SUR LA SOCIÉTÉ DE SECOURS MUTUELS DES ANCIENS FRÈRES D ARMES
DU l*' DE HUSSARDS D'aBORD, DEPUIS, DE TOUS LES RÉGIMENTS DE l'aRME.
Le dernier ordre du jour pour cette histoire est à la
Société dont je viens d'établir les titres et dont je révèle Texistence à ceux de mes lecteurs qui pourraient Tignorcr, dans la spécialité de notre arme, puisque tous seront un jour à même, rentrés dans la vie civile» d'ajouter à l'honneur qu'ils ont acquis sons le drapeau, l'honneur de la mulualilé dont je parle.
Car, en définitive, donner pour celui qui le peut; recevoir, pour relui qui a besoin, est un égal honneur ; chez nous soldats, l'honneur ne se mesure pas à la condition plus ou moins aisée de l'existence, Thonnenr se mesure au cœur et c'est le cœur qui donne ou qui reçoit; la main n'est que Tinstrument.
iNous sommes en juillet et août 1866; le 1^' régiment de hussards est encore en Afrique. Appelé et retenu à cette époque, à Paris, par un concours de circonstances
spéciales, j'avais eu le bonheur de voir le général comte
Lion, notre ancien colonel, alors commandant aux Invalides. C'était le dl juillet et ce jour, j'avais célébré les saints mystères sous le dome de Téglise de rHôtel. au tombeau de l'empereur. La divine victime s'immolant pour Tannée, un pauvre prêtre sacrificateur, seul avec un vieux sergent à genoux; puis à vingt-cinq pas, les cendres de celui qui avait été le résumé de toutes les gloires et de toutes les grandeurs humaines; quelle impression pour un cœur ! quel Ilot de pensées pour mon esprit ! quel rêve pour rimagination !
Le 2 août suivant, je disais la messe à Téglise même de rUùtel des Invalides. Le général comte Lion, sa digne épouse et sa famille avaient voulu y assister, et là, sous cette voûte resplendissante de trophées, h Tombre de ces étendards enlevés à l'ennemi, devant la poussière de tant de héros, j'avais par la pensée (car la pensée traverse sans difficulté les mers et ne connaît pas de distance) réuni le 1^^ hussards ; il me semblait que le régiment était là en armes, en grande tenue et qu'il assistait au sacrifice que j'offrais pour lui, pour notre ancien colonel aussi présent, lequel était pour moi le souvenir vivant de ceux qui nous manquaient par leur absence et qui les remplaçait si bien à mes yeux.
Nous priâmes tous et de bon cœur et après avoir prié,
la cérémonie fut suivie d'une réception par le géiicral et d'un déjeuner de famille, auquel fut invitéavec moi, l'abbé Darnis, Tun des chapelains de l'Hôtel, ancien aumônier de
Crimée et d^Italie, ainsi qu'un frère du général» oiBcier
supérieur d'arlillerie.
En traversant le vestibule, j'avais remarqué avec bonheur le tropliée d'aniics du général comle Lion. Il était ainsi composé : aux extrémités, deux sabre taches encadrant deux sabres de hussards en sautoir, une épée transversalement placée, une giberne d'ollicier» quelques autres insignes et un casque d'infanterie russe portant le n^ 26 ; le tout surmonté d'une couronue de laurier, rappelant ia campagne de Crimée.
Puis aussi, tout près, se trouvaient dans sa bibliothèque les deux volumes de V Aumônier de Régiment^ par un ancien aumônier du l*^' hussards, premier ouvrage sorti de ma plume et que je lui avais offert à Niort, en 1853. Madame la comtesse eut la gracieuseté de me rappeler ce passé de noire existence. Les souvenirs du cœur font tant de bien ; pourrait-on le^ oublier jamais 1
Dans ce moment, je m'occupais de prendre à Paris les dernières notes pour cet ouvrage. Assùré des sympathies du corps d'olîicicr du l*"" hussards, d'un grand nombre d'officiers de l'arme et autres régiments, je me trouvais cependant incomplet. Après tant d'années de recherches, il me manquait encore quelque chose; je sentais un vide qu'il fallait combler. Je désirais rencontrer une Société militaire qui comprit mon auivre et lui donnât, par sa sympathie propre, une nouvelle sanction.
La Providence, à qui je devais déjà tant de faveurs, me ménagea cette heureuse surprise ; c'est au hussard Testard,
du 2*^ (ancien Chamborand], Tua des deux seuls survivants du massacre de Sidi-Brabim, en 1845, aujourd'hui gardien
au château des Tuileries, que je dus celle excellcnlc forlune (1).
Il y a acluellement (1867) à Paris seulement, 200 hommes qui ont, à diverses époques et à différents grades, servi au 1" régiment de hussards. Au milieu de leur vie civile, ces anciens hussards de chez nous ont conservé Tatfitude et Tesprit militaire. C'est le hussards, non plus en aclivilé de service, mais qui l'a été; c'est l'ancien régiment, le père de celui qui existe aujourd'hui ; nos devanciers, nos modèles, nos patrons, à nous autres leurs enfants, partie active du corps.
Or, l'esprit militaire a inspiré à ces Messieurs l'idée de se constituer en Société de secours mutuels dite des an^ cicns frères d'armes du l^^ régiment de hussards. C'était l'abnégation, le dévouement, le sacrifice du régiment mis en pratique dans un nouveau mode d'existence; c'était le prêt commun de la Charité, la fusion de la bourse du riche et du pauvre, n'importe; car, entre soldats, il n'y a ni riche ni pauvre, mais le sou de l'un est le sou de Taulre,
(t) La plume de M. Hippolyte JUnglois, écrivaiD mililaire, a donné, sous la dictée de ce hussard, le récil de ses souffrances, dans un ou* vfige inlitulé : SMivenfr« «firn prUomiêr d'Abd^el-Sader* Paris, 1859, Henri Pion, iii.[irinicur-lfbraîre, rue Garancfère, n« 8.
