plus longue haleine est intitulée le Pâté d'Angouléme. C'est un poème en quatre chants et en vers libres , au nombre de cinq cent soixante-treize ; mais il n'y a ni invention, ni plan , ni conduite , et encore moins le fond comique qui convient à ces sortes de sujets ; en sorte que lors même qu'il s'y trouverait de la poésie, les détails feraient à peine pardonner le défaut d'originalité et le vide de l'action.

Le chevalier de Foutenailles a laissé quelques autres poésies manuscrites , mais qui ne sont pas au-dessus de celles dont il s'agit ici.

PIELLÉ (Guillaume). C'est par les vers de Jean Thévenard dé Bourbon, qui se trouveut à la suite du poëme dont il va être fait mention, que nous apprenons que Pi elle était né à Tours, de parens riches, et qu'il n'écrivait pas moins bien en prose qu'en vers. C'est tout ce que nous savons de lui. Cependant la qualité de Turonensis qu'il ajoute à son nom pourrait faire croire qu'il était simplement de la Touraine et nom de Tours même. Du reste on ignore l'époque de sa naissance et celle de sa mort , les anciens biographes

n'ayant point parlé de lui , quoiqu'il ne mérite pas cet oubli. Malgré cette incertitude, nous sommes fondés à croire qu'il naquit au commencement 4u règne de Charles VÏIÎ , et qu'il vécut sous les règnes de Louis XII et de François î**. •

Le seul ouvrage qu'il nous ait laissé est un poëme latin de neuf cent quatre-vingt-onze vers, quî a pour titre : Guillermi Piellei Turonensis de Anglorum ex Gallis fugâ,etHispanorum ex Navarrâ expulsions, ou os sa ne tersi&stmum et ingeniosum; Parrbysiis, Anton. Bonnemere, i5i2, in-4» goth. Ce poëme, divisé en deux livres, est écrit avec beaucoup de pureté, et ne manque ni d'élégance ni de ehaleur poétique. L'auteur paraît avoir pris Claudien pour modèle, et même, eu imitant son style et sa marner* , il ne s'«st pas toujours défendu de quelques réminiscences. Comme l'ouvrage est rare aujourd'hui, et par conséquent peu connu, j'en citerai quelque* vers qui pourront foûre connaître sinon le mérita du poëme, du moins celui de la versification* Louis XII ayant assemblé les États, leur expose la nécessité de prendre les armes et leur rappelle a ce sujet la haine invétérée des Anglais contre la France. Vers 2$3.

«Ecce parant classes Angli , bellumque «hrantnr.

In medio gensnata mari, gens œm»la nostria

Viribw, «t gatto mastyx oui IWor ah œvo

Exstitit antique nosfTos ™lare pénates.

Nejc semel est violasse satss qumn i-ara potestas

Esset, et aogwrto oonstaret Gaîlia fine :

Nunc etiaaa florens c»m magna potentia Tegnum

Tollit, et excellons per tendit adarthera Tirtus,

Audet avcrnali stimulo commuta , subire

Molis omis tanlœ , quantam nec cœlifer Atlas

Herculeusv£ labor forti cervice subiret. . ,

Audaces armate manus ; sub mole valentes

Armorum sudent humeri ; latus ense rigenti

Cingatur, diirusque iucludat corpora thorax,

Et caput et pressos cassis tegata?rea crines.

Nec mora sit jussis ; semper juvat ante eadentem

Dam pia fala siaunt , dare munimeii ta ruinai». »

Talibus acccnsi dictis armantur et acres Exercent iras : viso seu concitus hoste Congressum taurus cornu meditatur acuto.

Maritimasque urbes et prupugnacula tuto Praesidio firmant, ahimisque furentibus hoslem Exspectant, totumque volant quandoque per aequor Navibus armatis , cupidi miscere Britanna Infensas cum gente matins. Velu t ense Gradivus Terri bi lis , passuque moyens orycalca sonoro, Descendens II ho dope a uf glacial is col 1 i bu s Hem i, Terrigenas per rura furens Phlegraea gygantes Inquirit, pugnœque locum tristatur abesse.

Tel est en général le style* de ce poëme , qui se soutient ainsi jusqu'à la fin. On voit par les derniers vers que l'auteur en préparait un autre dans lequel il se proposait de chanter les victoires de la France. Voici comment il s'exprime à ce sujet :

Vos Aquitaniades nymphae quœ summa tenetis Culmina Pyrenes, quœ proxima rura Garumnœ Accolitis , vestro lauros hederamque poetœ Carpite, quo postbac meliori Francia versu Cantetur, cogatque novi Francise us ad arma ( 'ai -mit lis, instinct uni que sacro Sllb corde furorem : Nam , si fata sinant , numéro graviore Thalia Francorum cantabit avos et bellica facta LiUgerae gentis, postquam Mavorte frequenti Vix tandem Fraocus tristem compescuit Anglum Quem sua sub tenebras rapuit Megœra silentes.

Piellé peut être mis au nombre des bons poètes latins de la Touraine, tels que Rapin, Commire et Quillet, qui n'auraient point désavoué ses vers.

PILLET (René-Martin), né à Tours le 10 novembre 1762. Il suivaitle barreau à Paris lorsque la révolution éclata. Nommé commandant du régiment formé par les jeunes gens de la bazoche, il passa auprès du général Lafayette en qua-

lité d'aide-dc-camp. Il raccompagnait lorsque ce général fui arrêté par les Autrichiens et, comme lui , il fut long-temps enfermé dans un cachot où il contracta probablement les premiers germes de la maladie de poitrine qui a terminé ses jours. Placé pendant sa détention sur la liste des émigrés, il erra long-temps soit en Europe, soit à la Nouvelle— Angleterre. Il retint cependant en France sous le règne du directoire, et quoiqu'il se montrât très-peu à Paris il y fut arrêté en Tan vi comme émigré, et jugé par une commission militaire , auprès de laquelle la députation d'Indre-et-Loire d'alors ne négligea rien pour détruire les apparences du crime dont il était accusé, et elle eut la satisfaction de voir ses démarches couronnées du succès.

Il fut employé depuis en qualité de colonel, ensuite d'adjudant-général, et enfin de général de brigade ou maréchalde-camp. Ayaut reçu plusieurs blessures graves dans la guerre d'Espagne, il fut laissé pour mort sur le champ de bataille. Rendu à la vie par les soins d'une Française qui avait épousé un officier anglais , il fut envoyé prisonnier en Angleterre où il resta cinq ans en butte à tous les traitemens inhumains dont les prisonniers français, en grande partie, ont été victimes sur les pontons infects où on les faisait périr de misère et de besoin ; politique atroce et plus honteuse pour l'Europe que les cruautés des nations incivilisées d'Alger et de Tunis. L'indignation profonde que le sort de ses camarades, plus encore que le sien, lui avait inspirée, l'engagea à rédiger les observations qu'il avait pu faire sur les mœurs, le caractère et les lois de cette natiou. Avant sa prison il avait déjà habité l'Angleterre pendant quatre ans, et il en connaissait parfaitement la langue, ce qui le mit à même d'apprécier à sa juste valeur cet esprit prétendu de philosophie et d'humanité, ce haut degré de civilisation dont lui font honneur des écrivains ignorans , superficiels, prévenus ou intéressés. Rendu à sa patrie après la chute de Napoléon , quoique sa santé fût extrêmement délabrée il rassembla ses matériaux et publia son ouvrage sous ce titre : L'Angleterre

vue à Londres et dans ses provinces pendant un séjour de dix années, dont six comme prisonnier de guerre, par M. le maréchal-de-camp Piilet; Paris, Émery, i8i5, in-8. Quoique son état de dépérissement insensible ne lui ait pas permis de donner à cet écrit le degré de correction dont , sans cela , il eût été très-capable , l'édition en fut épuisée en peu de temps , et Ton assure même que les Anglais en retirèrent le plus d'exemplaires qu'il leur fut possible de se procurer. C'était en effet la première fois qu'ils étaient peints aussi k nu , et cette nudité ne leur est pas favorable.

L'auteur survécut peu de temps à la publication de son ouvrage, et mourut à Paris en i8i5, âgé de cinquantetrois ans.

PINAIGRIER (Robert), célèbre peintre sur verre , né en Touraifte dans le seizième siècle, florissait sous les rois François Itr et Henri II. Félibien , Sauvai et quelques autres ont confondu ses ouvrages avec ceux de Nicolas, le second de ses quatre fils, dont les talens égalaient au moins ceux de son père. • '

En 1 527 et en i53o Robert peignit à Chartres les vitraux de l'église paroissiale de Saint-Hilaire. Il fut appelé à Paris dans les mêmes années pour peindre avec Jeaft Cousin ceut dé l'église de Saint-Gervais où il fit admirer son talent dans les tableaux du Lazare et de la Piscine du paralytique au haut du chœur. On n'estimait pas moins celui de la chapeHe de Saint-Michel , dans la nef, où il avait représenté les courses des jeunes pèlerins près d'atteindre la cime du rocher sur lequel est située l'abbaye de Saint-Michel in tumàn. Ce morceau a toujours été distingué par les connaisseurs sous le rapport de la pureté du dessin et de la fraîcheur du coloris.

Il à -peint concurremment. avec trois de ses fils les vitratix du charnier de l'église de Saint-Paul: la partie qui regarde l'Arsenal est de lui.

On lui attribué encore, avec assez de fondement, la peinture des vitres de la chapelle de Saint-Clair dans l'abbaye de

Saint-Victor, représentant la parabole de l'Enfant Prodigue et une partie de la vie de saint Léger. C'est en effet la même correction et le môme fini dans les airs de tète. Seulement le costume moderne y offre cette disparate et ces anachronismes qu'on remarque dans les tableaux d'Albert Durer et de quel* qnes anciens peintres; mais ce défaut était celui du temps.

On compte encore parmi ses ouvrages les vitraux de Saint- Jacques de la Boucherie, de Sainte— Croix en la Cité, ceux de Saint-Étienne-du-Mont. « Ceux-ci , dit M. Lenoir , of- « frent une des plus riches collections qui soit sortie de son « pinceau. Ils ont été sauvés de la barbarie. »► Quant aux deux précédens , ils n'existent plus , ainsi que presque tous les autres. .

La ville de Tours renfermait beaucoup d'ouvrages de Ro* bertPinaigrier. Le plu s considérable était une cène faite après la résurrection du Lazare. On la voyait dans l'église de Saint- Pierrc-le-Puellier, sur les vitres de la chapelle de Notre-Dame, et l'on y remarquait les armes de la maison Ruzé qui avait fait beaucoup de bien àcette église. Ce morceau avait été conservé intact jusqu'au moment de la révolution. M. l'abbé Dubaut, qui en connaissait le mérite, l'obtint des acquéreurs lors de la démolition de l'église, et voulut le faire placer dans son église paroissiale de Notre-Dame-la-Riche ; mais les troubles subséquensetl'intcrruptiondu culte ont amené la perte totale de ces restes précieux des talens de l'un de nos compatriotes. On distinguait aussi dans Tune des chapelles de l'abbaye de Saint-Julien une Vierge et une sainte Anne tenant l'enfant Jésus par la main.

C'est à Robert Ptnaigrier que l'on fut redevable de l'usage plus fréquent des émaux dans ces sortes d'ouvrages, et quelques-uns même lui en attribuent l'invention. Il mourut en i55o.

Il eut quatre fils qui naquirent à Tours, Robert, Nicolas, Jean et Louis. Tous les quatre furent ses élèves et se firent un nom dans la peinture sur verre ; mais Nicolas fut le plus célèbre. Ce fut lui qui peignit à Saint- Jacques de la Bou-

388 HISTOIRE DE TOURAIÏïE.

oherie les vitraux des chapelles de Saint-Denis et de Sainte- Anne, ainsi que ceux qui sont au charnier. Il fit pour l'église de SaintrPaul la partie du charnier qui donne sur la rjue Saint-Antoine. Les autres étaient de Jean et de Louis ses frères. , . .

J'ai vu. un mémoire manuscrit fait par un sieur Rousseau, auditeur des comptes vers 1690, qui contient plusieurs détails sur ce* artistes ; mais en indiquant le lieu de leur naissance, il ne dit point à quelle époque ils sont nés ui dans quel temps ils sont morts. , .

PLANTIN (Christophe), imprimeur, né en 1 5 1 4 à Saint- Avertin , village situe à une lieue de Tours.

Il quitta de bonne heure son pays natal et apprit à Rouen les premiers élémens de l'art typographique (1). Il visita ensuite les principales imprimeries de l'Europe, où il travailla le plus souvent en qualité' de correcteur et même de compositeur. Il vint ensuite à Paris dans le dessein de s'y établir ; mais ce qu'on aura peine à croire, c'est qu'il ne put y vivre du fruit de son travail et de ses talens. Il les porta donc dans la ville d'Anvers, où bientôt ils le mirent en état de Lever une imprimerie qui ne tarda pas ù devenir la plus splendide el la plus célèbre de l'Europe. Les batimens ressemblaient plutôt à un palais qu'à un atelier typographique. On y comptait plus de quarante presses de différentes dimensions, et la dépense des ouvriers qu'il employait se montait à plus de cent écus par jour , somme considérable eu égard à la valeur monétaire de ce temps.

