COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE BU DISTRICT
mêlés d'une manière ouverte aux querelles des partis (1], et les installa le 8 septembre. Le comité, qui siégea tous les jours, d'abord à 4 heures da soir, puis à 10 heures du matin, « par suite de la rareté des chandelles, » commença par se prononcer pour la continuation des mesures de ri* gueur; il écarta les pétitions des détenus demandant à sortir pour leurs affaires, et protesta contre les élargissements ordonnés par le district. Ses fonctions consistaient à recevoir les dénonciations, à prescrire des arrestations, à prononcer des réprimandes ou des renvois devant un tribunal; il surveillait le bureau de la poste, et un de ses membres fut désigné pour prendre connaissance des lettres venant des pays étrangers ou qui y étaient adressées. Dans une circulaire qu'il envoya aux agents nationaux de toutes les communes du district, il les invita à poursuivre les traîtres, les accapareurs, les traînards, les déserteurs et les prévaricateurs; à prévenir les rassemblements religieux; enfin, à entretenir l'esprit public par le chant des hymnes à VÉtre-Suprême, la lecture des lois et des actes héroïques des volontaires. « Que les enfants assistent à ces fêtes, disait-il; ils apprendront à devenir un peuple de héros (2). »
(1) Ces membres furent : Lédanté, tisserand; Méchia, fabricant; Dola et Leblanc, manouvriers; Marcotte, tailleur; Vivien, papetier; Petitjean, fabricant; Brissonnet, marchand; Denisot, de Villechétif; Mouillefer, de Piney; Lécorché, de Fontvanne, et Boyau, du Pont-Hubert. Registre des délibérations du comité révolutionnaire du district de Troyes^ du 22 fructidor an II au 30 ventôse an m. Ârch. de l'Aube, L. 43.
(2) Circulaire du 4* jour des sans-culottides de fan ii. Ârch. de TAube,
Comme le comité réyolutionnaire exerçait une autorité parallèle à celle du directoire du district, les froissements étaient inévitables entre ces deux administrations. Les membres des huit comités de surveillance, en se séparant, avaient réclamé à l'unanimité rindemnité de 3 1. par jour, à laquelle ils avaient droit aux termes de la loi du 5 septembre 1793. Le comité révolutionnaire se chargea de faire valoir leurs droits, et accusa de déni de justice le district, qui était dans Timpossibilité d'y satisfaire (i). En effet, si le décret de 1793 avait été exécuté, la nation aurait été grevée d'une dépense annuelle de 591 millions, et les finances de la République n'étaient pas assez prospères pour y subvenir (2) .
L'action du comité révolutionnaire était plus apparente que réelle; elle s'affaiblissait tous les jours. Comme il arrive toujours après les grandes crises, à la fièvre politique avait succédé la lassitude. « Troyes n'est plus à la hauteur de la Révolution, écrit avec tristesse, le 24 septembre, l'agent national de la commune. Les sections sont abandonnées; la Société populaire est presque déserte; on s'occupe plus de son commerce que de la République (3). » C'est en vain que pour réveiller l'esprit public la Société populaire fait imprimer un discours lu à Bordeaux par Olivier Desmonts sur cette proposition : La justice et la vertu sont les bases de la
(1) Séance du district du 29 brumaire an m. Arch. de TAube, L. 33.
(2) Rapport de Gambon sur les taxes révolutionnaires. Moniteur du 26 (Hmaire an m.
(3) Gorr. mun. Arch. de Troyes.
332 inauguration' DES STATUES DE LA LIBERTE.
République (1); a'est en yain que Ton publie une adresse pour engager les citoyens à se rendre aux assemblées de section [2]. Le service de la garde nationale est entièrement négligé. Les punitions des conseils de discipline sont illusoires; on ne s'y soumet point. Le 2 octobre, quatre hommes seulement se trouvent au poste de la mairie. On menace ceux qui ne feront pas leur service de les dénoncer comme mauvais citoyens; on publie de nouveau un règlement de la garde nationale (3] • Rien n'y fait. On a recours aux fêtes décadaires, qui avaient cessé d'être célébrées vers la fin de messidor et que Maure avait remis en vigueur. Le 1 0 vendémiaire (i*' octobre), on célèbre la prise de Bellegarde, que l'on appelle Sud-Libre; ce jour-là, on dansa pour la dernière fois aux Charmilles. Le 30, on inaugura les deux statues de la liberté, placées, l'une audessus de la porte de la maison commune, à la place de celle de Louis XIV, l'autre, dans la salle des séances du conseil général. Bouille en profita pour exalter les victoires de nos armées, attestées chaque jour par les convois de prisonniers autrichiens que Ton dirigeait sur Auxerre et sur Bourges (4). « L'ennemi a évacué la Belgique, dit-il, il va fuir au-delà du Rhin. Les français veulent ce fleuve
(1) Sainton. In-8<* de 22 p. En prairial, Houdbert avait fait imprimer on Discours sur la vertu et les mœurs dans une République.,. (Sainton, in-8° de 27 p.) prononcé dans l'enceinte de la sixième section.
(2) Dél. mun. du 21 vendémiaire an m. Arch. de Troyes.
(3) Dél. mun. des 11 vendémiaire et 23 frimaire. Arch. de Troyes.
(4) Il en passa à Troyes dans le courant de vendémiaire environ 5,000, provenant principalement des garnisons du Quesnoy, d'Ypres et de Landrecies. Journal du Département.