Ce volume, qui apparlienL parliculièremenl à noire arir.: , dcvrail se trouver dans les maios de tout soldat français. C'est assez dire pour son éloge. Je le conserve d'autant plus précieusement, que le bossard Testard est un de mes amis de cœur.
c'est la fraternité de l'Evangile. Cette Société, sous le titre que je viens d'indiquer, eut la sanction impériale de son existence et de sës statuts, par arrêté de M. le ministre de
rmléneur, eu date du 8 novembre 1862.
Cependant, le cœur de nos anciens hussards du I"" ne se trouva pas à Taise dans le cercle assez restreint de la confraternité du seul régiment. La charité est immense, comme le cœur qui l'enlunle; elle admet presque l'inlini dans sa circonférence élastique ; ils se souvinrent qu'il y avait sept autres régiments de hussards, et qu'étant tous de l'arme, ils devaient tous participer iiu bienfait de la mutualité; donc, par un nouvel arrêté du 26 mars 1866, ladite Société fut autorisée à modiiier ses statuts et à changer son titre, en admettant dans son sein les anciens frères d'armes de tous les régimenls de hussards; en se trouvant ainsi ouverte à tous sans exception, elle adoptait l'effigie de la sahretachc, comme cachet spécial et distincfif de l'œuvre. L'a sabrctache devenait par le fait le symbole de la charité, le trait d'union des vivants, et, pour que cette union fut indissoluble même au-delà de ce monde, cet emblème militaire devenait, en même temps, le trait d'union entre les vivants et les morts, la Société ayant décidé qu'il serait placé sur la tombe de chaque hussard décédé et y serait solennellement porté par la dépulation désignée pour la cérémonie funèbre.
La Société fit plus ; elle ne voulut pas être exclusivement à l'armée, elle voulut aussi répandre, hors de son sein et
selon ses facultés, la faveur de ses bienfaits; c'est ainsi
que le mardi 21 août 1866, la bureau réuni se fit un honneur d'assisler à la distributioD des prix des écoles communales du arrondissement à Paris et de remettre deux prix de caisse d'épargne de chacun vingt francs, à deux enfants de ces établissements: le 1*', n^ 50,901, à Brusseau (Charlos-Louis-Honoré-Joseph) ; le 2^, n° 50,903, à Ferrand (Louise-Eugénie).
C'est ce jour-là même, que j'eus l'honneur d'être admis au siège de la Société, parmi les membres du burieau. La séance dura de 2 heures à 9 heures du soir; nous étions sept, dont six avaient appartenu au 1"^' régiment de hussards au tilre personnel, moi au titre de famille. La soirée fut consacrée à parler du régiment, à lire une partie du manuscrit de son histoire, dont j'étais porteur, à prendre de nouvelles notes. Ces Messicui-s accueillirent l'ouvrage et l'auteur avec la plus haute bienveillance ; Tun et l'autre furent adoptés tà l'unanimité. Mais, si le 1" hussards avait son compte, les autres régiments n'avaient pas le leur ; pour entrer dans la pensée do l'œuvre, il fallait aussi leur histoire. — On me le propose. — Je l'accepte sans peine ; mes manuscrits fourmillent de faits sur tous les numéros de l'arme ; puis, le ministère de la guerre n'était-il par là, prêt à seconder mes efforts f Pouvais-je douter un instant du bon concours de MM. les colonels et autres officiers de tous ces corps ?
Le 30 août suivant de cette année 1866, je fus reçu membre participant de la Société ; je n'étais plus à moi, j'étais tout entier à l'œuvre, tout entier à tous les régiments
de hassards, tout à la fois à la partie, passive elà la partie
active.
Cependant cette Société, ces heureuses prémices étaient encore inconnues au 1*^' régiment de hussards; je m'em* pressai de les lui (aire connaître dans la personne d'un capitaine dii corps, qui me fit l'honneur de me répondre, en l'appréciant comme suit :
<c J'ai lu les statuts de la Société des frères d'armes de » tous les régiments de hussards, qui sont à mes yeux, » parfaitement compris, pour qu'une réunion d'hommes » sérieux ait réellement quelque prestige; mais, ce qui j> m'intéresse le plus, c'est d'avoir en ma possession, dans » quelque temps, votre volume, que je lirai avec bon- » heur.
» Signé : Dëlmont, » Capitaine adjudanlnnajor. t
(Lettre du 30 janvier 1867).
Je me trouvais ainsi par le fait, le trait d'union, le moyen terme entre l'ancien 1^' hussards et le hussards actuel.
Ceci posé, ma plume n'est pas plus émoussée que mon cœur; elle va donc, avec une nouvelle ardeur, s'élancer à la suite de tous les autres régiments de l'arme, pour écrire leur vie militaire, en commeiiraiit par le 2"^ hussards ; on verra que, là également, j'ai reçu le droit de cité de deux * des colonels des anciens Chamborand, dans les rangs desquels un de mes parents, portant mon nom, a servi, comme je l'ai rappelé au commencement de ce volume.
Ainsi donc à présent» l'ordre du jour sera au 2° de hussards et successivement à chacun des autres régiments de ce nom, d'après la série do leurs numéros et toujours selon le point de vue de notre devise militaire :