‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 336 sur 351 · BATAILLON AUXILIAIRE · texte numérisé non relu

BATAILLON AUXILIAIRE

donnent l'exemple (1). On s'était cependant iL^té d'installer le bataillon. Le 23 vendémiaire an \^jjj le drapeau lui fut remis au temple décadaire pa;. le président du département Raverat, qui rappe/g dans un discours éloquent les exploits des trois premiers bataillons de l'Aube, et invita les nouvelles recrues à imiter leur exemple. « La victoire vous appelle, leur dit-il; Masséna, Brune et Moreau vous attendent. » Le général Boillaud prononça également un discours, en recommandant aux jeunes soldats le patriotisme et la discipline (2). Cependant le départ fut retardé, et les désertions furent si nombreuses qu'un mois après le bataillon se trouva réduit au tiers de son effectif (3).

La recrudescence des hostilités provoqua des réquisitions de grains et de fourrages, que le département n'avait plus à fournir depuis 1796 (4). On faisait aussi de grands rassemjblements de chevaux pour les armées ; on en attendait treize cents à Troyes, et comme la caisse de la recette départementale était vide, chaque membre du département souscrivit une obligation de 240 fr. pour acheter des fourrages. Quelque temps après eut lieu, comme en 1795, une levée du trentième cheval. Le

(1) Dél. dép. (les 29 thermidor, 16 fructidor, troisième jour complémentaire an VII, 5 et 24 brumaire an viii. Arch. de l'Aube, L. 30 et 23. — Corr. mun. des {\ fructidor an vu, 12, 29 vendémiaire et 21 brumaire an vin. Arch. de Troyes.

(2) Discours prononcé par le cit. Raverat... à la formation du bataillon auxiliaire et à la cérémonie du drapeau, le 23 vendémiaire an VJIl. Mallet, in-S" de 19 p.

(3) Dél. dép. du 24 brumaire an viii. Arch. de l'Aube, L. 23.

(4) Dél. dép. des 28 prairial an vu et 24 vendémiaire an viii. On doit fournir entre autres 60,600 boisseaux d'avoine.

contingent du département futde 586, dont 137 devaient être réunis au chef-lieu (1).

Les hostilités amenèrent aussi àTroyes un graud nombre de prisonniers de guerre, au printemps de 1799. Il y en avait toujours eu depuis 1794, et en 1797, ils étaient dans la situation la plus déplorable, manquant de paille pour se coucher, de bois pour se chauffer, d'argent pour se nourrir. Le département fit cesser un pareil état de choses, au nom de la loyauté et de Thonneur du gouvernement (2j. Les nouveaux prisonniers furent casernes aux Jacobins, et la garde nationale fut mise en réquisition permanente pour les garder. Libres de sortir dans la. journée, ils se répandirent par bandes dans la banlieue, commettant des vols et des dégâts dans les champs et dans les vignes. Comme on voulait leur faire rendre des paisceaux qu'ils avaient arrachés, ils s'y refusèrent, et le commissaire des guerres Berger, n'ayant pu leur persuader l'obéissance par ses discours , fit amener une pièce de canon pour les y contraindre (3). Les gardes nationaux furent munis de cartouches, et l'on prit des mesures de précaution qui empêchèrent un soulèvement, mais furent impuissantes à maintenir la discipline intérieure et à empêcher les évasions! Plus de trois cents prisonniers réussirent à s'échapper par le canal et par les jardins du cloître Saint-Etienne. Les officiers autrichiens, qu'on accusait de leur donner des conseils, furent

(1) Dél. dép. des 26 thermidor an vu et 11 frimaire an viii.

(2) Dél. dép. da 13 frimaire an v.

(3) Dél. mun. du 18 floréal an \u. Lettre de Milony du 19, Arch. de TAube, L. 956.

internés dans les chefs-lieux de canton. Tan^s qu'on renforçait lés clôtures des Jacobins, les gardes nationales étaient mises à la poursuite des fugitifs (1), qui se réfugiaient dans les bois, notamment dans la forêt d'Orient. Ceux qui restaient étaient difficiles à maintenir; ils se battaient entre eux à coups de couteaux et assaillaient les patrouilles avec des pierres. Ils furent transférés à rOratoire lorsque les bâtiments des Jacobins furent affectés au dépôt de remonte. Quatre cents prisonniers furent aussi logés aux Cordeliers,, quelque temps après la bataille de Zurich remportée par Masséna (2).

