‹ Histoire de TunisChapitre 28 sur 79 · BRIT. TRIB. POT . COS.... FEST · texte numérisé non relu

BRIT. TRIB. POT . COS.... FEST

A quatre lieues (16 kilomètres) au sudsud - ouest de Gafsak est l’ancienne Orbita, maintenant Ghorbatah : ce village, assis sur un monticule arrondi en forme de demi-phare , est entouré d’un grand nombre d’autres mamelons , également hémisphériques , configuration singulière, qui a été considérée par quelques géographes comme l’origine de la dénomination donnée par les Romains à l’ancienne ville que ce misérable village a remplacée.

Cette dernière station du Pachalyk Tunisien à l’entrée du Salira a peu d’habitants, et ils n’ont d’autre eau qu’un

(i) Salluste ( dé Bello Jugurth. ) fait mention de ces fontaines, auxquelles il donne le nom de Jugis Aqua ; et él-Êdryssy, qui en parle aussi dans sa Géographie Arabe, leur donne le titre d ’êt-Termed, qui n’est que la traduction de l’épithète latine, et comme elle signifie intarissable. (J. J. M.)

ruisseau peu abondant d’eau saumâtre qui coule du côté du sud , mais dont le cours ne tarde pas à se perdre dans les sables.

Non-seulement la plupart des positions les plus méridionales que nous venons d’explorer sont situées sur la lisière limitrophe du Sahrâ, mais encore elles sont déjà presque cernées par les envahissements partiels des sables mouvants que pousse vers elle, du grand désert intérieur, l’action incessante des vents du midi : il nous resterait maintenant à pénétrer plus avant dans le Sahrâ lui-même, afin d'y visiter quelques portions de ce vaste désert dont le Pachalyk de Tunis revendique la possession et la souveraineté.

Mais cette partie, désignée sous le nom de Djéryd ou Bele&êl-Djeryd (2) , ne comprend que quelques points presque inconnus , disséminés dans une étendue incommensurable , sur lesquels subsistent encore à peine quelques restes de misérables populations, et qui, isolés au milieu de cette mer de sable, ressemblent moins à des oasis susceptibles d'habitation et de culture, qu’à des îlots [imperceptibles, perdus sur l’immense abîme du vaste Océan.

Les positions qu’on rencontre sur ces points épars, à de grandes distances les uns des autres, et que l’on décore du nom de villages, ne se composent que de la réunion de quelques masures,

(2) Ce nom signifie en arabe le pays desséché, nu, sans 'végétation , le désert ; la plupart des géographes modernes donnent à tort à cette dénomination le sens de pays des dattes, pays des palmiers ; ils ont été induits en erreur par le mot djeryd, qui signifie, il est vrai, branche de palmier, mais qui ne désigne qu’une branche sèche, effeuillée, dépouillée de ses folioles , de ses rameaux, et réduite ainsi à l’état de bâton et de javelot : les branches vertes ( ghosn ), les dattes ( balaa ou thamr), les palmiers eux-mêmes ( nakhl ), portent des noms qui n’ont avec celui-ci aucune analogie. La racine du mot djérid est le verbe djered ( il a dévasté , il a dépouillé ) , et c’est également de cette racine que s’est formé le nom djérâd, donné aux sauterelles à cause de leurs dévastations, qui changent quelquefois en déserts les cantons les plus fertiles et les mieux cultivés. (J. J. M. )

T'UNIS

construites en branches de palmiers, que lient entre elles un mortier de boue et de sable. Aucun vestige d’antiquité ne subsiste plus dans les lieux habités autrefois par les Cinéthiens, les Machlyes, les Auses, et les Maxyes;je me bornerai donc à une énumération sommaire , et je n’entrerai dans quelques détails qu’à l’égard de l’immense marécage qui sépare du Désert les pays habités, et qui paraît avoir été jadis ce Palus Tritonis célébré par l’ancienne géographie.

Sbekkah ( la Cerbica de Ptolémée ) est à dix-huit lieues ( 72 kilomètres ) à l’ouest-sud-ouest de Gafsah; puis à douze lieues ( 24 kilomètres ) au sud-sudouest, Tegouf, ou Tedjouf ( l’ancienne Tichafa ) ; puis, tout auprès de cette dernière position, Ebbah (l’ancienne Thabba ) ; puis on arrive à Tozer ( autrefois Tisurus ) , situé à quatre lieues ( 16 jkilomètres ) au sud-ouest de Tegous :

cinq lieues ( 20 kilomètres ) plus loin , au sud-ouest , on trouve Neftah ( l’ancienne Negeta ).

