‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 70 sur 351 · ARRIVÉE DE ROUSSELIN · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE ROUSSELIN

garde, qui, composée d'hommes saris scrupules, était disposée à exécuter aveuglément les mesures les plus rigoureuses. Garnier avait fait observer que c'eût été un déshonneur pour les Troyens de faire venir une force étrangère, et les avait engagés à organiser un corps révolutionnaire de deux cents hommes tirés de la garde nationale sédentaire (1). Rousselin lui-même crut utile de se disculper de Tappui de Tarmée révolutionnaire, en disant que c'était avec les sans-culottes de Troyes seuls qu'il ferait la révolution ; mais il se garda bien de donner contfe-ordre au détachement qu'il attendait, et lorsque celui-ci fit son entrée en ville, il lui offrit un repas civique, dans lequel on but 250 bouteilles de vin (2).

Ce fut le i 5 novembre 1 793 que Rousselin arriva à Troyes. Il se rendit immédiatement à la Société populaire, où, après avoir parlé de l'armée révolutionnaire, il s'écria : « Je suis venu par le peuple pour les sans-culottes, je ne ferai rien que par les sans-culottes de Troyes. » La Société applaudit à cette déclaration, et engagea Rousselin à s'environner du comité révolutionnaire « pour y puiser les lumières dont il avait besoin dans un pays qui lui était tout à fait étranger (3). »

(1) Séance du conseil général permanent du 5 brumaire an ii. Arch. de TAube, L. 31.

(2) Déposition des époux Haillot. Arch. de l'Aube, L. 1591. Le receveur du district paya, le 23 frimaire, sur un mandat de Rousselin 1,000 1. pour « dépenses de vin distribué le jour de l'arrivée des frères de l'armée révolutionnaire et repas civique. » Id., L. 1509.

(3) Rapport de la mission d'Alexandre Rousselin, commissaire civil national du comité de salut public... , à Troyes, département de VAube, sur ses opérations dans cette commune et sur les troubles qui y ont existé. — Imp. Garnier, in-S" de 51 p.

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Rousselin alla le même jour au comité. Ce fut la seule autorité avec laquelle il se mit en rapport; c'était la seule qui ne tînt pas ses pouvoirs de l'élection. Il y indiqua les mesures qu'il comptait prendre pour Tépurement des autorités, Tarrestation des suspects, la suppression des prêtres, la fermeture des églises, l'enlèvement des objets précieux qu'elles contenaient (1). Ces mesures furent approuvées par les membres du comité, qui espéraient obtenir de Rousselin une partie des places de l'administration, dont les titulaires seraient destitués.

Pour achever l'œuvre de destruction qui, aux yeux des Jacobins, devait compléter la Révolution, il fallait achever d'anéantir la religion, l'autorité, la richesse ; et par conséquent frapper les prêtres, destituer les administrateurs, spolier les riches; les premiers accusés de fanatisme, les seconds de modération, les derniers d'égoïsme et d'accaparement. Rousselin accomplit cette triple tâche avec autant de vigueur que de promptitude, en employant les moyens d'intimidation que lui fournissaient ses pouvoirs illimités. Ce fut par le clergé qu'il commença.

Le clergé constitutionnel avait continué de remplir ses fonctions et de toucher ses traitements depuis le 10 août et après le 31 mai. Les pensions des anciens bénéficiers et des ci-devant religieuses avaient aussi été régulièrement payés (2). Cepen-

(1) Précis des opérations du comité. Arch. de TAube, L. 1502.

(2) Uu état de juillet indique, outre Tévêque, les vicaires épiscopaux, les curés et vicaires de Troyes, Gl curés dans le district, dont le traitement

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