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CHAPITRE XIX

Des maladies les plus fréquentes dans la Régence de Tunis ; — peste ; — emploi des frictions d'huile contre la contagion ; — manière de les administrer ; — • régime à suivre pendant le traitement; — piqûre des scorpions ; — morsures des serpents ; — maladies des Nègres ; — affections catharrales; — ophtalmies; — petite-vérole; — maladie cutanée; — diarrhée, dyssenterie; — dragonneau , ou veine de4Médine.

Les maladies qui régnent le plus communément à Tunis sont occasionnées en général, ou par les vicissitudes rapides de l’atmosphère, ou par la quantité de fruits qu’on v mange avant leur parfaite maturité. On peut en conséquence préjuger avec quelque certitude le caractère des maladies régnantes pendant la saison des fruits, et selon qu’il sont plus ou moins abondants. ,

Ces maladies sont : les diarrhées , la dyssenterie, les coliques, les lièvres intermittentes, et même celle qu’on désigne vulgairement sous le nom de fièvre putride ; des opthalmies assez analogues a celles qui ont été observées en Égypte, et qui se répandent dans un grand nombre de localités pendant l’automne.

Les maladies chroniques y sont moins communes qu’en Europe, et l’on peut rapporter cette rareté à la bonté du climat, à la simplicité des institutions, des moeurs, et surtout au régime de vie.

Celles qui se présentent le plus souvent, et cependant d’une manière assez isolée pour ne pas en accuser le climat africain, sont l’asthme, l’h-ydropisie, l’apoplexie, la paralysie, les scrophules, la gravelle, les catharres, les affections cancéreuses, etc.

L ' éléphantiasis , vulgairement appelé le pied d' éléphant , et décrite par Prosper Alpin , est peut-être plus fréquente à Tunis qu’en Égypte; je me bornerai à témoigner combien il està regretter qu’on ne connaisse encore aucun moyen propre à combattre cette terrible maladie, et je ne dirai rien des divers traitements qu’exigent les autres maladies que j’ai désignées ci-dessus , parce qu’ils ne sont ignorés d’aucun des gens de l’art, et que je crois nécessaire de passer à un point plus important et moins connu.

On croit généralement que la Barbarie est un foyer de peste permanent et inépuisable ; que ce fléau y prend naissance , et que c’est de là qu’il se propage ; Prosper Alpin remarque même que de tous les miasmes pestilentiels qui sont portés en Égypte, celui qui s’y transmet de la Barbarie est le plus redoutable. Cependant, d’après les recherches les plus exactes que j’ai faites pendant mes deux séjours dans la Régence, sur tout ce qui concerne la salubrité de ce pays, je crois pouvoir franchement avancer que la peste n’est pas inhérente à son climat , comme plusieurs l’ont aussi prétendu à l’égard de l’Égypte.

L’expérience dément l’opinion sinistre qu’on en a répandue depuis si longtemps ; car il est constant qu’il y a eu, dans le dix-huitième siècle, un intervalle de quatre-vingt-deux années pendant lesquelles ce fléau n’y a exercé aucun ravage.

En 1785 , un bâtiment venu de Constantinople débarqua des pestiférés à Soussah, et cette cruelle contagion se répandit rapidement dans tout le pays.

Le Bey méprisait d’abord, en bon Musulman, toutes les mesures préventives, et les précautions sanitaires que les Européens lui suggéraient ; mais lorsqu’il vit le fléau exercer ses ravages jusque dans son palais même, il revint de la résignation que lui inspirait le dogme du fatalisme, et, sortant enfin de son insouciance, i! fit placer dans la salle d’audience une barrière qui empêchait qu’on ne pût l’approcher;il abolitlecérémonial du baisement de main, et ne reçut plus de papiers sans les avoir trempes dans du vinaigre.

Comme cependant la mortalité augmentait chaque jour, les Consuls firent au Bey des observations sur le danger d’inhumer les cadavres dans les petits cimetières placés dans l’intérieur de la ville, ainsi que sur le peu de profondeur des fosses ; aussitôt le Bey défendit l’inhumation dans les cimetières delà ville, et ordonna de creuser les fosses des sépultures à six pieds au moins (deux mètres) de profondeur.

