MODIFICATIONS ADMINISTRATIVES
cité administrative, soit avant, soit pendant la Révolution (1).
Les mêmes principes de sage politique présidèrent à la composition delà municipalité de Troyes. Debilly fut nommé maire (2) ; ce fut le préfet qui désigna les membres du nouveau conseil municipal (3). Les tribunaux subirent aussi d'importantes modifications. Parisot fut rappelé à la présidence du tribunal criminel ; Legeste fut chargé de la présidence du tribunal de première instance, où les fonctions du ministère public furent confiées à Sissous.
De nombreux fonctionnaires furent écartés des affaires. Leur ambition cependant était modeste ; le commissaire national près du canton, l'ancien conventionnel Bonnemain, se faisait recommander pour une place de commissaire de police ou de juge (4). La municipalité demandait aussi au préfet
(1) Le conseil général fut ainsi composé : Berthelin-Fromageot, Paillot de Loynes, Ayal, Berthelin, Rivière, Audrienne, Geslin, Gaperon, Rayerat, Bluget-Valdenuit, Pierret, Bossaiicourt, Charton, Quillard, Labriffe et Guerrapain. Les premiers conseillers de préfecture furent Loiselet, Ruotte et Oudan. Gayot fut nommé secrétaire général. On appela au conseil d'arrondissement Morard-Labayette, Ducbâtel-Bertbelin, Vernier, Doé, Rousseau de Chamoy, Berthelin de Rosières, Huguenin^ Patris, Philippe^ Colarey et Gharmentier.
(2) Il fût installé le 30 floréal, mais bientôt remplacé par Paillot de lioynes. Darnuet et Bonamy furent nommés adjoints.
(3) Dél. mun. du t*' floréal an viii. Les membres du conseil nommés à cette date furent Gervaîsot-Viard, Debure, Joffroy-Gcny, J. Savin, Scrqueil, Hardy, Boilletot-Bourgeois, Chanoine, Dbuyelle, Gillain-Gharpy, Paynliamuét, Tbomassin-Thomassîn^Deheurle, Coquet-Delalain , Gochois aîné, Hervé, Cousin, Payn, Truelle-Lemàire, Doé père, ex-payeur général, Descolins, ingénieur en chef, Desjardins-Berthelin, Berthelin-Fromageot, Angenoust-Sutaine, Guéry, Roblot-Manchin, Fontaiue-Moreau, Geoffrin, Piot de Gourcelles, Bouquot, médecin.
(4) Ant.-J.-Th. Bonnemain devint président du tribunal d'Arcis,
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de nommer commissaire de police à Troyes le président du tribunal civil du département Gonthier. Si quelques-uns des hommes qui avaient joué un rôle pendant la Révolution poursuivirent avec honneur leur carrière, d'autres végétèrent en remplissant des fonctions modestes, ou rentrèrent dans l'obscurité.
Ce fut le sort de Blampoix, lorsqu'à la suite du Concordat le siège épiscopal de Troyes fut donné à Marc-Antoine de Noé, ancien évêque de Lescar, qui fut installé le 30 mai 1 802, au milieu des témoignages d'une satisfaction générale j[1}. L'ancien évêque Louis de Barrai avait pris une part active au succès des négociations qui eurent lieu entre le premier consul et le pape, en engageant ses collègues à donner leur démission (2). Il la donna luimême le 5 octobre 1801, et fut appelé au siège de Meaux, puis à l'archevêché de Tours. Blampoix se soumit, renonça à son titre épiscopal, et après avoir été curé d'Arnay-le-Duc, se retira à Mâcon, sa patrie, où il mourut en 1 820 (3).
En deux ans, l'ordre administratif et religieux
exerça les fonctions jusqu'en 1813. Il est l*auteur de divers écrits politiques, entre autres les Chemises rouges, ou Mémoires pour servira, l'histoire du règne des anarchistes. 1799, 2 vol. in-S».
