‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 91 sur 351 · CONFISCATION DE L ARGENTERIE · texte numérisé non relu

CONFISCATION DE L ARGENTERIE

viendraient leur en faire la demande. Il est vrai que le comité recula devant Texécution d'une injonction aussi inique; il rapporta l'arrêté qu'il avait pris à ce sujet, mais ce fut pour ordonner aux orfèvres de dénoncer les pièces d'argenterie qu'on leur apporterait, afin d'en faire disparaître les signes de féodalité (1). On espérait ainsi par un moyen détourné et non moins odieux arriver à la confiscation qu'on convoitait.

Dès le lendemain, les visites domiciliaires furent faites, et donnèrent lieu aux actes les plus iniques. Non-seulement on saisit toute l'argenterie armoiriée, les jetons, les pièces d'or et d'argent (2), mais on s'empara, chez plusieurs particuliers, notamment chez les frères Dessain, de couverts d'argent, parce qu'ils étaient poinçonnés à la fleur de lys. Les frères Dessain réclamèrent; on en référa à Rousselin, qui demanda s'ils étaient riches, et qui, sur une réponse affirmative, trancha la question en disant : « Alors, prenez toujours ce que vous trouverez. » Les membres des sections avaient plus de scrupules; l'un d'eux, Lavocat, donna un reçu aux frères Dessain, et voulut obtenir une décharge du comité révolutionnaire. On la lui refusa; il s'emporta, et fut soutenu par Loncle, qui déclara que cette saisie constituait un vol manifeste. On fit taire Lavocat, en le menaçant d'incarcération (3).

Ailleurs, on voulut prendre pour des armoiries

(1) Arrêtés des 13 el 14 frimaire. Précis.

(2) Etat de l'argenterie armoiriée qui a été saisie par le comité révolutionnaire chez les particuliers. Imp. à Troyes, chez Mallet. Placard.

(3) Dépositions Àubry, Lavocat, Baillât, devant le comité révolution-

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des emblèmes gravés sur des pièces d'argenterie. Michel Semilliard avait une aiguière très-ancienne, dont on lui avait offert 800 liv. L'orfèvre, qui l'avait faite, la destinant à sa fille qui s'appelait Rose, l'avait ornée de trois roses. Un membre du comité révolutionnaire déclara l'aiguière de bonne prise, et l'emporta sans en donner aucun reçu. Le refus de reçu était fréquent. On n'en donna aucun à un vieillard de 86 ans, auquel on enleva 24 liv. en écus; ailleurs, on prit des flambeaux et des jetons à reflBgie des derniers rois. Chez l'épicier Belhure, on cassa un moule en faïence parce qu'il était fleurdelysé, et l'on emporta un gobelet d'argent (1). La municipalité s'allia au comité révolutionnaire pour ordonner des confiscations. Elle enjoignit de lui apporter, dans les vingt-quatre heures, toutes les armes, fusils, baïonnettes, pistolets, sabres, couteaux de chasse, épées, cannes à épées, fleurets et piques, sur lesquelles se trouveraient des signes rappelant la féodalité ou les anciens tyrans. Toutes celles qui paraîtraient utiles pourraient être confisquées. Il était enjoint en outre aux gardes nationaux de supprimer sur-le-champ leurs boutons aux armes de Troyes, et sur lesquels était ins* crite l'ancienne devise de 1789 : La nation, la loi et le roi. Ceux qui ne se conformeraient pas à ces ordres devaient être déclarés suspects (2). Les agents du comité allèrent plus loin ; ils arrachèrent

naire, le 23 ventôse an m. Arch. de l*Aube, L. 156i. Les couyerts de Dessâin ne figurent pas dans l'état imprimé. Ils furent sans doute restitués.

(1) Registres des comités de surveillance. Dépositions. Arch. de TAube, L. 1502, 1523, 1564.

(2) Arrêté du 24 frimaire. Proclamation du 25. Imp. Arch. de Troyes.

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