‹ Histoire de trois générations, 1815-1918Chapitre 16 sur 17 · PAROLES DES GOTHAS QUI BOMBARDAIENT PARIS · texte numérisé non relu

PAROLES DES GOTHAS QUI BOMBARDAIENT PARIS

Ce soir-là, les moteurs des machines ennemies ronflaient au-dessus de nos têtes. C'était comme le bruit d'ailes de l'ange funèbre, l'ange Azraël qui emporte les morts. Mais ils parlaient, ces moteurs bourdonnants. Et, au milieu du fracas des bombes, voici ce qu'entendaient ceux qui comprennent leur langage :

— Moi, disait le premier gotha, je suis chargé d'apprendre aux Français ce que c'est que l'Allemagne. Dire qu'ils auront été si longtemps avant de nous connaître ! Ils nous prenaient pour un peuple de philosophes, de spéculatifs désintéressés... Des naïfs, enfin. Il y a quarantehuit ans qu'un de nos grands intellectuels l'a proclamé : « Nous ne sommes pas des naïfs,

et nous ne voulons l'être à aucun prix.» Tiens, je vole, d'après mon plan, au-dessus d'un quartier où se trouve une rue de Staël. Si je lâchais une bombe, pour enseigner aux Parisiens comme cette dame suisse les a trompés ? Elle avait cru découvrir l'Allemagne parce qu'elle avait causé avec une vieille bête d'idéaliste qui s'appelait Schiller. Mais nous étions idéalistes quand nous étions faibles et vaincus. Maintenant, vive la force ! 11 paraît qu'elle avait dit des Allemands, cette M""« de Staël : « L'empire de l'air leur appartient. » Elle nous croyait perdus dans les nuages, rêvant au milieu de la fumée de nos pipes. L'empire de l'air, voici comme nous le concevons : nous le possédons avec nos machines ailées, d'où nous précipitons la ruine et la mort sur les foyers où dorment les petits Français. En l'honneur de M*"^ de Staël, lâche ta bombe, bombardier !

Et le deuxième gotha mugissait :

— Moi, je suis l'Allemagne politique, je suis le puissant État que le vieux Guillaume et Bismarck ont fondé. Ils l'ont forgé par le fer et par le feu et ils Font assis sur le rocher de bronze des Hohenzollern. Déjà, Paris, tu as

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