La guerre, imprudemment ravivée par le Directoire, attirait sur les armées et sur leurs chefs l'attention, la sympathie et parfois l'admiration du pays. La gloire, qui les entourait, contrastait avec le discrédit où étaient tombés les membres du gouvernement. Ils n'étaient d'accord ni avec euxmêmes, ni avec les Conseils, ni avec les administrations, et le Corps législatif viola le 30 prairial la Constitution de l'an m, que les directeurs avaient violée le 1 8 fructidor. Les administrations n'avaient plus confiance ni dans les membres, ni dans la forme du gouvernement ; elles témoignaient leur mépris pour ses principes dans les circonstances les moins importantes. L'arbre de la liberté planté Tannée précédente à Troyes n'avait pas prospéré; il était nécessaire de le remplacer. La municipalité ajourna à l'année suivante la plantation d'un nouvel

(1) Dél. dép. du 13 messidor an vu. Arch. de l'Aube, L. 30.

(2) Cbrr. et dél. muu. des G brumaire et 4 ventôse an viii.

arbre, par raison d'économie. Il s'agissait d'une dépense de 10 fr. Plusieurs citoyens se cotisèrent et firent planter un arbre, qui n'était pas de constitu- •tion plus vivace que les précédents. Le ministre, informé de la conduite de la municipalité, fut réduit à la blâmer et à déclarer qu'il y régnait le plus mauvais esprit (1).

Ce que le ministre François (de Neufchâteau) appelait un mauvais esprit se répandait de plus dans la ville et dans les campagnes. Des musiciens aveugles parcouraient les rues de Troyes en jouant le Réveil du Peuple; des aflSches manuscrites contre les Conseils étaient placardées sur les murs ; une proclamation au nom de Louis XVIII était trouvée à la porte du temple décadaire d'Ervy ; on signalait un chef de bataillon de la garde nationale pour avoir déclaré qu'il ne paierait ses contributions qu'au roi; les conscrits et quelquefois leurs officiers s'élevaient avec force contre le régime républicain (2). Le Directoire s'effraya des menées des royalistes, qui n'étaient point à craindre dans l'est, mais qui se soulevaient par bandes dans l'ouest et dans le midi. Il provoqua des mesures révolutionnaires contre les parents des émigrés et les nobles, en autorisant les administrations départementales à les prendre en otages en cas de troubles. L'administration de l'Aube n'eut pas à faire exécuter cette loi, qui eut soulevé l'indignation publique ; mais elle prescrivit, d'après la loi du 26 thermidor, des

(1) Dél. muQ. du 16 ventôse. Lettre du 30 germinal. Arch. de l'Aube, 2. 0. 397.

(2) Dél. dép. des 28 thermidor et 4 fructidor. Dél. mun. du 24 prairial. Placard manuscrit du 27 thermidor an vu. Arch. de Troyes.

visites domiciliaires et des mesures sévères contre les « machinateurs de contre-révolution. » Dans la soirée du. 7 fructidor, des ordres furent donnés pour établir un bataillon de piquet à Thôtel-deville, et faire faire des patrouilles dans les rues. Des perquisitions furent prescrites, et les colonnes mobiles en furent chargées ; Ton devait envoyer les émigrés arrêtés à la commission militaire de Dijon; et conduire à la maison d'arrêt de Troyes « les prêtres déportés, les embaucheurs, les égorgeurs et les brigands (1). » Ce fut le dernier acte de violence d'un gouvernement qui avait encore le pouvoir de rendre de pareils décrets, mais n'avait plus la force de les faire complètement exécuter.

Aussi ce fut sans surprise et sans regret que le 19 brumaire an viii (10 novembre 1799), on apprit à Troyes la chute de ce gouvernement et le nouveau coup d'Etat qui déchirait d'une manière définitive la Constitution de l'an m, en remettant le pouvoir exécutif à trois consuls, dont le plus illustre était le général Bonaparte. Les lois qui consacraient ce changement furent imprimées et placardées par ordre de l'administration départementale, qui se contenta d'y annexer la délibération par laquelle elle en ordonnait la publication, sans le moindre témoignage d'approbation ou de réserve. Quoique les députés de l'Aube, et notamment Courtois, eussent pris une part active aux événements qui venaient de s'accomplir (2), jamais mo-

(1) Corr. mun. du 7 fructidor. Dél. dép. du 8. Arch. de l'Aube, L. 30.

