NIS
és-Souddn ( le pays des Noirs ), d'où ils ramènent des Nègres , qu'ils troquent contre des dattes , ordinairement sur le pied de deux ou trois qonUars (1) par téte d'esclave (2).
Le grand lac, ou marais, dont je viens de parler (3) établit dans ses sinuosités une ligne de séparation entre le territoire de Tégous , les hameaux qui avoisinent Tozer, et la partie du territoire de Nyfzouâh , qui entre autres villages comprend Télémyn et Fatnassah : on donne à ce lac marécageux le nom de Sebhhat-êl-Aoudyah , c'est-àdire le marais des poteaux ou des jalons (4); il a reçu cette dénomination à cause du grand nombre de troncs de palmier qui y sont plantés de distance en distance pour servir d'indication aux passages praticables : sans le secours de ces poteaux indicateurs, les caravanes qui sont obligées de traverser ce lac ne pourraient que s'égarer dans une route de plus de seize milles , au milieu d'un horizon aussi plat que celui de la mer, et courraient à chaque pas le danger inévitable d'être englouties dans les sables mouvants, et dans les gouffres des immenses fondrières dont se compose presque entièrement cet abîme fangeux.
Ce marais s'étend de l'est à l'ouest , sur une longueur d'environ vingt lieues ( 80 kilomètres ), et sa plus petite lar-
teur est au moins de six lieues (24 ilomètres ); il renferme un grand nombre de petites îles , une entre autres , située vers l'extrémité orientale, sous le même méridien que Télémyn, et qui, uoique inhabitée , est remplie d'innom* rables palmiers : s'il en fallait croire les traditions des Maures, la plantation de cette forêt isolée serait due à une circonstance bien singulière : suivant eux , une armée égyptienne ayant fait
(i) Le qonttar équivaut à cent rotls, ou à peu près à 5o kilogrammes.
( J. J. M. ) (a) Voyez ci-après le chapitre XVI, sur le commerce des esclaves nègres.
(3) Palus Tritonis.
(4) Voyez »ur le mot Sebekhah, ou Seb~ khat, ci-dessus la note i de la page ia. A l'égard du mot Aoudyah, il dérive de aoud, qui en arabe signifie un tronc d'arbre, un poteau de bois. ( J. J. M. )
1 /UNIVERS
autrefois une invasion dans cette contrée, s'arrêta quelque temps sur cette île, alors nue et sans végétation; les dattes, disent-ils, composaient en grande partie l'approvisionnement que ces troupes avaient apporté dans leur expédition, et les palmiers maintenant existants tirent leur origine des noyaux de ces dattes que les Egyptiens y ont jetés.
On ne peut douter que le Sebkhat-élr Aoudyah ne soit identique avec le Lacus Tritonis des anciens, et l'île aux Palmiers celle de Phla, dont parle Hérodote , et dans laquelle Diodore de Sicile prétend que les Amazones libyennes avaient bâti une ville, qu'il appelle Chersonèse (1).
Megs est un des plus petits villages du territoire de Nyfzouah, situé à trois lieues (12 kilomètres) est-nordest de Èbilly : après l'avoir dépassé, on a devant soi une route de près de trente milles , à travers un terrible désert , où l'on ne trouve ni une goutte d'eau ni un brin d'herbe.
Il faut pourtant le traverser pour arriver à Kl-llammah^ située à quatre lieues ( 10 kilomètres ) à l'ouest de Gabs : la ville û'iti-Hammah est l'extrême frontière de la Régence de ce côté; et par cette raison les Tunisiens y ont construit un petit fort, où ils entretiennent une garnison.
La vieille ville est à quelque distance de ce fort , et on y rencontre quelques traces d'antiquités ; mais il n'y subsiste plus ni édifice remarquable , ni monument , ni inscription.
Kl-Hammah tire son nom de quelques eaux thermales qu'elle possède , et elle est désignée communément par le titre de Hammah-élrGabs, qui lui a été donné afin de distinguer sa position d une autre du même nom, située à quelques milles au nord de Tozer, et où se trouvent également des bains chauds.
Ceux de Hammah-él-Gabs, quoique assez fréquentés, sont dans un état misérable et seulement recouverts d'un toit de paille. Il y a plusieurs bassins de douze pieds (4 mètres) à peu près en carré , sur une profondeur d'environ quatre pieds et demi ( 1 mètre 50 centimètres), avec des bancs eu pierre au-
(i) Diod. Sic. lib. III.
dessous de la surface de l'eau, pour la commodité des baigneurs.
Un de ces bains particuliers porte le nom de bain des lépreux ; et l'eau qui s'en écoule forme un peu au-dessous un étang dont Léon l'Africain fait mention sous le nom de Lac des lépreux.
Les sources qui alimentent ces bains viennent du sud, à un mille et demi audessus de la ville; leurs eaux se réunissent ensuite et forment un petit ruisseau qui, partagé en un grand nombre de canaux, sert à arroser les jardins et le peu de terres cultivables qu'offrent les environs de la ville. Ce ruisseau se dirige ensuite vers l'extrémité orientale du grand marais dont j'ai parlé ci-dessus; mais avant d'y arriver les eaux se perdent dans les sables, à quelques milles de Êl-Hammah.
Les principales tribus arabes et berbères qui habitent le Quartier d'Hiver sont les diverses branches des Farachys et des Ouéled-Séyd : ces derniers s'étendent surtout le long du Sahel (2) , nom qu'ils donnent à la partie la plus orientale de cette province , depuis Herklah jusques à Sfax : les Farachys occupent la plus grande partie de l'intérieur des terres, particulièrement les environs de Spaytlah et de Foussanah.
Les Ouéled-Sydy~I)ou-Gannim (3) sont au nord des plaines de Foussanah , et s'étendent jusqu'aux montagnes d'^A Loulyah et de f/ydrah*
A l'est de ceux-ci, en s'avançant du côté de Sbybah et de la montagne nommée Djebel-Megala (4), on rencontre les douars des Ouéled-Omrân.
Les OuéledrMatty font paître leurs troupeaux dans le ricne pavs qui avoisine Yousef et Zouâryn, et les Ouéled-Yagoub habitent une campagne non moins fertile, presque sous les murs de Qeff.
Enfin les Bédouins des frontières sont les Ouéled- liou-Gajf ', qui disputent fréquemment le passade de la rivière Serrât aux Ouorgahs, tribu formidable dont
(«) Le mot Sahel signifie plaine en langue arabe. (J. J. M.)
(3) Letir territoire renferme un sanctuaire, ou santon , consacré à un marabout dont ils ont dérivé leur nom.
(4) Voyez ci-dessus, la note i de la page 4a.
TUNIS
la résidence habituelle est dans les dépendances de l'Algérie.
Au reste, quoique plusieurs de ces tribus se livrent à la culture des terres, il est rare de leur voir former des établissements sédentaires, et on les rencontre communément à l'état nomade dans les diverses contrées du Pachalyk , qu'elles parcourent aux diverses époques de Vannée , par peuplades plus ou moins nombreuses.