DESTRUCTION DES OBJETS PRÉCIEUX
gnaient se trouvait un maître-maçon, muni d'un marteau à taillants et de ciseaux ; à Taide de ces outils, Rondot fit briser les châsses, enlever le métal qui les recouvrait, détacher les pierreries qui les ornaient. Tous les objets précieux furent apportés par ses ordres dans la sacristie des messes basses et successivement déposés sur une table, dans une chambre à feu voisine que Ton appelait la chambre du prédicateur. Le chef de saint Loup fut brisé le premier; la croix que les comtes de Champagne avaient rapportée de Constantinople fut mise en morceaux. Dans une des châsses, on trouva le squelette de sainte Mâthie, réduit en poussière ; dans une autre, celui de sainte Hélène presque entier, dont la tête et les pieds reposaient sur des coussins de taffetas rouge pâle. Les bois des châsses furent brûlés ou donnés aux suisses, les ossements qu elles renfermaient livrés aux flammes ou portés dans l'ancien charnier de Saint-Jacques. Un assistant déroba au feu quelques procès-verbaux contenus dans les châsses. On jeta pêle-mêle dans un panier à bouteilles les morceaux de cuivre et d'argent, et les pierreries furent recueillies dans des corbeilles à pain bénit (1).
Les tombeaux des comtes de Champagne Henrile-Libéral et Thibaut III étaient justement célèbres (2). Ces chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie artis-
(1) Dépositions Lédanté, Chanté, Charpentier, Brion, sacristain, tous témoins oculaires. Dossiers du tribunal criminel.
<2) On trouvera la description de ces deux tombeaux et le dessin de celui de Henri I*' dans le Voyage archéologique d'Arnaud, p. 29. — Voir aussi : Histoire des Dues et des Comtes de Champagne, par M. d'Arbois de Jlbamyille, t. III, p. 311, et t. IV, 1" partie, p. 91.
240 Emroi des dépouilles des églises.
tique du moyen-4ge avaient été déposés dans la chapelle Notre-Dame. Dans la nuit du lendemain, Rondot et ses complices complétèrent leur œuvre de destruction en les brisant à coups de marteau. Les châsses de saint Savinien et de sainte Hoïlde furent également mises en pièces. Les pierres et les émaux furent réservés. On les joignit aux pierreries détachées la veille, et deux sergents de ville les portèrent à la maison commune dans les corbeilles à pain bénit où elles avaient été rassemblées (i).
Les objets enlevés de Saint-Pierre furent déposés au trésor de la commune, sans procès-verbal de réception, ni récolement. Rondot acheva d'extraire Tor et l'argent de quelques morceaux des bois des châsses en les brûlant. Ce ne fut qu'après cette opération que l'on procéda aux pesées en présence de plusieurs commissaires. 21 marcs 2 onces d'or, 512 marcs 3 onces d'argent doré et 402 d'argent, 620 de cuivre doré et 870 de cuivre, furent enfermés dans des tonneaux pour être expédiés à Paris (2). On les joignit à d'autres dépouilles des églises, qu'une députation de la Société populaire et des corps administratifs remit le 7 février à la Convention. 7,794 marcs d'or et d'argent, et 13,461 marcs de cuivre furent à cette date versés par elle à la Trésorerie. « Il nous en reste encore, dirent les députés, qui vont de même accourir au creuset national, et en vous re-
(1) Dépositions Lédanté et Chanté. — Récit cité par M. A. AuftuTre. Aimanach de Troyes, 1848, p. 40.
(2) Mémoire de Rondot. Dél. mun. du 5 pluviôse. Le marc de France équivalait à huit onces ou 245 grammes 5 décigr.