‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 235 sur 351 · DISCOURS DE BOUILLE · texte numérisé non relu

DISCOURS DE BOUILLE

pour borne de leur territoire. » Il menaça ensuite les factieux du dedans du glaive de la justice, prêt à les frapper comme les derniers conspirateurs. Il décrivit aussi la statue de la liberté, foulant à ses pieds rhydre des factions. « Sa contenance est fière, comme le peuple qu'elle protège. Sa main est prête à couronner; elle attend le laurier des héros des armées françaises pour en ceindre leur tête. Le ton de pierre dure que lui a donné Tartiste est le symbole de la longue durée du règne de la liberté parmi nous (1). » A une autre époque, cette inauguration aurait excité Tenthousiasme; mais, tant de violences avaient été commises au nom de la liberté, qu'au moment où elle reprenait son empire, on n'avait plus foi dans ses bienfaits.

Comme on réorganisait le collège. Bouille, dont on a pu apprécier la rhétorique déclamatoire, opta pour ses fonctions de professeur, et résigna celles d'agent national de la commune. Le corps municipal lui témoigna ses regrets dans une longue lettre sentimentale, qui débute ainsi : « Il est donc vrai, cher citoyen et ami, que tu nous quittes I Quoil celui que nous portions tous dans nos cœurs nous abandonne (2)!.. » Il avait concouru avec le maire Mignot à la réorganisation de la municipalité qui s'était divisée en neuf comités et à l'épuration des commis. Après son départ, l'assiduité des membres de la municipalité alla toujours en diminuant; le conseil général se réunit, à de rares intervalles ; la permanence ne fut plus suivie. « Il ne

(1) Dél. mun. Ârch. de Troyes. Journal du Département.

(2) Gorr. mun. du 18 brumaire. Arch. de Troyes.

faut pas» écrivit Loyez le 2 janvier 1795, aux officiers municipaux, que cinq à six membres au liea de quarante supportent tout le fardeau des affaires (1). »

L'administration départementale n'eut pas besoin de changer, comme la municipalité, une partie de ses commis. Lorsqu'on procéda à l'examen de leurs antécédents, on reconnut qu'ils étaient tous patriotes, pères de famille ou fils de sans-culottes que la Révolution avait privés de leur état ou dont il avait détruit le commerce. Raverat fut nommé à l'unanimité chef du bureau des travaux publics, en remplacement de Ride, démissionnaire. Ses appointements furent portés à 2,000 1., et ceux des autres employés augmentés à proportion, par suite de la cherté des subsistances (2).

La question des subsistances était toujours à l'ordre du jour. Maure avait blâmé les mesures prises par la municipalité pour y subvenir, sans en indiquer de plus efficaces. Au commencement de l'automne, elle fut forcée à diverses reprises d'emprunter des grains aux magasins militaires, parce que le magasin communal était vide, et « qu'il n'était pas possible de transiger avec la faim. » On avait reconnu tous les inconvénients des fours communs, dont l'entretien avait « coûté des sommes énormes. » Personne n'osait plus faire de provisions dans la crainte qu'on ne vînt les prendre pour les porter à ces fours. Les distributions de pain faisaient perdre un temps considérable aux

(1) Arch. deTAube, L. 1364.

(2) Dél. du 7 fructidor an ii. Arch. de l'Aube, L. 7.

indigents, qui recevaient leur ration par les soins des comités de subsistance. Dans certaines sec* tions, des citoyennes attendaient depuis 8 h. du matin jusqu'à 5 ou 6 heures du soir; dans d'autres, il n'y avait point d'heures fixes pour la distribution. La suppression des fours et des comités qui aurait remédié à ces abus fut décidée par la commune; mais elle fut ajournée, sur les observations du district, qui ne trouvait de remède à la crise alimentaire que dans le maintien du monopole révolutionnaire (1).

La municipalité avait supprimé aux portes les postes de gardes nationaux, par économie, disaitelle, et pour consacrer la libre circulation des personnes et des choses. Les grains n'en arrivaient pas davantage. Il aurait fallu pour la ville un secours de 3,000 quintaux par décade. Comme précédemment, on envoya des gardes nationaux dans les campagne», et des commissaires dans les districts pour requérir et lever des grains. Dans les communes, les officiers municipaux, cultivateurs euxmêmes, ne voulaient point forcer les autres cultivateurs à fournir leur contingent, et les seules fournitures faites, sauf de rares exceptions, étaient de la plus mauvaise qualité. C'étaient là des résultats déplorables, que Loyez dépeignait ainsi : « Armer les citoyens de Troyes contre ceux des campagnes, comme on a été forcé de le faire pour aller leur arracher les subsistances, faire des dépenses inouïes pour les commissions sans cesse re*

(1) Dél. mun. des 4 et 1 1 vendémiaire an m. Réclamation de la Société populaire du 27. Dél. du district du 24..Arch. de Troyes et de TAube.

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naissantes pour se procurer le pain au jour le Jour, est-ce là vivre (1)?»

La suppression du maximum sur les blés fit supposer à l'administration qu'il serait plus difficile que jamais d'en obtenir des cultivateurs autrement que par la force. On demanda et l'on obtint 64 hussards; on en aurait voulu 500. Une troisième brigade de gendarmerie fut créée. On n'en fut pas moins forcé d'adresser quelques jours après des lettres pathétiques au district d'Arcis et aux communes pour en réclamer les grains nécessaires (2). La ville espérait tirer des efiFets plus pratiques de la création d'une caisse de subsistances, dont les fonds librement versés seraient convertis en achat de riz, et de l'ouverture d'une souscription pour acheter des grains. Les principaux négociants de la ville y apportèrent des fonds, et des commissaires furent nommés pour traiter avec les cultivateurs du prix de leurs blés (3).

Un hiver exceptionnel , qui rappela les rigueurs de celui de 1788, augmenta la disette en arrêtant les moulins. Le thermomètre descendit à la fin de janvier 1795 à 21 degrés Réaumur; les rivières étaient recouvertes de 1 5 pouces de glace. Presque partout, les pommes de terre furent gelées, et le maire engagea à en faire usage, soit en les convertissant en une sorte de vermicel, soit en les employant pour la panification (4). Au froid persis-

(1) Dél. et corr. de la municipalité et du district en brumaire et frimaire an III. Arch. de Troyes et de TAube, L. 33, 1364.

(2) Proclamation de Loyez du l" pluviôse. Arch. de TAube, L. 136i.

(3) Dél. et corr. de la municipalité et du district eu nivôse an m.

(4) Journal du Département Proclamation du 2 pluviôse. Imp.

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