‹ Histoire de Tunis; précédee du̕ne description de cette régenceChapitre 11 sur 77 · CHAPITRE Vï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vï

Description sommaire des parties occidentales et septentriouales de la Régence; — Quartier d'Élé; — Littoral; — Péninsule; — cap Bon ; — Parties méridionales et occidentales ; — Quartier d'Hiver ; — Monuments , inscriptions.

Je n'ai jusqu'à présent rendu compte que de mes premières excursions aux environsde Tunis, tant à Carthage qu'à Zaghouûn ; excursions auxquelles je m'étais empressé de me livrer dès les premiers instants de mon séjour sur Tes côtes barbaresques; plus tard les occasions ne me manquèrent pas pour pousser mon exploration dans l'intérieur du pays, et il est maintenant convenable d'offrir au lecteur une description soinmaire et rapide des autres parties du territoire de la Régence; j'entrerai donc dans quelques détails à l'égard de plusieurs positions remarquables , que j'ai eu occasion de visiter dans les deux divisions territoriales de cette contrée.

Nous nous occuperons d'abord de la partie occidentale de la première des deux grandes divisions territoriales, et qui est désignée par la dénomination de Quartier d'Été (1), c'est-à dire de la partie qui s'étend au nord et au nord-ouest de

" (i) Voyez, sur ces deux divisions du territoire de la Régence , ci-dessus, page 6.

la capitale, jusques aux côtes qui dépendent de l'Algérie.

Cette exploration sera suivie de celle de l'intérieur du territoire que renferme le Quartier d'Été, au sud des cantons littoraux , et comprendra particulièrement toute la contrée nommée Frygyah ou Fryqyah , avec le cours supérieur de la Medjerdah, les villes nombreuses assises sur les bords de cette grande rivière , et je n'oublierai pas de mentionner les antiquités remarquables que ces anciennes cites peuvent nous présenter encore, car les vestiges des antiques monuments sont plus nombreux et mieux conservés dans cet intérieur qu'ils ne le sont sur les côtes, naturellement plus exposées par leur situation même aux ravages des eaux et aux dévastations des conquêtes.

Je transporterai ensuite le lecteur dans la presqu'île qui forme la partie orientale du golfe de Tunis , et qui , se terminant au cap Bon . sépare ce petit golfe du grand golfe de la Syrte.

La description du Quartier d'Hiver suivra immédiatement cette dernière notice , et complétera ainsi la description générale de toute la Régence.

Chacune des quatre parties que je viens d'énumérer a été pour moi successivement le but de quatre tournées particulières, faites à diverses époques : c'est ce qui m'a engagé naturellement à partager ce sixième chapitre en quatre sections , afin que ces descriptions partielles puissent présenter plus d'ordre et de régularité.

Section Première.

Littoral ; — Bizerte ; — Double lac ; — Hipponites ; — la M edjerdah ; — Gellah ; — El-Qdntarah; — Bou-Challer; Mers-él- Yeniyn ; — Râs-Zebyb ; — • Iles de Cameiora , des Cani , des Fratî de Gallah , Tabrakah ; — Cap Blanc; — Cap Serra; — Cap Negro; — la Calle; — Cap Roso.

Le point le plus éloigné de Tunis dont j'aie fait mention ci-dessus dans le chapitre IV (2) est Bizerte (l'ancienne Hippo-Zaritus)i petite ville que les Maures nomment maintenant Ben-Zert (3) ,

(a) Voyez ci-dessus, page i5.

(3) Suivaut l'usage communément répaudu

TUNIS

et qui est regardée comme Tune des principales du pachalyk.

Pour se rendre à Bizerte, on a à tra»

verser Fespèce de péninsule comprise entre le rivage de Carthage et le double lac qui , de la mer, s'avance profondément dans les terres ; ce double lacavait autrefois les deux noms de Sisara etd' Hipjwnites, qui distinguaient les deux bassins séparés; mais maintenant ces deux bassins, quoique encore bien distincts, se trouvent reunis par un court et étroit canal de communication , et ne forment plus ainsi qu'un seul lac, qui a reçu des habitants le nom commun de Bahyrah ben-Zert, c'est-à-dire le lac de Bizerte (1).