D'un autre côté il n'éparguait rien pour s'attacher les sa vans auxquels il confiait la correction de ses épreuves. De ce nombre étaient Victor Giselin, Théodore Pulmann , Antoine Gheesdael, François Hardouin, François Rapheleng, Corneille Kilian et beaucoup d'autres qu'il salariait

. (1) Le Dictionnaire historique dit sous Robert Mace; mais cet imprimeur étant mort en 1491 , comment Plan lin, né en i5i4, aurait-il pu êlre son apprenti ?

avec la générosité d'uu souverain plutôt que d'un particulier. A l'exemple de Robert Etienne, il ne laissait sortir aucun livre de chez lui sans en avoir exposé publiquement les épreuves , quoiqu'elles eussent été soigneusement revues par lui et par ses correcteurs. i

Balzac a prétendu qu'il ne connaissait pas la langue latine ; mais il n'a pu accréditer ce conte populaire dont lui-même sans doute avait été la dupe , et qni se trouve suffisamment démenti non -seulement par sa correspondance avec les hommes les plus savans de son temps , mais encore par son commerce habituel avec eux , et conséquemment par la difficulté de leur cacher son ignorance en ce genre.

Il n'est point de typographe qui , seul, ait imprimé autant que Plantin, car la nombreuse collection des Aides est due à trois artistes du même nom. Toutes ses éditions en hébreu, en syriaque, en grec, en latin, etc. , se font remarquer par la correction et la netteté plus que par l'élégance typographique , qui semble avoir été dans ce temps la dernière des qualités qu'on exigeât dans un livre , comme elle en est aujourd'hui la première. Aussi, comme celles des Étienne , elles sont singulièrement prisées par les savans étrangers, et surtout par ceux de l'Allemagne, c'est-à-dire les classiques seulement. Le catalogue des éditions de PJantin a été publié en 1646 et en i652.

Les ouvrages les plus volumineux sortis de ses presses sont les Annales de Baronius en 12 vol. in-fol. , dont le premier parut en i5o/7 et le dernier en 1609, et la fameuse Bible connue sous le nom de la Polyglotte d'Anvers , en 8 vol. in-fol., i56g — 1572. Ce fut le savant Arias Montanus qui fut chargé de présider à cette édition qui était faite sur la demande du roi d'Espagne Philippe II ; mais cette entreprise, dont Plantin devait attendre autant de profit que de gloire, ne fit au contraire que déranger considérablement sa fortune. Un assez grand nombre d'exemplaires qui avaient été embarqués pour l'Espagne périt dans la traversée, et par des manœuvres suscitées par l'envie , non-seulement on refusa

d'en payer le prix à Plantin, mais encore on exigea sévèrement le remboursement des avances qu'on lui avait faites. Il se vit ainsi frustré de la plus grande partie de ses déboursés ; mais il ne fut pas ruiné pour cela , ainsi que qi uns l'ont avancé. Seulement il fut contraint de

belle et nombreuse bibliothèque qu'il avait rassemblée grands frais et qui contenait des exemplaires choisis de tous les ouvrages qu'il avait imprimés. II laissa encore en mourant trois grandes imprimeries ; l'une à Anvers , l'autre à Leyde et la troisième à Paris, et lorsque De Thou passa à Anvers, après la catastrophe de Plantin, il vit encore chez lui dix-sept presses roulautes.

Plantin par ses talens , son désintéressement et ses nombreux travaux, s'était concilié l'amitié des hommes les plus doctes de son temps , tels que Juste-Lipse et Scaîiger.

En 1570, il avait été nommé imprimeur du roi d'Espagne, et l'année suivante il fut autorisé à prendre le titre d'archiimprimeur de Sa Majesté.

Outre les épîtres et les préfaces dont il a enrichi plusieurs de ses éditious, il avait composé un traité des Plantes en sept langues, divisé eu deux parties, avec des tables pour l'usage des différentes nations. Cet ouvrage ne fut imprimé qu'après sa mort à Anvers, par Moretus son gendre.

Plantin mourut à Anvers le 2 juillet i58q, laissant de sa femme Jeanne Rivière trois filles : Marguerite, l'aînée , qui fut mariée à Raphaël Raphelengius et eut l'imprimerie de Leyde. Raphelengius avait travaillé long-temps avec son beau-père , et lorsqu'il fut établi à Leyde il y obtint la chaire d'hébreu ; sa seconde fille , Martine , épousa Jean Moretus et eut l'imprimerie d'Anvers en société avec sa mère; enfin Madelaine fut mariée en premières noces à Gilles de Bcys, et en secondes à Adrien Perrier, tous les deux imprimeurs à Paris.

La famille Moretus occupe encore un rang très-distingué à Anvers où elle a continué d'exercer l'art typographique jusqu'au commencement de ce siècle. Elle conserve

toujours la plus grande partie des caractères syriaques, hébreux et grecs dont Plan tin Taisait usage, et l'on voit chez M. Morctus, dans la maison même qu'habita Plantin , une série de portraits de famille depuis lui jusqu'à nos jours, peints par les meilleurs maîtres de l'école flamande.

Plantin et sa femme ont été peints par Rubens dans un tableau qui est actuellement au musée de Tours.

La marque distinctive de ce célèbre typographe est un compas avec ces mots : Labore et conslantia.

Janus Do 117 a ou Vandcr Doez lui fit l'épitaphc suivante :

Doctorum si jacluram , Planlinc , virorum

Respicimus , faleor , vixeris ecce paru m : Si merituui , studinmve , exstant latosque labores

Pro musis tolies , vixeris ipse satis.

POINTIS (Jean Bernard de Saint-Jean, baron de), né à Vouvray en Tourainc, en i645. Après être entré de bonne heure dans la marine et avoir passé par tous les grades inférieurs, il fut promu à celui de chef d'escadre. Ce fut en cette qualité qu'il commanda la célèbre expédition de Carthagène. Il partit de France le 9 janvier 1697 avec sept vaisseaux, trois frégates, deux ilûtes et une galiotte à bombes. Après une traversée de quatre-vingt-quatre jours, il vint mouiller le 3 avril dans le port de Carthagène qui , n'étant point fermé, laissa l'entrée libre aux Français. Les troupes débarquèrentle i5, au nombre de dix-sept cents soldats de marine, deux mille matelots et treize cents flibustiers. Le fort Bocca- Chica fut d'abord attaqué, et ie gouverneur se rendit à dis*crétion , mais les Espagnols se défendirent avec vigueur. La haute ville ne se rendit que le 3o avril, et la ville-basse tint jusqu'au 3 mai. Les Français, maîtres de tous les postes, mais jugeant bien qu'ils ne pourraient s'y maintenir longtemps, rasèrent les forts, enlevèrent l'or, l'argent et jusqu'aux marchandises des particuliers, et se rembarquèrent après un exploit qui, vu froidement, porte avec lui le caractère d'une piraterie plutôt que d'une véritable expédition

militaire. Le baron de Pointis en a écrit lui-même les détails dans un ouvrage qu'il fit imprimer sous ce titre : Relation de l'expédition de Carthagène dans la Nouvelle-Espagne; Amsterdam, 1698, in-12. Il faut y joindre un autre ouvrage intitulé : Relation fidèle de l'expédition de Carthagène, ou Réponse de M. Ducasse à la Relation donnée par M. de Pointis; Paris, 1699, in-t2.

En 1705, il commanda l'escadre de treize vaisseaux chargée d'assiéger Gibraltar par mer tandis que le maréchal de Tessé l'assiégeait par terre. Mais le 21 mars il fut attaqué par l'amiral anglais sir John Leak , et malgré la plus vigoureuse résistance, une partie de ses vaisseaux fut prise à l'abordage, une autre dissipée par la tempête, et le reste alla s'échouer sur les côtes d'Espagne. Le baron de Pointis reçut dans cette bataille plusieurs blessures assez graves pour abréger ses jours.

On découvrit vers la fin du dix-septième siècle, aux environs de l'abbaye de Noyers, en Touraine, où le baron de Pointis avait ses propriétés, une mine de cuivre contenant des parties d'or et d'argent. Le roi en gratifia le vainqueur de Carthagène ; mais les essais qu'on en fit n'ayant pas semble heureux, on n'en entreprit point l'exploitation. En effet, ce n'était guère l'entreprise d'un particulier. La mort du nouveau propriétaire de cette mine, survenue quelques années après, fut peut-être aussi le principal motif de cet abandon. Il ne paraît pas qu'on y ait songé depuis.

Le barou de Pointis mourut en 1 707 , âgé de soixantedeux ans.

I. PONÇHER (Étienne de ) , garde-des-iceaux de France, né à Tours en i446. Il fut premièrement chanoine de Saint- Martin, puis conseiller au parlement de Paris en 1 485 , président aux enquêtes en i^çfi, etévèque de Paris où il fit son entrée solennelle le 21 niai i5o3, porté par les quatre barons qui étaient obligés d'assister à cette cérémonie. En 1507 , il accompagna le roi Louis XII dans son voyage d'Italie, où il t les fonctions d'orateur royal , fonctions dans lesquelles il

donna à la cour de France ainsi qu'aux étrangers lu plus haute idée de son éloquence.

Louis XII lui confia les sceaux en i5i 2, pendant la maladie de Jean Ganay , et après la mort de ce chancelier il fut pourvu de cette charge, qu'il exerça avec tant de sagesse et de prudence que , quarante-trois ans après , des députés du parlement, dans leurs remontrances à Henri II, citèrent Poncher comme le modèle des magistrats, observant qu'il n'avait jamais fait aucune entreprise contre leur compagnie, et qu'il avait constamment montré toute la déférence qu'il avait pour elle. Poncher à la vérité méritait cet éloge , mais le parlement était intéressé à le lui donner.

A la mort de Louis XII, le in janvier i5i5, Poncher remit les sceaux le même jour à François I", qui depuis le nomma chancelier de l'ordre de Saint-Michel. En i5i6, il fut chargé de négocier la paix avec Jean d'Albrct, roi de Navarre , au sujet de la principauté de Béarn. En 1 5i 7 , il fut nommé ambassadeur de France auprès de la cour d'Espagne, et en i5i 8 auprès de celle d'Angleterre. Enfin, en i5ig, il sévit promu à l'archevêché de Sens. Il avait aussi été l'un des commissaires nommés par le pape Léon X pour faire l'information de la vie et sainteté de saint François-de- Paule, dont le procès-verbal fut signé par lui et par les évêques d'Auxerre et de Grenoble le 1 3 août i5i6.

Il mourut à Lyon le 24 février i524, âgé de soixante-dixhuit ans, et fut inhumé dans l'église cathédrale devant la chaire , où l'on voit son épitaphe.

Poncher avait la réputation d'être l'un des hommes les plus éloquens de son temps. Il n'avait pas moins d'habileté dans les affaires. Sa probité, sa fermeté, la solidité et la droiture de ses conseils, l'avaient particulièrement rendu recommandable aux deux rois qu'il avait servis. Paul Jove , Robert Gaguin, Jodocus Ascensius en ont parlé avec les plus grands éloges, et Baptiste Mantouan dit de lui :

Et parilcr magous doclrinâ, magnus in omni, Magnus et iugeuio , moribus , eloquio.

^94 HISTOIRE 1>E TOURA1NE.

II était As de Martin Poncber , sieur des Tourelles , maître d'hôtel du roi Charles VII , contrôleur au grenier à sel de Tours et receveur général des aides du Maine, et petit— (ils de Jean Ponchcr , sieur des Tourelles , général et maître des monnaies.

Malgré ses grands talens pour l'éloquence, Étienne Poncber n'a laissé aucun ouvrage; car on peut à peine donner ce nom aux deux écrits suivans qui tiennent à son ministère : i° Décréta synodajia cum hnculo curatorum , ac aliis optiinîs et quotidianis roultis in rubricis specincatis , édita, collecta et explicita , a Joanne Randino cmendata, et approbata a Stephano Ponchicr episcopo Parisiensi ; Parisiis, i5i5, in-8 ; a#- Ordinationes Synodales, editae à Stephano de Ponchier, anno ï52/f; Parisiis, Chevallon, in-4-

Cette famille a donne son nom au village de Poncber ou Pontcber auprès de Tours.

II. PONCHER (François de), évêque de Paris , neveu du précédent, naquit à Tours de Louis de Poncber, frère du garderies-sceaux et de Jean premier du nom, maire de Tours en i5o2. Il était déjà abbé de Bourgueil et de Saint-Pierrelc-Fosseux lorsqu'il fut reçu conseiller clerc au parlement de Paris en i5io. Son oncle Étienne , ayant obtenu l'archevêché de Sens en ijuj, lui résigna son évêcbé de Paris.

François avait de l'esprit et du savoir, mais peu de circonspection et de droiture dans sa conduite. Son penchant vers l'intrigue le porta jusqu'à vouloir entreprendre de faire perdre la régence à Louise de Savoie pendant que François I** était prisonnier en Espagne. Voyant qu'il lui était difficile d'y parvenir, il imagina, dans l'espoir d'en faire retomber la faute sur la mère, de faire prolonger la prison du roi. Il pratiqua à cet cflèt différentes manœuvres auprès de la cour de Madrid; mais elles furent découvertes, et la noirceur d'une pareille action indigne d'un évêque, plus- indigne d'un Fran-r çnis, le fit enfermer à Vinccnnes où il termina sa carrière en i532. Sa qualité d'évèque et la mémoire de son oncle le sauvèrent d'une punition plus éclatante.