(1) Installation de M. de Noé, évêque de Troyes, et discours qui ont été prononcés pendant cette cérémonie. Mallet , an x , in-8* de 32 p.
(2) Louis de Barrai publia à cette occasion diverses brochures, telles que Sentiment de M. VEvêque de Troyes, résidant à Londres, sur la légitimité de la promesse de fidélité. Londres et Paris, 1800, in-8* de 120 p. — Lettre de M. VEvêque de Troyes à Charles Butler, 1801. — Lettre de M. VEvêque de Troyes à MM. les Vicaires-généraux de son diocèse. Paris, 1801, in-S** de 21 p. Il y annonce sa démission.
(3) Il était né en 1740. La France pontificale, par«FiSQUET. Diocèse de Troyes, p. 91.
avait été rétabli dans le département de TAube. La République n'existait plus que de nom ; la liberté politique était supprimée, et n'inspirait que de rares regrets. Tout était prêt pour l'Empire.
Tel était le résultat d'une Révolution, qui, après avoir proclamé les plus nobles principes, après avoir voulu le bien de l'humanité et la liberté, aboutissait, après dix ans d'agitation, de violence et de malaise, au pouvoir d'un homme extraordinaire, qui devait faire acheter à la France par le despotisme et la guerre l'ordre et la gloire qu'il lui apportait. La République, dont la constitution avait été violée successivement par le Directoire et par les Conseils, succombait sous le poids de la force des choses. Elle s'était établie par la violence; elle périt, comme presque tous les gouvernements, par ses propres fautes. La période de la violence avait été terminée le 9 thermidor; depuis cette époque, le pays, épuisé par les factions qui l'avaient asservi, ne sait point, en reprenant possession de lui-même, se montrer à la hauteur de ses droits et de ses devoirs. Il n'a point confiance dans les pouvoirs législatif et exécutif, et les pouvoirs n'ont point confiance en lui. De là, ces divisions, ces actes arbitraires, cette anarchie administrative, qui se manifestent à Troyes comme ailleurs. Les efforts que tente le parti de la modération témoignent de sa vigueur et de sa prépondérance ; ils sont combattus à diverses reprises par le gouvernement, dont la mission était de les faire respecter. Toutes les révolutions et tous les coups d'Etat furent accueillis sans protestation; mais chacun de ces changements produisait de grands maux, en ébranlant la foi po-
litique des citoyens, et en les préparant à tout subir et à tout accepter.
La chute de Robespierre avait ouvert à Troyes les prisons et rétabli la liberté individuelle. La mission d'Albert remit Tordre et la dignité dans les administrations; elle rouvrit les églises; elle acheva de réparer les maux de la Terreur, et en condamnant ses excès, elle donna satisfaction à Topinion publique, qui, toutes les fois qu'elle ayait pu se manifester, leur avait été contraire. La journée du 1 3 vendémiaire rendit aux révolutionnaires une partie de leur audace ; appuyés par les commissaires nationaux nommés par le Directoire, ils luttèrent avec des alternatives diverses contre le parti modéré qui l'emporta partout dans les élections de l'an iv. Leur influence fit annuler la nomination de la municipalité ; il en résulta des conflits entre les administrations et des protestations tumultueuses, dont la plupart eurent lieu au théâtre. Les modérés triomphèrent aux élections de l'an v. Mais rien ne fut changé dans l'esprit du gouvernement et de ses agents directs. Les modérés, sentant que l'opinion publique leur était favorable, redoublaient d'attaques contre eux, lorsque le coup d'Etat du 18 fructidor éclata. On revit alors au pouvoir des hommes imposés par le gouvernement à des citoyens qui les avaient partout écartés des fonctions électives. L'unique préoccupation de ces fonctionnaires fut de chercher à faire prévaloir les formes et les principes d'une république exclusive. Impuissants à remédier à l'anarchie qui s'étendait partout, ils mettent leur suprême ambition à proscrire l'ancien calendrier, à poursuivre la destruc-
tion des églises, à faire célébrer des fêtes décadaires. C'est à peine si Ton proteste contre eux, car ils ont supprimé la liberté de la presse, et la résistance que Ton essaie de leur opposer aux élections de Tan vi, amène des scissions qui sont un nouveau témoignage du désarroi dans lequel se trouvent les esprits. L'influence révolutionnaire qui domine est à la fois incapable de fonder et de détruire. La réaction se fait d'elle-même, mais incomplète et inconsciente, et se manifeste dans les élections de l'an vu; mais elle ne sait ni où elle tend, ni ce qu'elle veut, ni ce qu'elle peut. La France n'estime plus la République, elle n'estime plus les prêtres constitutionnels, mais elle n'est pas capable de revenir d'elle-même à la monarchie et à l'unité de l'Eglise. Elle n'a plus confiance même en la liberté, et elle est prête à abandonner, à qui saura la prendre, l'administration de ses propres affaires, qu'elle se reconnaît désormais impuissante à diriger elle-même.
