VIXIT ANN. XXXV. CV
FORTVN ATVS ET MARC1A PARENTES KARISSIMO MEMORIAM FECERVNT.
Si de Spaytlah on se dirige à l’estsud-est, après une marche d’environ six lieues (24 kilomètres), on arrive à Djelmah, ou Guelmah, l’ancienne Cilma , ou Oppidum Chilmanense : on y voit un assez grand nombre de ruines, et entre autres celles d’un temple antique.
S’il fallait en croire les traditions des habitants, le nom moderne de cette bourgade, au lieu d’être simplement la corruption du nom sous lequel elle était désignée par les Romains, tirerait son origine d’un miracle qui y aurait été opéré par un de leurs saints marabouts.
(2) Qassareyn signifie en arabe les deux châteaux , les deux forteresses. (J. J. M.)
TUNIS
Suivant cette légende, les eaux de la rivière de Spaytlah s’étant perdues dans les sables, comme nous l’avons vu ci'dessus (1) , le saint vint à bout de les faire reparaître à Djelmah , et chacun , dans l’admiration d’un tel miracle, s’écria : Djâ-et-mâ ; c’est-à-dire en arabe : « L’eau est venue! »
En s’avançant davantage dans le sud on trouve plusieurs villages peu importants : Manzil et Manzü-Hayr , tous deux à six milles vers l’ouest de Sahâlyl ; et Djemmel, à six milles au sud de Manzil- Hayr. Ces trois villages sont situés dans une vaste plaine , où l’on rencontre çà et là quelques plantations d’oliviers; Sourseff , l’ancienne Sarsura , et Arydjis sont deux villages contigus, à six milles environ vers l’ouest de êl-Mahadyah, au pied d’une chaîne de collines qui s’étendent depuis Djemmel jusqu’à Salecto.
De Sourseff une route de six lieues (24 kilomètres) , se dirigeant au sudsud- ouest, conduit à Djemm, l’ancienne i Tisdra , où l’on trouve -un assez grand >1 nombre de débris antiques, tels que des colonnes de divers marbres , des autels I avec des inscriptions , des fragments de statues , et entre autres un torse colossal revêtu d’une cuirasse, une Vénus pudique , semblable à celle de Médicis , mais dont la tête a été détruite.
Mais ce que l’on voit de plus remarquable à Djemm , c’est un grand amphithéâtre dont l’enceinte extérieure est presque entièrement conservée ; elle avait autrefois soixante-quatre arcades et quatre rangs de colonnes. Le rang supérieur a été dévasté par les Arabes , et ! le Bey de Tunis Mohammed a fait sauter quatre de ces arcades pour en expulser des Arabes révoltés, qui avaient fait de l’amphithéâtre une forteresse.
Dans l’intérieur du monument on voit encore les plate-formes des sièges , les galeries, les vomitoria, l’arène presque circulaire , au centre de laquelle est un puits profond revêtu de pierres de taille.
A deux lieues (8 kilomètres) au sudsud-est de Djemm est Rouggà, l’ancienne Caraga, renommée dans le pays par son Dâmous , immense citerne dont la voûte est soutenue par plusieurs ran-
(i) Voyez ci-dessus, page 41.
gées de piliers massifs, et qui autrefois suffisait pour fournir de l’eau à toute la ville.
Sous le même parallèle , à sept lieues (28 kilomètres ) au sud-sud-ouest de Qas saréyn, est Ferryânah, dans un terrain sec et stérile, où la vue est désagréablement bornée de toutes parts par des chaînes de rochers abruptes et arides, qui ne laissent apercevoir à travers quelques défilés étroits qu’un désert brûlé par le soleil et véritablement impraticable : on ne rencontre aucune végétation dans les environs, excepté dans un terrain peu étendu au sud, où la proximité d’un ruisseau pouvant faciliter les irrigations a encouragé les habitants à tenter quelque culture.
Cette ville, qui paraît être l’ancienne Thala (2), passe pour avoir été jadis la principale de la Byzacène ; mais de son ancienne splendeur il ne reste plus que quelques colonnes , que les Arabes ont laissées par hasard debout sur leurs piédestaux.
A douze lieues (48 kilomètres) à l’estsud-est de Ferryânah on trouve la ville de Gafsah, l’ancienne Capsa, l’une des principales places fortes de Jugurtha; cette ville frontière est bâtie sur une éminence qui est entourée presque de toutes parts par des montagnes. Sa situation est presque aussi triste que celle de Ferryânah , mais au moins on y rencontre un peu de végétation , quelques dattiers et quelques oliviers : néanmoins ces arbres sont peu nombreux et ne se trouvent que dans un cercle très-rapproché de la ville , tout le reste de la campagne étant sec et désolé , et les irrigations ne pouvant avoir lieu que par les eaux de deux sources situées l’une au centre delà ville, l’autre dans la citadelle: la première de ces sources dégorge ses eaux dans un vaste bassin, destiné probablement autrefois à des bains publics, et qui sert maintenant aux ablutions des musulmans. Ces deux sources se réunissent avant de sortir de la ville, et forment ainsi un ruisseau qui pourrait
(2) Le nom arabe de Ferryânah paraît s’être formé de celui de Ferraaitana, qu’elle portait dans le moyen âge : saint Cyprien eite cette ville sous ce dernier nom comme l’un des sièges épiscopaux de cette province.
L’UNIVERS
prolonger assez loin son cours si les hafjitants n’en épuisaient les eaux pour l’arrosement de leurs plantations (1).
Dans les murailles de plusieurs maisons de la ville et de la citadelle on trouve un grand nombre de débris antiques brisés et employés pêle-mêle comme matériaux de construction; ces fragments de divers marbres, ces entablements brisés , ces colonnes , maintenant tronçons informes , ces autels démolis , devaient faire l’ornement de la ville avant que la barbarie n’eût réduit à l’état de simples moellons leurs richesses architecturales.
Les inscriptions qu’on découvre çà et là sont ou entièrement effacées ou "tellement endommagées qu’elles sont devenues tout à fait illisibles ; cependant j’ai pu recueillir les deux fragments suivants, inscrits, le premier sur un bloc carré , le second sur une colonne.
Premier fragment.
. ORTVM NOSTRORVM. .
. MAGISTRVM MIL1T .
. . TINIANE CÀPSE . .
Deuxième fragment.
IMPER ATOR M. AVREL1VS ANTONINVS PI VS AVGYSTVS PONT. MAX. PARTII.