BIOGRAPHIE. OgO

Il a écrit un commentaire latin , sur le traité du jurisconsulte Philippe Décius de V Assurance nécessaire ou inutile, avec un traité du Devoir d'un ambassadeur , et il dédia ces deux ouvrages à son oncle alors garde-des-sceaux. i

POTTIER (François), religieux carme, né en Touraine vers le commencement du dix-septième siècle, a composé le Trésor de la très-sainte et dévote confrérie de Nojre-Damede-Pitié, imprimé à Paris en x653, iu-ia. Le R. P. Martin Marteau assure que c'était un des plus doctes religieux de son ordre ; mais les jugemens de ce bon père sont très-suspects, surtoutlorsqu'iU'agitdetoutcequiapportientàsarobe.

POYET (Jean), peintre, né à Tours vers la fin du seizième siècle. Jean Brècbe, son contemporain, fait l'éloge de son talent et ajoute qu'il y joignait des connaissances trèsétendues en optique ; probablement il aura voulu parler de la perspective.

Il y avait dans le môme temps à Tours, lieu de leur naissance , deux frères également renommés , Bernard et Jean de Posay, qui excellaient dans le paysage et le portrait.

Brèche fait également mention d'un Jean d'Amboise qui comme peintre jouissait d'une grande réputation. « Hoc de- « muni sequti sunt Joannes Àmbasius, Bcrnardus et Joannes « Deposaeus, etc. »

Ces trois artistes paraissent avoir fleuri au seizième siècle, dans l'intervalle de i53o à i58o.

PRÉCIEUX (Jacques), bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Richelieu en 1722. 11 se consacra partie culièrement à l'étude de l'histoire de Fiance, dans laquelle il était profondément versé. C'est à ses travaux et à ses recherches que nous sommes en partie redevables du onzième volume de la grande Collection des historiens de France commencée par D. Bouquet, et que la suppression de la savante congrégation deSaiot-Maur pourrait bien laisser incomplète. Ce onzième volume contient tout ce qui est arrivé sous le règne de Henri 1", fils de Robert-lc-Pieux , c'est-à-dire depuis io3i jusqu'à 1060.

D. Précieux est mort dans les dernières années du dixhuitième siècle.

PRÉCIGNY ou PRESSIGNY (Renaud de), de l'ancienne maison de Saint-Maure en Touratne, fut l'un des plus braves chevaliers de son temps. Dutillet le met au nombre des maréchaux de France, et l'auteur de la nouvelle Histoire de saint Louis Kii donne le même titre. On sait qu'alors il n'y en avait qu'un seul. Le même historien rapporte qu'en 1270 , l'armée chrétienne ayant fait une descente au port de Tunis , les Sarrasins sortirent tout à coup de leurs retranchemeus et marchèrent en bon ordre de bataille sur le camp des chrétiens en poussant des cris épouvantables, en sorte que ceuxci se virent obligés d'en venir aux mains avant que d'avoir eu le temps de s'y préparer. Renaud de Précigny , qui depuis peu avait été fait maréchal de France , Hugues de Bauçay et Guy son frère, gentilshommes tourangeaux, se précipitèrent sur les ennemis, firent plier tout ce qu'ils attaquèrent, et portèrent la mort dans les rangs des Sarrasins ; mais leur courage les ayant entraînés trop loin , ils se virent bientôt enveloppés malgré les prodiges de valeur qu'ils firent en se défendant. On croit qu'ils furent tués dans la mêlée. Ce ne fut que trois semaines après qu'on fut instruit de ces détails par le rapport de quelques prisonniers qui étaient parvenus à s'échapper.

Guillaume Guyart, poète qui vivait dans le même siècle, parle ainsi de ce combat dans son histoire intitulée: Roumain de la Branche aux réaux lignages :

Hue et Guy de Baucay deux frères , Avec eulx ly fils el ly père De Précigny qui les suy virent, Entre Sarrazins s'embattirent Bruyans comme foudre et acerres.

Renaud était fils de Guillaume de Saint-Maure, seigneur de Préciguy, Nouatre, etc., qui avait épousé Agnès de Vcu-

dôme. Il était de la branche cadette, qui portait le nom de

Précigny.

PRÉVOST (Nicolas) , médecin , né à Tours où il exerçait la médecine à la (in du quinzième siècle , écrivit une Pharmacopée générale dans laquelle il réunit toutes les formules qui avaient été en usage jusqu'à lui. Son ouvrage fut imprimé à Lyon en i5o5 sous le titre de Grand Àntidotaire. Ce fut le premier ouvrage de ce genre qui fut imprimé en France, et autant que je puis croire dans l'Europe, car nous n'en connaissons aucun qui date du quinzième siècle. On le dit encore auteur d'un autre livre intitulé Servitor, sur lequel je n'ai pu me procurer aucun éclaircissement.

On ne doit pas le confondre avec un Nicolas Prévost, bénédictin de l'abbaye de Noyers en Touraine , de qui nous avons deux ouvrages manuscrits en latin , l'un sur les abbés, l'autre sur les bienfaiteurs de cette abbaye. Celui-ci était né à Orléans en 1641.

ï. PRIE (René de) , cardinal , né en Touraine en i45i. Il fut d'abord abbé de Bourgueil et de La Prée , évéque de Lectoure, deBayeux, de Limoges, etenfin cardinal de Sainte- Sabine , en i5o7 , à la troisième promotion du pape Jules II. Il reçut le chapeau dans la ville de Lyon, de la main du cardinal George d'Àmboise son cousin germain , en présence du roi Louis XII. Mais ayant été au nombre des prélats qui assistèrent au concile de Pise , convoqué à la sollicitation de ce monarque, Jules II le priva de sa dignité ainsi que quelques autres cardinaux qui, comme lui , furent excommuniés. Cependant Jules II étant mort et Louis XII ayant adhéré au concile de Latran , le cardinal de Prie et les autres furent rétablis dans leur dignité.

Il mourut le 9 septembre i5ig, et fut enferré suivant ses intentions dans l'église de son abbaye de La Prée, non loin d'Issoudun , aux pieds de sainte Fauste dont on y conservait les reliques.

Il était (ils d'Antoine de Prie, seigneur de Buzançois, grand queux de France , et de Madelaine d'Amboise.

IL PRIE {Aymar de), chevalier, seigneur de Monpoupon , chambellan du roi , et grand-maître des arbalétriers de France, frère puîuc du précédent. Lors de la conquête de Naples, en i49^, il accompagna Charles VIII dans cette rapide et infructueuse expédition. Au retour il combattit constamment à côté de ce prince à la brillante bataille de Fornoue , où la valeur qu'il montra le fit nommer chevalier sur le champ de bataille. En i5oi , il se trouva à la prise de Capoue, et fut envoyé en i5i3 pour secourir Térouenne assiégée par les Anglais et les Impériaux; mais la déroute de De Piétines à la journée des Éperons déconcerta tous ses projets. Enfin , en i5i»3 , il obtint la charge de grandmattre des arbalétriers de France, qui était restée soixante ans vacante après la mort de Jean sire d'Auxi ; il fut le dernier qui la posséda, ayant été éteinte après lui.

Il est mort gouverneur du Pont-Saint-Esprit, maison ne sait pas précisément en quelle année.

PROUSTE.4U (Guillaume), jurisconsulte, né à Tours le 26 mai 1626, d'un riche marchand de cette ville. Après avoir fait d'excellentes études aux collèges de Tours et de la Flèche , il alla étudier le droit à Orléans; mais après avoir terminé son cours il voulut en recommencer un autre , et pour n'être pas soumis au même mode d'enseignement il se rendit à Poitiers où il resta trois ans, et ne reviut qu'en i655 à Orléans où il prit le bonnet de docteur. Il y exerça tl'abord la profession d'avocat avec la plus grande distinction ; mais l'envie d'acquérir des connaissances encore plu» étendues l'emporta sur tout ce que le barreau pouvait lui offrir de séduisaut et d'avantageux. Depuis long-temps il avait le désir de visiter les universités les plus célèbres de l'Europe. 11 exécuta ce projet en 1660, et employa deux ans à parcourir la Hollande, l'Allemagne et l'Italie. De retour à Orléans, ville qu'il avak en quelque façon adoptée pour sa patrie , il y obtiut la récompense due à son mérite et qu'il semblait avoir toujours ambitionnée, c'est-à-dire, une chaire de professeur dans cette université. Dès ce moment il se

biographie. «# ». 3gg

consacra tout entier à l'instisiciion de ses élèves, auxquels il développait avec autant de clarté que de savoir les endroits les plus épineux des lois romaines. L'étude particulière et approfondie qu'il en avait faite le faisait consulter dans toutes les questions difficiles, et il était rare que ses avis ne fussent pas des décision». . . • . v,

Quoique ce genre de travail semblât devoir absorber tous ses momens par l'assiduité avec laquelle il t'y livrait, il n'était point étranger à l'étude des belles-lettres et de la baute littérature grecque et latine. Ayant acquis la bibliothèque d'Hadrien de Valois, précieuse par les notes marginales que ce savant avait mises sur la plupart de ses livres , Prousteau se rendit aux instances pressantes de Grenovius et d'Heinsius et lenr envoya les exemplaires d'Hesichius, d'Harpocration et de Jules Pollux qui en étaient surchargés. Il aurait désiré que ces notes fussent imprimées séparément, mais ce projet ne put s'exécuter. Il n'y eut que celles sur Valérius Harpocration qui furent insérées dans l'édition que Gronovius donna du Lexique de cet auteur en i(>33

La ville d'Orléans fut redevable à Prousteau de la création d'une bibliothèque publique dont le catalogue a été publié par D. Fabre en 1777, un vol. in-4- La mort d'un frère <jui le fit héritier de tous ses biens le mit à même d'acquérir la bibliothèque d'Hadrien de Valois. Il y joignit la sienne, même de son vivant, ce qui forma déjà une collection assez belle et assez nombreuse pour l'histoire et la jurisprudence. Il dépensa 3o,ooo livres, tant pour les frais de premier établissement que pour les fondations qui en étaient la suite nécessaire i enfin, pendant tout le reste de sa vie il ne cessa d'augmenter journellement cette bibliothèque, qui fut longtemps une des plus nombreuses de la France à l'exception des grandes bibliothèques de la capitale.

Parmi les legs d'argent contenus dans son testament, montant à 37,695 livres i5 sols, on remarque une somme de 10,000 livres qu'il laissa pour acquitter les dettes de rétablissement qu'il avait créé et qu'il voulait consolider. La

reconnaissance a fait placer dans Tune des salles le portrait du fondateur , au bas duquel est ce distique :

Os, Prustelle, tuum reddet pictura perenne: Sed magis hœc nomen bibliotheca tuum.

Il mourut subitement à Orléans le 19 mars 1 7 15 , âgé de quatre-vingt-neuf ans. Quoique son savoir fût très-vaste , il n'a laissé que peu d'ouvrages. Nous avons do lui : i° Récitation es ad legem XXIII, Contractus ff. de Regulis juris; Àurelianis, Cl. Barde, 1684, in-4- Ce traité très-estimé et peu commun fait regretter que Fauteur n'ait pas écrit davantage en ce genre. Mcerman, en le mettant au nombre des livres rares, en porte ce jugement : « Fatendum est eum hoc « argumentum de doli et culpae praestatione in contractibus m tam erudite atque accu rate pertractavisse, ut omnes qui « eam legem xxm de regulis juris pertractarunt, longo post « se rcliquerît inlervallo. » 20 De Pœniteutia orationes très; Aurelianis, 1680, in>4; 3° Oratio quantum Huraaniores litterae antecessori necessariae sint; Aurelianis, 1681, in-4 ; 4° de Legum Utilitate et origine; Aurelianis, 1681 , in-4- La bibliothèque d'Orléans conserve encore de lui en manuscrits : 5° Institutiones juris Ganonici ; 6° jus Ganonicum de Sacramentis; Partit, in quosdam lib. Digesti, et in quos— dam Godicis libros; 8° Comiucntar. in Titulum de verborum signiBcat. et in titulum de diversis regulis juris.