La plupart des observations que j’a»vais eu occasion de recueillir sur la marche et la variation de la contagion pestilentielle, dans les différentes saisons, en

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Egypte, ne m’ont présenté aucune différence avec celles qui m’ont été offertes par cette maladie dans la Régence de Tunis; ainsi, par exemple, les accidents étaient plus fréquents lorsque les vents du sud régnaient et lorsque la lune entrait dans ses différents quartiers.

Il faut cependant observer ici que la peste ne cesse ordinairement à Tunis que vers la fin du mois de juillet, tandis qu’en Égypte le terme de ses ravages a presque toujours lieu à l’époque du solstice d’été.

On remarque que les Nègres sont en général plus particulièrement frappés de la contagion; mais il est difficile d’en assigner la cause véritable, quoiqu’on puisse cependant présumer que cette propension de la race noire à subir l’influence morbifique paraît dépendre d’une plus grande activité de leur système absorbant.

Il n’a été fait jusqu’à présent aucune observation particulière , et systématiquement suivie, sur le traitement de la peste à pratiquer à Tunis ; et la méthode curative par laquelle la théorie de quelques médecins s’est flattée d’obtenir des résultats extraordinaires , mérite d’être rangée au nombre des idées originales les plus follement hasardées par un empyrisme irréfléchi, et son inefficacité est trop généralement reconnue pour que je croie devoir en parler.

Des faits nombreux nous prouvent, en revanche, que les porteurs d’huile ainsi que les Saqâs, ou porteurs d’eau, dont les épaules nues sont continuellement en contact avec des outres fortement imprégnées d’huile, ne sont que très-rarement atteints de la peste ; que dès qu’ils quittent leurs habits imbibés d’huile, et qu’ils se purifient au bain, ils contractent la contagion aussi facilement que les autres habitants (1).

Si une suite d’observations consciencieuses et incontestées parvenait à confirmer pleinement les présomptions

(i) Celte observation avait déjà été faite en Égypte par le docteur Desgenettes, médecin en chef de l’armée, et elle a été consignée dans une intéressante notice insérée au journal littéraire et scientifique que je publiais alors au Kaire. Voyez Décade égyptienne, volume premier, page i5o, (J.J. M.)

qu’ont fait naître à cet égard les faits déjà isolément constatés, nul doute alors ne serait permis sur l’efficacité des frictions d’huile d’olive tiède sur le corps, comme préservatif de la contagion, et même sur remploi de ce spécifique, si facile à administrer, comme un puissant moyen curatif des pestiférés déjà atteints par la terrible maladie.

Les premières observations qui ont donné l’éveil sur cette découverte salutaire sont dues à George Baldwin, Consul anglais à Alexandrie (2) : ces observations réitérées, et les raisonnements qu’il en avait déduits, l’avaient porté à croire à l’utilité de ces frictions contre la peste; pour s’en assurer davantage, il fit part de son opinion au P. Louis de Pavie, alors directeur depuis vingt-sept ans de l’hôpital de Smyrne, en le priant de faire l’épreuve de ce remède.

Le religieux s’empressa de faire l’essai proposé , et déclara avoir observé que de tous les moyens employés sous ses yeux contre la peste, celui-ci lui a paru le plus avantageux. Il est résulté des essais faits sur ce remède une suite de préceptes sur la manière de l’administrer et sur le régime qu’il convient d’observer pendant le traitement, soit préservatif, soit curatif; mon désir d’être utile m’engage à entrer ici dans quelques détails à ce sujet.

Il ne suffit pas d’oindre le corps entier avec de l’huile, il faut encore en même temps le frotter fortement ; et c’est ce qui a fait préférer la dénomination de friction à celle fonction.

La friction doit se faire avec une éponge propre, et s’opérer assez vite pour ne pas durer plus de trois minutes : elle n’est nécessaire qu’une fois seulement le jour où la maladie se déclare.

Si ensuite les sueurs ne sont pas abondantes , il faut recommencer la friction , jusqu’à ce que le malade soit dans un état tel qu’il nage, pour ainsi dire , dans les sueurs ; et alors on ne doit le changer de linge et de lit que lorsque la transpiration a cessé.