Sortant de Tunis par la porte du nord pour se rendre à Bizerte, on longe d'abord pendant quelques instants les bords du lac dé Tunis qu'on a à sa gauche; puis, laissant à l'orient la vaste enceinte couverte par les ruines de Carthage , et le village d'él'Mersâ, ainsi que la position de Gellâ ( anciennement Castra Cornelia ), on se dirige vers le nouveau lit que la Medjerdah s'est creusé (2) , en se jetant dans le lac de Porto-Farina.

On traverse ce fleuve au village d'él- Qantarak, qui a pris son nom du pont même servant au passage (3).

Peu après on trouve la position de Bou-Chatter, que l'on doit regarder véritablement comme l'emplacement où existait jadis la célèbre ville d'Utique. Ce lieu, illustré jadis partant de nobles souvenirs, n'est plus remarquable maintenant que par rétablissement d'un santon ou ermitage musulman, qui jouit de

chez les Orientaux dans l'explication et Pc ginedes noms de lieu, les Maures assurent que ce nom de Ben-Zert était celui d'un prince arabe qui aurait été le fondateur de celte ville ; mats ii parait plus vraisemblable que Zert n'e*t qu'une altération de l'épiihètedeZarites, que les Grecs avaient donnée à cette position, nommée Hippo, comme Hippo Regius (Bouna/i), afin de la distinguer de celle dernière.

(0 Voyez ci-dessus la noie i, page 8.

(i) Voyez ci dessus , page i5.

(3) Le mot Qantarafi signifie en arabe une arcade , une voûte, un pont. C'est de ce mot que vient celui d'Jlmucantarat, que nos ail rou ornes, pur un emprunt fait aux géographes arabes, donnent à certains cercles célestes, a cause de leur courbure. (J. J- M.)

la plus haute vénération parmi les populations environnantes : un vieux cheykh, abruti et à moitié imbécile, fanatise par des "superstitions mystiques et inintelligentes, mène bestialement une vie saie et indolente aux lieux où Caton voulut mourir par le désespoir d'un autre fanatisme pour sa république expfrante.

De là on arrive à Mers êl-Ymyn (4), petit port creusé à la droite de rentrée du canal par laquelle le double lac de Bizerte communique avec la Méditerranée : ce petit port n'est séparé de Bizerte que par ce même canal, qui est d'une largeur médiocre.

Le lac de Bizerte était autrefois accessible aux plus forts bâtiments et a servi d'asile à des flottes entières ; maintenant dans les endroits les plus profonds H a à peine quatre pieds et demi (t mètre 50 centimètres ) de profondeur, et ne peut recevoir que les plus petites barques.

Dans ce trajet à travers la péninsule , on a laissé successivement à sa droite l'ancienne Clatia, Porto-Farina (5) à l'embouchure de la Medjerdah , puis le cap nommé par les Arabes Ras-Zebyb (6), et que les anciens appelaient Promontorium 4 pot Unis , sans doute à cause d'un temple consacré à Apollon qui avait été érigé par les dévots navigateurs sur cette pointe avancée de l'Afrique.

Non loin de ce cap sont l'île de Gamelora, et le redoutable écueil du rocher de Pellou (7); plus au large, du côté de l'occident , les îles des Cani ( anciennement Dracontia).

(4) Mers êl-Ymyn signifie en arabe le port ou t 'ancrage de la droite. Voyez ci-dessus la noie 6, pfge i3. (J. J. M.)

(5) Voyez ci-dessus, page i5.

(6) Le nom de Ràs-Zebyb signifie littéralement Cap du raisin sec ; s'il faul en croire les Maures, cette dénomination aurait été donnée à ce promontoire à cause du grand commerce que les habitants y font de celte denrée, qui de là s'expédie pour la Sicile, l'Italie, la Provence et les autres côtes de la Méditerranée.

(7J Les habitants de la côte prétendent que ce nom a été donné à cet écueil à cause de sa forme pointue et élevée au sein des flots, qui le fait, disent-ils, ressembler à un plat de pilau (en arabe Pellou) dressé en pyramide au milieu d'une table.

L'UNIVERS

Si de Bizerteon continue sa ligne ri'exr ploration vers l'occident, on laisse à gauche Thinedah, situé au bord même du petit canal qui sépare et unit les deux lacs ; on a alors à sa droite le cap nommé par les anciens Promontorium Candi' du m ( le Cap Blanc ) , qui a conservé

les montagnes du nord de Bedjah , ou Baggah ( l'ancienne facca), et qui se jette dans la mer en face de Me de Taorakah ou Tabarkah.