De là, en traversant le grand marais , on entre au district de Nyfzouâh , où Ton trouve Télémyn ( l’ancienne Almæna) , à dix lieues ( 40 kilomètres ) à l’est-sud-est de Tégous , puis, à deux lieues ( 8 kilomètres ) au sud-est , Ebilly ( autrefois Vepilliam ).

Les seules traces de l’ancienne domination romaine qu’on rencontre dans toutes ces positions se bornent à quelques fragments informes de marbres brisés, épars en quelques endroits sur le sol , sans qu’on puisse y reconnaître le moindre tronçon de colonne, la moindre moulure cl’ entablement , le moindre mot appréciable d’aucune antique inscription.

Le commerce des habitants si peu nombreux de ce quartier immense ne consiste qu’en dattes, qu’ils échangent contre de l’orge, de l’huile, de la toile, et autres objets nécessaires, soit à leur subsistance, soit à leur habillement, apportés des provinces septentrionales de Tunis , de Tripoli , de l’Algérie et de Marok même. Tozer est le marché le plus considérable et l’entrepôt le plus [fréquenté de ce trafic : les dattes que l’on y vend sont les plus estimées; et il y a des marchands qui , faisant ce commerce en grand, les portent à traders le grand Désert jusqu’au Beled-

ês-Soudân ( le pays des Noirs ), d’où ils ramènent des Nègres , qu’ils troquent contre des dattes , ordinairement sur le pied de deux ou trois qonttars (1) par tête d’esclave (2).

Le grand lac , ou marais , dont je viens de parler (3) établit dans ses sinuosités une ligne de séparation entre le territoire de Tégous , les hameaux qui avoisinent Tozer, et la partie du territoire de Nyfzouâh, qui entre autres villages comprend Télémyn et Fatnassah : on donne à ce lac marécageux le nom de Sebkhat-êl-Aoudyah , c’est-àdire le marais des poteaux ou des jalons (4); il a reçu cette dénomination à cause du grand" nombre de troncs de

almier qui y sont plantés de distance en

istance pour servir d’indication aux passages praticables : sans le secours de ces poteaux indicateurs, les caravanes qui sont obligées de traverser ce lac ne pourraient que s’égarer dans une route de plus de seize milles , au milieu d’un horizon aussi plat que celui de la mer, et courraient à chaque pas le danger inévitable d’être englouties dans les sables mouvants, et dans les gouffres des immenses fondrières dont se compose presque entièrement cet abîme fangeux.

Ce marais s’étend de l’est à l’ouest, sur une longueur d’environ vingt lieues ( 80 kilomètres ), et sa plus petite largeur est au moins de six lieues ( 24 kilomètres ) ; il renferme un grand nombre de petites îles , une entre autres , située vers l’extrémité orientale, sous le même méridien que Télémyn, et qui, quoique inhabitée , est remplie d’innombrables palmiers : s’il en fallait croire les traditions des Maures, la plantation de cette forêt isolée serait due à une circonstance bien singulière : suivant eux , une armée égyptienne ayant fait

(1) Le qonttar équivaut à cent rôtis, ou à peu près à 5o kilogrammes.

(2) Voyez ci-après le chapitre XVI, sur le commerce des esclaves nègres.

(3) Palus Tritonis.

(4) Voyez sur le mot Sebekliah , ou Seb-

khat, ci-dessus la note 1 de la page 12. A l’égard du mot Aoudyah, il dérive de aoud, qui en arabe signifie un tronc d’arbre, un poteau de bois. (J. J. M. 'j

L’UNIVERS

autrefois une invasion dans cette contrée, s’arrêta quelque temps sur cette île, alors nue et sans végétation; les dattes, disent-ils, composaient en grande partie l’approvisionnement que ces troupes avaient apporté dans leur expédition, et les palmiers maintenant existants tirent leur origine des noyaux de ces dattes que les Egyptiens y ont jetés.

On ne peut douter que le Sebkhat-êl- Aoudyah ne soit identique avec le Lacus Tritonis des anciens , et Pîle aux Palmiers celle de Phla, dont parle Hérodote, et dans laquelle Diodore de Sicile prétend que les Amazones libyennes avaient bâti une ville , qu’il appelle Chersonèse (1).