Cette opération ne doit se faire que dans une chambre bien fermée, et dans laquelle on doit tenir un brasier de feu

(i) Cette observation a également été faite à Tunis, à Smyrne, etc.

sur lequel on jette de temps en temps du sucre ou des baies de genièvre.

On ne peut déterminer d’une manière précise l’intervalle qui doit s’écouler d’une friction à l’autre , parce que l’on ne peut commencer la seconde que lorsque les sueurs causées par la première ont entièrement cessé, et cette circonstance dépend de la constitution particulière du malade.

Avant de répéter la friction huileuse, il faut essuyer soigneusement , avec un morceau d’étoffe chaude, la sueur qui couvre encore le malade, et qui le tient en une moiteur qu’il importe de sécher absolument.

Ces frictions peuvent être continuées plusieurs jours de suite, jusqu’à ce qu’on aperçoive un changement favorable, et alors" on diminue l’intensité de la force employée aux frottements : il n’est pas facile de déterminer avec précision la progression que doit suivre le frotteur dans la légèreté nouvelle donnée à son action, et moins encore de fixer la quantité d’huile qu'il doit employer à chaque opération ; mais une livre ( un demi-kilogramme) doit certainement chaque fois suffire : l’huile la plus fraîche et la plus pure est toujours préférable, et il faut qu’elle soit plutôt tiède que chaude : la poitrine et les parties sexuelles seront plus légèrement frictionnées , et les portions au corps sur lesuelles ne s’exerce pas le frottement evront être soigneusement couvertes pour les préserver du froid. Si le malade a quelques tumeurs ou quelques bubons, les frotter également d’une manière légère, jusqu’à ce qu’ils soient disposés à recevoir des cataplasmes émollients qui puissent en procurer la suppuration.

Celui qui opère ces frictions doit auparavant s’oindre lui-même le corps entier d’huile; mais il est inutile qu’il se frotte, et il est indifférent qu’il s’oigne plus ou moins promptement : qu’il prenne les précautions usitées, des vêtements de toile cirées, des chaussures de bois, etc. Qu’il évite avec soin le souffle des malades , et surtout qu’il conserve beaucoup de sang-froid et de courage.

On ne saurait trop recommander de ne pas différer le commencement des frictions dès que la maladie se prononce ;

quelques jours de retard pourraient rendre le remède tout à fait inefficace : on facilitera en même temps les sueurs ; et on obtiendra beaucoup de succès à cet égard, en faisant prendre au malade une infusion de fleurs de sureau , sans addition de sucre.

Quant au régime nutritif , on ne donnera au malade, pendant les cinq ou six premiers jours , qu’un potage de vermicelle bien cuit , à l’eau seulement et sans sel : dans la suite on ajoute peu à peu, cinq à six fois par jour, une petite cuillerée de confitures de cerises ; mais il faut veiller à ce qu’elles soient faites au sucre et non au miel , ce dernier pouvant favoriser la dyarrhée, qui est regardée comme un symptôme mortel : dans ce cas pourtant on ne doit pas pour cela abandonner les frictions ; car on a des exemples de malades arrivés à cette crise funeste, et que cependant on est parvenu à sauver.

Lorsqu’on a l’espoir de la guérison , c’est-à-dire lorsque après cinq à six jours la santé paraît un. peu meilleure, on pourra donner le matin au malade une tasse de bon café moka , avec un petit biscuit fait également au sucre, et si le mieux continue on augmentera peu à peu le nombre des biscuits, suivant qu’on verra les forces renaître.

Le dîner et le souper des malades ne devra consister, pendant les quinze à vingt jours suivants, qu’en riz ou en vermicelle, cuits simplement à l’eau, un peu de pain , quelques raisins secs, et des confitures de cerises, un peu plus abondamment que dans les journées précédentes.

On augmentera ensuite la dose de pain, qui doit être le meilleur possible; on pourra même donner de légères soupes composées en été de petites courges bien mûres, et en hiver d’herbes potagères , sans autre assaisonnement qu’un peu d’huile d’amande douce ( zeyt-louz ).