On se trouve alors dans le territoire des Mâdys; puis on côtoie la rive méridionale d'un lac semblable à celui de

cette dénomination dans celle de Bât Tunis, et qui, de même que celui-ci,

4buad (1), que lui donnent les Mau- communique avec la Méditerranée par

res (2). un ca,ia ' étroit nommé Oued-él-Agh;

Plus loin on aperçoit les deux îles des cette communication s'ouvre entre deux

Fratl, au large, puis \ecapSerra, pointe petites sailli* s de la côte, dont la plus

de terre la plus septentrionale de tout le occidentale est désignée par le nom de

pachalyk

Che spnrge soprà la mar la cima altlera, B i ptè si lava nette instabili onde.

puis, à quelque distance en mer, l'île de VjaUah, ou Qaltah (l'aucienne Galata, ou Calatha).

A près avoir traversé le territoire mon :

tagneux des Mogadys , on atteint aussi

Cap Houx , ou Cap Rouge.

Après avoir dépassé ce lac, on entre dans le pays des Marouyahs, où l'on rencontre encore plusieurs lacs; mais ceux-ci n'ont aucune communication avec la mer, dont ils sont séparés par une large plage.

C'est sur cette langue de terre intermédiaire qu'est assise , entre un de ces

le cap Negro, qui s avance dans la mer j acs et |a mer , a pel f te vi || e de ^ ç a fo f

au sud du cap Serra; puis, cinq lieues g |' occ j<j ent de. laquelle s'élève le #asenviron (20 kilomètres) plus loin, dans

tion de frauce.

la direction du sud-ouest , la plage oc- u Cap Hos0t ainsi que j eg territoires

cupee par les tribus des Zenatys, ou I on occup é 8 par \& tr jbus des Merdars et

pas»e à gué la petite rivière nommée ^ Àm \^ y&t arroses par deux petites

Oned*Z4yn (3), qui prend sa source dans

(j) 4h«4 «Çniûe M anc en ,an B* ue arahe -

(a) Cette dénomination a éié donnée dès la

rivières, terminent de ce côté le territoire tunisien, etronduisent à l'ancienne Hippone (fJippo-Regivs), maintenant Bonah ou Bounah, si célèbre dans l'histoire ecclésiastique comme ayant été te siège épiscopal de saint Augustin,

Toute la partie que nous venons de parcourir est presque entièrement littorale; en pénétrant davantage dans Fin- Une remarque singulière à faire est que terieur du territoire Occidental , qui est presque tous les caps de la côte barbaresque généralement montagneux , on trouvesent désigné* par des noms de couleurs, ra it les habitations d'autres tribus, plus le can Blane, le cap Negro, le cap Roux, le ou moins nombreuses , telles que celles cap Roso, le cap Vert; dénominations don- jes Mfiyehy*, des Bourg ha l» , des nées sans doute par les navigateurs a cause Oueled-Bousderâs (4), des Oueled-Boudes difiéreutes ternies que leurs terrains olfraient à la vue. (J. J. M.)

lus haute antiquité à celte portion de la rôle, „ cause de l'aspect que présente aux navigateurs son terrain aride, eomposé d'nrgile et de craie, à peiue recouvert d'uu sable blanchâtre et dépourvu de toute verdure.

(4) Le mot Oueled ou Ouldd signifie en langue arabe fils, enfants, descendants ; ce mot, ainsi que celui de Benj, qui a la même significaliou, entre dans la composition des noms d'une grande partie de» tribus arabes.

Quoique ces deux mots soient parfaitement synonymes, il est cependant à remarquer que la dénomination de Oulad indique dajara, Guadajoz, Guadalete, Gu'adalaviar, plus particulièrement les tribu* berbères , tan- ("iuadalbollon, Guadalentin , Guadalimea, dis que le mot Beny est plus ordinairement Guadalbaya, Guadalmansor,Guadalcanal, etc. adopté dans la désignation des tribus arabes.

