TABLEAUX DES DÉTENUS
leurs appréciations étaient bienveillantes, d'autres étaient hostiles et violentes. On ne saurait s'imaginer dans quel style et avec quelle orthographe quelques-unes d'entre elles sont formulées. Le tableau d'une mère d'émigré est ainsi rédigé : Sa profession est famé de Paillot-Montabert. — son revenu est de vivre de ses revenu. — ces relation son d'une famé nous ny portons point d'atantion, — ces opignons nous les présumons semblable à ceux de son mary. Il était souvent difficile en effet de connaître les sentiments de ceux que l'on enfermait comme suspects d'être hostiles à la République. Le jeune Fadate de Saint-Georges, âgé de quinze ans, est du nombre. « Jeune et volage, dit son tableau^ on ne peut fixer ses opinions. Le caractère n'est point formé. » On est moins embarrassé pour d'autres; un ancien officier de gendarmerie est désigné comme ayant un caractère dur et autun [sic] ; un ancien magistrat passe pour avoir un caractère idolâtre sans activité; nous croyons que le scribe a voulu écrire indolent; et comme le suspect indolent est un homijie qui n'a jamais manifesté ses opinions, on le qualifie d'aristocrate caché. Un musicien, nommé Lionnet, est incarcéré, parce que, selon le rédacteur du tableau, « illepousai V audaces jusque à raifuzai déjouée dans leux sepetacle 1ère sa y ira (1 ). »
On ne connaissait pas toujours d'une manière aussi précise les motifs de l'arrestation des détenus. Trois commissaires nommés par la commune
(1) Nous pourrions citer d*autres exemples de l'orthographe de la Terreur; ainsi l'on dit d'un ancien officier, Verneret|: il est marié cent enfants; d*un vieillard de 74 ans : ces opignons paroisse insipide. Ârch. de l*Âube.