‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 54 sur 351 · ARRÊTÉ SUR LES DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

ARRÊTÉ SUR LES DOMESTIQUES

particulier de conserver à son service des domestiques mâles non mariés, ou âgés de moins de cinquante ans, à l'exception des charretiers, voituriers et garçons de magasin. Tous ceux qui ont moins de cinquante ans, disait l'arrêté, devront se retirer à la campagne, ou s'ils veulent rester en ville pour exercer un métier, quitter le domicile de leur maître. L'arrêté fut envoyé à la Convention pour recevoir l'autorisation nécessaire à son exécution, et en même temps adressé à toutes les communes, pour en faire adopter les dispositions aux citoyens (1). La présence de Fouché, le désir de témoigner un zèle révolutionnaire et de faire oublier des sympathies mal dissimulées pour la cause des Girondins, avaient sans doute porté l'administration du département à prescrire ces mesures vexatoires, qu'aucune loi ne la forçait de prendre.

La domesticité était regardée comme une institution du passé, et à cette époque on voulait détruire tout ce qui en rappelait le souvenir. Pour célébrer l'anniversaire du 10 août, on brûla, au pied de l'autel de la Liberté et au son de la musique militaire, un monceau énorme de titres féodaux et de privilèges supprimés, tirés des archives des districts et des maisons d'émigrés. La bannière de la fédération de 1790, que le département et la municipalité s'étaient si vivement dis-

16 à 45 ans, seront renvoyés dans le délai de trois jours, sous peine de 300 liv. d*amende contre les citoyens qu'ils servent. Arch. de TAube, L. 1435.

(1) Arréié du 12jttUlet 1793. Arch. de TAube, L. 31. Il ne fut envoyé à la Convention que le 24. Id., L. 313.

puté, fit partie de ce qu'on appelait un aulo-da-fe de royalisme et de féodalité (1). On confondait dans une même passion de destruction l'ancien régime et le régime établi par l'Assemblée nationale de

Ce fut pendant cette fête, où l'on anéantit des titres dont la perte est irréparable pour les études historiques, que l'on apprit le passage prochain de la garnison de Mayence. Tout se réunissait pour rendre la situation plus sombre. Nul n'était certain de sa liberté ; la levée en masse allait enlever à leurs familles tous les jeunes gens valides ; le travail était rare, et pour comble de malheur, une disette de jour en jour plus grave ajoutait ses maux à tous ceux dont la population était accablée.

Nous avons vu quelles inquiétudes avait causées, dans l'automne de 1792, la pénurie du marché; cependant la disette ne s'était fait sentir qu'après l'hiver. On lui assignait diverses causes : les acquisitions et les réquisitions nombreuses faites pour le compte des armées, la dégradation inévitable des chemins, les lois sur la libre circulation des grains (2). En même temps, les bestiaux devenaient plus rares et plus chers. La guerre, la consommation des soldats, renchérissement des fourrages.

(1) Journal du Département du 14 août 1793. Cette fête est appelée fête de la Fédération. Quelques jours auparavant, la Société populaire avait fait planter sur la tour Saint-Pierre un nouveau drapeau pour remplacer celui qui avait été élevé Tannée précédente à grands frais, et qu'un ouragan avait emporté. Registre de la Permanence, 1*' août. Arch . de Troyes.

(2) Assemblée des trois corps adm. du 28 février 1793. — Proclamation des 1" et 16 mars. — Arch. de l'Aube, L. 6 et 16. Les levées extraordinaires ont enlevé, dans l'Aube, plus de 16,000 quintaux.

les pluies continuelles de l'automne et de l'hiver, qui avaient fait périr une quantité prodigieuse de moutons, avaient amené cette diminution dans le nombre des bestiaux (1). L'administration, pour remédier à la disette, s'adressa à la Convention. Le ministre lui accorda, au mois d'avril, un mandat de 4,000 quintaux de blé à prendre au Havre, et ordonna de cesser les achats de grains pour l'armée dans le département. Ces mesures étaient insuflBsantes ; on eut recours aux procédés restrictifs, qu'avait employés l'ancien régime, avant que Turgot et Necker eussent fait prévaloir leurs doctrines, et qu'on avait un instant fait revivre en 1 789. L'administration, subissant l'influence d'une doctrine économique dont on devait bientôt éprouver les déplorables effets, et se conformant à un récent décret de la Convention, fixa, le 10 mai, le maximum du prix des grains (2).

Cette décision n'était pas de nature à ramener l'abondance sur les marchés (3) , d'autant plus qu'à la suite d'une forte gelée, qui eut lieu le 31 mai, la récolte des seigles fut presque nulle. Des détachements de gendarmerie et de garde nationale furent envoyés dans les cantons pour faire des réquisitions; des visites domiciliaires furent prescrites

(1) Correspondance municipale da 29 mai. Arch. de Troyes.

(2) On dut vendre le froment 6 1. le boisseau de Troyes (23 litres 31 centilitres); le seigle, 3 1. 7 s. 6 d.; Forge, 2 1. 14 s. 6 d. Ce prix devait être réduit d'un dixième le 1*' juin, d'un vingtième le 1*' juillet et d'un quarantième le 1*' septembre. Le 29 juillet, on fixa le maximum de Tavoine à 2 1. 2 s. 6 d., attendu que divers propriétaires préféraient donner de l'orge et même du seigle à leurs bestiaux, afin de vendre leur avoine très-cher. Arch. deTAube, L. 15.

(3) Le marché du 6 juillet fut nul. Gorr. municipale.

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