(3) Le mot Oued ou Ouéd et Ouàdy signifie rhière, fleuve, courant d'eau, en dialecte africain : altéré en Guad par les Arabes conquérants de l'Espagne, il entre dans la composition des noms d'un grand nombre de rivières de cette contrée : Guadalquivir (Oudd-el'Kebyr, mot à mol le grand fleuve); Guadiana, Guadacahoa, Guadalupe,

guy f etq., qui s'étendent dans les vallées nommées Oued-Mossoud (1), et Fryy y ah, que traverse le cours supérieur du B.igradas (Oued-Medjerdah),

Ce fleuve, dont la source est beaucoup plus méridionale, se grossit dans ces vallées des eaux de plusieurs rivières secondaires, telles que le Souajerâs, et le Oued-él-Boul, coulant au midi des mêmes montagnes de Bedjah, d'où sort au nord la rivière de Zagn, dont nous avons eu déjà occasion de parler.

Les autres affluents du Oued- Medjer* dah sont le Oued-és> Serrât, une rivière qui descend de Oussef, et quelques autres courants d'eau assez nombreux, mais peu considérables.

U est a remarquer que toute la partie du territoire tunisien arrosée par le Ba* gradas {Oued-Medjerdah) est désignée particulièrement chez les Maures pur la dénomination AeFrygyah t ouFryqyuh, conservant ainsi, avec une légère altéra* tion, le nom d'Afrique proprement dite, Ajrica propria, que lui donnaient les Romains.

La partie la plus remarquable de la division septentrionale de la Régence, comprise sous la dénomination de Quartier d'Été est la grande presqu'île qui s'avance dans la mer du sud ouest au nord-est, en face de la rade de Tunis, entre les deux golfes de Çarpis et de Hammâmét (2), et dont la pointe la plus au nord est l'ancien Promontorium Mercurii, que les Arabes nomment maintenant Râs-Addâr, ou Râs-Attar (3).

Ce promontoire, placé presque en face du Promontorium Apoliinis, dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre , parait comme celui-ci avoir dû son ancienne dénomination à quelque

(1) Le mot Oued, ou Ouâdy, que nous avons vu ci-dessus sjgniûer rivière , courant d'eau, est aussi employé en arabe pour désigner les vallées en géuéril. (J. J. M.)

(2) Tunisi ricca ed onorata sede ,

A par di quante n'ha Libia più conte i

Che ka d* ambo i lati delsuo'golfo un mon te, Tasso, GerusaL canto XV.

(3) Ce nom est évidemment altéré de celui de Rcu-AUâred, AUared étant le nom donné par les astronomes orientaux à la planète de Mercure. ( J. J. M.)

temple érigé. en l'honneur de la divinité dont il porte le nom.

Mais avant de visiter cette presqu'île, où nous devons trouver des débris antiques importants, nous devons achever l'exploration de cette partie occidentale de la Régence, nous devons parcourir le territoire de Fryqyah, c'est-à-dire les vallées intérieures arrosées par la Medjerdah, où nous attend une moisson bien plus abondante de monuments et de souvenirs antiques.

Section Seconds.

Vallées intérieures du Quartier d'Été; — Canton de Fry<|yah; — Alyah, Thimidah, Mezel-Djenneyh ; — Djebel-Êskell , Maller, Baydjah, Toubourdô, Tuccaber, liazil- Bàb ; — Testourah, Saloukyan, Toubersoq, Toungah , Dotiggab , Lorbous ; — Mestoi réh, Bessous, Sydy-Abd-él-Abbàs , Qeii ; — Monuments, Inscriptions.

Après avoir terminé cette exploration littorale et avant de visiter la péninsule orientale placée en face de Tunis, nous devons jeter un regard rapide sur les portions intérieures du territoire qui dépendent du Quartier d'Été et qui s'étendent à l'occident de la capitale.

Le Quartier d'Été comprend le pays fertile qui est dans le voisinage de Qeff et de Baydjah; et eomme il s'étend sur toute la partie de la Régence qui est au nord, du parallèle du golfe de Hammâmét, on peut croire qu'il correspond asseï bien à l'ancienne province Zeugitane : car, borné par la rivière de Tusca, il doit comprendre non-seulement la contrée que Strabon nomme le territoire de Carthage, mais encore l'Afrique proprement dite de Pline, de Solin, et d'Isidore de Séville.