P. D. Rouxel a écrit l'éloge de Prousteau imprimé sous ce titre : Clarissimi , doctissimique viri Guillelmi Prustelli in academiâaurelianensi legum professons, publicac apud Aurelianos benedictinos bibliotheca? institutoris et fundatoris elogium et epitaphium ; Âureliis, 1721., in-4-

PXJY HERBAULT (Gabriel de), en latin Putherbeus, religieux de Fontevraud, docteur de Sorbonne, né en Touraine dans les dernières années du quinzième siècle. Il passait dans son temps pour un excellent prédicateur; mais on sait ce que pouvait être alors l'éloquence de la chaire ; et si ses écrits sont un témoignage de sa piété , ils ne prouvent

BIOGRAPHIE. 4°I pas de même en faveur de ses talens. C'était au surplus un très-subtil controversiste et l'un des plus ardens adversaires des protestans, qui le considéraient comme un de leurs fléaux. Ce genre de mérite suffisait alors pour donner une grande réputation. L'auteur de l'Histoire de Fontevrauld, le P. Honoré Riquet dit qu'il était la colonne de la foi et la lumière de l'Église; mais ce qu'on aura de la peine à croire, c'est que son latiu fut trouvé si beau et si pur qu'on le surnomma dans son parti le Cicéron de la France. Nous ne connaissons cependant de lui dans cette langue que deux ouvrages : i* Historiae evangelicœ tetramonon ; 2° Thcotimus , sive de tollendis et expiAogcndis malis libris , iis praecipue quos vix incolumi fide ac pietate plerique légère queant, libritres; Parisiis, Joannes Roigny , i549, in-8. Ce livre est sans contredit le meilleur de tous ceux de l'auteur. Il fut traduit dans le temps eu allemand par Jean-Baptiste Fichier, conseiller du roi de Bavière. On y remarque, pag. 180 et 181 , une sortie contre Rabelais dont au reste il paraît ne contester ni le mérite ni le savoir. Voici de quelle manière s'exprime à cet égard le moderne Cicéron : « Neque semel déplora vi homi- « nis sortem qui, in tantâ literarum luce, tarii densis sese « vitiorum tenebris immergat, tamque fœdc, ac tanto rri « communis, bonique publici incommodo, atque ad suam « internecionem partâ eruditione abutatur, hoc Uequior, « virulentiorque quod literatior, deum, divinaque omnia sic « parvi sestrmans , ut,,praeter impudentiam et contumeliam , « Deos, quibus olim , positis aris, sacra Athenienses facie- « bant , nul 1 mu numen agnoscere videatur. >» Rabelais n'oublia pas l'auteur de cette diatribe, et lui donna place dans son quatrième livre de Pantagruel, c. 32 : « Depuis elle en- « gendra les matagots, cagots et papelards, les maniacles « pistolets, les démoniacles calvins imposteurs de Genève, « les ^enragés utherbes , etc. » (

Tous les autres ouvrages de Puy Herbault sont écrits en français et d'un style qui est peut-être encore au-dessous du temps où il vivait. Ce ne sont au surplus que des livres pu-

4oa HISTOIRE DE TOCTRAINE.

rement ascétiques , à l'exception du suivant : 3° Épitaphes sur la mort de François ln; Paris , J. Roigny, i548 , in-8; 4° l'Art et Manière de parvenir à la vraie Tranquillité d'esprit principalement par la voie du saint sacrement de pénitence; Paris, Roigny, t549? in-16; 5* le Paradis de l'Ame; Paris, Roigny, i55o, in-i6; 6° Supplément de dévotion et élévation de l'esprit en Dieu sur l'office divin pour les religieuses de la réformation de Fontevrauld , en latin et en françois, divisé en deux parties, assçavoir d'hyver et d'été; Paris, Roigny, i555, in-8; 7» Traité de la Pénitence et des parties d'icelle suivant la vérité de l'église orthodoxe et la nécessité de salut; Paris, Roigny , i557, in-8; 8° le Miroir de l'Homme chrétien pour connaître son bonheur ou son malheur , où sont ajoutés les épitaphes de M. François LePicart; Paris, Roigny, i558, in-8; 9* la Règle de prier Dieu; Paris, Roigny, i55<), in-8; io* Expositions avec exhortations sur les leçons, épîtres et évangiles du carême ; Paris, Roigny, i564, 8 vol. in-12; 1 i* Catholiques Exhortations avec expositions sur les épîtres et évangiles des cinquante-deux dimanches de l'année ; Paris , Roigny , 1 565 , 2 vol. in-8; 12° le Psautier traduit en prose française au plus près de son gens propre et naturel, où sur la fin sont ajoutées cinquante-deux oraisons à dire par chacun dimanche de l'année; Paris, Roigny, i565, in-8; id. , Cl. Gautier, i575, in-*6; i3° la Consolation chrétienne pour fortifier les bons catholiques qui sont affligés et persécutés par la tyrannie des sectaires et dévoyés hérétiques de notre temps; Paris, Michel Roigny, x668, in-8; 1 4° l'Histoire, Vië et Légende des saints, contenant ce qu'ils ont fait et qui est plus digne d'être remarqué en leurs actions vertueuses; ensemble le» vies et noms des empereurs sous lesquels iceux saints ont vécu, prêché et enduré le martyre, comprenant aussi les sectes des hérésies qui de leur temps ont infecté les esprits des hommes , et les conciles qui ont été tenus pour la con— futation d'icelles, le tout traduit du latin d'Aloisius Lipomanus et autres; Paris, Michel Roigny, 1573 ou 1577, in-fol.;

BIOGRAPHIE. 4o3

i5° le Manuel des gens de religion disposé par articles, traitant de profession monastique, de mortification et réforma— tion intérieure, des empéchemens de parvenir en perfection de contentement et obédience , de discipline monastique ; Paris, Michel Roigny, 1572, in-16; ir> deux Épîtres, la première montrant quel est le Paradis des élus en ce monde , et la seconde responsive aux lettres d'une dame touchant la religion ; Paris, Jean Roigny , sans date.

Le F. Puy Herbault mourut de mort subite en i566, dans le monastère de Notre-Dame dcColignance en Picardie, âgé d'environ soixante-huit ans.

QUANTIN (Georges), conseiller et prédicateur du roi, né à Tours vers 1610, était fils de Nicolas Quantin, marchand et fabricant d'étoffes de soie de cette même ville. Quoiqu'il paraisse avoir suivi la carrière de la chaire avec assez de distinction pour mériter le titre de prédicateur du roi , il ne nous a laissé aucuns sermons. Le seul ouvrage que l'on connaisse de lui est intitulé : Théologie francoise , divisée en deux parties; Paris, i663, in-8. Ce livre est totalement tombé dans l'oubli ainsi que presque tous ceux de la même espèce. Charles Sorel cependant en parle avec éloge dans sa Bibliothèque française , ainsi que dans la préface qu'il a ajoutée à cette Théologie. Cette circonstance prouve qu'il était l'ami de l'auteur, ce qui pourrait rendre ses éloges suspects.

QUILLET (Claude), né à Chinon en 1602, étudia d'abord la médecine, qu'il vint exercer dans son pays natal ; mais un événement qu'il prépara lui-même en i633 , par une démarche peu réfléchie, le détermina, lorsqu'il fut en Italie, à embrasser l'état ecclésiastique.

N'étant éloigné de Loudun que de trois lieues, la curiosité l'y conduisit à l'époque 0S1 Laubardemont y fut envoyé en qualité de commissaire du roi pour prendre connaissance

4o4 HISTOIRE DE TOURAINE.

de l'affaire relative à la possession des religieuses ursulines de Loudun, ou plutôt pour lui donner la direction qui convenait au cardinal de Richelieu qui avait résolu la perte d'Urbain Grandier. Les médecins croient peu aux sorciers. Dans l'une de ces séances ridicules où l'on faisajt parler les diables , Satan menaça , par la bouche de l'une de ces religieuses , d'enlever jusqu'à la voûte de l'église celui qui douterait de leur possession. Quiliet eut l'imprudence de défier le diable qui , ne s'attendant pas à une pareille provocation, en fut pour sa courte honte. C'était défier le cardinal. Quiliet le sentit assez tôt pour en prévoir et pour en prévenir les suites. En effet , peu de jours après Laubardemont lança contre lui un décret de prise de corps; mais averti à propos, il quitta Chinon et s'en alla en Italie où le maréchal d'Estrées se l'attacha en qualité de secrétaire.

Les loisirs que lui laissait cette place lui permirent de se livrer à la composition de sa Callipédie. On a paru s'étonner qu'un ecclésiastique eût choisi un pareil sujet; mais on n'a peut-être pas fait assez attention que Quiliet avant tout était médecin , et que d'ailleurs il n'était point engagé dans le sacerdoce. Sous ce rapport un tel sujet s'alliait très-bien avec le talent poétique et les connaissances positives de l'auteur. Ce poème ne fut terminé qu'à Paris où Quiliet était revenu avec le maréchal. N'osant pas le faire imprimer en France où il lui aurait fallu un privilège qu'il prévoyait bien qu'on lui aurait refusé , il l'envoya à Anvers , et la première édition parut sous ce titre: Calvidii Lœti Callipaedia,sive de pulchrae prolis habendae ratione, lib. iv, Lugd. Batav, veneunt Parisiis, Th. Joly, i655, in-4. Quiliet y déguisa son nom sous le pseudonyme de Calvidius Lœtus ; mais on ne prit point le change, et le véritable auteur fut bientôt connu. Le car— dinal Mazarin se montra très-indisposé contre lui au sujet de quelques passages où il parle peu favorablement de la nation italienne, et de ce vers surtout qui semblait s'appliquer directement au premier ministre :

Utque simm servent regnum , regua oninia perdunU

Cette première édition étant devenue assex rare , on ne sera peut-être pas fâché de trouver ici les vingt-trois vers qui furent supprimés dans les éditions suivantes. Ils sont extraits du quatrième livre :

Quid quod adulatrix formas se vertit in omnes Natio servitio repens, magnat ibus adstans , Subdola, lucre inhians, si jusseris, ibit in Orcum (i) I talus esuriens , crimen nec respuit u 11 uni.

/ Quid loquar, ut b lande Gatlâ excipietur in au lu Advena, Trinacriis etiara devectus ab oris? Gallia in extremos nimiâ boni ta te redundat ; - Imo alienigenis parvâ ratione gerendam Se tradit plerumque, suumque ingloria robur Subjicit b os pi t i bus longinquo a littore fusis.

Scilicet indoctos animos , ignavaque regum Corda fovent pravà sontes ratione ministrt , Utque suum servent regnum , régna omnia perdunt. Fors erit ut nostri pulcberrima glorîa saecli Celtarumque insigne decus, rex munere divura Editus, et fati Lodoicus cura pot cutis Discussis quondam nebulis, dit l ud.it ubique Ingenitum jubar et proprio sic Uunine promal. Sic sœpe obscure denso velamine nubis Obsitus, et tetrâ pressus caligiue Titan , Natrvo demum radiantis acumina Lucis Nebula perrumpit victor, seque asserit orbi Splendidus , et toto rutilans spatiatur olympo.

Des amis négocièrent entre le poète et le ministre. (Juillet consentit ù publier une seconde édition et même à retirer le plus qu'il pourrait d'exemplaires de la première. Ainsi, au moyen de la suppression de ces vers remplacés par d'autres en l'honneur du cardinal auquel l'ouvrage fut dédié,

(i) Imitation de ce vers de la troisième satire de Ju vénal : Graeculus esuriens, si jusseris, ibit in Orcum.

4o6 HISTOIRE DE TOURAINE.

il obtint pour prix de sa condescendance l'abbaye de Haut- Villiers dont il se vit déjà titulaire , même avant que la nouvelle édition eut paru , ainsi qu'on le voit par la cession qu'il en fit au libraire : «Hic vero Claudius Quilletus, abbasDu- « havillœus factam sibi a rege potestatem Thomae Joly iute— •t gram sponte transmisit. »

Quillet était d'une très-petite taille et fort laid de figure. Étant venu voir à Tours un conseiller de ses amis auquel il apportait un exemplaire de son poème, la femme de ce magistrat, jeune et spirituelle, demanda à Quillet l'explication du mot CaUipœdia. Ji lui dit qu'il signifiait l'art de faire de beaux enfans. La dame lui répondit gaiement : Il paraît M l'abbé, que vous n'avez pas appris cet art de votre père.

On n'est point partagé d'avis sur le mérite de la Callipédie. Ce poëme brille par l'élégance du style , quoiqu'il ne soit pas partout de la même force, et plus encore par une ingénieuse disposition de toutes ses parties. L'aridité des préceptes y est tempérée par un coloris vraiment poétique, ainsi que par la variété des épisodes. On a dit que l'auteur n'avait pas traité sa matière avec assez de solidité; mais auparavant il faudrait admettre que son système en fût susceptible. Dans le fait ce n'est qu'une erreur ou un écart d'imagination que de beaux vers peuvent faire pardonner aisément, et c'est tout ce qu'on doit y chercher.

On ne sera point étonné de trouver ici les vers que l'auteur consacre à l'éloge de la Tourainc dans son premier livre, v. 190 :

Praescrtim irriguis qua se Turonia campis Submittit, varioque resurgit in aethera colle. Hic ubi fœcundos Liger al m us répit ad Andes, Flumiuibusqiie ruens loca fer ta feracibus undis Alluit, et crocea nitidus splendescit arena; Conspiras militas forma praestante nitentes, Pandoramquc suo referentes corpore nymphas.

Nobilis bas passim mediocri in mole figura Commendat : non crassa nimîs, non squallida tnacris

Arlubus , at pulchro membrorum clara nitore. Si froQlem inspectes , tenero 1 a- voi e coriisca Prominet ; et molli descendens lactea clivo , Efformat placidos oculis ridentibus alveos. Cerne gênas, rubro referunt suffusa colore Liiia, quae labii roseos comitantur honores. Quid celebrem auratos crines? quid eburnea colla? Mammarumque decus spirans, et cetera dici Quœ prohibât podcfr, et castre reverentîa musa? ?

Cette seconde édition parut sons le même titre que la première en t656, in-8, Th. Joly. On y a joint à la fin Epistolà ad Eudoxium , pièce de cent trente-deux vers héroïques qui paraît s'adresser au cardinal Mazarin , et une autre pièce plus faible de poésie de cent deux vers élégiaques sur la mort du célèbre Gassendi; mais la plus belle de toutes leséditionsest celle de Londres chez Bowyer, 1708, in-8, qui contient aussi la Pœdotrophie de Scévolc de Sainte-Marthe. Montenault d'Egli en a donné une traduction française, en prose ; Paris, Durand , 1749 ? in-8. Il en a paru une en vers, Paris, Bastien, 1774» in-8, avec le latin à côté. 11 suffira d'en citer quelques vers pour donner une idée du talent du traducteur, qui a cru devoir diviser son ouvrage en douze chants, c'est-à-dire trois par chaque livre.

