SECTION QUATRIÈME
Quartier d’Hiver. — Zoungâr; — Yuuse. , Kisser; — Sous, Sahabyl, Monastyr, Cemptah ; — Agour, Toboulbah, Demâs, Djoury ; — Mahadyah ; — Djerby ; — Qayrouân, Spaytiah, ïrouzzah, Qassaréyn. — Beledèl-Djeryd, Tozer, Sebkhat êl-Aoudyah, — Megs , êl-Hammah ; — Tribus arabes. *-
Le Quartier d’Hiver comprend toutes les contrées de la Régence situées au midi du Quartier d’Été : toutes les parties que j’en ai vues sont bien loin d’être maintenant aussi fertiles que l’ont dit les anciens : celles qui sont le long des côtes delà mer sont en général sèches et sablonneuses, même dans les cantons réputés les meilleurs; l’intérieur des terres ne vaut guère mieux que ces rivages stériles.
A l’exception des plaines qui sont arrosées par la Défaylah, le Derb, et le Hattaab, on ne trouve que des forêts et des montagnes depuis Zoungâr, dans les cantons à'Ouselét, de Trouzzah, de Spayttah, de Qassaréyn, en tournant à l’ouest-nord-ouest, dans la direction du santon de Sydy-bou-Gannim , jusqu’à Hydrah et aux frontières de l’Algérie.
Le territoire qui avoisine Qayrouân est en général bas et marécageux , et en hiver les eaux stagnantes y forment fréquemment des lacs et des sebkhâs (1) qui se dessèchent à peine dans les plus grandes chaleurs de l’été.
Depuis le territoire de Ghilmah jusques aux bords de la rivière Akroud, on ne rencontre qu’un labyrinthe irrégulier de collines et de vallées, qui n’est pas beaucoup plus favorable à la fertilité que les terrains qui bordent la mer.
Au-delà des montagnes de Qassaréyn, jusqu’à Ferréanah et aux frontières du Salir â, on a à traverser une vaste plaine, stérile et sans aucune espèce d’habitation ou de culture ; cette plaine est longée de chaque côté par deux chaînes de hauteurs peu considérables, mais qui, à droite et à gauche, bornent l’horizon d’une manière désagréable.
Le pays est aride et inculte jusques à Kapsah, et à Djeryd, la vue y étant
(i) Voyez sur la signification du mot Sebkâ, ou Sebkhah, ci-dessus la note i de la page i2.
également bornée à quelque distance par des montagnes, dont la chaîne s’étend au sud-est jusqu’à Djebel-Ha deffan , et à un grand lac qu’on appelle Sebkhat-él-Aoudyéh : une autre branche de cette chaîne se dirige à perte de vue vers lesud-ouest, le long d’immenses marais salants, et paraît être une continuationd’une des ramifications de l’Atlas (2).
La partie limitrophe du Sâhrâ qui passe pour être une des dépendances de la Régence ne le cède en horreur à aucune autre portion de ce vaste désert, et justifie bien réellement ce qu’en disait le Tasse :
. Addientro solo
Fertil di mostri, e d’infeconde arene. (3).
C’est ordinairement de Herklah (4) ue l’on part pour s’enfoncer dans les istricts du Quartier d’Hiver : en sortant de cette ville on suit la direction de l’ouest, 'un peu inclinée vers le sud, et l’on arriveà Zoungâr, l’ancienne Zacchara, dont j’ai déjà dit quelques mots cidessus (5).
La petite ville de Zoungâr est, comme nous l’avons vu , à six lieues environ (24 kilomètres ) au sud de Z«ghouân : elle faisait partie de l’ancienne Byzacène, et maintenant c’est le point le plus septentrional de la division du Quartier d’Hiver. Elle est remarquable par ses eaux abondantes et son grand tem pie, semblable à celui de Zaghouân; mais ses environs , ses ruines et son temple même, sont couverts d’une forêt de chênes verts tellement épaisse, qu’il est très-difficile de pouvoir y pénétrer.
Le temple de Zoungâr, à en juger par quelques débris d’ornements qui subsistent encore, paraît avoir été d’ordre corinthien , et avoir été, comme celui de Zaghouân, recouvert d’une coupole :
il renfermait trois niches , placées immédiatement au-dessus de la fontaine , et qui étaient sans doute destinées à recevoir autant de statues de Nymphes , Naïades ouNapées, qui présidaient à ces sources.
(a) Les Maures donnent à l’Atlas le nom de Deren, d’où le pays de Derne a pris sa dénomination, ou celui de êl- Djebel, c’est-àdire la montagne par excellence. (J. J. M.)
(3) Tasso, Gerus. lib. canto XV.
(4) Voyez sur Herklah, ci-dessus, page 35.
(5) Voyez ci-dessus, page 9.
TUNIS
, Cependant Vitruve (1) nous apprend que les anciens regardaient comme divinités protectrices des fontaines Vénus, Flore et Proserpine, et que l’ordre corinthien était ordinairement préféré pour la construction des temples qui leur étaient consacrés : rien n’empêcherait alors de croire que ce temple était dédié à ces trois déesses; et ce qui semblerait confirmer cette hypothèse , [c’est l’inscription suivante qu’on lit encore sur la frise du portail :
. PRO; SALVTE CAESARIS APHRODISI1 (2)
TOTIVSQVE DIVINAE DOMVS EIVS
CIVITÀS ZVCCHARA FECIT ET DEDICAVIT.
A cinq lieues (20 kilomètres) au sudouest de Zoungâr sont les ruines de Yousef ; c’est là qu’est la source de la Chilianah, qui, après avoir traversé et fertilisé les vallées de Bessous , de Tougj7«/ietde Toubersok, à l’ouest, va se jeter dans la Medjerdah, à peu de distance de Testourah.
A trois lieues ( 12 kilomètres ) au sudouest des ruines de Yousef, on rencontre d’autres ruines, celles de Bisser (l’ancienne Assuras, ou Assuras) , puis celles à'Hyblah, presqu’à la même latitude que Kisser, dans une vallée étroite qu’arrose un ruisseau.
Ces dernières ruines sontles plus remarquables que l’on trouve dans cette partie de l’ancienne Byzacène ; on y voit des pans de murailles encore debout, le pavé entier d’une rue, des autels, des tombeaux de toutes formes , assez bien conservés : les uns ronds, les autres octogones ; les uns soutenus par des colonnes, les autres carrés et massifs ; mais la plupart des inscriptions que portaient ces sépultures ont été détruites soit par le temps , soit par les Arabes.
Au milieu de ces ruines , le monument qui frappe d’abord les yeux plutôt par sa masse que par sa beauté, est un grand arc de triomphe portant l’inscription suivante en caractères de près d’un pied ( 30 centimètres) de dimension :
1MP. CAES. L. SEPTIMIO SEVERO PERTINACI AVG. P. M. TRIE. POT. III.