NOURRITURE DES DÉTENUS
se rendirent dans les derniers jours d'avril à la maison d'arrêt pour s'en informer; ils constatèrent la plus grande irrégularité dans la rédaction des procès -verbaux d'écrou. « Une grande partie, dirent-ils, ne fait mention ni des motifs de l'arrestation^ ni de l'autorité de laquelle émanait le mandat d'arrêt. » La commune prit des mesures pour faire cesser des irrégularités, qui donnaient tant de facilité à l'arbitraire ( 1 ) .
Malheureusement elle subissait trop souvent l'influence de la Société populaire, dominée par les plus ardents ennemis des suspects. Les détenus, contraints de se nourrir à leurs frais, étaient autorisés à faire venir du dehors des aliments qui devaient être déposés dans le corps-de-garde; mais comme les femmes qui les apportaient avaient été outragées par la garde, la commune avait rappelé celle-ci à ses devoirs, et ordonné d'établir une table près de la porte pour le dépôt des subsistances (2). La qualité des provisions, parmi lesquelles se trouvaient de la viande et du vin, excitait la colère des sans-culottes. Un prêtre renégat, au nom de l'égalité, proposa de mêler dans un baquet tout ce qu'on apporterait, et de distribuer par portions égales ce mélange aux détenus. La Société, après avoir applaudi cette motion, alla plus loin en invitant la commune à réduire les gens suspects au pain, à l'eau et à la paille. La commune leur donna en partie satisfaction ; elle arrêta que les détenus comme suspects ne mangeraient de viande d'aucune es-
(1) Déi. mun. des 2 et 4 floréal. Arch. de Troyes.
(2) Dél. mua. du 2 ventôse. Id.