CHAPITRE XXXyiI
MISSION D'ALBERT. - RÉTABLISSEMENT DU CULTE. POURSUITES CONTRE LES TERRORISTES.
Les administrations, telles qu'elles avaient été reconstituées par Maure, étaient incapables ou impuissantes. La majorité de leurs membres se rattachait au parti qui avait dominé pendant la Terreur, et contre lequel se soulevait Tindignation publique. A cette époque où les passions étaient surexcitées, le langage des modérés eux-mêmes s'en ressentait. Loyez, en envoyant aux communes la proclamation de la Convention au peuple français, du 18 vendémiaire an m, tonnait contre « les anthropophages couverts du manteau du patriotisme, sous lequel, le couteau d'une main, ils voulaient assassiner leurs frères, pour de l'autre piller leur fortune. Vous êtes les Caïns de la Révolution, s'écriait-il, et la mort des Abel sera vengée I... Votre règne est passé (1). » ATroyes, leurs adhérents dominaient cependant encore dans les administrations, et quoiqu'ils fussent inofiFensifs, leur présence était un scandale, dont murmuraient les
(t) Procl. de l'agent national, à la suite de lladresse de la Convention. Imp. de 12 p. Troyes.
ARRIVÉE d'aLBERT. 343
bons citoyens. Deux membres seuls étaient capables de diriger l'administration du département; les autres étaient des artisans, dont la nullité faisait désirer le remplacement. Le district et la municipalité étaient mieux composés, mais ils renfermaient aussi des membres indifiFérents ou nuisibles aux intérêts publics. L'œuvre de Maure demandait à être réformée et complétée; ce fut la tâche que la Convention, informée de l'état des choses et des esprits à Troyes, confia au représentant Albert.
Il eût été plus conforme aux principes de sage liberté qui reprenaient leur empire de faire renouveler les administrations par l'élection; mais on était à peine remis de l'ébranlement causé par le régime de la Terreur, et l'on craignait d'agiter le pays après les terribles secousses qu'il avait éprouvées. La Convention ne pouvait du reste faire un meilleur choix que celui d'Albert, député du Haut-Rhin. Appartenant à la minorité qui avait voté contre la mort de Louis XVI , il était animé d'intentions sages et justes, qu'il manifesta pendant toute la durée de la mission qu'il exerça dans les départements de l'Aube et de la Marne. Dès son arrivée à Troyes, le 31 janvier 1795, il s'occupa de la réforme des autorités. Le directoire du département fut entièrement renouvelé, et composé d'hommes qui avaient fait leurs preuves de capacité administrative, tels que l'ancien secrétaire général Gonthier et le chef de bureau Pierret (1).
(1) Les autres étaient Guerrapain fils, de Méry; Chaponnet, maire de Bar-sur-Seine; Charton, de Bar-sur-Aube ; Legeste, juge à Nogent; Armand- Couturier, employé au district, et Branche, d'Ervy.