Megs est un des plus petits villages du territoire de Nyfzouah , situé à trois lieues (12 kilomètres ) est-nordest de Ébilly : après l’avoir dépassé, on a devant soi une route de près de trente milles , à travers un terrible désert, où l’on ne trouve ni une goutte d’eau ni un brin d’herbe.

Il faut pourtant le traverser pour arriver à Êl-Hammah , située à quatre lieues (16 kilomètres) à l’ouest de Gabs :1a ville d ’Ël-Hammah est l’extrême frontière de la Régence de ce côté ; et par cette raison les Tunisiens y ont construit un petit fort, où ils entretiennent une garnison.

La vieille ville est à quelque distance de ce fort, et on y rencontre quelques traces d’antiquités ; mais il n’y subsiste plus ni édifice remarquable , ni monument , ni inscription.

Èl-Ilammah tire son nom de quelques eaux thermales qu’elle possède , et elle est désignée communément par le titre de Hammah-êlrGabs, qui lui a été donné afin de distinguer sa position d’une autre du même nom, située à quelques milles au nord de Tozer, et où se trouvent également des bains chauds.

Ceux de Hammah-êl- Gabs , quoique assez fréquentés, sont dans un état misérable et seulement recouverts d’un toit de paille. Il y a plusieurs bassins de douze pieds ( 4 mètres ) à peu près en carré , sur une profondeur d’environ quatre pieds et demi ( 1 mètre 50 centimètres), avec des bancs en pierre au-

(i) Diod. Sic. lib. III.

dessous de la surface de l’eau, pour la commodité des baigneurs.

Un de ces bains particuliers porte le nom de bain des lépreux ; et l’eau qui s’en écoule forme un peu au-dessous un étang dont Léon l’Africain fait mention sous le nom de Lac des lépreux.

Les sources qui alimentent ces bains viennent du sud, à un mille et demi audessus de la ville ; leurs eaux se réunissent ensuite et forment un petit ruisseau qui, partagé en un grand nombre de canaux, sert à arroser les jardins et le peu de terres cultivables qu’offrent les environs de la ville. Ce ruisseau se dirige ensuite vers l’extrémité orientale du grand marais dont j’ai parlé ci-dessus; mais avant d’y arriver les eaux se perdent dans lessables , à quelques milles de Êl-Hammah.

Les principales tribus arabes et berbères qui habitent le Quartier d’Hiver sont les diverses branches des Farachys et des Ouëled-Séyd : ces derniers s’étendent surtout le long du Sahel (2) , nom qu’ils donnent à la partie la plus orientale de cette province , depuis Iierklah jusques à S fax : les Farachys occupent la plus grande partie de l’intérieur des terres, particulièrement les environs de Spaytlah et de Foussa nah.

Les Ouéled-Sydy-Bou-Gannim (3) sont au nord des plaines de Foussanali , et s’étendent jusqu’aux montagnes d 'Êl- Loidyah et de Hydrah.

A l’est de ceux-ci, en s’avançant du côté de Sbybah et de la montagne nommée Djebel-Megala (4) , on rencontre les douars des Ouéled-Omrân.

Les Ouéled-Matty font paître leurs troupeaux dans le riche pays qui avoisine Yousef et Zouâryn , et les Ouéled-Ya goub habitent une campagne non moins fertile, presque sous les murs de Qeff.

Enfin les Bédouins des frontières sont les Ouêled-Bou-Gajf , qui disputent fréquemment le passage de la rivière Serrât aux Ouorgahs, tribu formidable dont

(2) Le mot Sahel signifie plaine en langue

arabe. (J. J. M. )

(3) Leur territoire renferme un sanctuaire, ou santon , consacré à un marabout dont ils ont dérivé leur nom.

(4) Voyez ci-dessus, la note r de la page 42.

TUNIS

la résidence habituelle est dans les dépendances de l’Algérie.

Au reste, quoique plusieurs de ces tribus se livrent à la culture des terres, il est rare de leur voir former des établissements sédentaires , et on les rencontre communément à l’état nomade dans les diverses contrées du Pachalyk , qu’elles parcourent aux diverses époques de l’année , par peuplades plus ou moins nombreuses.

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