Résous-toi, pauvre époux, à nourrir des en/ans Qui porteront ton nom sans être de ton sang.

Chant 3.

Et que les beaux momens du maître du tonnerre, Soit qu'il soit dans les cieux , soit qu'il soit snr la terre, Sont ceux même qu'il passe à vous faire la cour.

Chant 4-

Tout le reste est, à peu de chose près, écrit du même style. Enfin le médecin Caillau en a publié une nouvelle en prose avec le texte et une notice sur la vie de l'auteur ; Paris.

«799» in-8-

4o8 HISTOIRE DE TOURAIJJÎE.

Quillet fest mort à Paris en 1661, âgé de cinquanteneuf ans.

Il a laissé en manuscrit un poème latin en douze chants intitulé Henriciados ou la Henriade; ainsi qu'une description en vers de la vendange, dédiée à Guillaume Bautru. Elle commence par ces vers qui font allusion à son nom :

Verstbus expressos ue dedignere

Botnie , nam grsecis dicitur uva bot rus.

On dit qu'il avait aussi fait une traduction en vers français des satires de Ju vénal ; mais il est à croire que la perte de cet ouvrage n'est pas très— regrettable. Au surplus, en mourant il avait légué tous ses manuscrits à Ménage avec cinq cents écus pour les faire imprimer. Le bon abbé prit bien l'argent, mais il ne jugea pas à propos de faire imprimer les vers.

RABELAIS (François), né à Chinon en i483, de Thomas Rabelais, apothicaire, sieur de la Devinière. Lorsqu'il fut en âge d'étudier, son père le plaça chez les moines de l'abbaye de Seuilly, dans le village du même nom, auprès duquel était située sa maison de la Devinière ; mais Rabelais y faisant peu de progrès, on l'envoya au collège du couvent de la Bamette à Angers , où l'on prétend , ce qui n'est pas trèsvraisemblable , qu'il n'en fit pas davantage. Ce fut là qu'il se lia avec Jean Dubellay , depuis cardinal, dont la connaissance lui fut si utile par la suite. Avec un caractère assez prononcé pour qu'il ait dû se développer de bonne heure, on ne conçoit pas trop comment il put se décider à embrasser l'état monastique, et surtout à choisir un ordre mendiant. Il entra chez les cordeliers 4e Fontenay-le-Comte, où il reçut les divers degrés du sacerdoce. Il eut du moins le bon esprit de faire tourner au proût de la science l'oisiveté du monas—

tère; car il paraît qu'il y acquit de lui-même la plus grande partie de son savoir qui était véritablement étonnant. On assure qu'une aventure scandaleuse le fit enfermer dans une prison monastique dont il parvint à s'échapper. Si le fait est vrai, l'on ne doit pas s'étonner de l'aversion qu'il montra depuis pour une telle profession. Un bref du pape Clément VII l'autorisa bien à passer dans un autre ordre ; mais il ne tarda pas à se dégoûter tout-à-fait du joug régulier; il quitta l'habit, et alla étudier à Montpellier où il prit tous ses degrés et exerça la médecine avec une telle réputation que quand le chancelier Duprat, ennemi déclaré des privilèges des corporations , voulut abolir ceux de l'université de Montpellier , ce fut Rabelais qu'elle députa à Paris pour détourner le coup. Le succès de cette mission délicate autant que difficile lui acquit la plus hante considération dans cette célèbre école. On sait que ce fut pour en consacrer la mémoire qu'elle arrêta qu'à l'avenir tous les nouveaux docteurs, en recevant ce grade, seraient revêtus de la robe de celui qui avait conservé ses privilèges. On lisait ces trois lettres brodées sur le collet: F. R. C. qui pouvaient signifier Franciscus Rabelxsius Chinonensis, ou François Ranchin chancelier, car ce fut lui qui fit renouveler cette robe lorsque l'injure du temps l'eut mise tout-à-fait hors d'état de servir.

Rabelais, après y avoir professé pendant quelques années, vint à Paris où son enjouement , peut-être plus encore que son érudition, lui fit nombre d'amis et de protecteurs, parmi lesquels on peut compter l'évêque de Mailiezais , et surtout le cardinal Jean Dubellay, évêque de Paris, qui, nommé ambassadeur auprès du pape Paul III, voulut l'emmener avec lui en Italie en qualité de médecin. Rabelais profita de son séjour à la cour de Rome pour obtenir sa sécularisation qui n'éprouva pas beaucoup de difficultés, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même dans la première de ses lettres. Il y ajoute même qu'elle lui fut délivrée gratis contre l'usage reçu, qui veut que cette faveur n'ait lieu que pour ce qui est expédié per cameram.

4lO HISTOIRE DE TOURAINE.

De retour en France , le cardinal lui procura une prébende dans l'église de Saint-Maur-des-Fossés qui venait d'être érigée en chapitre, et peu après la cure de Meudon. On a lu longtemps au-dessus du presbytère ces deux vers qui indiquent les principales circonstances de sa vie :

Cordiger, hinc medicas, tum pattor et in tus obivî. Si quaeras nomeo, te mea scripta doceat.

Il vécut à Meudon paisiblement, malgré les orages que sou fameux ouvrage devait susciter contre lui ; mais le suf— frage de François I" en conjura les effets, et ce ne fut même qu'en i55i que la faculté de théologie prononça contre le quatrième livre une censure qui fut confirmée par arrêt du parlement de Paris. Mais cette proscription était tardive ; car, à en croire Rabelais lui-même dans le prologue du deuxièmo livre, il assure « qu'il en ha esté plus vendu par « les imprimeurs en deux mois i qu'il ne sera achepté de « Bibles en neuf ans. »

11 est peu d'ouvrages qui aient fait autant de bruit dans leur nouveauté. C'était, il est vrai , suivant le témoignage de Molière, la première satire qui parut en français et la plus générale qui eût jamais existé. Aucun état de la société n'y étant ménagé , les différentes institutions s'y voyant attaquées dans leurs vices ou leurs abus , toujours présentés sous le point de vue le plus ridicule , ce nouveau, genre d'écrit , en irritant la bile de quelques-uns , dut plaire au plus. grand nombre. On a voulu que ce fût une allégorie continuelle aux règnes de Louis XII , de François I" et de Henri II. Il est certain que l'ouvrage renferme quantité d'allusions soit aux choses, soit aux personnes, et qu'on ne peut bien les «ai sir que lorsqu'on est parfaitement instruit des mœurs et des événemens de cette période du seizième siècle ; alors il n'est pas difficile d'y trouver une allégorie bien suivie. Du moins tel a dû être le plan , telle a dû être l'intention de Rabelais qui , tout en suivant les écarts de son imagination

BIOGRAPHIE. 4" enjouée jusqu'à la folie, quelquefois jusqu'à l'extravagance, nvait trop d'esprit et «le savoir pour se résoudre, à écrire sans aucun but. Une telle supposition ne serait pas plus raisonsnoble que celle de quelques personnes qui ont ru tout simplement dans les chapitres vingt-cinq à trente-six du Gargantua, des e'vénemens arrives réellement dans les pays dont parle l'auteur.

On lui a reproché ses obscénités et ses sorties contre la religion et le clergé; mais on n'a pas fait attention, ou on n'a pas voulu dire que ces libertés n'existaient que dans les mots, et qu'elles ne sont jamais mises en action ou en tableaux comme dans le Décaméron et dans plusieurs autres livres qui ont eu autant de réputation. On sait d'ailleurs que beaucoup de mots n'avaient pas alors la même indécence qu'aujourd'hui. Ce n'est pas qu'il faille prétendre que sa gaieté est toujours de bon goût, qu'il amuse toujours, et qu'il se soutient également partout; il est au contraire très-inégal; c'est le défaut inévitable de ceux qui veulent être constamment f plaisans. Cependant dans un autre temps où le goût eût été plus épuré , la langue plus chaste et plus perfectionnée, il n'y a point de doute que Rabelais n'eût pu devenir un modèle inimitable. L'union assez rare d'une vaste érudition et d'uné intarissable gaieté lui aurait assuré dans ce genre un rang auquel il eût été difficile d'atteindre.

Rabelais n'ignorait point le danger d'attaquer les ridicules, peut-être encore plus que les vices. Il imagina donc de couvrir la raison du masque de la folie, et sans doute il n'a fait ce masque aussi grotesque que pour donner le change et détourner l'attention. Delà taut d'extravagances, tant de grosses bouffonneries, tant de choses obscures ou insignifiantes en apparence. Ce qu'il a fait de bon, de clair, d'intelligible, prouve suffisamment qu'il était en état de continuer sur le même ton , lors même qu'on admettrait qu'il n'eût pas pu soutenir jusqu'au bout l'esprit de gaieté et de ljpnne plaisanterie dont il fournit de fréquens exemples.** C'est en un mot un homme de sang-froid qui feint d'être ivre pour faire

4l2 HISTOIRE DE TOURAINE.

passer les vérités qu'il a dessein de dire, et il faut bien que son langage se ressente un peu de la situation dans laquelle il se suppose.

Malgré cela , les personnages les plus célèbres de son temps ont tous été d'accord pour reconnaître en lui l'écrivain le plu9 original que la France eût encore produit. Molière et La Fontaine prouvent qu'ils étaient imbus de sa lecture, et peut-être le dégoût qu'elle paraît avoir inspiré à plusieurs hommes de lettres du plus grand mérite, ne vient-il que de ce qu'ils n'ont pu y trouver ce qu'on doit y chercher, c'està-dire une allégorie complète et suivie des temps où l'auteur avait vécu.

Il est en outre assez probable que l'opinion sur les mœurs de Rabelais ne se sera formée que d'après son ouvrage , et surtout d'après les geus qui avaient intérêt à le dénigrer; car outre qu'on ne cite pas un seul fait contre lui à cet égard , on se persuadera difficilement qu'il eût constamment joui de l'amitié et de l'estime des plus honnêtes gens de son siècle, et que même le cardinal évèque de Paris l'eût nommé à une cure de son diocèse , si en effet ses mœurs eussent été déréglées. Il est donc plus naturel de croire que sa conduite était en opposition avec ses écrits, ce qui est assez fréquent.

Lasciva est nobis pagina, vita proba est.

Une figure spirituelle et gracieuse, une élocution facile, une conversation enjouée , une érudition solide et variée le \ faisaient aimer et rechercher. Poète et médecin , philosophe •et jurisconsulte, astronome et grammairien, connaissant d'ailleurs toutesles langues mortes et vivantes, il approfondissait tous les sujets dont il semblait se jouer , mais ne laissait qu'à peine apercevoir sa supériorité. Cette adresse ne contribua pas peu à assurer sa tranquillité, lorsque des écrivains bien moins hardis que lui se virent en butte a la per— sécution.

On doit ranger au nombre des fables les bouffonneries

BIOGRAPHIE. 4l3

qu'on a mises sur son compte, telle que ses raisons pour ne pas baiser la mule du pape; les paquets de poison de Lyon, et les différens idiomes dont il fit usage "pour parvenir jusqu'au chancelier Duprat. A coup sûr, en acceptant sa mission il avait dû compter sur d'autres ressources. Comment d'ailleurs n'a-t-on pas vu que ce conte n'avait été imaginé que d'après la rencontre de Pantagruel et de Panurge , au ch. 9 du deuxième livre? N'est-il pas absurde d'écrire qu'un portier qui n'entend pas le latin, fait venir précisément un interprète dansjcette langue; que celui-ci, qui n'entend pas le grec qu'on lui parle, appelle un truchement dans ce même idiome, et ainsi des autres langues. On peut en dire autant de l'excommunication qu'il avait demandée au pape Paul III. Cette histoire, racontée avec l'originalité piquante de Rabelais , pouvait faire rire dans la société ; mais on doute que sa familiarité avec le Saint-Père ait jamais été assez grande pour lui faire hasarder unepareille plaisanterie. Cependantde graves auteurs ont répété sérieusement toutes ces absurdités. C'est ainsi qu'on a attribué à Roquelaure , homme de cour et d'esprit, sous le titre de bons mots , des platitudes qui n'ont pu naître que dans les antichambres.

La réputation de Rabelais a été- très-grande. Elle s'est affaiblie à mesure que son- langage est devenu moins intelligible pour le commun des lecteurs, et que ses allusions ont été moins faciles à saisir , en sorte qu'il est pour eux aujourd'hui ce que serait un livre étranger entre les mains de celui qui commence à en étudier la langue, et qui ne peut l'entendre sans le secours d'un dictionnaire. Je ne sais pas pourtant si, à l'exception des remarques purement grammaticales, les commentateurs, les faiseurs de clefs n'ont pas jusqu'ici plus contribué à en rendre la lecture difficile qu'à l'expliquer et à l'éclaircir. C'est dans sa seule instruction que celui qui les lit peut en puiser l'intelligence; mais il ne faut pas avoir la prétention de tout comprendre; car à l'égard de beaucoup de passages, c'est le cas de dfrû ce que dit La Bruyère de l'ouvrage entier : a c'est um énigme inexpli-

4l4 HISTOIRE DE TOUR AINE.

