‹ Histoire de Tunis; précédee du̕ne description de cette régenceChapitre 24 sur 77 · SIS. 4Û · texte numérisé non relu

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gées de piliers massifs, et qui autrefois suffisait pour fournir de l'eau à toute la ville.

Sous le même parallèle , à sept lieues (28 kilomètres) au sud-sud-ouest de Qas~ saréyn, est Ferryânah, dans un terrain sec et stérile, où la vue est désagréablement bornée de toutes parts par des chaînes de rochers abruptes et arides, qui ne laissent apercevoir à travers quelques défilés étroits qu'un désert brûlé par le soleil et véritablement impraticable :

on ne rencontre aucune végétation dans les environs, excepté dans un terrain peu étendu au sud, où la proximité d'un ruisseau pouvant faciliter les irrigations a encouragé les habitants à tenter quelque culture.

Cette ville, qui paraît être l'ancienne Thala (2), passe pour avoir été jadis la principale de la Byzacène ; mais de son ancienne splendeur il ne reste plus que quelques colonnes, que les Arabes ont laissées par hasard debout sur leurs piédestaux.

A douze lieues (48 kilomètres) à l'estsud-est de Ferryânah on trouve la ville de Gafsah, l'ancienne Capsa, l'une des principales places fortes de Jugurtha ; cette ville frontière est bâtie sur une éminence qui est entourée presque de toutes parts par des montagnes. Sa situation est presque aussi triste que celle de Ferryânah, mais au moins on y rencontre un peu de végétation , quelques dattiers et quelques oliviers : néanmoins ces arbres sont peu nombreux et ne se trouvent que dans un cercle très-rapproché de la ville , tout le reste de la campagne étant sec et désolé , et les irrigations ne pouvant avoir lieu que par les eaux de deux sources situées Tune au centre de la ville, l'autre dans la citadelle: la première de ces sources dégorge ses eaux dans un vaste bassin, destiné probablement autrefois à des bains publics, et qui sert maintenant aux ablutions des musulmans. Ces deux sources se réunissent avant de sortir de la ville, et forment ainsi un ruisseau qui pourrait

(1) Le nom arabe de Ferryânah parait s'être formé de celui de Ferraaitana, qu'elle portait dans le moyen Age : saint Cvprien cite cette ville sous ce dernier nom comme l'un des sièges épiscopaux de cette province.

Î/UNIVERS

rolonger assez loin son cours si les haitants n'en épuisaient les eaux pour l'arrosement de leurs plantations (1).

Dans les murailles de plusieurs maisons de la ville et de la citadelle on trouve un grand nombre de débris antiques brisés et employés péle-méle comme matériaux de construction; ces fragments de divers marbres, ces entablements brisés , ces colonnes , maintenant tronçons informes , ces autels démolis, devaient faire l'ornement de la ville avant que la barbarie n'eût réduit à l'état de simples moellons leurs richesses architecturales.

Les inscriptions qu'on découvre çà et là sont ou entièrement effacées ou tellement endommagées qu'elles sont devenues tout à fait illisibles ; cependant j'ai pu recueillir les deux fragments suivants, inscrits, le premiersur un bloc carré , le second sur une colonne.

Premier fragment.

ORTVM N08TRORVM

MAGISTRVU MILIT

TINIAME CAPSE

Deuxième fragment.

IHPERATOR M. AVREL1VS ANTONIttVS MVS AVCVSTVS PONT. MAX. PARTH. BKIT. TRIR. POT C08.... PEST

A quatre lieues (16 kilomètres) au sudsud - ouest de Gafsah est l'ancienne Orbita, maintenant Ghorbatah : ce village, assis sur un monticule arrondi en forme de demi-phare , est entouré d'un grand nombre d'autres mamelons , également hémisphériques, configuration singulière, qui a été considérée par quelques géographes comme l'origine de la dénomination donnée parles Romains à l'ancienne ville que ce misérahle village a remplacée.

Cette dernière station du Pachalyk Tunisien à l'entrée du Sahrâ a peu d'habitants, et ils n'ont d'autre eau qu'un

(i) SalUiste ( dé fteîlo Jugurth. ) fait mention de ces fontaines, auxquelles il donne le nom de Jugis Aqua ; et el-Êdryssy, qui en parle aussi dans &a Géographie Arabe, leur donne le titre d'ét-Termcd, qui n'est que la traduction de l'épithète latine, et comme elle signifie intarissable. (J. J. M.)

ruisseau peu abondant d'eau saumatre qui coule du côté du sud , mais dont le cours ne tarde pas à se perdre dans les sables.

