‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 138 sur 351 · MISSION DE BO. - CONDAMNÉS A MORT · texte numérisé non relu

MISSION DE BO. - CONDAMNÉS A MORT

A la fin de 1793, la Convention était plus puissante et plus despotique que jamais; les représentants qu'elle envoyait en mission disposaient de la liberté et de la vie des citoyens; ils brisaient toutes les résistances et faisaient fléchir toutes les volontés. Jamais, sous la monarchie des Bourbons, l'autorité n'avait été aussi absolue, le commandement plus impérieux, la répression plus terrible; jamais l'obéissance n'avait été si complète, ni si humble.

Le représentant Bô, que la Convention envoyait dans l'Aube et dans la Marne, avec des pouvoirs illimités, était originaire de l'Aveyron, où il exerçait la profession de médecin. Il avait rempli deux missions en Corse et à l'armée des Ardennes. Dans cette dernière mission, il avait épuré révolutionnairement les autorités de Mézières, fait arrêter quarante « muscadins » qui dominaient dans la Société populaire de Givet, pris l'argenterie des églises et les cloches, et exigé une taxe sur les

riches (1). Il était peu probable qu'après avoir agi comme Rousselin, il fût disposé à lui donner tort. Chacun des deux partis avait essayé de lui présenter les faits qui s'étaient passés à Troyes depuis le 20 décembre, de la manière la plus favorable à leur cause. Les commissaires des sections raccompagnèrent depuis Paris; ils furent satisfaits des sentiments d'humanité et de justice qu'il leur manifesta. Mais aux Granges, deux officiers du bataillon de la Montagne vinrent le trouver. Ils lui dépeignirent la commune de Troyes comme animée à son égard des intentions les plus hostiles; l'ordre qu elle avait donné de tirer le canon à son arrivée fut représenté par eux comme le signal d'une insurrection. Ils lui dirent même que la ville oserait peut-être violer en sa personne la représentation nationale. Ce fut sous l'influence de ces calomnies que BÔ arriva à Troyes; il descendit à l'auberge où logeait Rousselin, et en dînant avec lui, se laissa prévenir contre les actes et les intentions de ses adversaires (2).

Le conseil général de la commune s'empressa de se transporter à l'auberge du Petit-Louvre pour ojffrir ses hommages au représentant. Celui-ci répondit qu'il se rendrait à la commune à trois heures. Il y tint le langage le plus violent; prenant immédiatement la parole, il fit l'analyse des événements qu'avait provoqués l'arrestation de Loyer. « La loi révolutionnaire, dit-il, a été violée; la sixième

(1) Lettre du 16 brumaire an ii. Moniteur, n° 50.

(2) Compte-rendu d'Albert. — Séance du conseil général de la commune, du 4 floréal an m. Ârch. de Troyes.

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