Dans le courant de la journée, suivant l’état du convalescent, on pourra soit lui permettre de sucerune orange , soit lui donner une poire cuite, ou du moins bien mûre ; on lui accordera même un supplément de quelques biscuits, mais à la condition qu’après avoir pris ces aliments il conserve encore quelque appétit, et que la digestion en soit facile, sans surcharge

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pour l’estomac, comme sans anomalie pour les intestins.

Ce n’est qu’après le trentième ou le quarantième jour, qu’on accordera un potage fait avec du bouillon de poulet ou de collet de mouton. L’usage de viandes légères ne sera permis que quelques jours encore après, alin d’éviter les indigestions, qui sontd’autantplus dangereuses, qu’elles sont fréquemment accompagnées delà récidive des bubons.

Passé cinquante jours ou deux mois, on pourra enfin permettre au convalescent le veau rôti ou bouilli, un peu de vin pris modérément, en lui prescrivant d’éviter, non-seulement tout excès, mais encore tout ce qui pourrait être d’une digestion difficile.

On a cru jusqu’à présent assez généralement que la contagion de la peste se communiquait par les organes de la déglutition, en prenant pour véhicule l’humeur salivaire, ou par l’organe de la respiration , qui absorbait les miasmes mêlés à l’air ambiant, ou enfin par les pores de la peau , dont les ouvertures multipliées opèrent à chaque instant cette absorption d’une manière insensible; mais si l’observation faite sur les porteurs d’huile est incontestable, il faut nécessairement en conclure que ce dernier organe est la voie principale par laquelle la contagion pénètre dans le corps humain; car si elle pouvait l’envahir avec égale facilité par les autres organes, les frictions huileuses ne seraient plus un moyen préservatif.

Depuis la grande peste de Tunis, en 1785, cette maladie a reparu à quatre autres reprises; ce qui n’est pas étonnant à concevoir, si on considère que les Musulmans n’emploient aucun moyen de désinfection et de salubrité publique.

Dans les mois d’août et de septembre, on risque toujours, plus ou moins, d’être piqué par les scorpions ( aqrâb ), qui sont très-nombreux dans la Régence, ainsi qu’à Tunis même, et qui peuvent se rapporter à la grande espèce.

Cette espèce particulièrement vénéneuse est désignée, par le docteur Amoveux sous le nom de scorpion fauve (1),

(i) Voyez la Notice des insectes de la France réputés venimeux , publiée en 1789, in-8°, par P. J. Amoreux, membre et biblio-

et par Pinel sous celui de scorpio rufus.

On a beaucoup de peine à empêcher l’intérieur des maisons d’être infesté par ces animaux nuisibles : afin de préserver leurs habitations d’hôtes aussi malfaisants , il y a des Maures qui s’occupent fréquemment à parcourir les rues de la ville pendant la nuit , avec un flambeau allumé et une longue canne, dont ils se servent pour faire tomber les scorpions des parois des murailles, le long desquelles ces insectes dangereux grimpent le soir, et auxquelles ils demeurent attachés pendant les ténèbres.

Les Européens ont néanmoins trouvé que le moyen le plus assuré d’empêcher ces insectes de pénétrer dans leurs demeures consiste à faire placer des grilles serrées en fil de fer devant les fenêtres et toutes les autres ouvertures. Si on n’use pas, en effet, de beaucoup de précautions , on est assez fréquemment exposé à être piqué, et les chambres à coucher elles-mêmes exposent à ce danger les dormeurs pendant la nuit, les scorpions recherchant particulièrement la chaleur des lits occupés.

Les principaux soins pour se garantir de ce fléau doivent consister à entretenir la plus grande propreté dans les maisons , à visiter exactement les lits avant de s’y coucher, à ne pas coucher par terre , et surtout à ne marcher jamais les pieds-nus. Il n’est pas moins essentiel de ne jamais mettre , surtout dans la saison chaude, des souliers ou des pantoufles sans les renverser auparavant et les secouer fortement , car il n’est pas rare que les scorpions s’y glissent et s’y cachent.

Il en est de la piqûre de cet insecte comme de celle de la vipère. Le venin qu’un seul scorpion verse dans sa piqûre ne suffit pas, il est vrai, pour donner la mort à un homme ; mais il lui occasionne de cruelles souffrances ; les enfants en éprouvent des effets plus fâcheux, et il n’est pas rare de les voir succomber à une seule piqûre.