« cable. » Il ajoute « qu*où il est mauvais, il passe bien « loin au-delà du pire, et qu'où il est bon, il va jusqu'à « l'exquis, à l'excellent. »> C'est un jugement auquel on souscritsans peine. Quoi qu'il en soit, Rabelais passera toujours, comme dit fort bien Palissot, « pour un écrivain vraî- « meut original dans lequel on ne sait ce qui doit le plus « étonner, ou de la raison profonde qui perce à travers le « délire de son imagination bizarre, ou de l'excessive folie « sous laquelle il semble avoir pris plaisir de masquer sans « cesse la raison. » w

Il mourut à Paris, dans la rue des Jardins, en i553, le 9 avril, et fut enterré dans le cimetière de l'église de Saint- Paul, au pied d'un arbre qu'on y a conservé fort long-temps pour rappeler son souvenir. Il a été frappé en son honneur une médaille sans revers et sans millésime. Autour de son buste , dont la tète paraît avoir servi de modèle au portrait gravé par B. Picart, on lit : Af. François Rabelais D. en médecine. Il pourrait se faire que cette médaille fût un tribut de reconnaissance de la part de l'université de Montpellier. Elle est gravée dans le dix-neuvième vol. de Kœbler : Historischer Munz-Belustigung , pag. 225, où se trouve un précis sur Rabelais puisé dans l'édition de 1 741 » in— 4*

De tous les vers faits sur lui , les plus singuliers peut-être sont ce dizain de Hugues Salel, dans lequel il lui promet que si ses travaux ne sont pas récompensés dans ce monde, ils le seront dans l'autre :

Si pour raesler uroffict avec doulceur ,

On met en prix un autheur grandement ,

Prisé seras , de cela tiens-toi seur,

Je le congnoy, car ton entendement

En ce livret sous plaisant fondement

L'utilité ha? si très-bien descrite,

Qu'il m'est advis que voy ung Démocrite

Riant les faicts de noslre vie humaine.

Or persévère, et si n'en as mérite

En ces bas lietix , l'auras an hault domaine.

Les ouvrages de Rabelais sont : i* le Gargantua et le Pantagruel dont il sera parlé plus bas; 2° Hîppocratis etGaleni libri aliquot, sive Hîppocratis Prœsagiorum libri 3 , de ratione victus in morbis acutis lib 4 1 liber de Natura ; Apho— rismi ; etGalenus de Arte medicinali ex recognitione et interpretatione Fr. Rabelœsii; Lugd. Seb. Gryphius, i532, in-i6; 3° Lueii Cuspidii testamentum (autore Pomponio Laeto) edente Fr. Rabelaesio ; Lugd. Gryphius, i532, in-8. Ce n'est qu'une simple feuille d'impression. 4° Almanach ou Prognostication pour l'an i548; Lyon, Seb. Grypbe, 1 547» in— 12; 5° la Sciomachie ou Festins faits à Rome au palais du cardinal Dubellay pour l'heureuse naissance de monseigneur d'Orléans, le tout extrait d'une copie des lettres écrites au cardinal de Guise; Lyon, Seb. Gryphe, ï549, in-12; 6° les Songes drolatiques de Pantagruel, où sont contenues plusieurs figures de l'invention de M. Fr. Rabelais , et dernière œuvre d'icelui pour la récréation des bons esprits; Paris, Richard Breton, i565, in-8. Ce volume, qui est fort rare, ne contient que des figures sans aucun texte. Elles sont au nombre de cent vingt , non compris la deuxième qui est un portrait de Panurgè. Quelque bizarres que paraissent ces figures au premier Coup-d'œil, même sans chercher à les expliquer, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître l'imagination originale et féconde de l'auteur de Pantagruel. 7° Lettres de Fr. Rabelais écrite^ en i535, pendant son voyage en Italie, avec des observations de MM. de Sainte- Marthe; Paris, Sercy, |652, in-12; Bruxelles, Foppens, 1710 , in-12. Ces lettres fort courtes ne sont qu'au nombre de seize. Le volume a été grossi par des remarques aussi peu intéressantes que les lettres. Le tout se trouve dans le troisième vol. de l'édition in-4-

La première édition de Gargantua paraît être celle qui fut imprimée sous ce titre : La Grande et Merveilleuse Vie du très-puissant et redouté roy Gargantua , translatée du grec en latin et de latin en françois, in-8, goth. sans date, sans nom de ville ni d'imprimeur. En i533 parut le deuxième

4l6 HISTOIRE DE TOURAINE.

livre ou le premier de Pantagruel , intitulé: les horribles Faicts et Prouesses du très-renommé Pantagruel roy des Dipsodes, fils du grand géant Gargantua , par Alcofribas Nasier ( anagramme de François Rabelais) (i) , augmenté et corrigé fraîchement par M* Jehan Luriel, docteur en théologie; Lyon, Fr. Juste, i533, in-16 et in-8, goth. Les diverses éditions de i534, i535 et i54a ne contiennent que ces deux premiers livres. En i546 parut à Lyon, de format in-12, le Tiers et quart délivre des Faicts et Dicts héroïques du noble Pantagruel. Claude de Laville les publia également à Valence en 1 547 et 1 548, etFezandatà Paris, en i552, 2 vol. in-8. Ces deux mêmes livres furent réimprimés à Lyon avec la Prognostication pantagruéline , sous le titre d'OEuvres de maître Fr. Rabelais, i556, in-16. Enfin le cinquième livre fut publié en i562,et les OEuvres complètes à Lyon en 1567. Ce cinquième livre n'ayant été publié qu'après la mort de l'auteur , Louis Guyon, dans ses diverses leçons , assura positivement qu'il n'était pas de Rabelais, et qu'il en connaissait l'auteur qui n'était pas médecin. Quelques autres l'ont répété après lui ; mais cette opinion a été victorieusement réfutée, et personne aujourd'hui ne doute qu'il soit de la même main que les quatre autres.

Les trois seules éditions que l'on recherche aujourd'hui sont: i° celle d'Elzevier; Amsterdam, i663, 2 vol in-16, sans aucun commentaire; 2° celle de 171 1 avec le commentaire de Jacob Le Duchat, Amsterdam , Bordésius, 6 tom. , 5 vol. in-12; 3° enfin celle de i^4l > 3 vol. in«4, avec le commentaire et les figures de Bernard Picard. On sait combien le grand papier de cette édition est rare et cher. On peut ajouter celle de Bastien; Paris, 1798, 3 vol. in-&, in-4 et in-fol., fig.

Les œuvres de Rabelais ont été traduites en allemand par Ulrich Fischhart, iSyô. Elles ont paru en anglais avec le

(1) Les chercheurs d'anagrammes y auraient pu trouver celle-ci : Nicolas Fier-à-Bras.

BIOGRAPHIE. 4l7 commentaire de Lemotteux , dont la traduction se trouve dans l'édition française in-4- Elle est intitulée : The works of Francis Rabelais done out of french by Thomas Urchard, Petter Motteux and others; London, Woodward, 1708, in-8, 2 vol.

Nous avons encore le Rabelais moderne ou ses œuvres mises à la portée de la plupart des lecteurs (par l'abbé de . Marsy), Amsterdam, 1752,8 vol. in-12, et enfin lesOEuvres choisies de Rabelais , par Gabriel Louis Calabre Pérau ; Genève, Barillot, 3 vol. in-12.

On peut annexer aux œuvres de Rabelais , quoique n'étant pas de lui : 1° le Nouveau Panurge avec sa navigation aux isles Imaginaires, son rajeunissement en icelles, et le voyage que fit son esprit en l'autre monde; Lyon, 1616, in-12, et La Rochelle, Gaillard, in-12. Ce livre est fort rare. On croit qu'il peut être d'un certain Reboul dont il est parlé à Ja pag. 160. 2° La Navigation du compagnon de la Bouteille, avec les prouesses du merveilleux géant Bringuenarille ; Troyes , in-16 , sans date ; 3* Jugement sur les œuvres de Rabelais, ou le véritable Rabelais réformé , par Jean Bernier de Blois; Paris, d'Houry, 1697, in-12. L'auteur lui a donné le double titre de véritable Rabelais réformé, parce qu'en 16 19 le fameux P. Garasse publia contre le ministre Dumoulin, sous celui de Rabelais réformé, une diatribe mêlée de vers, dans laquelle il n'est aucunement question de Rabelais , si ce n'est dans des stances qui se trouvent au commencement, pag. 7, intitulées : Rapport de Rabelais avec les ministres. Elle débute ainsi :

J'estob moyne et rien ne valois, D'ame et d'humeur fort vagabonde :

Durant le règne de Valois Je commençai d'entrer au monde.

Poste et coureur comme le vent , Je changeai cinq ou six fois d'ordre,

4l8 HISTOIRE DE TOURA.INE.

De règle, d'habit, de couvent,

Pour trouver à frire ou à mordre, etc.

4° L'Ombre de Rabelais; 5° Rabelais ressuscite.

Si l'on veut connaître plus particulièrement cet auteur , on peut consulter Antoine Le Roi dans son Floretum philosophicum; Paris, 1 64q , in-4, le P. Niceron, tom. 32 de ses mémoires, et Astruc dans l'Histoire de la Faculté de Montpellier ; Paris, 1667 , in-4-

On sait par tradition que Jean Passerat avait fait un commentaire sur le Rabelais et que , s'en étant repenti au moment de sa mort, il avait remis son manuscrit à Edmond Richer, docteur de Sorbonne, son confesseur, afin qu'il le brûlât ; mais on le vit depuis entre les mains d'un particulier. Seal iger rapporte aussi qu'un certain Corpus n'avait fait autre chose toute sa vie que de commenter Rabelais.

RACAN (Honorât de Bueil, marquis de), seigneur de Fontaine et du Bois, né à la Roche-Racan en i58t), d'une des plus anciennes familles de la Touraine, qui avait donné un grand amiral et un grand-maître de l'artillerie de France.

C'est lui-même qui nous apprend qu'il n'avait fait aucunes études et qu'il ne savait pas un mot de latin, ayant été obligé, pour sa paraphrase des psaumes, de se servir d'une version française. Entré en i6o5 en qualité de page de la chambre du roi, il eut occasion de counaitre chez le duc de Bellegarde, son oncle maternel, le poète Malherbe que ce seigneur avait reçu chez lui, à la recommandation de Henri IV, à son retour du Limousin. Malherbe ne put s'empêcher de témoigner des égards et de l'amitié au neveu de son bienfaiteur, et ce sentiment ne fit que s'accroître quand il eut remarqué ses heureuses dispositions pour la poésie. Ce fut alors qu'il redoubla d'affection et qu'il eu fit son élève favori. Racan de son coté tirait vanité d'être le disciple d'un si grand maître qu'il ne croyait pas pouvoir jamais égaler ; quoique , avec moins d'instruction, il eût peut-être autant d'instinct poétique. Malherbe seulement lui reprochait de ne pas assez

travailleurs vers. C'est en effet la cause assez probable de l'inégalité et du défaut de correction que Ton remarque dans son style. Lorsqu'il le soigne et qu'il s'attache a vaincre les difficultés, on sent qu'il n'est rien qu'il ne puisse exprimer avec autant de grâce que de précision. Le P. Rapin, en con> parant le maître et le disciple, dit que Malherbe avait plus de pureté , mais que Racan avait plus d'élévation. Ne seraitce pas tout le contraire? Il ajoute que Racan parait poète jusque dans les plus petites choses par le tour qu'il sait leur donner; mais ne peut-on pas dire aussi que Malherbe est eneore plus poète dans les grandes choses , et qu'il a une hardiesse de pensée et d'expression que l'on ne rencontre pas au même degré dans son élève. On ne cite de ce dernier que quelques vers heureux, que quelques strophes assez belles, etde l'autre des morceaux, des pièces entières qui, à quelques tâches près qui tiennent plus au temps et au langage d'alors qu'au goût du poète, peuvent encore souffrir la comparaison avec ce que nous avons de plus parfait en ce genre; car il ne faut pas juger un auteur d'après des expressions et même des tournures qui blessent aujourd'hui nos oreilles, mais qui n'avaient rien que de très-naturel pour les contemporains.

L'ouvrage par lequel il se fit principalement connaître, est sa pièce intitulée les Bergeries. C'est elle qui a fait dire à Boileau :

Malherbe d'un héros peut vanter les exploits, Racan chanter Phi lis , les bergers et les bois.

C'est ainsi que l'illustre critique établit la différence qu'il met entre les deux poètes. S'il y a de la simplicité dans le dialogue des Bergeries, il y en a bien peu dans l'action. Racan s'est modelé sur ces pastorales italiennes où la multiplicité des événemens n'est comparable qu'à leur invraisemblance. Mais une faute de goût qui lui est propre, c'est d'avoir assemblé des personnages choquans par leur dispa-

rate en mettant sur la scène un satyre et le druide Chindonax , tandis qu'un autre personnage parle de la ville de Paris. On y trouve aussi quelquefois de ces concetti , de ces pensées précieuses et recherchées que le mauvais goût italien avait mises à la mode en France, telles, par exemple, que celles-ci :

Incessamment je voy des yeux de ma pensée,

Cet aimable soleil , auteur de mon amour,

Qui fait qu'ineessamment je pense qu'il soit jour.

Plaignant moins toutefois, en ce commun supplice, L'abseuce du beau temps que celle d'Arténice.

Mais d'un autre côté on y trouve des tirades entières d'une simplicité touchante, et des scntimens vrais exprimés avec beaucoup de naïveté. On peut citer en ce genre le monologue qui commence le cinquième acte, quoiqu'il soit une imitation de Ciaudien (i):

Ne pourrai-je trouver un favorable port Où me mettre à l'abry des tempêtes du sort? Faut-il que ma vieillesse, en tristesse féconde, Sans espoir de repos erre par tout le monde ? Heureux qui vit en paix du lait de ses brebis , Et qui de leurs toisons fait filer ses habits! Qui plaint de ses vieux ans les peines langoureuses Où sa jeunesse a plaint ses flammes amoureuses ; Qui demeure chez lui comme en son élément Sans connaître Paris que de nom seulement , ete.