(2) Courtois fit plusieurs motions au Conseil des Anciens, entre autres sur le parti de Vétranger réuni àla faction de quelques agitateurs (m-8«), et fit imprimer son Opinion sur la Liberté de la presse, dans laquelle il

dification dans la forme du gouvernement ne fut accueillie avec plus de calme et d'indifférence, tant les passions politiques s'étaient émpussées, tant la France était lassée du gouvernement qu elle supportait depuis quatre ans ; et si, comme Tout dit la plupart des historiens, le coup d'Etat du 18 brumaire fut accueilli avec enthousiasme par les masses, ce ne fut que lorsqu'elles en eurent compris la .portée par l'appréciation de ses résultats. Comment aurait-on pu en comprendre au premier moment la portée, lorsque tous les échos rapportaient l'apostrophe indignée du général Bonaparte, disant au secrétaire de Barras : « Cet état de choses ne petit durer; avant trois ans, il nous mènerait au despotisme. Nous voulons la république assise sur les bases de l'égalité, de la morale, de la liberté civile et de la tolérance politique. » Tous lès partis avaient ainsi protesté de leurs intentions, et quand on annonçait au peuple français une Constitution basée sur le système représentatif, la division des pouvoirs, la liberté et l'égalité, on ne lui parlait point de principes nouveaux, puisque la Constitution de l'an m était assise sur les mêmes bases. Les administrateurs de l'Aube n'accueillirent pas moins avec satisfaction la Constitution de l'an viii, qui devait être profondément modifiée deux ans plus tard, mais qui, sui-

disait : « Quand on aura posé une bonne loi contre Texercice abusif des pieds et des mains, je croirai à la possibilité d'une bonne loi contre l'exercice abusif et criminel de \a presse. » La motion detourtois, sur le parti de rétranger, dirigée contre les terroristes, souleva de vives protestations. Le 16 brumaire, Courtois récita des vers en l'honneur de Moreau et de Bonaparte dans la fête qui leur fut donnée dans l'église Saint-Sulpice , convertie en temple de la Victoire. Moniteur.

vaut eux, substituait à un gouveruement provisoire un ordre de choses définitif et invariable (1).

Quelques jours après, les fonctionnaires prêtaient un nouveau serment à la République une et indivisible, fondée sur Tégalité, la liberté et le régime représentatif (2). A en juger d'après certains symptômes, rien ne semblait changé dans le gou- ' vernement. On défendait comme par le passé les actes extérieurs du culte (3). Les prêtres réfrac- . taires étaient encore reclus au Petit-Séminaire à la fin de janvier 1 800 (4). On poursuivait les habitants de Bayel qui avaient coupé l'arbre de la liberté de cette commune, et celui qu'on avait planté l'année précédente à Troyes, « ayant péri naturellement, d on en plantait un nouveau solennellement, au milieu de salves d'artillerie (5). Cependant des modifications essentielles étaient introduites, non-seulement dans la forme du gouvernement, mais dans ses principes. En inscrivant leurs noms sur les registres destinés à contenir les adhésions à la Constitution de Tan viii, les citoyens avaient abdiqué leur souveraineté. Ce fut le Sénat, en majorité nommé par les consuls, qui désigna les membres du tribunat et du Corps législatif; Bosc, Courtois et Ludot firent partie du premier de ces corps; Lerouge et Mennessier du second. Le pouvoir exécutif, en recouvrant le droit de nommer les admi-

(1) Arrêté du 26 frimaire an viii.

(2) Dél. mun. du 6 frimaire an viii.

(3) ûél. dép. des 8 frimaire et 26 nivôse an viii,

(4) Requête des prêtres en réclusion , du 9 pluviôse. Arch. de l'Aube, V. 4039.

(5) Dél. mun. des 3 et 9 pluviôse an vin.

LE REPRÉSENTANT SIMON DANS l'aUBE. 505

nistrateurs et les juges, ressaisissait la force et Tinfluence qu'il avait perdues en 1790. La souveraineté du peuple ne s'exerça plus directement par Télection; comme sous l'ancienne monarchie, et d'une manière même plus complète qu'à cette époque, le pouvoir central fut le seul dispensateur de toutes les fonctions publiques.

Un mois après le 18 brumaire, le représentant Simon fut délégué dans l'Aube par les consuls avec le pouvoir de modifier, ou, comme on l'aurait dit naguères, d'épurer l'administration. Deux membres du département, Duval et Bourotte, furent destitués, sous le prétexte qu'ils n'étaient pas d'accord avec lenrs collègues, et que l'esprit public ne pouvait se constituer qu'autant qu'il y aurait parfaite unité de vues entre les membres d'une même administration. Ils furent remplacés par Vernier fils, officier municipal à Troyes, et Bertrand, commissaire à Arcis. L'administration, ainsi renouvelée, nommapour président Raverat(l), qui était resté à la tête du département pendant la Terreur, qui avait renié son caractère sacerdotal, et qui adhérait à un coup d'Etat destiné à renverser la République et à rétablir officiellement l'exercice du culte.

Le représentant Simon destitua les administrateurs du cg,nton d'Auxon, et certains commissaires de canton, parce qu'ils avaient, selon lui, des principes exagérés. La municipalité pourvut elle-même aux vacances, qui se produisirent dans son sein par ' la nomination de Vernier au département et par la

(t) Dél. dép. du 19 frimaire an Yiii.

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