Je ne m’arrêterai pas à détailler les moyens de guérison de ces piqûres," parce qu’ils ne diffèrent en rien de ceux qu’on emploie en Europe contre toute

tliécaire de la Faculté de Médecine de Montpellier.

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espèce de piqûre vénéneuse; la seule particularité qui mérite d’être rapportée ici, c’est que beaucoup de personnes emploient avec succès le sel ammoniac ; mais il est toujours essentiel de ne pas négliger les autres moyens curatifs , comme, par exemple, la ligature immédiate , les scarifications, la cautérisation avec un fer rouge, etc.

La manière d’employer le sel ammoniac consiste à en prendre une petite portion réduite en poudre, et à en frotter pendant .quelque temps l’endroit de la piqûre. Ce même remède est reconnu en Égypte comme très-utile contre toute espèce de piqûre des animaux vénéneux, et le succès constant qu’on en obtient prouve qu’il mérite réellement la confiance dont il jouit.

On voit à Tunis, à certaines époques, desespèces de jongleurs qui manient impunément les scorpions ; mais un examen attentif a fait connaître qu’ils en avaient précédemment brisé le dard. Il est reconnu, au reste, que la piqûre du scorpion fauve n’est aussi dangereuse que dans les époques annuelles des amours de cet animal, c’est-à-dire pendant tout le printemps ainsi qu’une partie de l’été et de l’automne (1).

Souvent aussi , ainsi que je l’ai déjà dit ci-dessus, on voit sur les places publiques de Tunis d’autres bateleurs, qui manient des serpents, les excitent à leur mordre la langue et le nez, etc.; mais, indépendamment de ce que les reptiles de l’espèce des amphibies ne sont pas ordinairement réputés dangereux (2), il est fort à présumer qu’on leur a précédemment arraché les dents avec les vésicules contenant leur venin.

Le peuple ne laisse pas que d’admirer ces sortes de jongleries qu’offrent en spectacle les prétendus psylles , et il les considère comme une espèce de prodiges magiques (3) ; car le peuple est partout dupe des charlatans de tonte espèce, qui

(1) Voy. Amoreux, Histoire naturelle des Animaux vénéneux , article Scorpion.

(2) Gesner, Aldrovande, Klein , Buffon et Valmont de Bomare ont observé, au contraire, que les repliles amphibies sont souvent plus vénéneux que les autres. Les variétés de lézards nous en offrent des exemples.

(3) ci-dessus , page i x3,

veulent bien se donner la peine de le tromper ; et la multitude irréfléchie court souvent même au-devant des déceptions les plus grossières dont on tente de l’abuser.

Au reste , à l’égard de la morsure de ceux de ces animaux qui n’ont pas subi l’opération par laquelle on les met hors d’état de nuire , le sel ammoniac est également un remède employé fréquemment avec succès.

Quoique les Nègres soient généralements forts et robustes , ils sont néanmoins sujets, en arrivant à Tunis , à diverses maladies, qui sont pour la plupart une suite naturelle des fatigues et des privations qu’ils ont subies dans leur voyage, si long et si pénible, à travers les déserts. Une autre cause aussi se joint à cette première, c’est la différence notable qui existe entre le climat de Tunis et celui de leur pays natal, toujours plus ou moins rapproché de la Zone Torride.

Les maladies dont ils sont alors le plus souvent attaqués se réduisent aux sept classes suivantes :

1° Les rhumes opiniâtres, ou affections catharrales. Cette indisposition, née de la nudité absolue des Nègres pendant les nuits, quelquefois très-fraîches , qu’amènent les vents froids , n’a jamais de suites fâcheuses , et finit par céder aux remèdes ordinaires.

2° Des ophthalmies accidentelles, produites, comme la maladie précédente, de l’exposition nocturne des Nègres nus à toutes les vicissitudes de l’atmosphère, se guérissent presque toujours spontanément, et n’ont d’autres remèdes que l’usage fréquent du simple lavage avec de l’eau naturelle et pure.