On y remarque aussi quelques imitations de l'Ami o te du Tasse, surtout dans le début du monologue d'Arténice, acte premier, scène troisième , où ce passage du chœur du premier acte de l'Ami nte est traduit assez littéralement :

Tu prima, onor, velasti La fonte dei diletti , etc.

(i) De Sene Veronensi.

Honneur, cruel tyran dos belles passions, * Qui traverses l'espoir de nos affections, De combien de malheurs est la terre féconde, Depuis que ton erreur empoisonne le monde ? Ce Dieu , dont les amans révèrent le pouvoir, Ne reconnaissait point l'empire du devoir; Ce fut loi qui premier fis glisser en notre ame Ces Colles visions de la honte et du blâme; Qui premier nous apprint à taire nos désirs, Qui premier nous apprint à cacher nos plaisirs , Et dont la tyrannie, aux amaus trop cruelle, S'opposa la première à la loy naturelle.

Ses odes, au nombre de dix-sept seulement, par la coupe, la tournure et l'expression, respirent l'école de Malherbe, et annoncent que l'auteur eût pu parvenir à un plus haut degré de réputation en ce genre s'il l'eut cultivé davautage et s'il eût fait choix de sujets plus dignes de la muse lyrique. On en jugera par ces stances de son ode au comte de Bussy :

Que te sert de chercher les tempêtes de Mars Pour mourir tout en vie au milieu des hasards Où la gloire te mène ?

Cette mort qui promet un si digne loyer N'est toujours que la mort qu'avecque moins de peine L'on trouve en son foyer.

Que sert à ces galans ce pompeux appareil Dont ils vont dans la lice éblouir le soleil Des trésors du Pactole?

La gloire qui les suit après tant de travaux , Se passe en moins de temps que la poudre qui vole Du pied de leurs chevaux.

Il a paraphrasé les cent cinquantes psaumes de David; mais quoique ces odes sacrées portent l'empreinte de son talent lyrique , elles laissent à désirer cette marche rapide, cet enthousiasme, ce sublime enfin que l'on n'a encore trouvé que dans les heaux vers de J.-B. Rousseau. Ses autres poésies

consistent en quelques sonnéts, chansons, épigrammes et stances. Parmi ces dernières on doit distinguer une pièce de quatre-vingt-dix vers qui commence par celui-ci :

Tiras, il faut penser à faire la retraite.

C'est ce que l'auteur a fait de plus achevé

Racan fut du nombre des premiers membres qui composèrent l'académie française en i634, un an avant son érection par lettres patentes. Son discours de réception a cela de particulier qu'il est dirigé contre les sciences et les arts , à l'exception de l'éloquence. Comme il était absent, ce fut M. de Serizay qui en donna lecture en i635.

Les Bergeries parurent pour la première fois en i635; Paris, Debray, in-8. En 1660 on imprima ses dernières œuvres daus le même format ; mais la seule édition bien complète est celle qui est intitulée : les OEuvres de M. Honorât de Bueil, chevalier, seigneur de Racan; Paris, Coustelier, 1724, in-12, 2 vol. Elle commence à devenir rare.

Il mourut, au mois de février 1670, dans sa terre de la Roche-Racan où il s'était retiré depuis long-temps. Son père était Louis de Bueil , chevalier des deux ordres du roi , capitaine de cinquante hommes d'armes, lieutenant-général et vice-amiral en Bretagne. La famille de Bueil était une branche de celle des comtes de Sancerre.

RAGONNEAU (François), né en 1692 à Richelieu où il exerça les charges de lieutenant particulier, et d'assesseur civil et criminel. Son père, Jean Ragonneau, mort en 1712k cinquante-neuf ans, avait été avocat fiscal, procureur du roi de l'élection, et contrôleur au grenier à sel de la même ville. Il a laissé en manuscrits plusieurs ouvrages sur des questions de droit.

Le fils ne s'adonna pas exclusivement à l'étude de la jurisprudence , et consacra ses loisirs à cultiver les muses latines. Nous avons de lui en ce geure un ouvrage intitulé : Ricolocus dolens, ou Plaintes de la ville de Richelieu, par

M. François Ragonneau, corrigées, augmentées, et traduites du latiu en françois, par le même, 1764, in-8 (sans nom de ville), deuxième édition. Il paraît que la première avait été publiée en latin seulement, mais je n'en ai rencontré aucun exemplaire.

Cet ouvrage fait plus d'honneur au patriotisme de l'auteur qu'a son talent poétique. Ses vers en général sont durs, prosaïques et peu harmonieux. Le titre de plaintes n'est jus- . tifié que par quelques vers du début où la ville se plaint qu'aucun de ses habitans n'ait encore songé à la chanter , quelle que soit d'ailleurs l'exiguïté de son enceinte :

Turpia jamdudum coudenino silentia plebis , Quod spretœ nullus patriœ 9urrexerit ultor Civibus ex tautis , et quasi conscius urbis Exiguaï méritas dubitet contingere laudes.

On voit au surplus que ce u'est ici qu'un prétexte que l'auteur a pris pour trouver occasion de parler du lieu de sa uaissance, de ses établissemens civils et religieux, des mœurs et des usages de ses habitans; mais il a usé avec trop peu de discrétion de la latitude qu'un pareil cadre pouvai lui donner. La morale, la religion , l'histoire, tout devient de son ressort. Les descriptions des foires et des marchés, celles des fruits, des légumes, des poissons, des marchandises de toute espèce qui s'y étalent, n'ont rien de purement local, et pourraient aussi bien appartenir à toute autre ville.

L'ouvrage est divisé en deux parties inégales. La première, qui contient plus de trois mille deux cents vers, ne se compose en grande partie que de digressions presque toujours étrangères au sujet, et qui font passer le lecteur, sans aucune liaison, d'un objet à un autre. La description du château de Richelieu commence la seconde patrie, qui ne compte que neuf cents quinze vers, dont le plus grand nombre est consacré à des détails qui concernent particulièrement l'auteur et sa famille.

On voit que le défaut de divisions et de repos dans un ou-

4'i4 HISTOIRE DE TOURAINE.

vrage d'aussi longue haleine en doit rendre la lecture assez fatigante. Si l'ennui est presque inévitable dans les ouvrages de ce genre qui sont revêtus des charmes de la poésie, que sera-ce à l'égard de ceux qui sont dépourvus de ce mérite ?

A ce que j'ai déjà dit sur le style de l'auteur, j'ajouterai que, soit dessein, soit réminiscence, il offre trop souvent des hémistiches, ou même des vers entiers parodiés ou empruntés des poètes anciens, tels que ceux-ci :

Sint Maecenates, non deerunt , hercle , Marones.

Sunt booa, sunt quaedam mediocria, sunt mala multa.

Martial.

Rara avis in terris , alboque simillima eorvo.

Juvehal.

Et quamvis avido parèrent arva colono.

Quo non mortalia pectora cogis Ludi dira famés , et detestanda cupido !

Virgile.

Pour faire counaître plus particulièrement la manière de l'auteur, je me bornerai à citer le passage suivant où il décrit le luxe des festins de son temps , auquel le notre n'a probablement rien à reprocher.

Splendidior nunquam luxus fuit inter amicos, Mut ua cùm inter se laeti convivia curant. Altérais sese invitant urgente rogatu.

Dicta dies adventat, convivœque citati:

Nec mon ; jam mensas famularis turba reponit. 4 Dant manibus famuli Ijmphas : benedictio mensa? Fil, cuncti assidunt civili more sucto.

Spes bene cœnandi socios non decipil ullos : Dona Uiboratœ Cererîs, pinguisque farlnœ Necnon tosta jerttnt. Séries longissima rerum Alituum , pecudumque gémis , crassaeque ferinae. Non deest porcellus lacteus, agnusque tenelius; Galliuœ pingues, perdices et phasiani,

Et genus omne dapum sociororo ante ora parantur.

H» Divos epulis quoqne crederes esse vocatos.

Cmteras statuunt famuli , Bacckumque ministrcmt :

Fit strepitus tectis, vocemque per ampla volutant

A tria ; dépendent lychni laquearibus altis

Jncensi , et noctem flammis funalia vincunt ;

La-tan tur convictores et corpora tosta

Carne replent, vinoque levant curasque , sitimque;

Festivîs feriunt alternis cantibus aethra ,

His quibus adde jocos alacres , risusque , salesque.

Postquam exempta famés , et amor compressas edendi ,

Plurima de magna tolluutur fcrcula meusa.

Mox apponuntur fructus, fortesque liquores:

Meusa seconda haud inferior persœpe priori.

Ut quid perditio haïe ? cur tanta profusio rerum ?

Non talem certe luxura uatura reposcit

Eu lisant ce morceau , on croit lire un fragment du Centon d'Ausone. La prose de la traduction est lâche, incorrecte , et vaut beaucoup moins que les vers. Il paraît que l'auteur était plus que septuagénaire quand il se livra à ce dernier travail. Il mourut au lieu de sa naissance en 17

RAGUENEAU (Frédéric), évêque de Marseille, né à Tours vers i54o, était arrière-petit-fils d'Étienne Ragueueau, dix-neuvième maire de Tours en 1482. Son oncle, Pierre Ragueneau, s'étant démis en ^72 de l'évéchc de Marseille qu'il occupait depuis i555, Frédéric fut nommé à sa place. L'année suivante il assista à l'assemblée générale du clergéquieut lieuàParis. Il se montra constamment attaché au parti de Henri III et de Henri IV ; et la ville de Marseille étant entrée dans la faction de la Ligue, il se vit contraint, pendant les troubles auxquels elle était livrée, de se retirer à Aix en i584» Cependant il revint peu de temps après occuper son siège, et rentra à Marseille avec Henri, duc d'Angoulème, gouverneur de la province. En i588, Marseille s'étant de nouveau détachée du parti de Henri III , Frédéric se réfugia auprès du monarque, et de là il accompagna à Florence Catherine, fille du duc de Lorraine, qui allait épouser

Ferdinand duc de Toscane. Il ne revint à Marseille que lorsque cette ville fut tout-à-fait rentrée sous l'obéissance du roi Henri IV. Mais le vendredi a5 septembre i6o3 , dès fanatiques se portèrent à sa maison de Figne où ils le trouvèrent revêtu de ses habits pontificaux , et l'un d'eux le tua d'un coup d'arquebuse. Son corps fut apporté au chef-lieu de son diocèse et inhumé dans la cathédrale. C'était, disent les auteurs de la Nova Gallia christiana, uu prélat d'un esprit élevé, dont l'abord prévenant lui conciliait tous les cœurs; mais le fanatisme est inexorable, et dans un pays surtout où la populace ne sait qu'assassiner. Il mourut généralement regretté de tout son diocèse.

Son oncle, Pierre Ragueneau, également né à Tours, lorsqu'il occupait le même siège , reçut avec beaucoup de pompe dans sa cathédrale Charles IX et ses deux frères, ainsi que la reine-mère, Catherine de Médicis.

La famille Ragueneau s'était depuis établie à Paris, où elle occupait un rang distingué dans le parlement. Originaire des environs de Langeais, ses armes étaient d'azur, à trois melons d'or.

RAPIN (René), jésuite, né à Tours en 1621, et entré dans la Compagnie en 1639. Réunissant à un talent transcendant pour la poésie latine le mérite d'écrire purement en français, il fut chargé d'enseigner les belles-lettres qu'il professa pendant neuf ans. Si l'étude approfondie des grands modèles de l'antiquité, la justesse du tact, la solidité du jugement et de la critique constituent un excellent professeur, le P. Rapin mérita ce titre à tous égards. Sa réputation lut fit d'illustres amis; mais étranger à toute espèce d'intrigue, il n'usa jamais de son crédit que pour obliger, ce qu'il faisait avec autant de bonne grâce que de délicatesse. On peut sans exagération le considérer comme un des principaux ornemens de cet ordre célèbre, et comme l'un des meilleurs et des plus heaux esprits de son temps. L'étendue de ses connaissances se fait remarquer par la variété de sea écrits; mais c'est surtout comme poète latin qu'il s'est acquis

une réputation de supériorité qui lui a été confirmée par les suffrages de l'Europe savante. Son poëme des Jardins peut souffrir la comparaison avec les meilleurs poèmes didactiques de la latinité moderne. On lui reproche, à la vérité, de n'avoir pas su assortir toutes les parties de son plan de manière à en former un ensemble heureux1 qui n'offrît point cette incohérence qu'on y remarque ; mais il resterait à examiner si les quatre parties incohérentes en elles-mêmes , les eaux, les bois , les fleurs et les vergers, qui composent son sujet , étaient bien susceptibles de cette liaison , de cette unité que l'on regrette. Il semble naturel de croire que le sujet a été plus mal choisi que le plan n'a été mal exécuté. Quoi qu'il en soit, on s'accorde généralement sur le mérite dè la versification. La vérité des détails , le charme d'un style pur et abondant sous lequel disparaît l'aridité des préceptes, des tableaux rians et variés, une justesse d'expression digne des meilleurs écrivains , telles sont les qualités qui compensent et bien au-delà les défauts de ce poëme que des hommes du premier mérite ont jugé digne du siècle d'Auguste , digne de Virgile, et dont en effet quelques morceaux imitent assez bien la manière de ce poète inimitable.