Non-seulement la plupart des positions les plus méridionales que nous venons d'explorer sont situées sur la lisière limitrophe du Sahrâ, mais encore elles sont déjà presque cernées par les envahissements partiels des sables mouvants que pousse ver s e I le , du grand désert intérieur, l'action incessante des vents du midi : il nous resterait maintenant à pénétrer plus avant dans le Sahrâ, lui-même, afin d'y visiter quelques portions de ce vaste désert dont le Pachalyk de Tunis revendique la possession et la souveraineté.

Mais cette partie, désignée sous le nom de Djéryà ou Beledrél-Djeryd (2), ne comprend que quelques points presque inconnus , disséminés dans une étendue incommensurable , sur lesquels subsistent encore à peine quelques restes de misérables populations, et qui, isolés au milieu de cette mer de sable, ressemblent moins à des oasis susceptibles d'habitation et de culture, qu'à des Ilots [imperceptibles, perdus sur l'immense abîme du vaste Océan.

Les positions qu'on rencontre sur ces points épars , à de grandes distances les uns des autres, et que l'on décore du nom de villages, ne se composent que de la réunion de quelques masures,

(a) Ce nom signifie en arabe le pays desséché , nu, sans végétation, le désert; la plupart des géographes modernes donnent à tort a cette dénomination le sens de pays des dattes, pays des palmiers; ils ont été induits en erreur par le mot djeryd, qui signifie, il est vrai, branche de palmier, mais qui ne désigne qu'une brandie sèche, effeuillée, dépouillée de ses folioles, de ses rameaux, et réduite ainsi à l'état de bâton et de javelot : les branches vertes (ghosn ), lès dattes ( bnlaa ou thamr), les palmiers eux-mêmes (nakhl), portent des noms qui n'ont avec celui-ci aucune analogie. La racine du mot djérid est le verbe djered ( il a.dévaslé , il a dépouillé ) , et c'est également de cette racine que s'est formé le nom djérdd, donné aux sauterelles à cause de leurs dévastations, qui changent quelquefois en déserts les cantons les plus fertiles et les mieux cultivés. (J.J.M.)

construites en branches de palmiers, que lient entre elles un mortier de boue et de sable. Aucun vestige d'antiquité ne subsiste plus dans les lieux habités autrefois par les Cinéthiens, les Machlyes, les Auses, et les Maxyes; je me Bornerai donc à une énumération sommaire , et je n'entrerai dans quelques détails qu'à l'égard de l'immense marécage qui sépare uu Désert les pays habités, et qui paraît avoir été jadis ce Palus Tritonis célébré par l'ancienne géographie.

Sbekkah ( la Cerbica de Ptolémée ) est à dix-huit lieues (72 kilomètres) à l'ouest* sud-ouest de Gafsah; puis à douze lieues ( 24 kilomètres) au sud-sudouest, Tegouf, ou Teajouf( l'ancienne Tichafa ) \ puis, tout auprès de cette dernière position, Ebbah (l'ancienne Thabba ) ; puis on arrive à Tozer ( autrefois Tisurus ) , situé à quatre lieues (16 kilomètres ) au sud-ouest de Tegous :

cinq lieues ( 20 kilomètres ) plus loin , au sud-ouest , on trouve Neftah ( l'ancienne Negeta ).

De là, en traversant le grand marais, on entre au district de Nyfzouâh , où Ton trouve Têlémyn ( l'ancienne Almssna ) , à dix lieues ( 40 kilomètres ) à l' est-sud-est de Tégous, puis, à deux lieues ( 8 kilomètres ) au sud-est , Ebilly ( autrefois FepUliam ).

Les seules traces de l'ancienne domination romaine qu'on rencontre dans toutes ces positions se bornent à quelques fragments informes de marbres brisés, éparsenquelquesendroits sur le sol, sans qu'on puisse y reconnaître le moindre tronçon de colonne, la moindre moulure d'entablement, le moindre mot appréciable d'aucune antique inscription.

Le commerce des habitants si peu nom* breux de ce quartier immense ne consiste qu'en dattes, qu'ils échangent contre de l'oree, de l'huile, de la toile, et autres objets nécessaires, soit à leur subsistance, soit à leur habillement, apportés des provinces septentrionales de Tunis , de Tripoli , de r Algérie et de Marok même. Tozer est le marché le plus considérable et l'entrepôt le plus fréquenté de ce trafic : les dattes que l'on y vend sont les plus estimées ; et il y a des marchands qui , faisant ce commerce en grand, les portent à travers le grand Désert jusqu'au Beled-

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