3° La petite-vérole ( djedrey ), maladie souvent bien funeste, tant a la vie des Nègres qu’aux intérêts des Gellâbys. Elle semble être moins fréquente parmi eux au Soudan ( pays des Noirs ) qu’à Tunis ; mais elle est toujours meurtrière : les Gellâbys prétendent même qu’elle ne règne jamais dans leur pays, excepté lorsqu une circonstance quelconque y apporte le germe de la contagion variolique; et ce qui paraîtrait fortifier cette assertion, c’est que parmi les Nègres amenés par les caravanes à Tunis j’en ai vu fort peu qui eussent été atta-

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qués de cette maladie dans leur pays.

L’éruption de la petite-vérole est ordinairement très* abondante chez les Nègres , et presque toujours elle se fait avec plus de difficulté que chez les Blancs; vraisemblablement parce que les Noirs ont la peau plus épaisse et plus compacte : la fièvre qui précède l’éruption est souvent très-violente.

Un médecin européen , s’il n’a pas vu déjà plusieurs fois cette maladie chez les Nègres, a peine à la reconnaître dans son principe, à moins que les symptômes concomitants n’en indiquent suffisamment la nature, ou bien que l’épidémie régnante ne lui enlève tout doute à cet égard : en effet, les petits boutons qui se manifestent au moment de l’éruption sont d’une nature tellement équivoque, qu’on n’y distingue aucune nuance de blanc ou de rouge, et que la couleur de la peau est la même que celle des boutons. Comme les nouveaux arrivés sont souvent sujets à des maladies cutanées , ou couverts de boutons produits par la morsure des moustiques ( namous ) , les médecins peuvent souvent hésiter sur la vraie nature de la maladie.

Au reste, les Gellâbys perdraient certainement bien moins d’esclaves par cette maladie, s’ils leur donnaient plus de soins, et surtout s’ils se décidaient à consulter quelque médecin européen.

Mais, ou leur peu d’intelligence n’arrive pas jusqu’à comprendre cette vérité, ou leur avarice se refuse à faire aucune dépense de ce genre.

4° Une maladie cutanée, que j’avais vue également chez les Nègres au Kaire , où elle est nommée vulgairement Éêch-êl- Medynéh ( mot à mot manière de vie de la ville), sans doute parce qu’on la regarde comme un effet de l’acclimatement et du changement que subissent les Nègres dans leur manière de vivre et leur nourriture ; cette maladie est presque générale parmi les nouveaux arrivés, et on l’a souvent confondue avec la gale, soit par la forme des pustules, soit par le prurit intolérable qu’elle cause. Cette maladie, qui n’est pas contagieuse comme la gale , se manifeste par l’éruption successive d’une quantité de petits boutons, un peu pointus , plus ou moins nombreux , sur toutes les parties du corps ;

mais cette éruption a lieu sans fièvre et sans aucune indisposition morbide, quelquefois lente, quelquefois rapide, parfois durant quelques semaines, parfois stationnaire, et ressemblant parfaitement alors à une gale sèche ( scabies sicca ) ; d’autres fois encore les boutons s’agrandissent , et, en les perçant , on y trouve une matière séreuse et purulente, faisant naître dans le corps du malade une démangeaison générale , qui ne lui laisse de repos ni le jour ni la nuit.

J’ai vu quelquefois ces boutons venir si abondants, que les extrémités supérieures etinférieures en étaienttumetiées comme dans la petite-vérole; la fièvre alors survient, et se déclare quelquefois avec assez d’intensité.

Abandonnée à elle-même , cette maladie dure quelquefois plusieurs mois, et devient quelquefois réellement hideuse; si, au contraire, après l’éruption complète , on applique les remèdes convenables , la maladie disparaît entièrement après un espace de temps assez court.

La méthode la plus usitée et la plus efficace à employer pour obtenir la guérison consiste à frotter le corps entier du malade tous les deux jours avec du kiskes : on appelle ainsi du blé froment ( Qamèh ) à demi cuit, puis desséché, trituré, mêlé pendant quelques jours avec du lait, et exposé au soleil pour que cette préparation se dessèche de nouveau : on continue les frictions jusqu’à ce que l’éruption ait complètement disparu, ce qui a lieu après une huitaine ou tout au plus une quinzaine de jours.