Cette partie de la Régence est beaucoup mieux peuplée que les districts plus méridionaux , qui forment le Quartier d? Hiver; elle contient proportionnellement un plus grand nombre de villes , de villages, et de douars (4); tout y paraît plus riant , et tout y annonce une plus

(4) Le mot Douar est pluriel de dar (maison, habitation ) ; on désigne par le nom de Douar les lieux de campement habituel des Arabes nomades, souvent aussi les réunions des cabanes des Arabes sédentaires. (J.'J. M.)

L'UNIVERS

-grande abondance et une plus grande prospérité.

Cependant toute cette portion du territoire ne jouit pas d'une égale fécondité ; ce que je viens de tiire se rapporte particulièrement aux parties situées aux environs de QeJJ et de Baydjah , pays désigné par le nom commun de Frygyan, ou Fryqyah, dérivé du mot Africa.

On y trouve toutefois assez fréquemment des parties de territoire où le sol , montagneux et coupé de rochers, de sables stériles ou de marécages , se refuse entièrement à toute culture.

La plus septentrionale des villes de cette contrée intérieure est Él-Myah, située presque au sommet d'une haute colline (1), à moitié chemin entre Porto-Farina et Bizerte. Les Romains avaient nommé cette ancienne ville Cotuza; et elle avait autrefois quelque importance, comme le prouve le fragment de l'inscription suivante :

REIPVBL1CAB SPLENDI

DI88IMAE COTVZAE 8ACR.

VALERIVS IANVARIV8

Au sud-est de Bizerte , à trois milles de distance de la ville, et sur le bord même du lac, à l'endroit où il se resserre tellement, qu'il forme véritablement deux lacs, on trouve le village de Thimidah, l'ancienne Theudalis.

Plus loin, à sept milles au sud-ouest de Bizerte, et aussi sur le bord opposé du lac , est Mezel-Djemeyh ( l'ancienne ThinUsa ) : on trouve dans ces deux endroits quelques restes d'antiquités.

Au sud -ouest du double lac , à cinq lieues (20 kilomètres) de Bizerte, s'élève la montagne anciennement nommée Cima et maintenant Djebel- Êskell (2) :

près de celte montagne, au sud-est, on aperçoit Matter, X ancien Oppidum Materense; ce n'est maintenant qu'un petit village, bâti sur une éminence, au milieu d'une plaine fertile qu'arrose un

(i) Le nom iïjlyah signifie élevée laugue arabe. ( J. J. M. )

(a) On sait que le mot arabe Djebel signifie montagne ; c'est de celte dénomination donnée au monl Elna par les Arabes pendant leur domination dans la Sicile que nos géographes ont fait le nom de mont Gibel, qui n'est qu'un vicieux pléonasme. (J. J. M. )

ruisseau dont les eaux vont se perdre dans le lac de Bizerte.

Dix lieues (40 kilomètres) plus loin , au sud-ouest, est la ville de Baydjah, qui paraît être la Baga de Plutarque, la Facca de Salluste , et le Fagense Oppidum de Pline.

Baydjah est encore aujourd'hui, comme elle l'était du temps des Romains, une ville remarquable par son commerce , particulièrement par celui des blés , étant comme l'entrepôt de tous ceux qui se récoltent dans la Régence. Tous les étés il se tient, au-dessous de cette ville, dans les plaines de Bousderah , le long du cours de la Medjerdah, une foire célèbre, à laquelle accourent toutes les tribus arabes des points les plus reculés de l'intérieur, avec leurs familles et leurs troupeaux.

La position de Baydjah sur le penchant d'une colline, lui procure l'avantage d'eaux pures et abondantes. Au haut de la colline est une citadelle construite de matériaux antiques et dans les remparts de laquelle est encastrée l'inscription suivante :

M. IVLIO M. Tl DBCYRHMfl

ANN. XXII PRAEFECT. VRB.

»EC- " VIR qq

ORDO SPLENDiniSSIIIVg OB MERITA 8VA 8TATVAM P. P. P1BRI DBCREVIT.

La statue a été brisée sans doute , et l'inscription qui la décerne n'a échappé au même sort que par la forme du bloc sur lequel elle était gravée , qu'on a trouvé apte au revétissement d'une muraille.

Un peu plus loin , sur les mêmes remparts, on lit cette autre inscription, monument de la gratitude d'un neveu envers son oncle :

PELIX AWNCVLO SVO MAfi.XO PRO PIETATE 8VA

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