On a prétendu que le poème des Jardins se trouvait tout entier dans un ancien manuscrit lombard qu'un prince italien conservait daus sa bibliothèque, et qncRapin,qui n'était jamais allé en Italie , n'avait fait que copier. Mais ces suppositions , autant dénuées de preuves que de vraisemblance, ne sont jamais que l'impuissance de l'envie réduite à admirer, et la jalousie des critiques a , sans le vouloir, relevé le mérite de l'auteur en reconnaissant dans son ouvrage ce tou antique qu'il respire véritablement. D'ailleurs ses poésies héroïques et surtout ses églogues sacrées, qu'on ne lui a point contestées , sont un témoignage trop parlant du talent poétique de Rapin pour qu'on ne rejette pas cette accusation parmi les fables les plus ridicules.

Ses ouvrages philologiques en français décèlent un esprit juste et un discernement sûr. Son style n'a pas la même

grâce, la même douceur qu'en latin. Son défaut est la sécheresse qui accompagne assez souvent l'esprit d'analyse. Mais il a toujours de la précision et de l'élégance. Ses parallèles des auteurs anciens, pleins d'observations judicieuses, se feraient lire avec plus de plaisir si l'auteur eût répandu plus de variété dans les cadres et d'agrément dans le discours. Ses réflexions critiques ont les mêmes qualités et les mêmes défauts. Elles furent attaquées par l'un de ses confrères, le P. Vavasseur , poète et prosateur comme lui, mais infiniment au-dessous dans les deux genres. La critique du P. Vavasseur est lourde et presque toujours injuste. Il n'y appelle Rapin que le réflectif. Celui-ci y répondit , mais avec le tou d'égard» et de décence qui convenait à un homme de son caractère et accoutumé à vivre dans les sociétés les plus policées.

Le P. Rapin ne se borna point aux ouvrages de littérature. Sa piété douce et sincère, ainsi que les devoirs de son état, lui dictèrent plusieurs livres de dévotion qui firent dire de lui qu'il servait Dieu et le monde par semestre. Mais on peut ajouter qu'il servait très-bien l'un et l'autre.

Quoiqu'il se soit montré assez étranger aux trop fameuses querelles dans lesquelles sa compagnie jouait le premier rôle, il paraît qu'il ne put s'en défendre tout-à-fait, et que ce fut même par ses ordres qu'il entreprit son ouvrage latin intitulé : Y Évangile du Jansénisme. On assure que vers la fin de sa vie il s'était occupé de le traduire en français , mais cette version , que quelques contemporains disent avoir vue, n'a jamais paru. Rapin était extrêmement laborieux, et quoiqu'il fût très-répandu dans le monde , ses ouvrages, qui n'en furent pas moins nombreux , ne s'en ressentirent que par le ton d'urbanité et de bienséance qu'il fut à même de puiser dans la société des personnages les plus illustres de son temps.

Nous n'avons point de collection générale de ses œuvres. On a seulement recueilli ses poésies en 3 vol. in— 12 : /?. Ftapini opéra poetica; Parisiis, fratres Barbou, 1723. Ses Parallèles et ses Réflexions l'ont 'Hé en 2 vol. in-4, Paris, Mu-

BIOGRAPHIF. 429 guet, 1684* Les ouvrages de littérature ; Amsterdam, P. Mortier, 1709, 3 vol. in-12 , et La Haye, 1725, 3 vol. in-i2.Enfinsesdiflerenstraitésde dévotion Pont été en un vol. in-12. Tous ces ouvrages ayant paru séparément, j'indiquerai chacun d'eux à sa date. i° Dissertatio de novâ Doctrinâ, sive Evangelium jansenianum ; Parisiis, i656, in-12; 2° R. Rapini Lachrymae in alurani sui Alphonsi Mancini tumulum ; Parisiis, e Typographiâ Regiâ, i658, in-fol. Ce volume de luxe se compose principalement de la quatrième églogue intitulée Alphonsus ; de la sixième pièce du deuxième livre de ses Héroïques , et de deux élégies qui se trouvent dans le recueil de ses poésies latines. 3° De Hortorum culturâ libri 4; Parisiis, e Typographiâ Regia , i665, in-4- Cette édition est ornée d'un frontispice dessiué par le célèbre Ch. Lebrun et gravé par Poilly. Il en parut une quatrième Tannée suivante, in-12, chez Cramoisy; mais la meilleure est eneore jusqu'ici celle de Barbou avec les notes deBrottier; Paris, 1780, in-12. 4° Observations sur les poèmes d'Homère et de Virgile; Paris, 1669, in-12; 5° Éloge de François Fouquet; Paris, 1669, in-12 ; 6° R. Rapini Odœ; Parisiis, 1670, in-12; 7* Discours sur la comparaison de Démosthènes et de Cicéron; Paris, Denis Thierry , 1670, in-12; 8° la Perfection du Christianisme tirée de la morale de J.-C. ; Paris, Cramoisy, 1673, in-12; 90 Réflexions sur la Poétique d'Aristote et sur le poètes anciens et modernes ; Paris, 1674» in-12; i o° Réflexions sur la Philosophie ancienne et moderne ; Paris, Muguet, 1676, in-12; 1 1° Instruction pour l'Histoire; Paris, 1677, in-12; 12° la Foi des derniers siècles; Paris, 1679, in-12; i3° Ren. Rapini Epistola ad Alderanum Cibo cardinalem pro pacando super regalia negotia lnnocentio XI; Parisiis, 1680, in-8. Il a paru à Cologne, en 1681, une traduction de cette lettre , mais trop mal écrite pour être de Rapin, selon le témoignage du P. Niceron. i4° De l'Importance du Salut ; Paris, 1681 , in-12; i5° Ren. Rapini car— mina; Parisiis, Cramoisy, 1681, in-12; 16° l'Esprit du

Christianisme; Paris, i683,in-ia; 17» les Comparaisons des grands hommes de l'antiquité qui ont le plus excellé dan* les belles-lettres, avec les Réflexions sur l'éloquence, la poétique, l'histoire, la philosophie, et le jugement qu'on doit faire sur les auteurs qui se sont signalés dans ces quatre parties des belles-lettres; Paris, Muguet, 1684, in-4, 2 vol. ; 18* la Vie des Prédestinés dans la bienheureuse éternité; Paris, Cramoisy, 1684, in-4- La partie typographique de cet ouvrage est très-soignée pour le papier , les marges et le caractère. Le frontispice est gravé par S. Thomassin sur le dessin de P. Mignard, et la vignette du chapitre premier est de Seb. Leclerc. 190 Traité du grand et du sublime dans les mœurs ou dans les différentes conditions des hommes, avec quelques observations sur l'éloquence des bienséances ; Paris, 1686, in-12; 20° le Magnanime, ou Éloge de Louis de Bourbon, prince de Condé, deuxième du nom, premier prince du sang ; Paris, 1687 , in-12; 21° Réponse du P. Rapin aux remarques du P. Vavasseur sur la Poétique. Elle ne se trouve que dans l'édition in-fol. , pag. 701 des œuvres de ce dernier ; Amsterdam , 1 709.

Le poème des Jardins a été traduit en prose française assez maussadement par Gazon d'Ourxigné; Paris, 1722, in-8. Il en a paru une meilleure traduction en 1782, in-8, Paris. Il en existe deux traductions anglaises ; la première, par John Evelyn, parut en 1673, et la deuxième en 1676, in-8. Les Réflexions sur la Poétique et les poètes anciens ont été traduites en latin et se trouvent dans le recueil intitulé : De Poetis graecis et latin is dissertationes selecta? critica? Jacobi Palmerii , Renati Rapini , Davidis Blondelli, et Jacobi Tollii , edente Jacobo Berkelio, Lugd. Batav. Bontestein, 1707, in-8. Enfin John Davies a traduit en anglais les Réflexions sur l'histoire; Londres, 1780. J'ajouterai, pour compléter ces détails, que les poésies latines se composent i° des treize Églogues Sacrées et des quatre Églogues Profanes, précédées du traité latin de la Poésie pastorale; 2e du poème des Jar-

di us avec la dissertation de Cultura hortensi; 3° de deux livres de poésies héroïques, de dix élégies et de vingt-quatre odes. . ,

Rapin mourut à Paris le 27 octobre 1687, âgé de soixantesix ans, et lut iuhumédans l'église des pères jésuites.

On lui a donné pour devise, par allusion à son poème des Jardins : Fcecundat et ornât. Le P. Vanière, son rival en ce genre , l'a consacrée dans son épître sur le Parnasse de Titon Dutillet.

Rapious aquis fciieibus , hortum Pomiferum , uemora et flores fcecundat et omat.

Ce deux vers renferment le sujet et la division du poème.

I. RAZILLY (Claude Delaunay de) , capitaine de vaisseau, né en Touraine vers 1690. Il est connu par deux actions d'éclat dont l'histoire a consacré le souvenir.

Au commencement de i 'année 1625, le duc de Montmo— renci ayant reçu du roi l'ordre de combattre les Rochelais, rencontra leur flotte qui était dans la rade de l'île de Rhé. D'abord elle sembla vouloir se défendre ; mais tout à coup , comme si elle eût eu dessein de fuir, elle vira de bord de manière à laisser entre elle et la flotte royale un bauc de sable très-dangereux , dans l'espoir sans doute d'y attirer et d'y faire échouer les vaisseaux venus à sa rencontre. Les matelots, connaissant ces parages, en avertirent leurs capitaines; mais le chevalier de Razilly, qui les connaissait également et qui savait ce que son bâtiment tirait d'eau , franchit ce banc de sable, après y avoir été autorisé par le commandant delà flotte, et s'étant avancé vers les ennemis , leur lâcha ses deux bordées sans qu'ils osassent riposter , dans la crainte sans doute d'attirer sur eux les autres vaisseaux , puisque celui-ci ayant pu passer , les autres pouvaient en faire de même. Après ce trait d'audace, Razilly rejoignit glorieusement la flotte royale.

Le lendemain on attaqua l'ennemi au moment où il cher-

43a nisToiRE de touraine.

chait à se rapprocher de la Rochelle. Razilly s'attacha au vaisseau la Vierge, le plus fort et le mieux équipé de l'armée ; il le battit constamment en proue, et ne l'abandonna point qu'il ne l'eût forcé à amener son pavillon , ce qui contribua pour beaucoup à la victoire que remporta la flotte du roi.

Deux ans après, c'est-à-dire en i5a7, les Anglais descendirent à l'île de Rhé le 22 juillet, sous la conduite de Bue— kingham, avec une flotte de plus de cent vaisseaux ou bâtimens de transport, dans l'espoir de ravitailler La Rochelle assiégée parle maréchal de Richelieu. L'Anglais investit le fort Saint- Martin de l'île de Rhé par mer et par terre, et le serra de si près que la garnison , ayant consommé toutes ses provisions , était sur le point de se rendre. L'ennemi avait pris de telles précautions pour fermer l'entrée du port qu'il était difficile qu'aucun vaisseau tentât d'y pénétrer sans risquer de s'échouer ou d'être pris.

Le marquis de Brézé ayant équipé un gros vaisseau, deux galioltes, treize flûtrs et plusieurs autres bâtimens, les fit charger de provisions pour deux mois et y mit deux cents hommes de troupes. L'expédition partit des Sables d'Olonne le 8 octobre , escortée par deux frégates que commandaient Razilly et Reaulieu-Persac. Elle traversa l'avant-garde ennemie à la faveur de la nuit, et arriva le matin à l'entrée du port dont on fut obligé de rompre Pestacade à coups de haches.

Le bruit qui résulta de celte opération donna l'alarme aux Anglais, qui se mirent aussitôt en devoir d'attaquer. Mais les deux bâtimens commandés par Razilly et Beaulieu-Persac , qui se trouvaient en tête , soutinrent seuls l'effort de l'ennemi avec tant de résolution et une si longue résistance; ils firent un feu si soutenu que tous les transports eurent le temps d'arriver sous le canon des forts et d'opérer leur débarquement. Quelque dépit que les Anglais ressentissent de ce contre-temps, ils ne purent s'empêcher d'admirer le courage de ces deux braves officiers. Craignant d'ailleurs qu'ilsnemissent

le feu à leurs vaisseaux, îls les invitèrent à se rendre sur la parole d'honneur qu'ils ne courraient aucun danger delà vie; car jusque-là ils avaient poussé la férocité jusqu'à ne point faire de quartier à ceux qu'ils faisaient prisonniers.

Duplex croit qu'il n'y avait qu'un seul gros vaisseau sur lequel étaient Razilly et Beaulieu-Persac. En ce cas l'action n'en serait que plus glorieuse. Quoi qu'il en soit, cet acte de dévouement sauva l'île de Rhé, et amena la défaite totale de Buckingham qui perdit la moitié de ses troupes, un grand nombre de ses vaisseaux, et fut oblige' de se rembarquer précipitamment.

Razilly fut récompensé de ses services par le grade de vice-amiral. Le roi le nomma quelque temps après gouverneur des îles de Rhé et d'Oleron , et ensuite vice-roi de la * Nouvelle France.

Son fils et son petit-fils furent successivement lieutenansgénéraux au gouvernement de Touraine, emploi qu'ils occupèrent depuis 1676 jusqu'en 176g.

Page 1