J’ai vu aussi employer avec succès la farine de lupin ( hoummouss ), humectée avec une bonne quantité de jus de citron ( leymoun mâlèh ) : on couvre de ce mélange tout le corps du malade, et on l’expose en cet état au soleil pendant quelques heures jusqu’à ce que cette pâte soit desséchée entièrement sur la peau : on conduit alors le malade au bain chaud, et on continue de deux jours en deux jours l’application de cet enduit jusqu’à la disparition complète delà maladie.

J’ai encore vu employer quelquefois, avec un égal succès , un liniment d’huile de lin , mélangé avec du soufre et de la noix de galle.

Au reste, on n’emploie jamais dans le traitement de cette maladie aucune

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espèce de remède interne; ceux qui ont voulu administrer le mercure doux ou le soufre pris intérieurement, n’en ont retiré aucun avantage sensible; et la maladie, ainsi traitée, n’a eu ni plus ni moins de durée.

Je terminerai cet articlê par un avis essentiel ; c’est celui de ne donner que très-peu d’aliments gras aux Nègres nouvellement arrivés par les caravanes , qu’ils soient malades ou non; car on regarde l’usage de la viande comme une des principales causes de leurs maladies cutanées : les gens du pays prétendent même qu’on ne doit les nourrir, pendant les quarante premiers jours, que de riz , de pain et de légumes secs , cet espace de temps leur semblant nécessaire pour habituer graduellement les esclaves à un genre de vie aussi opposé à celui qu’ils suivaient dans leur patrie.

5° La diarrhée et la dyssenterie sont généralement redoutables pour tous les nouveaux arrivés; il y a deux moyens principaux pour en préserver : le premier consiste dans un bon régime et dans l’abstinence des viandes; le second est de se couvrir de bons vêtements à l’approche de l’hiver : du reste, le traitement de ces deux maladies est suffisamment connu des praticiens , et n’offre aucune prescription particulière à Tunis.

6° La peste attaque plus particulièrement non-seulement les Nègres nouvellement arrivés à Tunis , mais encore les individus de la race noire qui depuis plusieurs années séjournent dans cette capitale.

J’ai peine à m’expliquer cette susceptibilité particulière ; car tout ce qu’on peut dire sur l’acclimatement des Noirs, sur la propension de. leurs humeurs à contracter la contagion, n’est qu’une présomption extrêmement vague et purement hypothétique.

7° Enfin le dragonneau , autrement dit la veine de Médine (1), se rencontre aussi quelquefois chez les Nègres nouvellement arrivés à Tunis.

Il paraît qu’il se trouve dans les eaux du Soudân, et peut-être aussi dans celles que l’on peut rencontrer dans le désert,

(i) Fnria infer n ails , Vena Medinensis , Dracunculus , Gordius Medinensis , Dragiai • iia Ægyptiaca.

une espèce de ver qui s’introduit sous la peau, et principalement aux extrémités inférieures du corps. Ce ver est de la grosseur de la corde à violon , dite chanter elle, quelquefois même d’une ténuité encore plus grande : ses deux extrémités seterminent en pointe, comme celles du lombric, et sa longueur varie de quatre pieds et demi à plus de six pieds (de un mètre et demi à plus de deux mètres).

On reconnaît son existence à ses tortuosités sous la peau , qui ont assez de ressemblance avec les petites veines variqueuses ; il reste quelquefois ainsi longtemps sans causer aucune incommodité, sans être même aperçu; mais quand enfin il a atteint le plus haut point de son accroissement, il occasionne dans la partie qu’il a envahie une inflammation, qui passe bientôt à l’état de suppuration : dès que l’abcès s’est ouvert, le ver s’y présente par la tête, et on commence alors à en pratiquer l’extraction par des procédés qui ne réclament de la part de l’opérateur que de l’adresse et surtout de la patience : ces procédés, souvent décrits, sont trop connus pour que je croie nécessaire d’entrer dans de longs détails à ce sujet.

Au reste, si on néglige de remédier à temps au mal, le Nègre qui en est atteint, en quelque partie du corps que ce soit , finit ordinairement par périr d’épuisement.

Je ne finirai pas ce chapitre sans y ajouter la remarque que 1 ePian, qui tue tant de Nègres en Amérique, est absolument inconnu sur les côtes septentrionales de lAfrique.

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