C'est ainsi qu'au point de vue de la décentralisation et de la liberté politique, la ville de Troyes, comme les autres villes de France, après avoir tout désiré, tout obtenu, tout exercé, abandonna tout. Le régime administratif de 1800 fut semblable à celui de 1786, avec cette dififérence toutefois, c'est qu'alors le pouvoir central était tempéré par des influences locales et des corps privilégiés, tels que la magistrature, et qu'en 1800, l'égalité, mais l'égalité sans la liberté, ne mettait aucun obstacle à l'exercice de ce pouvoir.
A la suite des grandes crises, on en ressent parfois les maux avant d'en éprouver les bienfaits. Si
le sort des habitants des campagnes s'était amélioré, si le nombre des propriétaires avait augmenté parmi eux, si Ton constatait dans les villages, avec plus d'aisance, la construction de maisons nouvelles et l'agrandissement des anciennes, il n'en était pas de même dans la ville (1). L'industrie de Troyes était en décadence, et comme la prospérité de ses habitants est liée à celle de son commerce, la richesse et la population avaient en même temps diminué (2).
Les habitants de Troyes avaient cependant atténué par leur sagesse quelques-uns des effets funestes de la Révolution. Ce fut leur honneur de rester fidèles, sauf de rares et déplorables exceptions, aux sentiments de modération et d'humanité, dont les peuples ni les citoyens ne s'aJBfranchissent jamais impunément. Quels bienfaits n'auraient-ils ■pas recueillis du mouvement de 1789, si ce mouvement eût demandé à l'expérience, au temps, à la liberté vraie, les progrès nécessaires et les réformes justes qu'il a poursuivis par la violence et par l'application de théories absolues I Quelles déceptions n'eussent pas évitées les hommes de cette époque, si, conformant leurs actes à leurs principes, ils n'avaient pas agi contre les traditions et les instincts du pays, et contre les lois éternelles de la morale et de la raison! C'est la preuve consolante
(1) Mémoire sur la statistique,.. j9. 31 et 32.
(2) Voir mon travail sur la Population de Troyes au XVIW siècle. Annuaire de l'Aube, 1874. La diminution de la population, moins considérable qu'on ne le pense, avait été de 1790 à 1800 , de 2 à 3,000 âmes. Nous croyons qu'à cette dernière date, la population de Troyes ne devait pas être inférieure k 25,000 âmes.
d'une justice divine dans les choses humaines qu'il est impossible d'en violer ouvertement les règles, et de rien fonder de durable en dehors. Selon qu'elle s'est écartée ou rapprochée de ces règles, la Révolution de 1789 a été salutaire ou funeste; le bien qu'elle a suscité défend de la maudire; le mal qu'elle a accompli interdit de l'exalter; et si l'on peut en étudier les actes, si l'on peut en signaler les effets immédiats, l'ébranlement qu'elle a causé à la France ne permet pas encore aujourd'hui d'en juger avec une complète certitude les résultats définitifs.
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