‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 199 sur 351 · AGGRAVATION DE LA DISETTE · texte numérisé non relu

AGGRAVATION DE LA DISETTE

une quantité égale, quand les réquisitions attendues seront réalisées (1); et c'est au moment où les besoins sont si grands, où la commune envoie des députés à la Convention pour les exposer, qu'on juge convenable, pour inspirer confiance aux habitants, de les engager à ne pas aller acheter de denrées au dehors. Jamais on n'avait eu une défiance aussi aveugle et aussi mal inspirée de l'initiative individuelle.

Aussi, le 21 juin, la disette est-elle au comble. « Nous n'avons jamais eu besoin de secours aussi prompts,» écrit la commune au comité de salut public, a notre pénurie est extrême; la consternation est répandue parmi nous ; déjà le peuple craint et s'agite. » Le 1*' juillet, le district écrit : « La ville n'a plus que pour 36 heures de vivres; elle ne sait où s'en procurer. Elle demande le secours de la Convention. » Un membre de la commune allait jusqu'à proposer de faire moudre de l'avoine pour échapper, dans l'avenir, aux horreurs de la faniine (2). Voilà à quels résultats on en était arrivé; et depuis un an la municipalité de Troyes avait dépensé 250,000 1. pour conjurer la famine (3).

Mais que pouvaient faire les administrations pour l'alimentation des habitants du département de l'Aube, lorsque les ministres et les chefs de corps d'armée l'avaient épuisé par leurs réquisitions? « De quelque côté que je me tourne, écrivait Rondot le 8 janvier, je ne vois que réquisi-

(1) Dél. du 23 flor. et 22 prairial. Arch. de l'Aube et de Troyes.

(2) Corr. mun. du 3 messidor. Lettre du 13, L. 301. Dél. mun. du 4. Arch. de Troyes.

(3) Corr. mun. du 4 thermidor.

282 EÉQUISITIONS MILITAIRES.

tions sur réquisitions. Les autorités supérieures même se croisent; les comités de la guerre et de la marine se contredisent continuellement; nous ne savons à qui donner la préférence (1). » A ces comités, Rondot aurait pu ajouter le ministre de l'intérieur, qui demandait 4,000 quintaux d'orge pour les brasseurs de Paris. C'était peu en comparaison de l'armée de la Moselle qui réclamait 120,000 quintaux de grains, du département des Ardennes et des Vosges,, qui devaient en recevoir 33,000. Trente mille pintes de vin sont réquisitionnées pour l'armée de la Moselle (2). On prescrit en outre le recensement des cochons, et sur 1 ,697 que contient le district, 21 5 sont pris pour les approvisionnements militaires, à la fin de 1793 (3).

Quand les réquisitions pour les armées sont en retard, les administrations en sont rendues responsables. Le comité de salut public reprocha au directoire de l'Aube l'inertie et la faiblesse des autorités dans la livraison des réquisitions demandées par l'armée des Ardennes. Le directoire se justifia; il obtint qu'on réduirait la réquisition; il prouva qu'il avait employé des mesures promptes et « même révolutionnaires. » Par ses ordres, 1 50 hommes de cavalerie et un détachement du bataillon de la Montagne avaient parcouru le département, arrêtant les maires qui n'obtempéraient pas à leurs injonctions (4).

(1) Lettre du 19 nivôse. Arch. de l'Aube, L. 1364.

(2) Lettre du 27 frimaire. Dél. du 5. Id., L. 307 et 14.

(3) Déi. du district du 23 frimaire. Voir aussi Arch. de l'Aube, L. 1563,

(4) Déi. des 7, 12 et 19 germinal. Arch. de l'Aube, L. 1. Lettres de germinal, L. 301.

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