ASSEMBLÉE ÉLECTORALE
mais incontestable. Des témoins autorisés l'attestent (1). Dans l'Aube, ces sentiments ne se manifestèrent, aux mois d'octobre et de novembre 1 792, que par des couplets et par des chants. Pendant l'assemblée électorale du département, qui s'ourrit, le 1 1 novembre, à Arcis, et qui fut présidée par Lalobe, un des électeurs, sans doute sous l'influence de ce « favori d'Euterpe, » après avoir dit que, dans tous les temps, le caractère des Français les avait portés à égayer leurs travaux par des chants, proposa de chanter l'hymne patriotique des Marseillais pendant le dépouillement du scrutin. Cette motion fut applaudie, et « l'hymne, dit le procès-verbal, fut chanté joyeusement par les assistants. » A la fin de cette assemblée, qui dura du 11 au 16 novembre, les électeurs envoyèrent à la Convention l'adresse suivante, qui exprimait, dans un langage concis, les vœux et les espérances du moment :
« Nous ne voulons plus de rois, dirent les électeurs de l'Aube; vous les avés anéantis.
» Nous voulons être libres; vous avés proclamé la République.
» Nous voulons être un peuple de frères, d'amis ; vous avés décrété l'unité, l'indivisibilité de la République.
» Nous voulons actuellement une bonne constitution. Hatés-vous de nous la donner (2). »
(l) Vues sur le gouvernement de la France, par le duc de Broglie. Introd. p.xLvii.
(?) Procès-verbal de TAssemblée électorale de 1792. Archives nationales, F. 1, c. 3.
En attendant cette bonne constitution, les électeurs procédèrent au renouvellement intégral des corps administratifs et judiciaires. La Convention, en le décrétant le 13 octobre, avait eu pour but de faire écarter des fonctions publiques tous ceux qui avaient donné des preuves d'attachement à la monarchie. Elle modifia en même temps quelquesunes des prescriptions de la loi électorale de 1790. L'éligibilité fut accordée à tous les citoyens, âgés de vingt-cinq ans, pourvu qu'ils ne fussent ni domestiques ni mendiants. Les membres du directoire devaient être nommés désormais au scrutin de liste simple par les électeurs, et non par les administrateurs ; le second tour de scrutin fut supprimé. Sans aller aussi loin que Billaud-Yarenne, qui demandait l'abolition des tribunaux comme excitant à l'anarchie, la Convention décida qu'il ne serait plus nécessaire d'exercer la profession d'homme de loi pour être éligible aux fonctions de la magistrature. Il semblait que sous un régime qu'on regardait comme fondé sur le droit naturel, il fût inutile de connaître la loi pour l'appliquer.
Les électeurs de l'Aube furent plus sages que la Convention; ils réélurent, presque à l'unanimité, Parisot et Sevestre, l'un comme président du tribunal criminel, l'autre comme accusateur public auprès du même tribunal (1). Deux des juges du tribunal du district de Troyes furent également conservés (2), et si l'on changea les juges de paix
(1) Parisot eut 309 voix sur 338; Sevestre 285 sur 350. Arch. nationales.
(2) n fut ainsi composé par les électeurs du district : président : Cor-