DESORDRE AU COLLEGE
mettaient aussi des instructions familières sur la constitution, « base fondamentale de leur félicité (1). » Ils ne surent malheureusement pas en tirer des leçons pratiques d'obéissance et de respect.
<i Le collège est devenu un lieu de désordre et de licence, dit un document officiel. Les Vendéens y eussent passé qu'il ne serait pas dans un état pire. L'arrogance y règne, les instituteurs y sont ironises, et leurs avis méconnus. On a supprimé les châtiments corporels depuis la Révolution, sans les remplacer par aucune punition. Depuis huit jours, les élèves ont cassé 209 carreaux. Les chambres sont dévastées, ou remplies de pierres et de paille, les chambranles fracassés, les portes dégondées, les fenêtres brisées; les chambres et les escaliers servent de lieux. A dix heures et demie, quelques élèves seulement étaient à l'étude. Le reste jouait. Ils ont ri des observations adressées. » La commune s'émut de semblables dégâts. Elle en déclara les parents responsables, et les taxa à 4 1. par élève. Elle les réprimanda non moins vivement que les instituteurs... « Si vos enfants sont corrompus et vicieux, c'est à vous, leur écrivait-elle, que vous devez imputer la principale faute. » Quant aux élèves, elle leur rappela dans une proclamation <i les vrais principes et l'amour de la Révolution (2). » Un pareil langage n'était pas de nature à les faire rentrer dans le devoir.
La plupart des parents retirèrent leurs enfants
(1) Journal du Département^ du 30 octobre 1793.
(2) Dél. du 26 pluviôse. Lettre du 5 germinal. Arch. de Troyes.
du collège ; quatre ou cinq professeurs eux-mêmes s'absentèrent ou furent arrêtés. A la fin de la Terreur, rétablissement était presque désert (1). H comptait de trois à quatre cents élèves au commencement de la Révolution ; il en restait douze en 1795 (2).
Le régime de la Terreur n'avait pas été plus favorable à l'instruction primaire. La Convention l'avait rendue obligatoire, sans augmenter le nombre de ceux qui y participaient. Les frères des écoles chrétiennes avaient dû fermer leurs écoles le 27 septembre 1792; ils avaient été remplacés par des instituteurs qui continuèrent à donner aux enfants les instructions du Catéchisme jusqu'à la suppression des cultes (3). Les livres que l'on mit alors entre les mains des enfants pour leur apprendre à lire, furent le Catéchisme français républicain, la Déclaration des droits de Vhomme, la Constitution et le Calendrier métrologique du département de VAuhe (4) . Aux termes de la loi, il devait y avoir une école de filles et une école de garçons par section. On prescrivit l'inscription des enfants des deux sexes au-dessus de six ans sur un registre, afin de pouvoir poursuivre
(1) Lettre de Tagent national de la commune, du 5 thermidor an ii. Arch. de Troyes.
(2) Compte-rendu d*Albert, p. 13.
(3) Deux maîtres des écoles de charité, payés sur les revenus des paroisses, reçoivent 541 1. 13 s. pour 4 mois. Comptes de Saint-Jean et de Saint-Pierre. Collection de M. L. Pigeotte.— Le 5 nivôse, les recteurs des écoles dites des frères viennent demander si, suivant le désir des parents, ils peuvent donner aux élèves les instructions du catéchisme. Reg. de la Permanence.
(4) Une institutrice présente ces livres au comité de la 3« section, le 18 ventôse. Le 26 frimaire, la commune, manquant de fonds pour acheter des livres pour les écoles, propose d'en prélever sur le montant de la quête faite pour les indigents par les comités de surveillance. — Dél. mun.
les pères et mères qui ne les enverraient pas aux écoles. Les comités des sections furent chargés de désigner les locaux où elles seraient établies au nombre de vingt-quatre; ces écoles primaires n'étaient pas ouvertes au commencement de thermidor (i). Une fois de plus, la Convention avait montré qu'il ne suffit pas d'édicter dans des lois des principes absolus, mais qu'il faut surtout se préoccuper de les rendre efficaces.
Si l'on ne réussit pas à instruire les enfants, on voulut du moins développer chez eux les instincts militaires. La municipalité décida la formation de quatre compagnies de jeunes citoyens, âgés de douze à dix-huit ans, qui se recruteraient par des inscriptions volontaires. Ils étaient appelés à nommer leurs officiers, et leurs pères et mères étaient engagés à leur « faire faire des fusils de bois. » La formation de ces compagnies, qui devaient être attachées aux bataillons de la garde nationale (2), ne paraît pas s'être effectuée.
11 n'y eut à cette époque que des projets, qui parfois avaient pour but le bien de l'humanité, mais qui restèrent inexécutés. Tel fut le plan d'une école gratuite de santé que proposa le médecin Millon à la Société populaire de Troyes. La politique s'introduisait même dans ces plans d'éducation, et le règlement proposé portait que les élèves, les jours d'examen, devaient crier en l'école avec allégresse : Vive la République une et indivi-
(1) Lettre de la commune, du 24 floréal. Reg. des comités. Lettre de l'agent national du 5 thermidor. Arch. de Troyes.
(2) Dél. mun. du 4 messidor an ii. Arch. de Troyes.
234 PLAN d'une école de santé.
sible! Vive la Montagne I Vive la Société populaire (1 ) !
(i) Plan de l'école gratuite de santé que Millon, médecin.,, dédie à la Société populaire, séante à Troyes... régénérée par B6. Garnier, an II. Cité dans Quelques institutions publiques à Troyes par M. J. Gréau.